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mercredi 9 avril 2025

Le dimanche matin



 

Ce serait drôle, non,
si Le Doigt nous avait conçus
pour ne chier qu'une fois par semaine ?

toute la semaine on grossirait de plus
en plus et puis le dimanche matin
pendant que tout le monde est à l'église

                                                                            plouf !

 



Frank O'Hara, Poèmes déjeuner,
trad. Olivier Brossard, Ron Padgett, ed. Joca seria

mercredi 4 septembre 2024

Quoi que vous en pensiez

Peter Turnley

 

Je ne veux pas me dépeindre en long et en large, comme certains. Je ne suis pas de ce genre-là, quoi que vous en pensiez. Quoi que vous en pensiez, je suis un garçon simple qui s'arrange pour ne pas faire parler de lui malgré le génie qu'il a.

 

Louis Calaferte, Paraphe, Arléa


mercredi 24 avril 2024

Sagesse en caisse



 

Toute forme de hâte, même vers le bien, trahit quelque dérangement mental.

***

Si c'est le propre du sage de ne rien faire d'inutile, personne ne me surpassera en sagesse : je ne m'abaisse pas même aux choses utiles.

***

Si on avait pu naître avant l'homme !

 

Cioran, De l'inconvénient d'être né


jeudi 14 mars 2024

Sois gentil

Angelique Hagenaar


— Je vais te dire ce qui va se passer. Je vais faire valser mes fringues et te pousser sur le lit pour te bouffer ta BITE DE PETIT CHIEN LUBRIQUE et toi, tu en redemanderas petit SALOPIAUD, tu hurleras ta mère OH OUI, SUCE-MOI JUQU'A LA MOELLE. Ensuite, je vais m'asseoir sur tes lèvres, et empoigner tes cheveux pour que tu t'écrases le nez sur ma CHATTE, t'aimes ça ? Hein? TU L'AIMES MA CHATTE? HEIN? PETIT CLÉBARD, VAS-Y, BOUFFE-LA-MOI SALOPARD! Après, je ferai un petit saut de cabris pour m'empaler sur ton braquemart. JE VAIS TE VIDER LES COUILLES POUR UN MOIS, TU VAS TOUT ME DONNER, ESPÈCE D'ENCULÉ, JE VAIS TE DÉMONTER JUSQU'À PLUS SAVOIR QUI T'ES! Je te donnerai une bonne avoine pour que tu comprennes bien que c'est moi qui mène les affaires. Je ralentirai un peu, je me dégagerai complètement pour que ton gourmi devienne un petit animal éploré, tu me diras VAS-Y, REVIENS JE T'EN SUPPLIE, OH OUI, DÉFONCE-MOI. Je calmerai les assauts du 4e de cavalerie, et puis, hop, ça repartira par un petit coup de pelleteuse. Et à nouveau, se dégager de toi, pour que ça devienne insupportable, une torture, T'EN PEUX PLUS, MON SALAUD, HEIN?! T'ES AU BORD DE L'EXPLOSION, HEIN?! TU VEUX TOUT DONNER, HEIN?! Après ça, je te renverserai dans le lit tel un Zarak des grands soirs pour que tu te retrouves en missionnaire au-dessus de moi en te cravachant les fesses et que tu me donnes TOUTE TA GICLÉE DE FOUTRE SUR LA CHATTE ET LE VENTRE!!



Voilà, tu vois, moi aussi, je peux parler comme dans un film porno. Regarde, ça ne te fait même pas bander. Alors, sois gentil, arrête de m'emmerder avec cette histoire de se dire des trucs crus pendant qu'on baise.

 

 

 David Thomas, Partout les autres, Points


jeudi 22 septembre 2022

Trouvailles


Il est rare lorsqu'on se prend à fouiller dans les boîtes à livres de tomber sur des perles. Mais aujourd'hui, dans une de celles qui, d'habitude, nous offre des curiosités signées Danielle Steel ou Paul-Loup Sulitzer, quelle ne fut pas ma surprise de trouver, oui, oui, dans la même journée, les titres ci-dessous.

Un Carco prometteur…
Un Burroughs que j'avoue ne pas connaître, avec son marque-page sous forme de bon de réduction pour notre prochain achat d'un lot de 4 boîtes de lait Gloria, hélas en francs…

 
Un Guimard au scotch usé…


Avec sa dédicace… Est-ce la signature de l'auteur ?


Deux ouvrages de la collection Les Écrivains célèbres des éditions d'art Lucien Mazenod…

 


Et enfin, celui qui m'excite le plus, n'ayons pas honte – on n'est pas pilier de comptoir pour rien…


Pour la peine, quelques extraits, au hasard, de ce dernier volume :

 

Je perds mon temps au bistrot, comme ça je sais où je l'ai perdu !

***

Les congés maladie, faut pas les gâcher en étant malade.

***

Godard et Woody Allen, la différence, c'est les dialogues.

***

C'est peut-être une question qui vous paraîtra bête, mais vous êtes qui?

***

– J'ai pleuré une heure !

– Ça fait du bien de pleurer.

– Le doigt que tu m'as mis dans l'œil, pauvre con!

 ***

Le téléphone, c'est une invention qui aura servi à rien, pour dire quoi?

***

Si jamais je suis remplacé par un robot, il est pas couché le mec!

***

Quand t'es mort, tu ne penses plus à la mort, c'est l'avantage.

***

On m'a transfusé du sang de bonne femme ou du sang de pédé, je mange que des fruits!

***

La poésie toute seule, c'est comme le sel, faut que ce soit mis dans quelque chose.

***

C'est con, la guerre, mais la paix, on se fait chier.



mercredi 3 juin 2020

Un pyjama tout neuf


Entre le 18 et le 23 mai 1983, J-P Manchette écrit à l'auteur de polars britannique Robin Cook — à ne pas confondre avec l'Américain du même nom, auteur également de polars, situés principalement dans le milieu médical, et qui obligera le premier à opter pour le pseudonyme de Derek Raymond, solution que notre beau pays rejette, d'où la confusion habituelle. Bref, dans cette longue lettre, directement écrite en anglais, et traduite ici par Jean-Paul Gratias, Manchette revient sur un épisode tragico-burlesque, également évoqué, plus brièvement, lors d'une de ses chroniques sur les jeux publiées dans Métal Hurlant.
(...) Il y a deux ans, en rentrant chez moi, j'ai trouvé trois cambrioleurs dans l'appartement, et ils m'ont demandé de l'or, eux aussi, et j'ai été pris d'un rire nerveux, ce qui était très inconfortable, parce qu'ils m'avaient fourré dans la bouche un pantalon de pyjama en tissu épais (une saloperie que les Français appellent jersey). Et tandis que j'étouffais, ils sont devenus fous de rage, car j'étais incapable de leur dire où se trouvait mon or, et ils pensaient que je me moquais d'eux. Alors, je leur ai donné 1000 francs, qui étaient dissimulés dans une édition de Moby Dick, et pour me libérer de ce foutu pyjama enfoncé dans ma gorge, je leur ai dit que la baleine blanche, en fait, c'était l'argent, et c'est pour cette raison qu'il était caché dans Moby Dick. De toute évidence, ils ne s'intéressaient pas aux symboles cachés en littérature. Alors, ils ont pris les 1000 francs et ils ont commencé à me dire qu'ils allaient avoir recours à la torture pour m'arracher mon or, et comme je n'ai pas pu m'empêcher de recommencer à rire bêtement, ils m'ont assommé et ils sont partis. Ensuite, il m'a fallu descendre quatre étages sur les fesses, toujours avec le pyjama dans la bouche. J'étais complètement saucissonné, et il n'y avait pas âme qui vive dans ce foutu immeuble. J'ai fini par atteindre le rez-de-chaussée, et j'ai eu la joie de lire un avis sur la vitre de la concierge : La concierge revient de suite. J'ai continué à ramper pour atteindre la cour intérieure, et j'ai vu un homme. Il a remarqué ma présence, qui l'a choqué (Oh, mon Dieu !) et il a couru vers moi. Il tenait un couteau de boucher et était couvert de sang, ce pourquoi j'étais terrifié, et j'ai pensé que le cauchemar allait être vraiment horrible, mais finalement, j'ai compris qu'il était charcutier. Il a tranché mes liens (l'imbécile : un pyjama tout neuf !) et à chaque fois que j'entre dans sa boutique, il se précipite vers moi, il me serre la main, et il me dit quelle extraordinaire aventure cela a été pour lui de me sauver la vie.

Jean-Patrick Manchette, Lettres du mauvais temps,
Correspondance 1977-1995, éd. La Table ronde, 2020

mardi 19 mai 2020

Rideau !


Un ami exilé sur son île, loin de la de nouveau puante capitale, me signale ce texte d'Evelyne Pieillier qui avait échappé à mon inexpugnable veille sur l'info. La dramaturge et collaboratrice du Diplo revient sur le rapport sur les conditions sanitaires de réouverture des lieux de spectacle, remis à Jupiter par l’infectiologue François Bricaire, ancien médecin de garde à la Comédie-Française. Extrait du billet : 
Il y a un reproche qu’on ne pourra pas faire à ce rapport : celui de ne pas être inventif. Franchement, il en est même saisissant. Il faudra n’utiliser qu’un fauteuil sur trois, pour une disposition en quinconce. Spectateurs masqués. Distanciation sociale contrôlée sur le chemin des toilettes. Pas d’entracte, pas de buvette. Marquage au sol et « contrôle des flux ». Acteurs et musiciens devront se tenir à au moins un mètre les uns des autres. Si deux chanteurs ne peuvent pas être aussi éloignés, pour cause de mise en scène déraisonnable, ils devront subir un test (porteur, pas porteur ?), et avant chaque représentation, leur température sera vérifiée. On imagine la place qu’il faudra pour les chœurs, ou pour un orchestre symphonique, et on est surpris. Pas évident à diriger, de surcroît...
L'ensemble est à lire ici



mardi 24 mars 2020

Caméra cachée

Je ne sais qui est parvenu à introduire des caméras au dernier conseil des ministres, ou de Défense, mais je lui tire mon chapeau…


vendredi 20 mars 2020

Scandale du jour

The Good Liars

A chaque jour, son scandale. La France n'est pas le seul pays à être gouverné par un gang de bras cassés particulièrement incompétent, cynique et corrompu. En Pologne, selon une dépêche AFP, le parquet national vient d'annoncer que près d'un demi-million de litres de vodka de contrebande et d'alcool pur produit illégalement seront utilisés comme désinfectant dans la lutte contre le coronavirus.

jeudi 28 février 2019

Cent bonnes raisons

Depuis quelques années, les éditions Wombat remettent en circulation les écrits de Roland Topor.
Dernier en date, un inédit datant des années 1970, Cent bonnes raisons pour me suicider tout de suite, suivi de Douze possibilités d’échapper à Noël, et ce, pour la modique somme de 6 euros. 
Extraits du premier texte – le second, on attendra la fin de l'année (si on y arrive) :





1. La meilleure manière de m'assurer que je ne suis pas déjà mort !
5. Je grandirai dans l'estime de mes contemporains.
8. Je ridiculiserai mon cancer.
10. Pour ruiner mon psychanalyste.
12. Un infaillible remède contre la calvitie.
15. Je me sentirai moins seul.
17. La vie augmente, la mort reste abordable.
29. Pour faire croire que j'ai le sens de l'honneur.
38. Je n'ai plus rien à me mettre.
40. Pour tuer un juif, comme tout le monde.
45. Pour conserver mon mystère.
51. Pour ne plus avoir honte de me regarder dans un miroir.
52. Si j'étais immortel ? Autant l'apprendre le plus tôt possible.
71. Pour ne plus ronfler la nuit.
81. Parce que j'ai hâte d'utiliser l'épitaphe amusante que je me suis trouvée : « Bon débarras ».
94. Pour me dépayser.