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vendredi 23 mars 2018

Restent les bars


Le week-end dernier, une femme de 49 ans a été renversée par une voiture autonome de la firme Uber. Morte de ses blessures, elle traversait tout de même en dehors du passage piéton, a tenu à préciser l'entreprise déficitaire (2,8 milliards de pertes en 2016), mouillée dans les Paradise papers mais présente sur le smartphone de tout citoyen moderne. La start-up la plus chère au monde a suspendu les essais de ses véhicules du futur. Un bon point pour sa communication. Un bras d'honneur pour la famille de la victime. Après avoir contribué à dévaloriser le travail – des chauffeurs non professionnels et précaires –, la compagnie de la Siliconne vallée semble s'être lancée désormais dans sa mission ultime : éliminer l'humain.

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Autre boîte de la même vallée, autre fabricant de bagnoles, Tesla est une entreprise de l'économie post-libérale. Peu importe le nombre de véhicules électriques vendus ou la part de marché grattée par Tesla, l'essentiel est la performance boursière. Tout comme Uber, le groupe fondé en 2013 perd de l'argent (2 milliards par an, dit-on). Et s'il ne détient que 0,02 % de part du marché mondial de l'automobile, Tesla est tout de même valorisé à 35 milliards de dollars. L'entreprise s'est rendue célèbre grâce à sa voiture envoyé dans l'espace. Certes, le véhicule nous retombera sur la gueule et polluera un peu plus nos organismes et la planète sous forme de micro-déchets métalliques, mais c'est Tesla qui en a eu l'idée ! Comme on le sait, l'important aujourd'hui, c'est qu'on parle de vous, que vous fassiez le buzz, et donniez envie d'investir. Seule compte l'image de la firme – un peu comme en politique. Afin de lui déclarer leur amour, les actionnaires de Tesla viennent d'approuver une rémunération ahurissante de près de 56 milliards de dollars (45,3 milliards d'euros) pour Elon Musk. Seule condition pour le déjà millionnaire et jeune patron, faire de Tesla l'une des plus grosses entreprises par capitalisation boursière au monde, à l'instar de Google, Facebook et cie.

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Facebook justement. Le célèbre réseau social fondé par Zuckerberg se serait donc fait dépouiller des données d'une cinquantaine de millions d'utilisateurs (entourage compris)... Le coupable : une boîte de communication, Cambridge Analytica, qui s'est servi de ce fichier pour lancer une série de publicités ciblées durant la campagne de Donald Trump. Une faille dans le système, nous dit la start-up, qui ne se reproduira plus. Ce faux scandale surgit quelques semaines après les déclarations de deux repentis de la boîte, honteux d'avoir contribué à créer cette tarasque virtuelle. Mais malgré une chute spectaculaire du cours de Bourse – 58,4 milliards de dollars de capitalisation boursière seraient partis en fumée –, la situation semble se stabiliser. On respire. Sauf si l'on se souvient que le job premier de l'ami Zuck est la vente à d'autres entreprises, publicitaires essentiellement, des données personnelles que tout un chacun balance allégrement en ligne. Quand c'est gratuit, c'est vous le produit. On a beau le savoir, on ne saurait résister à l'ordre narcissique et marchand. Pas d'inquiétude outre mesure pour ces bienfaiteurs de l'humanité qui composent le conseil d'administration du réseau. Pour info, le cours de Bourse de Facebook a augmenté ces cinq dernières années de 495 %...

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« Nous sommes certains qu'il est à Madrid, mais où exactement, nous ne le savons pas... » Les organisateurs de la cérémonie ont tout essayé pour calmer le public venu assister à la remise de la médaille d'or du Cercle des Beaux-Arts au finlandais Aki Kaurismaki. Et c'est avec plus d'une demi-heure de retard que le cinéaste s'est finalement pointé, légèrement éméché. A propos de son dernier film, pas le plus réussi, De l'autre côté de l'espoir, le caustique Aki a avoué avoir, un temps, cru en l'Europe. Mais après avoir observé le traitement accordé par l'U.E. aux migrants, mouvement dont, dit-il, nous ne sommes qu'au début, Kaurismaki a affirmé avoir honte d'appartenir à cette Europe dont la seule logique est économique. Avant d'ajouter que jamais ce monde n'a compté autant de psychopathes et d'imbéciles au pouvoir. Le cinéaste, désormais résident portugais, a également regretté qu'aux Etats-Unis, la coutume d'assassiner le président semble s'être perdue. Il a insisté sur l'espoir, seul sentiment à même de soulever des montagnes. « Je n'ai aucun espoir ni dans ma vie ni dans mon cinéma. C'est pourquoi je reviens toujours à Ozu, Chaplin, Bresson, Buñuel, Buster Keaton, Raoul Walsh. Autant imiter les bons. C'est ce que je fais. Mais comme je suis dépourvu de talent, personne ne le remarque… Sans  espoir, il reste les bars. Allons au bar ! » a-t-il marmonné pour conclure. On y va, Aki, on y va...

mercredi 21 mars 2018

Vide

Pawel Kuczynski via Louxo's Enjoyables


Vide. Tu ne te sens pas vide, toi ? Epuisé par le vide. Je crois qu'on ne nous a jamais autant bourré le crâne. Sauf qu'il ne s'agit que de vent. On croit échapper à tout ce matraquage, parce qu'il semble ne prendre que très peu de place, que nous n'en ressentons pas le poids, qu'il est invisible, mais c'est ce vent qui nous vide du pas grand-chose qu'il nous restait, la tête traversée en permanence par des courants d'air anesthésiants, tu ne trouves pas ?, c'est épuisant. Toute la journée collés à un écran... La nuit dernière, j'ai fait un rêve étrange. Un cauchemar terrible en raison de son caractère tangible. Je décrochais un travail après une longue période de recherche. Je pensais que plus personne ne m'embaucherait. J'allais à ma perte. On nous fait tellement croire que sans travail, nous ne sommes rien. Notre vie est construite autour du travail. Enfin, on me proposait un poste dans une entreprise d'aujourd'hui, dans le domaine du divertissement, du culturel. Un univers proche de celui de Brazil de Terry Gilliam, tu vois ? On m'expliquait ma nouvelle tâche. Ça avait l'air simple, mais je n'y comprenais rien. J'étais perdu. Je pensais que c'était dû à mon âge, que j'étais dépassé. Ou bien que j'étais devenu totalement stupide. Mais soudain, j'ai compris où était le problème. Il suffisait d'être là, de sourire et de faire semblant. C'est le nom de la boîte qui m'a mis la puce à l'oreille. Elle s'appelait Bla-Bla-Bla. Ça ne s'invente pas...