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vendredi 4 février 2022

Un mauvais exemple

Jerry Berndt

 


Je n'ai jamais souhaité arriver nulle part
pas plus que je n'ai été
particulièrement intéressé par le paysage.

Un petit bistrot de quartier
avec une table
d'où je pouvais voir le monde s'éteindre,
et s'allumer
– sous la pluie –
les lampadaires sur les trottoirs,
fut suffisant pour
atteindre presque le bonheur.

Exilé en moi,
refusant de me vendre
ou de baiser la main de quiconque,

je traine mon insignifiante épopée

– dans ces rues

qui ne sont même plus mes rues –

comme je m'éloigne.



Karmelo C. Iribarren, Mientras me alejo,
trad. maison

lundi 12 avril 2021

Une région minée

Jerry Berndt

 

Que les hommes se suicident, c'est assez logique. On comprend. Qu'ils deviennent fous, c'est beaucoup plus troublant. Que la folie puisse constituer l'issue d'une pensée trop vécue – court-circuitée – cela met en cause l'authenticité de tout homme pensant qui ne devient pas fou. Penser est fou. S'installer dans cette région minée, la rationnaliser comme on dit, et dès lors, travailler.
Le travail ne vaut que dans la mesure où il retient les cavales de la folie. « Si je ne travaille pas, je deviens fou », se dit l'homme. Or, combien sont devenus fous malgré leur travail, ce dernier au cœur même de leur existence !
Il y a donc une folie organisée. Qui bouche les trous. Répare en vitesse les lézardes. Puis la mort naturelle arrange tout.
Je n'aime pas les déclarations d'avant-mort. En général, c'est « Tant mieux. Y en a marre ». Formule généralement soufflée par ceux qui ont fait preuve d'un optimisme débordant. Pour faire croire quoi
 ? A qui ?

 

Georges Perros, Le Cahier acajou