Affichage des articles dont le libellé est dieu que la guerre est jolie. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est dieu que la guerre est jolie. Afficher tous les articles

jeudi 21 septembre 2023

Sorcières et fantômes

René Maltête

 

 

Quant aux rechutes dans la barbarie telles que les guerres entre peuples européens, on y croyait aussi peu qu'aux sorcières et aux fantômes ; nos pères étaient pétris d'une confiance persistante dans le pouvoir de la tolérance et de l'esprit de conciliation qu'ils voyaient comme une obligation à laquelle tout le monde serait tenu de souscrire. Ils pensaient sincèrement que les lignes de divergence entre nations et confessions s'estomperaient progressivement pour se fondre dans une dimension humaine commune et que les biens suprêmes que sont la paix et la sécurité deviendraient le lot de l'humanité entière.

 

Stefan Zweig, Le Monde d'hier

vendredi 16 juin 2023

Problèmes d'embrayage

 

William Klein

 

Non seulement les Etats-Unis vont venir tuer tout le monde dans votre pays, mais en plus – et à mes yeux, c'est encore pire–, il faut qu'ils reviennent chez vous vingt ans plus tard tourner un film pour expliquer à quel point ça a été déprimant pour leurs soldats de venir tuer vos compatriotes… Quand les Américains font un film à propos des répercussions de la guerre du Vietnam sur leurs soldats, c'est comme si un serial killer vous racontait les problèmes qu'il a avec la pédale d'embrayage de sa bagnole à force de s'arrêter en pilant pour prendre des autostoppeurs.

 

Frankie Boyle, journaliste et humoriste écossais,
cité in Matthew Alford, Hollywood Propaganda, Final cut,
trad. Cyrille Rivallan,
éd. critiques

mardi 8 novembre 2022

L'Europe des lumières

 

Alex Gaidouk

 

« L’Europe est un jardin. Nous avons construit un jardin. Tout fonctionne. C’est la meilleure combinaison de liberté politique, de prospérité économique et de cohésion sociale que l’humanité ait pu construire (...) la plupart du reste du monde est une jungle, et la jungle pourrait envahir le jardin (...) les jardiniers doivent aller dans la jungle. Les Européens doivent être beaucoup plus engagés avec le reste du monde. Sinon, le reste du monde nous envahira, de différentes manières et par différents moyens »…

 

Josep Borrell*

 

 

*C'est Pierre Rimbert, dans le numéro de novembre du Monde diplomatique, qui rappelle cette sortie lumineuse du Haut représentant de l’Union européenne pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, le 13 octobre dernier à Bruges, et qui m'avait échappée je ne sais pourquoi.

mardi 31 juillet 2018

Un foetus écorché



En août 1939, le métèque Malacki (un juif polaque) décide de tenir son journal devant l'imminence de sa mobilisation – la même année, sous le nom de Jean Malaquais, son roman Les Javanais obtient le prix Renaudot. Le texte de cet anarchiste apatride, qui voulait connaître le monde avant qu'il ne disparaisse, sera publié en 1943, en français, à New York… et en français toujours et, enfin, à Paris, en 1997.

13 octobre
Soir. Dans mes bras, dans mes jambes, le long de mon échine, pèse la fatigue de quiconque a jamais ahané au-dessus de ses forces.

14 octobre
Soir. Cette existence sur le commun fumier qu'on appelle « fraternité des armes »… La sinistre mystification ! Ou alors au feu, quand tu portes secours à un blessé… Parce que rare ici est la bouche qui fasse entendre un mot de fraternité, un simple mot de camaraderie. Et pourtant je voudrais pouvoir siffler, tenez, siffler comme une mécanique très extraordinaire. Car longue sera la farce et personne ne sera déçu.
J'en arrive à me dire que l'humanité m'exaspère : l'humanité en troupeau, j'entends. Ce qui ne veut pas dire que je n'aime pas l'homme. C'est ainsi seulement que je puis démêler pourquoi, tout en ayant le sentiment presque douloureux de la justice, je me trouve profondément injuste.
Oui, j'en viens à penser que je manque de sympathie envers mes semblables ; donc de compréhension ; donc d'équité. Je me dis cela et dans la même foulée je me dis le contraire : je ne me trouverais pas injuste si, à tout prendre, vous m'indiffériez. Au fond, je vous pardonne mal non point d'être à la limite de l'abjection, mais de vous y prélasser. Si bien que nulle métaphysique, nulle construction de l'esprit ne saurait vous racheter à mes yeux. 
Je n'ai jamais appris à vivre au rythme du troupeau. Il faut, à ce commerce, cœur plus sourd, regard moins critique qu'il n'est en moi. Il y faut aussi le désir de plaire et, oui, une soif d'approbation, qui ne vont pas sans bassesse. Mais n'est-ce pas aussi que j'éprouve une joie hautaine de me tenir à l'écart, joie où une nuance d'amertume affleure ?
Laisserais-je mes os ici ? Fichaise ! Sa mort, quand on y songe, ce n'est jamais que par distraction (je le tiens de Spinoza). Mais cela m'étonnerait que je m'en tire tel que ci-devant.
Ce que l'on verra venir promet de payer toutes les dettes de l'imagination. 

Plus loin, à la date du 17 octobre
(…) En somme, rien ne gagne à être trop bien connu. Vus de trop près, hommes et choses se dépouillent de leur halo poétique ; et ce qui en subsiste ressemble à un foetus écorché.

Jean Malaquais, Journal de guerre, suivi de Journal d'un métèque,
éd. Phébus