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lundi 13 mai 2019
Itinéraire conseillé
dimanche 10 juillet 2016
jeudi 18 février 2016
mardi 28 octobre 2014
Rencontre
Ils sont montés au même arrêt. Lui, un grand jeune black, elle, Asiatique, la cinquantaine. Il est allé s'asseoir vers le fond du bus, elle l'a rejoint.
- Je dois me dépêcher. Je ne veux absolument pas louper la grande soirée musique, ce soir. J'adore ça, la musique, moi. Je ne rate jamais une émission, j'en serais malade. C'est ma passion, la musique. Il faut avoir une passion dans la vie, sinon… Vous aimez ça, vous, la musique ? Vous aimez plus le foot, peut-être ? Je sais qu'il y a des hommes qui ne ratent jamais un match, je peux le comprendre. Moi, c'est la musique. Et ce soir, c'est la grande émission, vous avez sûrement vu les affiches partout, les pubs partout, hein ? Il y aura tous les chanteurs, ils seront tous là : Calogero, Larusso, Patrick Bruel, Alizée, Lara Fabian… J'ai trop hâte. Je passe juste au McDo m'acheter quelque chose et je rentre. C'est à 21h, que ça commence.
Vous savez, les jeunes, ils m'aiment bien. Sûrement parce que je suis sympathique, que je suis ouverte, je parle facilement. Alors, les jeunes, ils m'aiment bien. Même les Africains, vous savez. Je ne fais pas de différence. J'ai une voisine qui vient du Sénégal, une autre de Côte d'Ivoire, elles m'aiment bien. Ebola, ça ne me fait pas peur. Vous êtes d'où, vous ? C'est quoi, ça, Wolof ? Ah, le Sénégal ? Vous savez, moi, j'ai beaucoup d'amis africains, quand même. Je leur donne souvent de vieux vêtements que je ne porte plus, pour la famille, ils envoient ça au pays. Je me souviens, j'ai donné beaucoup de voilages, des rideaux, je suis très généreuse.
En général, les gens m'aiment bien. Mais quand je dis non, c'est non. Ah, ça… Non, c'est non. Il y en a un qui n'a pas compris. Il m'attend le soir quand je rentre chez moi. Le matin, quand je pars, il est là. Une fois, il était dans le bus. Je ne sais pas ce qu'il fait de ses journées. Je lui ai dit, mais il n'y a rien à faire. Il ne m'intéresse pas. Il est moche, en plus, vous verriez ça… Ça s'appelle du harcèlement, ça, non ? Vous comprenez ? Ah, vous descendez ici ? Bonsoir, jeune homme. A la prochaine.
dimanche 26 octobre 2014
Où va ce pays ?
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| Thomas Balte |
Où va ce pays ? se demandait la vieille dame à laquelle un type avait cédé sa place. Elle discutait depuis quelques minutes avec une black aux cheveux blancs. Elle venait d'acheter un balai dans le grand bazar du centre commercial, au bord de l'autoroute. Pour balayer la cour, parce qu'elle est tellement sale que j'en ai honte. C'est peut-être pas très solide pour la cour, ça, avait estimé l'autre ; à Auchan, ils sont bien, leurs balais. Et puis, à l'arrêt suivant, lorsqu'ils sont montés et qu'ils sont passés devant elle, elle a lâché sa réflexion à haute voix, Où va ce pays ? Son amie a précisé que ce n'était pas nouveau et que ça allait empirer. Qu'on allait voir ce que ça allait devenir.
La première fois, ça m'a surpris. En entrant dans le bus, j'ai remarqué des places vides et trop de passagers debout. Encore mal réveillé, je n'ai pas fait le lien. Je me suis assis pour lire. C'est lorsque j'ai vu quelques regards se tourner vers moi que j'ai compris. Je m'en foutais ou quoi ? J'étais donc comme eux ? Eux, c'étaient ces hommes et ces femmes qu'on appelle du voyage, les roms, les gitans, les manouches… Ils voyageaient en transports en commun, et ça, le commun des mortels français, il avait du mal. Que fuyait-on en laissant vide l'espace autour d'eux ? L'odeur ? L'image ? La marginalité ? La pauvreté ? La délinquance ? Pas l'air très réveillés non plus, silencieux, ils acceptaient les clichés avec lesquels ils voyageaient.
Tous les matins, lorsque je choisis l'option avec changement, je les vois. Ils viennent des camps situés dans le haut de la ville et descendent à ce point névralgique de notre banlieue : terminus des bus, gare routière, centre commercial. Ils se réunissent sous le pont de l'embranchement de l'autoroute. Je ne sais pas ce qu'il se passe ensuite. Restent-ils toute la journée dans les parages ? Certains d'entre eux poussent-ils jusqu'à Paris, à quelques minutes de là ? Je me suis précipité dans le second bus vite engagé sur l'autoroute. Derrière ma vitre, d'autres campements au-dessus des talus.
Le trajet du soir est plus long. Les embouteillages, la circulation aléatoire, d'autres incidents qui m'échappent, rendent, après une journée de travail monotone, le trajet plus pénible. Beaucoup de personnes stressées-pressées d'aller faire leurs courses, voir un film, dans le plus grand centre commercial de France ou calculant le temps restant pour choper leur RER. L'arrière du bus est rempli de jeunes. Ça chahute, ça parle fort, ça fout la musique à fond saturé, ça provoque, ça agace… Avant-hier, ils étaient cinq ou six à se raconter leurs exploits d'apprentis-délinquants, leurs frictions avec les contrôleurs, les flics, les juges. L'autre soir, un jeune black s'amusait à mettre sa basket sous le nez d'une fille et lui demandait de baiser son pied. Elle trouvait ça drôle et a déposé un bisou, vite fait. L'autre n'a pas enlevé son pied.
Les habitués savent que, à partir d'une certaine heure de l'après-midi, il faut éviter cet espace.
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