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mardi 22 septembre 2026

Le pleurnichard


Vient de paraître, de nouveau aux éditions Cassis Belli et comme il se doit en loucedé – bon courage pour le trouver dans vos échoppes préférées –, un inédit de l'ami Bukowski. Comme les deux précédents opus du vieux dégueulasse (Brûlé dans l'eau noyé dans les flammes et Oiseau moqueur souhaite-moi bonne chance), Pendu dans le Tournefortia est traduit par Christian Garcin et bien joliment édité. 
N'en déplaise à Nick Cave, on se régale à sa lecture. La preuve : 

 

Tu es un pleurnichard, dit-elle,
tu pleurniches quand elle n'appelle pas,
je te téléphone et tu t'es bourré la gueule au vin rouge.

Je suis un bébé, dis-je, alors je n'arrive pas à comprendre
comment quelqu'un peut vivre sans moi.

mon dieu, elle a dit, tu le penses vraiment ? 

oui, j'ai dit.

oh mon dieu, tu es impossible, espèce de gros bébé au cul tout doux ! 

suce-moi et peut-être que je pourrai oublier, aide-moi
à oublier.

espèce de gros bébé au cul tout doux ! 

je suis sensible, oui, comment quelqu'un peut-il vivre sans moi ?  

elle a raccroché.

bon, j'ai pensé, il y en a deux qui peuvent vivre sans moi.
il pourrait y en avoir 2000, 2 millions, 2 milliards, 2 millions
de milliards.

c'était l'une des pensées les plus déprimantes que j'avais eues 
depuis des années.

je suis allé dans ma chambre, me suis étiré et j'ai regardé 
le plafond. 
je me suis dit, bon, je peux me masturber, regarder la télé,
et puis il y a aussi le suicide.

m'étant déjà masturbé deux fois ce jour-là,
il ne me restait plus que deux choix et
comme j'étais un gros bébé au cul tout doux j'ai
allumé la télé. 





vendredi 26 juin 2026

Un peu d'air

 


 

L'évolution a été fulgurante
c'est la forme la plus grave de la maladie
la paralysie vient d'atteindre le visage…
elle reprend un peu d'air
Les médecins nous ont prévenus :
si un organe vital est atteint
le cœur, par exemple,
vus son âge, ses antécédents,
il n'y aura pas de réanimation…

des semaines que je ne l'avais pas revue
elle s'épuise dans ces allers et retours
les transports défaillants
l'accablante canicule
me parle du tri dans la maison
vieux bouquins et chiffons
il ne reviendra pas
place-t-elle tout dans des sacs poubelle ?  
comme ceux balancés par les fenêtres
dans le jardin ou ici même sur la terrasse
lorsque le fils de l'ancienne propriétaire
avait fait vider ce qui deviendrait
notre maison
ces bribes de vie enfouis dans les plastiques

que va-t-elle faire de la maison ? 
que va-t-elle devenir ? 
elle ne supportait plus ses sautes d'humeur
sa démarche laborieuse
elle dit sa pépéisation
le voir traîner toute la journée
elle s'en veut aujourd'hui
de ne rien avoir vu venir
réfugiée depuis des semaines chez leur fils
J'avais besoin d'air
Moi aussi, j'ai des problèmes de santé
elle désigne sa poitrine
J'ai un pacemaker et, 
depuis quelque temps, ça ne marche plus très bien
le médecin a renforcé mon traitement
Je veux vivre encore un peu, je ne veux pas mourir en même temps que lui ! 
Je vous embête avec mes histoires
encore soumis aux suites de l'insomnie
je propose un café 
Je ne peux pas, mon cœur…
je ne sais que faire de mes mains
du bout de doigts caresse ma tasse vide
elle repart dans l'allée
Je dois passer à la pharmacie pour mes médicaments
A peine sept heures et déjà 30 degrés

j'entre à l'ombre
m'affale au ralenti sur la chaise longue 
plantée dans le salon
repousse le vertige en ouvrant le livre bleu 
parmi quelques vers inédits somnolés
je mémorise la conclusion de l'ami Hank
Je suis né pour vendre des roses dans les avenues
des morts
s'endort consolée
l'allée de la jeunesse perdue

charles brun, nos vies fantômes

 


samedi 25 avril 2026

Bonne chance

Thomas Hoepker

 

Dans le bazar des éditions et des traductions françaises de la poésie de Charles Bukowski, a paru en septembre dernier et catimini le recueil Oiseau moqueur souhaite-moi bonne chance. Cassis Belli s'est chargé de la jolie fabrication, Christian Garcin de la traduction. 

Rares sont les librairies qui proposent ce volume à leurs clients. C'est aujourd'hui, paraît-il, la journée du livre, aussi, à l'heure où le landerneau littéraire se mobilise contre la concentration qui frappe ce petit monde, et pour la défense de l'indépendance des éditeurs, n'hésitez pas à aller emmerder votre boutiquier préféré, ou le premier sur qui vous tombez, il est obligé de vous le commander. Sinon, vous êtes en droit de le dénoncer  – lui et toute l'hypocrite chaîne du livre  ! 

 


 

 

être mangé par un porc qui a 
mauvaise haleine

alors que les citrons se balancent dans le vent

jaunes et nôtres. 

 

***

 

c'est les tarlouzes qui font ça 
ou alors c'est parce que vous avez 
peur de mourir ?  
biceps, triceps, forceps,
qu'est-ce que vous allez faire 
de ces muscles ?  
eh bien, les muscles plaisent aux femmes
et tiennent les brutes
à distance –
et
alors ? 
est-ce que ça vaut la peine ? 
est-ce que ça vaut les œuvres complètes de Balzac ? 
ou 3 semaines de vacances 
en Espagne ?  
ou alors, est-ce une autre manière de 
souffrir ?  
si vous étiez payé pour le faire
vous détesteriez ça. 
si un homme était payé pour faire l'amour
il détesterait ça.

pourtant, on a besoin de faire
de l'exercice –
ce jeu de l'écriture : 
seuls le cerveau et l'âme se
dépensent.
arrêtez de vous plaindre et 
faites-le.
pendant que les autres 
dorment.
vous soulevez une montagne
d'où s'écoulent
des rivières de poèmes. 

mercredi 5 novembre 2025

Pas Balzac !

Brigitte Diez


 

 

fille en short, qui ronge tes ongles en tortillant du cul,
les garçons te regardent – tu as plus d’importance, semble-t-il,
que Gauguin ou Brahma ou Balzac,
plus, en tout cas, que les crânes qui nagent à nos pieds,
ta démarche hautaine brise la tour Eiffel,
fait tourner les têtes des vieux vendeurs de journaux à la sexualité
éteinte depuis longtemps ;
tes bêtises réfrénées, ta danse de l’idiote,
tes grimaces délicieuses – ne lave jamais tes sous-vêtements
sales, ne chasse jamais tes actes d’amour
à travers les allées résidentielles  – 
ne nous gâche pas ça
en accumulant kilos et fatigue,
en acceptant la télévision et un mari gnangnan ;
n’abandonne jamais ce déhanchement maladroit et inepte
pour arroser la pelouse le samedi  – 
ne nous renvoie pas à Balzac ou à l’introspection
ou à Paris
ou au vin, ne nous renvoie pas
à l’incubation de nos doutes ou au souvenir
du frétillement de la mort, salope, affole-nous d’amour
et de faim, garde les requins, les requins sanglants
loin du cœur.

 

Charles Bukowski 

 


Dans la série des publications initiées ces dernières années par les éditions du Diable Vauvert, cette nouveauté qui n'en est pas une mais qui n'en reste pas moins bienvenue, Les jours s’en vont comme des chevaux sauvages dans les collines (1969), dans la traduction de Thierry Beauchamp de 2008 (Le Rocher, puis Points).  

 


mardi 10 juin 2025

Poésie intelligente

 

Babette Mangolte

 

 

J’apprends à l'instant que la vénérable BBC propose aux aspirants romanciers une masterclass animée par Agatha Christie – tout au moins son ménechme de synthèse. La reine du roman policier dispense désormais ses ficelles à tout un chacun, moyennant la rondelette somme de 79 livres (pounds), pour construire un récit, opérer des retournements de situation, installer et maintenir le suspense, etc. Rassurons-nous, tous ces conseils restitués par synthèse vocale sont recréés à partir des propres mots de la romancière tirés de ses écrits, lettres et entretiens, compilés par des spécialistes de la dame et validés par ses ayant-droits. L’objectif de cet atelier d’écriture nommé BBC Maestro, et qui réunit également quelques pointures vivantes, est de « démocratiser le savoir ». Louable entreprise. Qui promet, en sous-texte, de prolonger l’influence des grands noms de l’écriture sous forme de directeurs d’ateliers virtuels. On songe à nos auteurs favoris qui, chez nous, animent des ateliers d’écriture, par exemple ceux que sponsorise le quotidien de Xavier Niel ou la maison Gallimard. Imaginer qu’un David Foenkinos, une Marie Darrieussecq ou un Eric-Emmanuel Schmitt sont appelés à sévir des décades après leur mort n’est pas pour me déplaire.

Il y a un peu moins d’un an, une étude consacrée à la poésie et l’IA fut publiée par la revue Scientific report. Après avoir rassemblé les poèmes de dix auteurs, de Shakespeare à Lord Byron, en passant par Emily Dickinson et Sylvia Plath, les chercheurs à l’origine de la chose ont ensuite généré via l’IA cinq poèmes à la manière de ces grands noms de la poésie. Il fut ensuite demandé à un panel de 1 634  personnes, non expertes en lyrisme, de comparer les poèmes originaux et les poèmes rédigés par la machine. Personne ou presque n’a pu faire la différence. Encore mieux, pour la plupart de ces lecteurs, les poèmes écrits par l’IA étaient signés par de véritables auteurs en raison de leur beauté, leur originalité et les émotions suscitées. Conclusion des scientifiques : « Les poèmes générés par IA, comme les peintures ou les visages, sont maintenant plus humains que les humains, et les lecteurs de poésie non experts préfèrent la poésie générée par intelligence artificielle parce qu’elle est plus accessible, et qu’elle communique des émotions, des idées et des thèmes de façon plus directe et dans un langage facile à comprendre ». On ne peut être plus clair.

Je viens de jeter un œil à ce que la toile qualifie de générateurs de poésie. L'un d'eux permet de créer sans se creuser la tête des « poèmes d'amour touchants », un « haïku sur le printemps » ou encore un « poème acrostiche nommé ». On peut également choisir la longueur du texte ainsi que la langue de la création. Du haut de ma bêtise naturelle, friand de toute nouvelle expérience, j'ai demandé à cette IA de m'écrire un poème à la manière de Bukowski. J'ai répété la même démarche auprès d'une autre IA. Ma joie est immense. Le résultat est bluffant. Faisons un jeu. Je copie ci-dessous les deux poèmes prétendument bukowskien. Et recopie la traduction d'un vrai texte de l'auteur de Women, chopée sur la toile — je n'ai pas de livres sous la main. Je mélange. Saurez-vous dire quel est le poème qu'a véritablement écrit l'ami Bukowski ? 

 

la machine à écrire crache ses mots sales  
comme un ivrogne qui vomit ses rêves,  
les lettres se tordent sur le papier jauni,  
c'est ma vie qui saigne en encre bon marché.  

les bars sentent la bière et la sueur,  
les femmes rient trop fort pour cacher leur peine,  
je bois encore, je bois toujours,  
pendant que le monde pourrit sous nos pieds.  

la ville gronde comme un chien enragé,  
les néons clignotent, éclairs de misère,  
je marche dans la boue des trottoirs,  
mes chaussures trouées pleurent de fatigue.  

les amours passent comme des trains de nuit,  
sifflant leur départ dans un brouillard de larmes,  
je reste là, les mains vides,  
à compter les étoiles qui meurent une à une.  

le matin arrive avec sa gueule de bois,  
le soleil me frappe comme une gifle,  
je rallume une cigarette, je reprends la plume,  
parce que même l'enfer a besoin de poètes.  

et quand je mourrai, ce sera sans fanfare,  
dans un lit sale, avec une bouteille vide,  
mais les mots, ces putains de mots,  
continueront à danser sur ma tombe.

 

 ***

tout va bien puisque je ne suis pas encore mort
et les rats s'activent entre les canettes de bière,
les sacs en papier s'emmêlent comme des petits chiens,
et ses photographies sont collées sur une peinture
à côté d'un Allemand mort et elle aussi est morte
et il m'a fallu 14 ans pour la connaître
et s'ils me donnent 14 années de plus
je la connaîtrai encore mieux...
ses photos collées sur le verre
ne bougent ni ne parlent ,
mais j'ai quand même un enregistrement de sa voix,
et elle parle certains soirs,
de nouveau elle-même
si réelle qu'elle rit
qu'elle dit les milliers de choses,
la seule chose que j'ai toujours ignorée,
qui ne me quittera plus :
j'ai eu l'amour
et l'amour est mort ;
une photo et un morceau de scotch
ne sont pas grand-chose, ai-je appris sur le tard,
mais donnez-moi 14 jours ou 14 années,
je tuerai tout homme
qui osera toucher ou prendre
ce qui reste. 

*** 

Dans le bruit des villes qui n’animent plus,  
je marche,  
les pieds usés, le cœur lourd,  
les néons brûlants illuminent des visages hagards,  
les ombres dansent sur le pavé  
comme mes rêves oubliés.

Les bars crasseux,  
odeur de cigarette et de regrets,  
un verre de whisky pour chaque pensée volée,  
les rires s’élèvent, ivres de douleur,  
et moi, je me perds dans les histoires inachevées  
des âmes égarées.

Les femmes,  
elles ont ce regard,  
à la fois lueur et abîme,  
elles parlent de liberté,  
mais se saisissent de cages dorées,  
et moi, je les écoute,  
captif de leurs murmures.

La nuit se déploie,  
comme une couverture sur une table de poker,  
les étoiles sur le tapis,  
un mélange de rêve et de désespoir,  
qui sait, peut-être que demain,  
je trouverai la beauté dans l’ordinaire.

Mais pour l’instant,  
je sors et je regarde,  
les vies qui passent,  
des histoires se tissent dans l’air,  
des cris étouffés par le bruit de la ville,  
et moi, je reste là,  
un observateur,  
épuisé,  
un poète sans rime,  
un cœur battant au rythme de la solitude.

samedi 2 décembre 2023

Encore un peu de chaleur humaine


— Je ne dis pas que c'est pas intéressant...

— Mais que ça l'était davantage avant... C'est comme tout...

— J'ai l'impression que tu te contentes de citer les textes des autres...

— Ce ne sont pas des citations, je te l'ai déjà expliqué : ce sont des notes, que je mets là car je ne sais plus écrire avec un stylo.

— D'accord, mais tes textes sont toujours les mêmes : Bukowski, Cioran, Valet... Tes auteurs fétiches, on les connaît.

— Que veux-tu, je retourne régulièrement aux valeurs sûres, comme on dit. Et personne ne t'oblige à me lire...

— Oui, mais il y a d'autres poètes, que tu ne cites jamais, comme Rimbaud, Mallarmé, Villon...

— Ecoute bien, et note-le : je fais ce que je veux et je t'emmerde !

— Pas la peine de s'énerver et d'être vulgaire...

— ...Je ne m'énerve pas, je cite. « Je fais ce que je veux et je t'emmerde ! », c'est du Victor Hugo ! Dans Mon cœur mis à nu, je crois, de mémoire, mais c'est facile à vérifier... Quant à la vulgarité, écoute-moi bien, je suis comme Bukowski justement, je ne l'exhibe jamais, j'attends qu'elle se manifeste d'elle-même...

— Malin... 

— On en reprend une ?

— Tu ne parles jamais plus de l'actu...

— T'as qu'à regarder BFM ou CNews, c'est très bien foutu, les mêmes infos tournent en boucle toute la journée, tu ne peux rien rater.

— Je disais ça comme ça...

— Je n'ai guère envie de commenter l'actu, comme tu dis, ou simplement de la signaler. 

— Moi aussi, je ressens une grosse fatigue, une sorte de dépression, une terrible impuissance face à tout ce qui se passe...

— Rien à voir. Je ne suis ni fatigué ni déprimé et je ne me suis jamais senti puissant. En fait, quel besoin d'ajouter des mots à ce capharnaüm schizophrène permanent ? Tu aimerais lire ou entendre que je suis indigné devant la police et ce gouvernement mafieux qui regardent tranquillement des néonazis défiler dans les rues de nos villes ? Devant les simulacres de justice autour des affaires de nos braves politiciens ? Devant la mainmise des oligarques de la finance sur les médias ? Que je me prononce à propos du gazage de Gaza ? Ou de la future capitulation de l'Ukraine et des milliards engloutis ou détournés par le clown en kaki et sa bande ? Tu veux que je te parle du cynisme des dirigeants occidentaux face à la corruption, le dérèglement climatique, la société de surveillance complète qui s'est, avec notre consentement, mise en place, ce monde invivable, les lois liberticides et celles qui détruisent tous les jours un peu plus ce qui restait du tissu social, comme on dit ? Tu veux que je te parle de l'inflation, de Napoléon, d'Elon Musk et de Jupiter ? Sérieusement, tu voudrais que je donne sur tout ça, et le reste, mon avis d'ivrogne ?

— On ne se voit plus...

— Allons bon...

— Avant...

— ...Avant, c'était pas mieux.

— Peut-être, mais je vais te dire une chose : ça me manque, tu me manques...

— Tu en tiens une bonne, toi...

— T'as remarqué qu'on regrette toujours le temps d'avant, même si c'était pas mieux ?

— Non. On regrette simplement de ne plus être à cette époque, on est effrayé de se voir vieillir, on est terrifié par la mort...

— C'est vrai... Ça passe tellement vite, quand tu y penses. Et on file sans laisser de trace...

— Laisser une trace ? Quelle prétention...

— Tu as raison... Putain, je crois que ça ne va pas très bien...

— C'est ce côtes du Rhône. Vraiment pas fameux...

— Non, c'est autre chose...

— Je vois. Tu te sens seul, tu es perdu. Tu as besoin d'un peu de chaleur humaine, comme un vulgaire Pignon... Mais je ne m'appelle pas Milan, mon vieux, désolé.

— Ouais, en fait, t'es pas le genre à consoler... Tu en as marre de le faire, du moins...

— Exact. La vie est trop courte.

— Je crois que je vais, de ce pas, laisser une trace dans les toilettes...

— Quand il est question de vulgarité, on sait où te trouver... Fais gaffe à la marche !


mardi 22 août 2023

Le chat de Shakespeare

 

Linda Lee

 

Un chat passe, il s’ébroue
Shakespeare tombe de son dos. 

Je n’ai pas envie de dessiner
Comme Mondrian,
Je veux dessiner comme le ferait un moineau bouffé par un chat.

 

 Charles Bukowski, Sur les chats,
trad. Romain Monnery,
au diable vauvert, 2023

lundi 5 juin 2023

Le bruit des vies humaines

Vittorio Polidori


 

chaleur étrange, femmes chaudes ou froides,
je fais bien l'amour, mais l'amour n'est pas seulement
le sexe, la plupart des femmes que j'ai connues sont
entreprenantes, or j'aime m'allonger
sur de gros oreillers confortables à 3 heures
de l'après-midi, j'aime regarder le soleil
à travers les feuilles d'un buisson au dehors
pendant que le monde extérieur
se tient à distance, je le connais si bien, toutes
ces pages sales, et j'aime m'allonger
le ventre tourné vers le plafond après avoir fait l'amour
tout coule tout est fluide
 :
c'est si simple d'être simple
 – vous laissez faire, c'est tout
ce qui est nécessaire.
mais la femme est étrange, elle est très
entreprenante
 – merde ! je ne peux pas dormir pendant la journée !
on ne fait que manger
 ! faire l'amour ! dormir ! manger ! faire l'amour !

ma chère, dis-je, en ce moment il y a des hommes dehors
qui ramassent des tomates, des laitues, et même du coton,
il y a des hommes et des femmes qui meurent sous le soleil,
il y a des hommes et des femmes qui meurent dans des usines
pour rien, pour un salaire de misère…
je peux entendre le bruit des vies humaines taillées
en pièces…
ça y est, tu l'as, dit-elle
ton poème…

mon amour se lève du lit.
je l'entends dans l'autre pièce.
la machine à écrire est en marche.
je ne sais pourquoi les gens pensent que l'effort et l'énergie
ont quelque chose à voir avec
la création.

je suppose que dans les domaines de la politique, la médecine
l'histoire et la religion,

ils se sont trompés
aussi.

je me tourne sur le ventre et m'endors avec mon
cul vers le plafond, pour changer.




Charles Bukowski,
Brûlé dans l'eau noyé dans les flammes : poèmes 1955-1973,
trad. Christian Garcin,
Cassis Belli, 2023, 28€

vendredi 2 juin 2023

Les jambes croisées


AS GOD SAID,
CROSSING HIS LEGS,
I SEE WHERE I HAVE MADE PLENTY OF POETS
BUT NOT SO VERY MUCH
POETRY


Malgré les quelques anthologies parues récemment au Diable Vauvert, des 36 recueils de poèmes d'Henry Charles Bukowski, seuls 4 ont été traduits dans notre langue. Un jeune éditeur du côté de Cassis a confié la version française de 4 autres corpus à Christian Garcin. Le précieux et élégant volume prend le titre du dernier recueil, Brûlé dans l'eau noyé dans les flammes (poèmes 1955-1973). Notre reconnaissance sans limite à eux. Et à l'ami qui nous a signalé ce bijou. On y reviendra...

vendredi 2 septembre 2022

Les larmes des empereurs

 

Adski Kafeteri

 

plus tu bois vite
plus tu te sens
immortel.

pas immortel au sens de
la vie éternelle
mais immortel au sens d'éprouver
le sentiment d'avoir presque toujours
vécu

et tu es toujours là
en dépit de
tout
et
presque
en dépit de
toi-même.

pourquoi les gens veulent décrocher de
l'alcool, c'est un truc
qui me
dépasse
même si j'ai conscience des effets
sur le foie
sur le cœur
et
tout
le reste.

je suis prêt à payer ce
prix

les gens qui ne savent pas gérer l'alcool
ont tendance à se planter
dans bien d'autres domaines
aussi
et ce n'est pas l'alcool qui constitue
le fléau
c'est la personne
en cause.

c'est une bonne
deuxième bouteille.

on se regarde elle et moi
dans le petit
matin
et c'est
une chouette liaison
amoureuse : honnête
directe
et tout
— dévorante

et mes doigts continuent de voler
sur ces touches

tandis que je pense à Li Po
des siècles
et des siècles en arrière
buvant son vin
écrivant ses poèmes
et puis
les jetant
au feu
avant de les envoyer voguer
sur la
rivière.

pendant que les empereurs
pleuraient.



Charles Bukowski, in Sur l'alcool
trad. Romain Monnery
éd. Au diable Vauvert

lundi 1 août 2022

Correct

Sam Cherry

 

Un des trucs les plus chanceux
qui me soit arrivé
fut d’avoir eu un père
cruel et sadique. 

après lui
les pires choses que la Destinée
m’a fait endurer
ne m’ont pas semblé si
terribles –
des choses qui pousseraient d’autres
hommes
vers la colère, le désespoir, le dégoût,
la folie, des pensées suicidaires
et
plus encore
n’ont eu qu’un impact mineur
sur moi
du fait de mon
éducation :
après mon père
presque tout le reste m’a paru
correct. 

Je devrais vraiment avoir
de la gratitude pour ce
vieil enfoiré
mort depuis si longtemps
dans la mesure où
il m’a préparé
pour tous les nombreux
enfers
en m’y menant
plus tôt
que prévu
lors de ces années
où on ne peut pas s’échapper.

 

Charles Bukowski, Tempête pour les morts et les vivants,
trad. Romain Monnery
éd. Au diable Vauvert, 2019

vendredi 11 mars 2022

Par temps de pluie

Mon Dieu, je ne sais pas quoi
faire.
c'est si bon de les avoir près de moi.
elles ont le coup pour jouer avec mes
couilles
et regarder ma queue
avec infiniment
de considération
en examinant chaque centimètre
en lui faisant faire des tours
en la triturant
avec leurs longs cheveux
qui m'effleurent le ventre.

ça n'est pas simplement la baise
ni le fait de se faire sucer
qui fait chavirer un homme
et le rend accro,
c'est les extras,
tous les extras.

ce soir il pleut
et je suis seul.
elles sont ailleurs
en plein travail
dans d'autres chambres
d'autres atmosphères
ou peut-être dans des chambres
déjà explorées.

n'importe, il pleut ce soir,
une saloperie de pluie qui tombe
et vous trempe jusqu'aux os...
rien à faire.
j'ai lu le journal
payé la note de gaz
celle d'électricité
la note du téléphone

il continue de pleuvoir.

elles font chavirer un homme
et le laissent ensuite
se noyer dans son propre jus.

il me faudrait une putain
comme au bon vieux temps
qui frapperait à la porte
fermerait son parapluie
le sac à main luisant au clair de lune
elle me dirait : « merde, mon
vieux,
tu peux trouver une meilleure
musique que celle-là sur ta radio
et puis, monte le chauffage... »

c'est toujours quand un homme
déborde d'amour et de tout
le reste
qu'il se met à tomber
de la pluie
éclaboussant
comme vache qui pisse
bonne pour les arbres
l'herbe et l'air...
bonne pour les choses qui peuvent
vivre seules.

je donnerai n'importe quoi
pour une main de femme sur mes couilles
ce soir.
elles font chavirer un homme et
puis le laissent seul
écouter la pluie.

 

Charles Bukowski, in Sur l’amour,
trad. Romain Monnery,
Au Diable Vauvert, 2022


jeudi 19 novembre 2020

There's no Business


Manny Hyman était dans le show-business depuis l'âge de seize ans. Quarante ans de galère et même pas de quoi s'offrir une cuvette pour gerber dedans. Il opérait dans l'un des salons du Sunset Hotel. Le petit salon. Lui, Manny, incarnait « Le Comique ». Vegas avait changé. L'argent était parti vers Atlantic City, où tout était plus frais, plus neuf. Et puis, il y avait cette foutue récession. 

« La récession, leur disait Manny, c'est quand votre femme se tire avec le premier venu. La dépression, c'est quand le premier venu vous la ramène. Quelqu'un m'a ramené la mienne. Il y a sûrement un truc marrant là-dedans, si je trouve quoi, je vous le fais savoir… »

 

Ça commence ça, There's no Business, courte et fameuse nouvelle de Charles Bukowski, illustrée par Robert Crumb, publiée en 1984, tout juste joliment rééditée avec sa traduction de Jean-Luc Fromental, 21X15, 32 pages, 94 grammes, par Au diable Vauvert et vendue depuis le 12 novembre pour la modique somme de 9 euros chez tous les libraires osant affronter dans notre beau pays virus et maison bourreman avec leur cliqué-retiré, qu'on se le dise !
Le même éditeur gardois nous promet d'ailleurs pour le prochain confinement début 2021 le même genre d'entreprise avec une autre nouvelle d'oncle Hank, autrefois adaptée sous forme de court-métrage pas trop mal avec Daniel Duval par l'ancien footballeur marseillais révélé par l'Association de la jeunesse auxerroise, Eric Cantona, Bring me your Love, on en reparlera sans aucun doute.


lundi 31 août 2020

Au nom de l'amour et de l'art


je suis devant ma machine à écrire
dans l'attente d'être bourré
ma copine qui fait des sculptures
voudrait en faire une de moi
à poil et bourré
une bouteille à la main
le bide à l'air, les couilles qui pendent, la queue
qui tutoie la moquette
et sur le
qui-vive,
vous savez, 
je suis honoré.
un jour je serai certainement mort
et ils regarderont ce machin en terre-glaise
(elle dit qu'il fera environ
5/8e de ma taille)
alors j'apparaîtrai dans toute ma splendeur
accroché à ma bouteille
LE POIVROT
rodin a fait Le Penseur
on aura maintenant LE POIVROT
elle rapplique avec le Polaroid
pour prendre des clichés
dès que j'ai l'air assez soûl,
j'arrête pas de lui dire,
tu sais, je vis ma vie rien que pour toi,
je devrais écrire une chanson là-dessus.

mais elle ne me croit pas.
pourtant elle devrait me croire.
je suis assis là
éclusant ce whisky et cette bière.
je ne sais pas combien de fois je devrai me 
soûler la gueule dans le but d'alimenter
son Art. Ça peut prendre un bon moment
pour finir cette sculpture et je veux vraiment qu'elle 
soit authentique.

j'espère que ce sacrifice restera 
longtemps dans les mémoires.
je lève à nouveau mon verre et le vide
au fond de ma gorge
seigneur, faut-il que j'aime cette femme !
elle a intérêt à pas rater cette bite.


Charles Bukowski, Sur l'alcool, éd. Au diable vauvert,
trad. Romain Monnery

samedi 29 août 2020

Le grand soir


Saul Leiter


en tâchant de se mettre au sec

je suis un ivrogne qui tente de garder la bouteille à distance pour 
une nuit
la télé m'a drogué avec tous ces visages rances qui
racontent
rien ;
je suis seul et à poil sur le lit
entre les draps froissés je lis les pages d'un
journal à scandale
et suis abruti par le perfide ennui des 
gens célèbres ;
laisse tomber les pages par terre,
me gratte les couilles...
bonne journée aux courses : me suis fait 468$. je mate
le plafond, les plafonds sont bienveillants comme le
sommet des grandes tombes ; 
j'essaie de me remémorer le nom de toutes les 
femmes avec qui j'ai vécu...
entre bientôt dans un demi-sommeil, mon préféré :
totalement détendu mais à peine conscient, la lumière
au-dessus de moi, le chat
assoupi à mes pieds, le téléphone sonne ! je
me redresse de terreur, c'est comme une invasion
et je
tends la main
décroche le
téléphone

oui ?...

qu'est-ce que tu fais ?

rien...

tu es seul ?

avec le chat...

il y a une femme avec toi ?

juste le
chat

non.

c'est bon.

on se dit au revoir et je remets le combiné en place
après quoi je descends les escaliers jusqu'à la cuisine
direction le placard

j'attrape la bouteille de beaujolais
mirassou Monterey County Gamay 1978
et remonte les escaliers, en me disant, bon,
le grand soir est peut-être pour
demain.



Charles Bukowski, Sur l'alcool, éd. Au diable vauvert,
trad. Romain Monnery

vendredi 28 août 2020

Derrière le canapé

 


certains ne perdent jamais la boule


certains ne perdent jamais la boule.
moi, parfois, je reste allongé derrière le canapé
pendant trois ou quatre jours.
ils me trouveront là.
ils diront « c'est Cherub » et 
me verseront du vin dans la bouche
ils me frictionneront la poitrine
ils m'aspergeront d'huiles

alors je bondirai en rugissant
m'emporterai, fulminerai – les couvrirai d'injures
eux et l'univers
tout en les envoyant paître aux quatre coins
du jardin
je me sentirai beaucoup mieux,
m'installerai devant des tartines et des œufs,
fredonnerai un petit air,
deviendrai soudain aussi adorable qu'une
baleine
rose en surpoids, 
certains ne perdent jamais la boule.
quelles vies vraiment horribles
ils doivent vivre.


Charles Bukowski, Sur l'alcool, éd. Au diable vauvert,
trad. Romain Monnery

jeudi 27 août 2020

Un truc comme ça


André Vigneau


boire

pour moi 
c'était
ou c'est
une manière de
mourir
avec des bottes
avec un flingue
une clope au bec
musique symphonique
en arrière-plan.

boire seul,
je veux dire,
c'est la seule
façon de boire
boire seul
être seul
recoller les morceaux
ressentir les choses.

bien sûr
boire peut
être 
mortel

comme une douche
froide
comme un tableau de
gauguin
ou un vieux chien
par une chaude
journée.

je suppose
qu'un millier d'hirondelles
dans le ciel
vous chiant sur la tête
en même temps
vous tuerait
aussi

c'est pour ça que je
bois : dans l'attente
d'un truc comme
ça.

Charles Bukowski, Sur l'alcool, éd. Au diable vauvert,
trad. Romain Monnery

mercredi 26 août 2020

Les yeux vitreux


Donc, après Sur l'écriture et Tempête pour les morts et les vivants, Au Diable Vauvert publie de nouveau une compilation Bukowski réalisée par Abel Debritto. Traducteur et amateur de littérature underground, champ traversé avec la chaotique fulgurance que l'on sait par ce bon vieux Charles, Debritto a réuni une série de textes, parfois inédits (salive), de formes diverses (poèmes, nouvelles, passages de romans, entretiens, dont les Bukowski Tapes, correspondance...), sans ordre apparent, tous placés, plus ou moins, sous le signe de la bibine (palais sec). C'est un choix. On fera d'autant moins la fine bouche devant un tel cocktail que certaines traductions françaises laissent, c'est entendu, à désirer et que l'ensemble de On Drinking est pour ainsi dire honnêtement traduit par Romain Monnery, dénué de préface et agrémenté d'une poignée de photos et de quelques dessins de la main de l'auteur de Women. 


Les remplaçants

Jack London qui noie sa vie dans l'alcool tout en
écrivant sur des hommes étranges et héroïques.
Eugene O'Neill qui boit jusqu'à perdre conscience
tout en écrivant ses textes sombres et
poétiques. 

désormais nos contemporains 
donnent des conférences dans les universités
en costard cravate,
les petits gars sobrement studieux,
les petites nanas aux yeux vitreux
regardant
droit devant eux,
les pelouses si vertes, les bouquins si chiants,
la vie crevant tellement de
soif.



Charles Bukowski, Sur l'alcool, éd. Au diable vauvert,
trad. Romain Monnery, 20€

dimanche 16 août 2020

Compagnons de la grappe

Mark Maggiori


- Tiens, trinquons à la mémoire de Bukowski !
- Qu'est-ce qui te prend ?
- Tu ne sais pas qu'il aurait eu 100 ans, aujourd'hui ? 
- C'est complètement con…
- De trinquer à sa mémoire ?
- Non, ce que tu dis.
- Il était né le 16 août 1920 : ça fait pile 100 ans, aujourd'hui !
- C'est ce conditionnel qui pose problème. Ça ne veut rien dire…
- Ben, si. Il aurait eu 100 ans aujourd'hui, s'il n'était pas mort. Le conditionnel s'impose… 
- Dire Bukowski aurait eu 100 ans, c'est stupide. Ça sous-entend que Bukowski serait arrivé à l'âge de 100 ans s'il ne s'était pas appelé Bukowski. S'il n'avait mené la vie qu'il a menée… S'il n'avait été, enfant, frappé par son père, s'il ne s'était soulé la gueule dès l'âge de 10 ans, histoire d'abréger sa souffrance, s'il n'avait fréquenté les hôpitaux et subi des traitements de boucher pour combattre des furoncles qui lui bousillaient la gueule et le corps, si son connard de géniteur ne l'avait pas foutu à la porte, s'il n'avait eu pour compagnons de la grappe les clodos, s'il n'avait connu les hôtels pour indigents, dormi dans des jardins publics, atterri à l'hosto où on alla jusqu'à lui filer l'extrême-onction, plus d'une fois il me semble, s'il n'avait bu plus qu'à son tour, et pas que du bon pinard, vécu dans des piaules miteuses, enchaîné des boulots de merde, passé ses après-midis sur les champs de course, baisé des putes à un dollar,  couru la première pétasse venue, s'il ne s'était esquinté la santé à tout cela et à taper sur sa machine pour bouffer, bref, ce que tu dis ne veut rien dire.
- On commémore sa naissance, si tu veux. 16 août…
- …Non, c'est encore plus con. Je ne veux rien commémorer. Il n'y a rien à commémorer. Les médias, Google, et tous les trous du cul passent leur temps à commémorer la fin de la guerre, le début d'une autre, la mort d'une célébrité, la naissance d'une autre, la découverte d'un vaccin, celle d'un virus, les premières règles de machine, la ménopause de bidule, le premier homme sur la lune et mon cul sur la commode, rien à foutre de tout ça… Buvons à tout ce que tu veux, mais pas à ces conneries. 
- Bon, calme-toi, j'ai compris, je ne recommencerai plus.
- C'est ce que tu penses… 
- Je vais essayer.
- Tu te méprends.
- Tu me méprises.
- Pas du tout. Nous sommes tellement conditionnés par le discours ambiant, la propagande médiatique, l'infantilisation de nos vies, l'entreprise d'abrutissement général, qu'il est impossible, pour des crétins dans notre genre, de rester vigilants en permanence.
- Tu es trop sensible sur le dossier Bukowski.
- Y'a pas de dossier.
- Si, dès que quelqu'un parle de lui, tu t'énerves. Comme si tu te l'étais approprié…

- T'en as pas marre de dire n'importe quoi ?
- C'est vrai : on dirait que Bukowski t'appartient… J'ai le droit, autant que toi, de parler de Bukowski. Tout le monde a le droit de parler de…
- Tu l'as lu ?
- …
- Tu l'as lu ?
- Non, mais j'en ai l'intention…
- Tu vois ? Rassure-toi, tu n'es pas le seul. La plupart des Français ne connaissent de lui que l'émission de Pivot, mais tout le monde se sent le droit de parler de lui…
Et Bukowski par ci, Bukowski par là… Ils éditent ces jours-ci un recueil de textes inédits de Bukowski sur l'alcool, je me demande s'il n'y ont pas glissé une préface de Beigbeder ou de Poivre d'Arvor, un truc dans le genre… Franchement, tous ces cons qui citent Bukowski, sans même avoir essayé de comprendre ce qu'il écrit, de le lire dans le texte et pas dans ces traductions navrantes… Bukowski serait censuré aujourd'hui et on veut commémorer sa naissance, le petit doigt sur la couture du pantalon ? Lâchez-nous la grappe, avec Bukowski, bande d'ignares !
- Ok, Ok. Tu prends quoi ?
- Une Heineken, comme Bukowski !