Les promenades en forêt
l'amour l'après-midi
les repas entre amis
la soûlographie seul
la faim tout payer
le vol les coups, les enthousiasmes et la tendresse
rien ne me manque j'ai tout connu
Les sommes naturellement enivré
l'idiote allégresse et le cul des filles
les cris les larmes le bonheur
d'une heure
la fête les promesses la détresse et la solitude
aussi
l'espoir l'avenir et la guerre intérieure
l'amour d'une mère l'absence d'un père
j'ai tout eu tout épuisé
rien calculé
La dépense et l'indifférence
la frime et le manque d'estime
jamais l'envie toujours l'ignorance et le manque d'aisance
jamais l'indifférence
jamais la tranquillité les pieds sur terre
la sagesse et la délicatesse
l'apparence au centre rien de tout cela
à trop vouloir grandir sortir être autrement
privilégier les contre-allées la soif d'apprendre
j'ai fini par devenir trop différent fou rien
je ne veux plus foutez-moi la paix
il ne reste plus rien
j'arrive à la fin
la mort ricane j'entends
prenez je suis prêt et puisé
jeudi 23 juin 2016
La vie et le reste
mercredi 22 juin 2016
mardi 21 juin 2016
Dans la presse aujourd'hui (ou hier) (ou demain)
Après Orlando, les dates des soldes d'été 2016
Apple rejette toute restriction sur les armes
Emmanuel Macron était-il en lien avec Fabien Clain ?
Le PCF s'interroge sur la création d'une garde nationale et civique
Hillary Clinton pourrait être interrogée dans l’ambassade d’Equateur à Londres
Après les attentats, l'Élysée et le PS veulent faire la révolution en milieu de terrain
Pollution : un Français sur cinq se dit prêt à pratiquer la torture
Les supporteurs croates accusent l'UE de mener une vraie politique de liquidation en Grèce
Jack Lang : six astuces pour booster son moral
Terrorisme : le tueur de Magnanville exclut à son tour de participer à la primaire à gauche
Roschdy Zem sera bien lancé le 1er septembre
Pour Jean-Marc Morandini, « le capitalisme et les religions » menacent la « promesse républicaine »
Julian Assange accusé de plagiat en Chine
Météo capricieuse : les particules s'infiltrent jusqu'au cœur
Les bonnes adresses de la mère infanticide
Débat - Didier Deschamps peut-il garantir le droit humain à l’eau potable et à l’assainissement pour tous ?
Le « système mafieux » de la chaîne d'info de France Télévision
Selon le FN, « La Fête de la musique crée un moment de communion collective »
Sondage : Souhaitez-vous que le PS reste dans l'Union européenne ?
Manuel Valls entre narcissisme et « sorcellerie »
James Galbraith, première femme candidate à la présidence
Le Congrès américain doit-il remplacer Matuidi par Sissoko ?
Quelles conséquences d’un éventuel Brexit pour les 65,3 millions de déracinés dans le monde ?
lundi 20 juin 2016
Pas facile tous les jours…
Ce qu'il faut de résignation ou de courage pour ne pas se briser ou se dissoudre, pour conserver sa figure et son identité !
Cioran
dimanche 19 juin 2016
vendredi 17 juin 2016
Histoires, légendes, rumeurs et crimes…
Je m’appelle Paul Katrakilis et je suis docteur en médecine. Je n’ai jamais exercé. Je loue un appartement sur Hialeah Drive, je possède une vieille voiture aux planchers de dentelle, et un vieux bateau guère plus étanche, équipé, lui, d’un diesel Volvo auquel je confie régulièrement mon destin. Il est amarré dans une marina du sud de la ville sans eau ni électricité.
Je n’aime qu’une chose, la pelote basque, même si je suis né à Toulouse. On y construit tous les avions du monde et pourtant la plupart des pelotaris croient ou considèrent que cette ville est une sorte de lointaine banlieue de Bayonne ou de Guernica. Et quand un Philippin ou un Argentin me demande si, chez moi, il y a un grand Jaï-alaï, je ne peux que répondre : « Non, juste un fronton libre. »
L’hiver, à Miami, c’est la haute saison. Les Américains des grands lacs et des régions des plaines, les Canadiens grignotés par le froid, croient depuis toujours en l’été éternel de la Floride. Alors, ceints de leurs missels et de leur foi météorologique, ils remplissent les hôtels, les bars, les restaurants cubains, juifs, argentins, les casinos indiens séminoles, et les boîtes de nude girls qui fêtent Noël tous les soirs depuis que le monde est monde.
Le 19 décembre 1987, nous avions joué en matinée et rempli le Jaï-alaï le soir en multipliant les quinielas jusqu’à une heure du matin. Parfois la foule rugissait comme un moteur d’avion, à d’autres moments elle émettait un bruit de fond sourd et profond évoquant le ronronnement productif d’une usine au labeur. Et cette usine-là produisait de l’argent et toutes sortes de choses que peut contenir le monde mais qui ne se disent ni se montrent. Cette usine fabriquait aussi des histoires et des légendes, des rumeurs et des crimes.
Paul Katrakilis vit à Miami depuis quelques années. Il a beau y avoir connu le bonheur, rien n’y fait : il est complètement inadapté au monde. Même le jaï-alaï, cette variante de la pelote basque dont la beauté le transporte et qu’il pratique en professionnel, ne parvient plus à chasser le poids qui pèse sur ses épaules. L’appel du consulat de France lui annonçant la mort de son père le pousse à affronter le souvenir d’une famille qu’il a tenté en vain de laisser derrière lui.Car les Katrakilis n’ont rien d’une famille banale : le grand-père, Spyridon, médecin de Staline, a fui autrefois l’URSS avec dans ses bagages une lamelle du cerveau du dictateur ; le père, Adrian, médecin lui aussi, était un homme insensible, sans vocation ; l’oncle Jules et la mère, Anna, ont vécu comme mari et femme dans la grande maison commune. En outre, cette famille semble, d’une manière ou d’une autre, vouée passionnément à sa propre extinction.Paul doit maintenant se confronter à l’histoire tragique de son ascendance, se résoudre à vider la demeure. Jusqu’au moment où il tombe sur deux carnets noirs tenus par son père. Ils lui apprendront quel sens donner à son héritage.
Voilà, ça s'appelle La Succession. Il suffit d'être encore un peu patient : ça ne sort qu'à la fin du mois d'août 2016 – une année qui ne sera donc pas totalement perdue !C'est le nouveau roman de Jean-Paul Dubois dont on n'avait plus de nouvelles depuis Le Cas Snejder (on évitera d'aller en voir l'adaptationtélévisuellecinématographique).Tiens, quelque chose me dit qu'on va fêter ça, ce soir !
Sous silence
en parlant
Le brouhaha qu'en parlant les hommesémettent est si discret et doué de tantd'apparences et de dehors qu'on ne sauraittrouver deux semblables brouhahas : les unsparlent gras comme roulement de pierres,les autres mince, épandant une claire fangeou de serviles fissures ; les uns prennentl'allure de verts adolescents, d'autres cellede putains ; certains, telles des barriquesemplies de merde dont aurait chu la bonde,laissent le brouhaha sourdre lentement deleur gosier ; d'autres s'épuisent à lui donnerplus grande onctuosité, et en ont les yeuxécarquillés ; d'autres le rendent agréableau regard, mais il est au toucher pleinde ronces et de chardons ; d'autres le fontployer comme un roseau dans le soufflede leur pensée secrète et de leurs reinsfourbes ; et comment supporter cela ?comment le passer sous silence ?Patrik Ourednik, Le Silence aussi,
trad. du tchèque Benoît Meunier, éd. Allia, 2012
jeudi 16 juin 2016
mercredi 15 juin 2016
Refusons la tolérance !
« Est-ce que nous ne sommes pas en chair et en os au contraire, remuant des idées comme si c'était de la dynamite, libres de nous lever, de nous coucher, de piquer nos crises de rage, d'avoir nos crises de bonté, tout un programme de vie en somme? Seulement, j'ai beau me tâter, faire le tour de mes glandes, jauger la moyenne de mes complexes, reconnaître la part de ma volonté, il n'empêche que l'essentiel de ma vie se décide en dehors de moi. Quel que soit le total de l'opération, je ne suis en fin de compte qu'un rapport de bureau rédigé dans un style impersonnel sur des fiches indestructibles manipulées par des machines objectives. Alors pourquoi voulez-vous que je juge Catherine quand c'est la situation qu'il faut juger? Quand seule la Cité est justiciable? Quels que nous soyons, Dominique, nous ne sommes plus que tolérés, et le mieux que nous puissions faire est de refuser cette tolérance. » Mais nous ne dévoilerons rien de plus : car il t'appartient à toi, lectrice, lecteur, de faire l'expérience déconcertante de ce roman. Sache juste que tu vas y trouver de l'oppression et de la surveillance orwellienne, des administrations et des bureaux kafkaïens, des VRP, des fonctionnaires, des employés, des instituts nationaux, des hiérarchies déresponsabilisantes, des (mauvaises) blagues, des situations chaplinesques, des tours de force narratifs, des raisonnements abscons, de la logique absurde, et un long cri dénonçant l'acharnement que met l'ordre établi à broyer le moi. L'émancipation encore et toujours. Malaquais n'a jamais lâché le morceau.
Extrait de la préface signée Sebastián Cortès pour la réédition (en vert, quelle idée !)
du roman de Jean Malaquais, Le Gaffeur (1953),
éditions de l'échappée, coll. lampe-tempête, Paris, 2016
du roman de Jean Malaquais, Le Gaffeur (1953),
éditions de l'échappée, coll. lampe-tempête, Paris, 2016
mardi 14 juin 2016
samedi 11 juin 2016
Sans espoir de salut
Le printemps capricieux comme une longue convalescence première partie, je tangue tango, j'ai cette musique dans la peau. J'erre du plumard au canapé avec ce que je fais passer pour une féline nonchalance tentant d'étouffer douleur et dépit au son de la voix de Susana Rinaldi. Personne n'a certainement mieux chanter qu'elle ces nostalgiques mélopées écrites par des hommes et contant les malheureuses amours des hommes – à l'exception de Eladia Blázquez, auteur et chanteuse, que la Tana n'a pas manqué de reprendre.
Julio Cortázar confessait à son propos : «Je ne sais ce qu'il y a derrière ta voix. Je ne t'ai jamais vue. Tu es les disques qui hantent les nuits de cet arrondissement de Paris…» Il parlait du miracle de pouvoir renouveler ce genre ancien, évoquait l'art de la Rinaldi dans la mise à nu du corps souvent vulgaire du tango, sa capacité à recréer l'âme des faubourgs, la chronique des nuits d'amour, de ruptures, d'exil et de mort, un acte de pauvreté sans espoir de salut.
Je flotte sur la toile et découvre ces images datant d'il y a quelques années. Combien de fois celle que l'on surnomme là-bas, à Buenos Aires, La Ritale (La Tana), née en 1935, a-t-elle interprété cette déchirante chanson de Gardel ? Peu importe, elle semble en effet la vivre et la réinventer en permanence. Dans cette mise en scène pour la télévision, soutenue par le ministère de l'Education argentin, Susana Rinaldi est entourée de Pablo Agri au violon, Daniel Falasca à la contrebasse, Juan Alberto Pugliano au piano, Mariano Cigna au bandoneón et Juan Carlos Cuacci, à la guitare et aux arrangements. Un régal de la Ritale.
Pour le plaisir, ce passage dans une émission de variétés des années 70, présenté par un autre exilé. Composé par Anibal Troilo et Edmundo Rivero, La Dernière cuite conte un pays toujours gris après l'alcool et des amours absentes.
vendredi 10 juin 2016
Pour saluer Marc Bernard
Orphelin à 14 ans, le Nîmois Léonard Marc Bernat devient ouvrier et entame très tôt une vie dans l'ombre, faite de galères, enthousiasmes, militantisme, mais aussi soleil, farniente et amours… Soutenu par Henri Barbusse au sein du journal Monde, puis par Jean Paulhan à La N.R.F., le jeune prolo devient l'écrivain Marc Bernard, et signe des livres lumineux et sincères. La réédition de quelques uns des ses textes ou la publication d'inédits, au Dilettante, dans la collection L'Imaginaire de Gallimard ou chez Finitude, offrent encore la possibilité de lire cet auteur singulier, presque confidentiel, qui rêve d'une littérature populaire, lue par les siens.« Ce qui compte avant toute chose, c'est la vie ; elle vient avant l'œuvre d'art. Je ne consentirai point à la souillure pour trouver des accents plus poignants. Je préfère chanter plus bas. », note-t-il dans son journal face aux attaques de son propre camp lors de la publication de son roman Anny, récit d'une passion amoureuse.Une biographie passionnante consacrée à ce proche d'Henri Calet vient de paraître. Elle est due à Stéphane Bonnefoi qui, depuis une quinzaine d'années, remet en lumière les écrits et le destin de l'auteur de Pareil à des enfants…, autobiographie jugée immorale par sa ville natale et inattendu Prix Goncourt de 1942, attribué notamment par les collabos Sacha Guitry et René Benjamin.Quelques mois après cette grise distinction, Bernard note : « Au fond, je voudrais écrire des œuvres consolantes. Ce qui me fait croire que mon prochain livre sera atroce. » Marié à une juive autrichienne fuyant la Gestapo et ses zélés serviteurs français, Bernard ne cessera de crapahuter d'un refuge à l'autre, au prix de sa liberté et de la santé d'Else à qui, après sa mort en 1969, il consacrera tous ses derniers ouvrages.« Est-ce manque de générosité, d'enthousiasme ? Peut-être. Nihilisme plutôt, et regard sans indulgence sur notre condition humaine. Quoi qu'il en soit, et en un mot comme en cent, mes profondes joies ne viennent pas de l'homme, mais du retour à une vie primitive, où c'est le corps tout entier qui jouit. Mes maîtres à penser sont le soleil et la mer. Ma joie, en découvrant la neige, l'an dernier, au Tyrol, a été aussi sans mesure. J'étais pendant dix jours ivre de blancheur, de scintillement. Que peuvent m'apporter les hommes, comparé à ça ? », confesse-t-il à Paulhan, en 1954, courte période de bonheur sur les terres de son père, Majorque.
Stéphane Bonnefoi, Marc Bernard, La Volupté de l'effacement, éd. le murmure, 2016
Marc Bernard, Mayorquinas, L'Imaginaire, Gallimard, rééd. 2016
Marc Bernard, Vacances surprises, Finitude, 2016
jeudi 9 juin 2016
mercredi 8 juin 2016
A la main
J’ai beaucoup de mal à parler de ma vie et de mes livres. Parce que ma vie se confond avec mes livres et que dans mes livres – quand je parle de moi – je confonds résolument ce que j’ai vécu et ce que j’ai rêvé et imaginé. J’ai toujours pensé aussi qu’un écrivain, parlant de lui, se devait de mentir - mais de « mentir-vrai » - comme le dit superbement Aragon. Est-il vrai, par exemple comme je l’écris dans mes Souvenirs littéraires, qu’à l’âge de sept ans, j’ai rencontré Jules Romains, de l’Académie Française, sur un quai de gare et que cet événement considérable a suscité en moi la naissance fulgurante d’une « vocation » ? Est-il vrai que j’ai rencontré le Bon Dieu dans une pissotière de Strasbourg, comme je le raconte dans l’une de mes Virginales, mon premier recueil de nouvelles, qui me valut d’emblée, comme je le voulais tant, d’être reconnu comme un écrivain, par et parmi les écrivains ? Ai-je vraiment conduit en voiture, à travers la France en guerre, un responsable du Front de Libération Nationale de l’Algérie, comme dans mon récit Le passager de la nuit. Ai-je vraiment vu des prêtres en soutane blanche enterrer dans le sable, en plein désert, le cadavre de ma sœur Enina ? Mais non ! Je ne suis jamais allé dans le désert et je n’ai jamais eu de sœur prénommée Enina sauf dans Les Saisons ! Tels sont quelques-uns des livres qu’au fil des ans, j’ai rêvés, imaginés ou vécus - mais surtout écrits, façonnés de mots en mots avec des voyelles et des consonnes. Et à la main ! Un peu comme un vannier façonne ses paniers et ses corbeilles avec le fol espoir d’attraper un peu de beauté...
Maurice Pons
lundi 6 juin 2016
Ne pas avaler
Les Jeunes Filles
Oublie toutes les occasions de s'effaroucherEt tout ce qui peut avoir trait à la musique de chambreLes musées par les dimanches après-midi pluvieux, et cetera.Les vieux maîtres. Tout ça.Oublie les jeunes filles. Essaie de les oublier.Les jeunes filles. Et tout ça.
Ce qu'a dit le docteur
Il a dit ça ne se présente pas bienIl a dit ça se présente mal en fait vraiment malIl a dit j'en ai compté trente-deux sur un poumon avantd'arrêter de les compterj'ai dit je suis content je n'aurais pas eu envie de savoirqu'il y en a encore plus que çail a dit est-ce que vous êtes religieux est-ce que vous vous agenouillezdans les forêts pour vous laisser aller à demander de l'aidequand vous arrivez près d'une chute d'eaula brume soufflant sur votre visage et vos brasvous arrêtez-vous pour demander de comprendre à ces moments-làj'ai dit pas encore mais j'ai l'intention de commencer aujourd'huiil a dit je suis vraiment désolé il a ditje voudrais avoir un autre genre de nouvelle à vous apprendrej'ai dit Amen et il a dit encore quelques motsque je n'ai pas saisis et ne sachant quoi faire d'autreet n'ayant pas envie qu'il ait à les répéterni moi à les digérer entièrementje l'ai seulement regardépendant une minute et il a soutenu mon regard c'est alors quelevé d'un bond j'ai serré la main de cet homme qui venait de me donnerce que nul autre sur Terre ne m'avait jamais donnépeut-être même que je l'ai remercié l'habitude étant si forte.
Raymond Carver, Poésie, Œuvres complètes 9, Ed. de l'Olivier
vendredi 3 juin 2016
50 ans de solitude
![]() |
| George S. Zimbel via camera democratica |
Quand on est seul, on est illimité, on est comme Dieu.
Dès que quelqu’un est là, on se heurte à une limite,
et bientôt on n’est plus rien, tout juste quelque chose.
Dès que quelqu’un est là, on se heurte à une limite,
et bientôt on n’est plus rien, tout juste quelque chose.
Cioran
mercredi 1 juin 2016
Submergé
Il y a des êtres qui sont submergés par la réalité des autres, leur façon de parler, de croiser les jambes, d’allumer une cigarette. Englués dans la présence des autres. Un jour, plutôt une nuit, ils sont emportés dans le désir et la volonté d’un seul Autre. Ce qu’ils pensaient être s’évanouit. Ils se dissolvent et regardent leur reflet agir, obéir, emporté dans le cours inconnu des choses. Ils sont toujours en retard sur la volonté de l’Autre. Elle a toujours un temps d’avance. Ils ne la rattrapent jamais.Ni soumission ni consentement, seulement l’effarement du réel qui fait tout juste se dire «qu’est-ce qui m’arrive» ou «c’est à moi que ça arrive» sauf qu’il n’y a plus de moi en cette circonstance, ou ce n’est plus le même déjà. Il n’y a plus que l’Autre, maître de la situation, des gestes, du moment qui suit, qu’il est seul à connaître.Puis l’Autre s’en va, vous avez cessé de lui plaire, il ne vous trouve plus d’intérêt. Il vous abandonne avec le réel, par exemple une culotte souillée. Il ne s’occupe plus que de son temps à lui. Vous êtes seul avec votre habitude, déjà, d’obéir. Seul dans un temps sans maître.D’autres ont beau jeu alors de vous circonvenir, de se précipiter dans votre vide, vous ne leur refusez rien, vous les sentez à peine. Vous attendez le Maître, qu’il vous fasse la grâce de vous toucher au moins une fois. Il le fait, une nuit, avec les pleins pouvoirs sur vous que tout votre être a suppliés. Le lendemain il n’est plus là. Peu importe, l’espérance de le retrouver est devenue votre raison de vivre, de vous habiller, de vous cultiver, de réussir vos examens. Il reviendra et vous serez digne de lui, plus même, vous l’éblouirez de votre différence en beauté, savoir, assurance, avec l’être indistinct que vous étiez auparavant.Tout ce que vous faites est pour le Maître que vous vous êtes donné en secret. Mais, sans vous en rendre compte, en travaillant à votre propre valeur vous vous éloignez inexorablement de lui. Vous mesurez votre folie, vous ne voulez plus le revoir jamais. Vous vous jurez d’oublier tout et de ne jamais en parler à personne.Annie Ernaux, Mémoire de fille, Gallimard, 2016
mardi 31 mai 2016
Du poids des images
Un ami qui se lamente de me savoir sans télé et rangé des voitures militantes, me harcèle de vidéos illustratives du paysage urbain français contemporain. Quelques images de notre belle démocratie et du nouveau monde que l'on met sagement en place pour nous mais que certains hurluberlus - comme ma fille aînée - tentent de contester - pour nous.
Pensant à tous les égarés inconsolables dans mon cas ou à celles et ceux trop conditionnés par nos grands et indispensables médias, je me permets à mon tour de vous les soumettre...
Bonus (le choc des mots)
Myriam El Khomri, aujourd'hui sur RTL : « Le gouvernement a montré sa capacité d’écoute et de dialogue »
dimanche 29 mai 2016
Fuck You !
Il fallait que ça vienne
ce matin je suis partices jours d'oubli de silencede cris mal au ventreà ramper concilierun corps impossiblecette gueule toujourspas un sourire une caresse un joli motdes années à l'étroit tous les deuxet les plus belles derrière moià enterrer le courage jouer à cache-cachegrimaces en coindésillusions sous le maquillageétouffées déchaînées à coups d'insomniehystérique renoncements compromisl'habitude de ce quotidiendénuement angoisses et dépressionl'automne toute l'annéedes baffes oui !une dernière bouffée d'airavant la poussièrec'est fait et je m'en étonneencorene sais où aller maisjamais ne reviendraic'est fait
délivréce matin, je me suis quitté
Charles Brun, odieux adieux
vendredi 27 mai 2016
mercredi 25 mai 2016
dimanche 22 mai 2016
vendredi 20 mai 2016
Une vie de rêves
Ma chère chérie le sachet de théme souhaite un jour de paix harmonie tranquillitéje ne sais plus dans quel ordrele chien ronfle je m'étire
des éclaircies en fin de journéeje me couvre
des mots d'hier
noyés je ne sais plus
dans quels verresj'ai tout fait pour ne pas fairetoujoursprojets monnaie pouvoir vacances travailfamille pas tristeri de tout du tempsde la femme de mes rêves agités
j'étais plus vieux qu'aujourd'huij'étouffais toutes ces annéestu connais l'histoireque l'on ne m'a pas racontéeje n'ai rien fait du silencefui nulle partsans douleursans la connaîtresans mode d'emploipas même en chinois
aucune classe
pas même le couragene dis rien à personneencore déjà deboutj'en reprends uneet bois aux désordresaux bons conseils
à la mesquinerie
à la bienveillanceà la chaleur humaineparaît qu'elle existesomewhere over the rain
mercredi 18 mai 2016
Le goût du sang
![]() |
| Robert Doisneau |
Il me semble naturel, voire significatif, que nous nous rendions dans un bar pour nous quereller. Les bars ont certainement été créés pour cela. Nous avons tous besoin d'être contredits, de nous enflammer pour presque rien et, si nous portons des manches longues, de pouvoir les retrousser. Avoir raison est une sorte de faim et la rassasier une obstination ancienne. Peu en importe le prix. La raison est la raison et nous l'aimons. Il nous plaît de croire qu'elle nous appartient. En fait, il ne s'agit pas seulement d'avoir raison, mais de la briguer. Si nous l'obtenons sans effort, nous avons tendance à la mépriser. Nous n'aimons pas qu'on nous l'accorde comme à n'importe quel crétin. Nous reprenons vie après un désaccord durant lequel, pour recouvrer nos forces, nous nous sommes tournés régulièrement vers le comptoir en disant : « Garçon, la même chose ! »Peu importe la raison pour laquelle nous nous disputons. La passion qui est la nôtre lorsque nous tentons d'imposer notre raisonnement embrasse tous les sujets, du plus populaire au plus sophistiqué. Avait fait grand bruit il y a quelques années, l'arrestation dans l'Oural d'un ancien professeur suspecté d'avoir poignardé un ami lors d'une vive discussion sur les genres littéraires. Avant l'agression mortelle, ils avaient passé un temps à boire, en parfaite harmonie. Jusqu'au moment où la victime déclara en haussant maladroitement le ton que « la seule littérature authentique est la prose ». Son ami, qui pensait que cet honneur revenait à la poésie, ne put se retenir et d'un coup de couteau choisit de clore le débat. Il n'existe probablement pas de dispute mineure.Sir Hugh Beaver sut comme personne tirer profit des querelles de bistrot. C'était un homme d'affaires, ne l'oublions pas. En 1954, à la tête de l'usine Guiness, lui vint une idée pour promouvoir sa bière. Après un dur travail de terrain, qui parfois comprenait de boire quelques coups, il finit par conclure que les gens, d'un verre à l'autre, s'évertuaient à avoir le dernier mot. C'est ainsi qu'il créa Le Livre Guiness des records, faisant autorité en cas de dispute. Beaver était persuadé qu'un tel ouvrage serait de grande valeur dans les pubs irlandais. Et il eut raison.Nous trouvons dans la nature même du bar, si toutefois celle-ci existe, le désaccord, le feu, la passion. Karmelo Iribarren, l'un des poètes ayant le mieux introduit le bar dans la poésie, ou le contraire, a écrit il y a quelques années des textes éclairants à propos de l'appel à la guerre qui surgit devant tout comptoir. Ils surnagent encore. Dans un rythme palpitant, en des vers nullement affectés, à la manière d'un raclement de gorge, Iribarren évoque les villes devenues des lieux hostiles, solitaires et froids, sans une once de chaleur, mais dans lesquelles heureusement « restent encore les bars/ces lieux/obscurs/qui s'allument/lorsque tout le reste s'éteint/ces coins sans âme/dotés d'une véritable chaleur ;/qui sait/s'ils ne sont le dernier refuge/d'où l'on ouvrira de nouveau le feu ».
La raison connaît un mouvement perpétuel. Qui plus est dans un bar. Elle passe de mains en mains, elle va et vient, jusqu'à atteindre le comptoir et pouvoir enfin se reposer, laissant le barman faire son boulot. Pas un habitué ne lâche facilement prise. Aucun n'est préparé en quelque sorte à déclarer : « Tu as entièrement raison, je me suis complètement trompé ». Un renoncement sans condition, sans la moindre résistance, ferait l'objet d'une engueulade immédiate. Avoir raison sans livrer bataille a peu de valeur. Cela signifierait, j'en ai peur, la fin des bistrots, et qui sait, peut-être même la fin de la boisson. Moi, je reste très calme lorsque quelqu'un me dit : « Tu n'y comprends strictement rien ! » L'être humain, comme l'affirmait Kant, aspire peut-être à l'harmonie et à la tranquillité, mais la Nature sait davantage ce qui est bon pour l'espèce, et cela s'appelle la discorde. La paix que chacun cherche dans un bar est justement la confrontation avec les autres. Un autre poème d'Iribarren illustre parfaitement la guerre qui habite intérieurement tout client de bar : « Le type but/son verre/d'un trait/et regarda autour de lui./Il n'y avait plus personne/et/d'une claque il écrasa/une mouche/paya/et partit en quête/de sang/dans un autre bar ».
Juan Tallón, Garçon, la même chose !,
chronique parue dans El Progreso le 14 mai 2016
traduction maison
chronique parue dans El Progreso le 14 mai 2016
traduction maison
mardi 17 mai 2016
vendredi 13 mai 2016
mercredi 11 mai 2016
La langue populaire
En attendant la manif de demain - et les coups sur la tête -, un peu de harcèlement via webcam et en musique avec Calamaro et ses potes.
mardi 10 mai 2016
Home cinéma
Avant de repartir chez sa mère, ma fille a voulu m'emprunter un film ou deux. Des trucs que tu nous montrais quand on était petites et que j'aimerais bien revoir. Je leur ai montré tellement de films, il y a de cela tellement de temps, j'ai l'impression d'être un vieillard...
Depuis que j'habite cette maison, les DVD sont couchés dans une niche de l'escalier. Les étagères sur mesure que nous voulions prendre le soin d'y installer, les murs n'étant pas droits, ne verront certainement jamais le jour. Tout comme le vidéoprojecteur que nous rêvions d'acheter un jour, quand on aura les moyens, pour continuer à regarder des films tous ensemble. Nous savons depuis peu que la maison n'est plus habitable, qu'il va nous falloir la quitter, seule la date de ce renoncement demeurant encore incertaine.
Les films sont là, attendant, sans trop d'illusion, que l'on pense à eux. Fort heureusement, de temps en temps, ils circulent d'une maison à l'autre.
J'ai acheté beaucoup de DVD à une époque. Le plus souvent, en pensant les partager avec elles. Je vivais seul et lorsqu'elles venaient me visiter, c'était la fête du cinéma. La demande de ma fille m'a rappelé quelques absurdités de ces séances. Leur passer Psycho - oui, en VO, je tenais beaucoup à la VO dès qu'elles ont été en âge de lire - les a terrorisées. Impossible ensuite de faire prendre une douche à l'une sans la présence dans la salle de bains de l'autre. Je pensais que les enfants aimaient avoir peur. Il était hors de question qu'elles pensent que la vie allait ressembler à un long fleuve tranquille publicitaire.
Les parapluies me permettait de dissimuler mes larmes d'être séparé d'elles derrière celles naturellement suscitées par ce film enchanté mais épouvantablement déchirant. Nous n'étions pas beaux à voir, à nous disputer la boîte de mouchoirs sur le canapé. Il était hors de question qu'elles s'imaginent une seconde que la découverte du sentiment amoureux allait les propulser aussitôt dans une comédie musicale – mais je pense tout de même leur avoir montré Les Demoiselles avant…Et je transposais en noir et blanc avec ce film unique de Charles Laughton les lectures trop rares du soir au pied de leurs lits.
Le plus difficile était de les coucher. J'avais instauré un rituel stupide, celui des extraits. De films pas de leur âge, je passais un bout, souvent le début, ou une séquence isolée.
Elles en redemandaient un dernier. Et le dernier devenait l'avant dernier. Et je ne pouvais mettre fin à ces moments privilégiés où, collées à elles, je testais leur curiosité, leur goût, les limites de ce que je pouvais leur apprendre. Parfois, je pausais et revenais en arrière, leur montrant tel ou tel truc de montage, le choix d'un cadrage, l'absence de dialogue, l'arrivée d'une musique.Je leur montrais des choses étranges, tout au moins inattendues, espérant les éloigner du trop commun, du tout venant. Elles me traitaient de fou en se marrant. Et en redemandaient. Ça non plus, ça ne reviendra plus.
samedi 7 mai 2016
Le bref été de l'anarchie
Notre bon Président a commémoré le Front pop' dans les locaux du think tank progressiste qu'est la Fondation Jean-Jaurès. Soutenu, me dit un ami, par les grands médias. Dont feu Libé et son inénarrable Laurent Joffrin qui, à travers un éditorial ahurissant, nous assure, sans rire, que Hollande vit « dans ce souvenir lumineux et amer » de 1936, les réformes scélérates en cours, nécessaires, faisant partie des « principales avancées qu’a connues le peuple travailleur ».
Gageons que ces médias accorderont un peu moins de place à ce qui, en 1936, se passait de l'autre côté des Pyrénées. Le bref été de l'anarchie, tel qu'il est conté ici par ceux qui l'ont vécu et bâti, n'a pas bénéficié, s'en souvient-on ?, des faveurs du Front pop' et des grandes démocraties européennes. Il y aurait pourtant bien des rapprochements à faire avec ce que nous vivons aujourd'hui. Silence donc...
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