Affichage des articles dont le libellé est Edouard Boubat. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Edouard Boubat. Afficher tous les articles

jeudi 25 juin 2026

Sous la menace

 

Edouard Boubat


 

Je suis sous la menace. Aujourd'hui pourtant, j'ai confiance en mes forces. Je suis seule, définitivement, et j'ai confiance en mes forces. Je devrais m'écouter en me respectant davantage.
Le Dr Pichon Rivière m'a assuré que je n'étais pas folle. Dans la soirée, Julio m'a dit que le Dr Pichon Rivière était fou. Je ne crois pas mais il y a quelque chose de délabré chez lui, qui conconcorde avec mon état de délabrement général. 

(9 juillet 1965)

 

Alejandra Pizarnik, Journal III, Derniers cahiers 1964-1972,
trad. Clément Bondu, Ypsilon éditeur, 2026

vendredi 5 décembre 2025

Jours de pluie

Edouard Boubat

 

 

où allions-nous lorsque
la pluie pointait son nez ? 
abrités sous un porche
l'un contre l'autre
comptions-nous nos sous
pour un ticket de ciné,
la salle enfumée
derrière le grand comptoir
ou,
les jours de gloire,
une chambre d'hôtel
aux portes de la ville ?

souviens-moi de toi
cette époque où
la noirceur était vertu
et la route couverte de boue
pas de futur pour les enfants 
comme nous
tes yeux étaient-ils bleus
gris
ou vert de gris ?
je les ai oubliés

dérobais-je pour toi
d'obscurs ouvrages
à propos du rôle de notre classe
la place de notre rôle –
et autres syllogismes si pratiques ?
tu rêvais popoésie 
arrogant je rabachais popolitique
nous étions nés
avant le vent, chantais-tu
aussi jeunes que le soleil

où trouvions-nous
refuge lorsque la fatigue
du jour s'emparait des rues 
tes yeux brasillaient
et s'emballaient nos sens interdits ? 
petite fille en pleurs,
écris-moi cette chanson

 

 charles brun, sens interdits

dimanche 9 novembre 2025

Qui commence  ?

Edouard Boubat

 

 

Quand vous approchez la main d'une curieuse grosse tache noire et qu'elle se sauve, c'est une araignée. 

*** 

Le travail éreinte, le loisir ennuie, l'amour tourmente, la vie tue. 

*** 

Source de tourments inépuisables : vouloir à toute force caresser un sexe qui n'est pas le sien. 

***  

Un des gros problèmes que j'ai c'est avec les films étirables. 

*** 

Un nuage, qu'il crève !

*** 

Toute vie travaille à se borner, à s'étriquer. Inconsciemment, on se prépare au cerceuil. Puisqu'il faudra tenir dans une toute petite boîte. On s'y prépare tous les jours. 

*** 

Je suis enfin parvenu à cette vie dénuée d'utilité dont je rêve depuis toujours… D'où l'utilité de ne pas rêver. 

*** 

Je dénoue des contacts.

*** 

Je fais beaucoup de sport pour allonger ma vie d'ennui et de détestation.

*** 

Le premier problème de l'homme c'est l'érection. Il n'a pas de deuxième problème.

*** 

Vous n'avez le choix qu'entre l'insupportable solitude et l'insupportable compagnie. 

*** 

Aujourd'hui, on me dirait tu n'as plus que deux heures à vivre, je penserais seulement : « qu'est-ce que je vas bien pouvoir en foutre… »

*** 

L'imparfait du subjectif. 

*** 

Je préfère les écrivains qui ne s'assoient pas pour écrire. 

*** 

Même les seins en plâtre me font un petit quelque chose. 

*** 

Le poète, il exerce son altruisme en n'étant attentif qu'à lui même. Pas un personnage sympathique donc. Mais – deux ou trois fois par siècle –  bouleversant !

*** 

Je n'ai jamais été aussi bas dans mes sondages. 

*** 

En France tout le monde écrit sauf moi.

*** 

Etre passé à côté de tout, c'est-à-dire avoir bien vérifié que tout est autant insaisissable qu'indicible. 

*** 

On n'est jamais à court d'idées fixes !

*** 

Bon on arrête d'écrire, qui commence ? 

 

 

Jean-Pierre Georges, L'Ephémère dure toujours, 
ed.  Tarabuste, 2010

samedi 7 septembre 2024

Je vis ailleurs

Edouard Boubat

 

je vous tire la bourre
et je vous fais l'amour
je rêve toujours 

je vis ailleurs
j'ai toujours été un rêveur
on se retrouvera dans d'autres draps
et d'autres poils de rats 

la vie je ne sais pas
elle n'a jamais été la mienne
j'ai lu Milarépa
j'ai dîné sur la mer Caspienne 

mais non, je ne sais rien
je n'ai pas eu le droit d'aînesse
je suis un acarien dans le lit des princesses

 

Hervé Prudon, Au matin j'explose,
ed. du ricochet, 1999

mercredi 12 juin 2019

Remèdes personnels

Edouard Boubat

Je lui ai dit que j'étais déjà couché mais elle a insisté pour passer. Je me suis réveillé dans la nuit. Je n'ai pas réussi à la joindre. Le lendemain, elle faisait la gueule au téléphone. Malgré ses coups répétés à la porte de mes 12 mètres carrés, je n'avais rien entendu. A cette époque, je dormais comme un pacha, sans besoin d'alcool ou de drogues. Pour me faire pardonner, je me suis installé dans son grand appartement haussmannien. Peu après, commençaient mes insomnies dont je ne me débarrasserai jamais malgré de nouveaux bras, toutes ces médications en haut lieu recommandées et mes remèdes personnels trouvés dans les livres, les bars et les bas-fonds.

Charles Brun, Insominies, vol. 3