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vendredi 12 juillet 2024

Suites judiciaires

Bert Hardy


 

Madame,

Les points mensongés et diffamatoires rapportés par vous peut-être ou un voire plusieurs de vos soutiens inconditionnels ne m’étonnent pas.
Je tiens à les contester :

- Sur les sacs de déjections canines, faits remontant vers fin Mai, qui sont bien postérieurs à l’AG du 22 Mars et inscrits dans le PV d’AG ?
Voir le mail adressé à la personne concernée avec des réponses, elles, véridiques, ainsi que les précédents mails concernant les sacs.

- la nourriture que je donne seulement en hivers jusqu’à mi Mars aux oiseaux graines et boules de graisse ne dérangent que certaines personnes aigries. Par contre, des jardins évoqués lors de l’AG, sont alimentés de nourritures de toutes sortes à  longueur d’année, nourrissant  volatiles ,les nuisibles eux ont aussi en plus des déchets canins (photo) aucun écrit dans le PV ? Pas de vague au risque de froisser un souteneur !!

- Mon véhicule ne va pas plus ou moins vite que les autres! Il serait bien d’étalonner vous et vos rapporteurs votre pifométre !

- sur la sécurité, la traverse (photo) de la barrière d’entrée qui surplombe la descente d’entrée des boxes (2.70m) était restée plus de 18 mois par terre suite à sa chute, sans que personne ne s’en inquiète. Elle a été remise en place grâce à un accident du camion des jardiniers, sans cela je pense qu’elle serait encore par terre à ce jour. En son temps des enfants jouaient près de ce coin aux risques de se blesser grièvement, rien n’a été fait en urgence !

- Les encombrants sont restés le temps qu’ils sèchent suite à une inondation du boxe d’à côté et vous le savez !

D’autres encombrants parquet et moquette appartenant aux locataires du 1er étage sont restés plusieurs mois. Leur avez-vous fait une remarque ? je doute !

- vous pouvez aussi mentionner l’interdiction formelle de stationner les vélos tout juste après avoir terminé fraîchement la peinture du hall (photo)

- interdiction formelle d’aboiements en début de soirée et parfois  jusqu’à une heure et demi du matin du chien de Mr Quenard cela depuis plusieurs mois .

Pour le compte rendu de AG, on est 6 copropriétaires il vous faut presque quatre mois pour le rédiger et à plusieurs reprises Faute de ne pas avoir tenu compte de ce qui a été dit à l’AG

Pour finir sur ce chapitre, je reçois tous les ans le PV de AG d’un autre syndic que vous vous connaissez mutuellement, 1200 lots, plus boxes et parkings, il est lui rédigé correctement, dans un délai d’un mois et sans revenir déçu !

Une nouvelle fois quelle immense énergie déployée à mon encontre pour des âneries ! Quand est-il de l’énergie que vous déployez au sujet des brises vues?

Ceci sera remis à mon avocat pour l’étudier et éventuellement l’annexer au premier dossier.
 
Madame  et Mr MERLOT

 

NB : suite de la correpondance entre voisins vigilants dont j'ai, comme pour la première partie, laissé les approximations linguistiques.

vendredi 5 mai 2023

A la sauvette

Bert Hardy

 

 

C'était une nuit merveilleuse dans l'ancien quartier espagnol
à deux pas du meublé qu'occupaient mes parents à ma naissance –
Oui, Escudero, Belleville avait beaucoup changé.
C'était un hiver d'avant les téléphones dans la poche,
les algorithmes rimant nos amours,

l'intelligence artificielle anticipant nos pensées,
la reconnaissance faciale inspectant nos mouvements
et les seins en Silicon Valley…
Elle attendait au fond du bistrot, les yeux perdus dans un magazine féminin, certainement quelqu'un qui n'arrivait pas
quand au comptoir, je ne voyais rien, comme dans une chanson
de Joe Dassin,
embourbé dans les idées des autres, mots de nouvelles pages.
Ma seule attente était d'échapper à l'enfer où vivaient
toutes sortes d'hommes irrités et capricieux,
dérober à chacun de mes passages dans cette grande enseigne
de la culture de masse du ventre de Paris,

un ou deux bouquins au hasard,
les boire le soir dans un bar.

Fragile petite brune à peine sortie de l'adolescence,
mon innocente Nastienka espérait un premier chagrin d'amour comme on espère la révolution.
Six bières tièdes, quatre vodkas, deux vins chauds, une nouvelle russe et trois aphorismes franco-roumains durant,
elle a accordé quelques notes de sourire sans même penser à s'éclipser au sous-sol
histoire de solidifier son drame en cours,
tandis que je pérorais sans fin,
oubliant n'avoir rien avalé depuis le matin,
songeant que je n'avais partagé le lit d'une telle insolence depuis des siècles.
Elle était en manque de justice et de liberté,
exécrait ce monde qu'elle sentait basculer toujours un peu plus dans l'ignomie,
me contait sa peur des hommes,
moi, celle de l'inconnue,
et plus je me collais à elle sur la vieille banquette en skai rouge défoncée,
plus elle riait de
mon allure caricaturale et perdue – éperdue ?, je n'ai pas bien entendu – d'artiste de la faim.
La tentation était grande pour nous deux de ne plus jamais dormir,
d'enfin passer à autre chose,

comme on écrit sur papier glacé entre deux publicités.
Le patron feignait de ne pas nous mettre à la porte lorsqu'elle m'a supplié à l'oreille de la raccompagner chez elle,
en grande banlieue.
Nous avons marché ivres main dans la main le long du fleuve gelé
désert à minuit en ces temps-là,
le printemps et le grand soir attendront,  s'emmitouflait-elle encore à l'autre bout de la ville,
m'offrant un dernier regard de fougue et de feu,
tout comme l'amour, pensais-je, en la voyant disparaître seule dans un taxi au cœur de notre nuit blanche.

Ce matin, trente ans plus tard,
j'ai craché à la sauvette
sur ce trottoir
où nous nous sommes soûls tenus la main,
parmi nos enfants zombifiés dans l'isoloir à codes barres,
connectés tatoués vidéo-surveillés
à mobilité douce et aux rêves monétisés,
aucun parfum de souffre ne faisait renaître la flamme,
aucun éclat de rire ne consolait tristesse.

 

 charles brun, love souvenirs flous d'un vieux con, tome III

 

 



vendredi 26 février 2021

Ça reste à voir…

Bert Hardy

 

– Tu as vu, pour Jaccottet ?

 – Oui… 95 ans, quand même !

– Et Ferlinghetti, la veille…

– 101 ou 102 ans, je ne sais plus…

– Comme quoi, ça conserve, la poésie… Et la traduction !

–  Ça reste à voir…
– Il y a longtemps que tu ne me racontes pas d'histoires...

– Des histoires, dis-tu ?

– Oui, ça m'endort...

– Je suis ton somnifère, si je comprends bien... 

– J'aime le timbre de ta voix, elle m'apaise.

– Des histoires, donc... Tu veux que je te parle d'islamo-gauchisme ?

– Quoi ?

– Je peux également te parler du combat mené par le sinistre de l'intérieur afin de prouver aux Français ahuris, et à leur roitelet de pacotille, qu'il est encore plus à droite que la droite la plus extrême, que l'état totalitaire, c'est lui, Pamalin...

– Non, pitié.

– Tu veux que je te parle de l'épisode 26 de la saison 2 de Plus confinés que nous tu meurs, la fameuse série pour enfants ?

– Non, je ne veux plus entendre parler de l'annonce d'un prochain confinement, et finalement, non, enfin, pas encore, juste le week-end, mais peut-être, si vous n'êtes pas sages, la semaine prochaine...

– Tu veux alors que je te parle de la prochaine ponction de l'épargne des Français ahuris par l'association de malfaiteurs qui fait office de gouvernement ? 

– Les ahuris se précipitent-ils déjà aux guichets des banques ?

– Au Luxembourg, plutôt !

– Je veux une histoire, une vraie... Comme quand tu me parlais de Thomas Bernhard. 

– Ah oui, d'accord, tu ne veux pas de buzz, de faux débats et autres fumées d'écrans...

– …Parle-moi de Thomas Bernhard !

– Que veux-tu que je te dise que tu ignores encore ? Tu veux que j'aille te chercher le Cahier de l'Herne ?

– Non, je veux que tu me racontes, comme quand tu me parlais de sa ferme. Je me souviens de ce film où on le voyait arriver sur les lieux avec l'agent immobilier dans le brouillard...

– L'agent immobilier était dans le brouillard ?

– La maison, la future maison. Comment s'appelait ce film ?

– Quel film ? 

– Celui où l'on voyait la scène. Il achetait cette ruine sur un coup de tête. Et sa tante tentait de le calmer, lui conseillait d'attendre la nuit, qui porte conseil...

– Nous n'avons jamais vu cette scène.

– Je m'en souviens parfaitement.

– Ma chérie, tu as peut-être vu cette scène, mais pas dans un film.

– Où alors ?

– Dans un texte. Que je t'ai lu, il y a des mois de cela, lorsque nous habitions encore rue Danton.

– Tu veux dire que je me suis toute seule fabriqué les images ?

– Certainement. D'autant que ces images ne peuvent exister.

– Et pourquoi, donc ?

– Tu imagines Bernhard convoquer une équipe de tournage pour filmer en 1965 sa quête d'une maison en Haute-Autriche ?

– Tu m'as tout de même montré un film dans lequel on voit Thomas Bernhard arriver chez lui en voiture...

– C'est exact. Et il n'y est pas accompagné de l'agent immobilier, mais de sa fameuse tante, qui ne tente rien. 

– De quel film s'agit-il, alors ?

– C'est le passage d'un documentaire de Jean-Pierre Limosin.

– Limosin a filmé Thomas Bernhard ? Quelle chance !

– Pas du tout.

– Pourquoi ? Ça s'est mal passé ?

– Le film date de 1998.

– Et alors ?

– Bernhard est mort en 1989, si je ne dis pas de bêtises... 

– Ah oui, ça pose un petit problème...

– Mais Bernhard est tout de même dans le film.

– Dingue, comment a-t-il fait, alors ?

– Les images d'archives, tu connais ?

– J'adore quand tu me prends pour une andouille...

– Pardon. Avec ces masques, nous ne devinons plus les intentions ou les sous-entendus que nous transmet la personne en face de nous.

– Qu'est-ce que tu racontes ?

– Pardon, encore. Tu n'es pas en face de moi, mais couchée dans le lit à mes côtés. 

– Je suis surtout sans masque !

– Ça, alors ! Non seulement on ne comprend rien avec ces masques, mais en plus, on ne voit plus rien. Nous sommes perdus… Tu connais cette photo ?

–  J'adore ce type. Il était vraiment beau. J'aurais pu tomber amoureuse de lui… Pourquoi ris-tu ?

– Parce que je trouve que ton père lui ressemble beaucoup.

–  Quelle horreur !

– Il était très séduisant, comme ton père… Il n'a pourtant, dit-on, jamais connu de femme.

– Il faut absolument que je lise le livre de Pierre de Bonneville !

– Tu crois ?

–  Je suis curieuse de savoir ce qu'il y raconte.

– C'est drôle que ce soit précisément lui qui ait écrit ce livre…

–  Pourquoi ?

– Parce que c'était le meilleur ami de ton père. Qu'à eux deux, du temps de leur superbe dans la pub…

– …Ils se sont tapés des tas de mannequins…

–  Contrairement à Thomas Bernhard.

– Thomas Bernhard a aussi travaillé dans la pub ? 

–  Il a travaillé la pub, la sienne.

– Pourquoi ne m'as-tu jamais montré le film de Limosin en entier ?

– Parce qu'il est de mauvais qualité.

– Tu m'as toujours dit que Limosin était un bon documentariste...

– Je parlais de la qualité de la version disponible sur internet, la seule que j'ai trouvée...

– Tu n'en as pas une copie ?

– Je crois que Limosin, à l'époque, m'avait filé une VHS... Mais ça va être compliqué de la diffuser sur mon ordi...

– Elle est ici, ou dans un carton chez Inès ?

– Je n'ai pas le souvenir de l'avoir vue.

– Le film ?

– La cassette – lorsque j'ai fait les cartons...

– Alors, montre-moi ce que donne la version sur internet.

– Tu es prévenue, ne viens pas te plaindre après…

 

mardi 22 octobre 2019

Le principal


Bert Hardy

Tiens, c'est une girafe et j'ai cru si longtemps que c'était un pommier. Alors, ces pommes que j'aimais tant ? —  C'était de la crotte, Aristide. — De la crotte ! Alors, j'aimais de la crotte ? — Mais oui, Aristide, on peut se tromper et le principal c'est d'aimer.

Norge, On peut se tromper in Poésies 1923-1988, Gallimard