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lundi 26 août 2019

Ebranlements


Saul Leiter

22 décembre 1940
Il y aura demain une semaine que j'ai quitté mon nid et ma neige. J'ai passé ces journées à Lyon chez mon vieil ami Latarjet.
Depuis trois mois, je vivais seul face à la guerre, pas même face à moi-même. Je commence à comprendre que la solitude dissout le « moi », plutôt qu'elle ne le cristallise. Les premiers jours, elle est héroïque, bientôt elle n'est plus qu'un faisceau d'habitudes. Tout s'éloigne du moi et le moi s'éloigne de lui-même. Je veux bien qu'à pousser plus loin la solitude, on atteigne à un très haut état de méditation. Mais je me méfie. On a vite fait d'appeler méditation le demi-sommeil.
(…) Je me demande si trois mois de solitude n'ont pas transformé en obsessions les plus pauvres de mes pensées. La solitude ne priverait-elle pas l'homme de lui-même ? Il se creuse, et se creusant, il se vide de sa substance. Le meilleur ne nous vient-il pas par choc, par ébranlement ?
Léon Werth, Déposition, Journal de guerre 1940-1944,
éd. Viviane Hamy 


dimanche 25 août 2019

Intimité

Gilles D'Elia


1er décembre 1940
Arrêté du préfet : « La découverte de tracts extrémistes sur le territoire d'une commune entraînera l'internement administratif des militants communistes notoirement connus, à moins qu'ils ne soient déjà poursuivis judiciairement… »
C'est bien au-delà du délit d'opinion. Est coupable non seulement celui qui a commis le délit, mais qui peut être suspecté de l'approuver intimement.

Léon Werth, Déposition, Journal de guerre 1940-1944,
éd. Viviane Hamy 

dimanche 23 septembre 2018

Georges, Fred, Popo et Léon


Ce que j'écris est à lire dans un train, par un voyageur qui s'ennuie, et qui trouve sur la banquette, oublié, un de mes bouquins.

Ces dernières nuits, France culture ressortait de ses placards quelques archives remarquables dont le fameux entretien de 1976 avec Georges Perros, déjà signalé ici, dont on retrouve le texte dans le superlatif recueil publié en Quarto-Gallimard.
 












En 1953, Fred Deux, ou Jean Douassot, revenait sur les lieux de son enfance, la cave de Boulogne-Billancourt, décor de son fabuleux récit La Gana. En 2001, à l'invitation d'Alain Veinstein, il évoquait cette expérience, ses retrouvailles avec Popo, un régal…


On ne manquera pas, par ailleurs, de télécharger l'ensemble (200 heures) de cette autobiographie sonore ici.


Enfin, le rare insoumis Léon Werth était le sujet en 2006 d'un numéro de Tire ta langue, à l'occasion de la publication de la biographie de l'auteur de Déposition, signée Gilles Heuré.