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jeudi 13 mars 2025

Parlez-moi d'amour


Michael Bidner

 

nous avons eu des mots
ce n'est pas si mal
tout le monde ne peut pas
en dire autant
après tout
je vais je ne sais où
avec sa voix
la pluie glaciale
les rues mal éclairées
un clodo allumé
me cueillent à découvert
la vue est mal faite
nuit sans lune
la carotte
guide mes pas

à l'ancien zinc enfumé
clandé
je me fais une place
pardon
nos mots me reviennent
elle
voulait
que je lui parle d'amour
je commande sans sommation
passe un sauvignon
un deuxième et un troisième
glissent
encore facile
ça persiste
dit le gars gluant
à mes côtés
je sais pas si je bois
parce que je coule
ou si je coule
parce que je brois
du noir
je mourrai sans le savoir
je voudrais lui remonter
le féliciter
le moral
une tape
il croise mes hésitations
garçon 
pour monsieur un autre sauvignon
je pense pas question pauvre con
entre nous pas de façon
je dis c'est pas de refus
il demande un torchon

encore trempé
je le laisse me sécher
m'essuyer pas gêné
je veux lui en coller une
son nom c'est riton
soixante huit piges
seul mal en point pas du quartier
on se connaît pas arrêtez
cafardeux endetté
me crible d'autres mots
poisseux
que je dribble en pleine surface
d'un crochet du gauche
sonné il reste sur place
je remets presque un droit
ça se bouscule derrière
se généralise
qui défend qui
on ne sait

la vie est bien faite
pauvre con
au trou pour la nuit
sans sommation
le temps de gommer le gris
parmi cafards et souris
presque au chaud
j'en oublie nos mots
ce n'est pas si mal
tout le monde ne peut pas
en rire autant


charles brun, farces et retapes, vol. 3



mercredi 22 mars 2023

Un peu fascinant


Maurice Rougemont


 

Les exploits des gangsters ne vous intéressent pas ?

Non.

Et les policiers ?

Un policier, ça a quelque chose d'un peu fascinant car je ne suis pas encore arrivé à comprendre comment on peut choisir ce métier. Les seules explications que je trouve sont tellement injurieuses pour les intéressés, l'être humain et l'humanité, que cela ne doit pas convenir. Je comprends mieux le véritable sadique ou l'ordure totale : le milicien ou le tortionnaire, mais pas le flic d'une compagnie de district.

 

Jean-Patrick Manchette,
propos recueillis par Luc Geslin et Georges Rieben,
Mystère Magazine, 1973

repris dans Manchette, Derrière les lignes ennemies,
entretiens 1973-1993
,
tout juste publié par La Table ronde, 24€


mardi 7 juin 2022

S'il vous reste un peu de salive

Gilles D’Elia

 

Dans son dernier numéro toujours, alors que notre guide suprême à peine réélu fait la promesse d'un second mandat placé sous le signe du « renouveau démocratique », le Diplo publie les résultats d'une étude menée par le Collectif de recherche citoyenne sur les Cahiers de doléance, nés de ce que l'on a nommé la crise des Gilets jaunes. Encadrée également la lettre d'une « maman comme tant d'autres »...

 

Monsieur le Président,

J’aimerais que vous expliquiez à ma fille de 5 ans pourquoi maman ne met pas le chauffage partout dans la maison ?
Pourquoi maman n’achète pas du pain tous les jours
 ?
Pourquoi le soir maman mange ce qu’il reste dans son assiette ou bien une tasse de café
 ?
Pourquoi maman fait souvent des nouilles, passé le 15 du mois
 ?
Pourquoi maman a traversé beaucoup de rues très loin de la maison pour enfin décrocher un emploi précaire alors que selon vous une seule rue suffisait
 ?
Pourquoi le Père Noël apporte des cadeaux que maman a fabriqués
 ?
Pourquoi maman utilise la prime de Noël pour payer la taxe d’habitation et audiovisuelle avec des pénalités de retard
 ?
Pourquoi des maisons sont vides alors qu’elle voit des Français dormir dans la rue
 ?
Pourquoi maman trie régulièrement nos affaires et les donne à d’autres gens qui n’ont rien
 ?
Pourquoi maman se sent heureuse et dit qu’elle est riche quand elle arrive à s’offrir un café en terrasse, bien meilleur qu’à la maison
 ?
Pourquoi maman dit qu’elle s’est cogné le pied quand elle pleure le soir dans son lit en consultant le solde de son compte
 ?
Pourquoi maman sait déjà qu’elle ne pourra pas lui payer de grandes études
 ?
Pourquoi cette année (encore) son arrière-grand-mère, qui a travaillé toute sa vie en tant que femme de ménage chez des gens aisés, touche environ 750 euros de retraite
 ?
Pourquoi donc elle vient passer l’hiver en famille une année de plus en laissant sa cuve de chauffage au fioul vide
 ?
Pourquoi les gens riches continuent d’obtenir les miettes qu’il restait aux pauvres
 ?
Pourquoi maman dit que nous sommes pauvres sans jamais s’en plaindre malgré sa colère
 ?
Monsieur le Président, pensez surtout à lui expliquer comment fait maman pour rester digne et humble quand les préoccupations du peuple vous passent au-dessus de la tête.
Si, après lui avoir expliqué tout cela il vous reste encore un peu de salive, dites-lui pourquoi maman a honte de vous
 ! 

Une maman comme tant d’autres ! 

Libourne, le 30 novembre 2018

mercredi 19 mai 2021

Esprit du 19 mai

Lewis W Hine


— Je ne les fréquentais déjà pas, avant...
— Oui, mais ça s'fête !
— Même sous la flotte ? Tu aurais également aimé que j'aille défiler auprès des policiers ?
— Je ne vois pas le rapport...
— C'est bien le problème.
— Tu pourrais tout de même te réjouir de cette liberté retrouvée...
— ...Faudra montrer le fameux pass ou ce n'est pas encore en place ? Tu sais ce que je vois au menu du spectacle d'aujourd'hui ? La manif pour fachos d'un côté et de l'autre, les terrasses pour bobos...
— Tu exagères, comme toujours.
— C'est vrai, la nuance s'impose : avec les flics rémunérés par leurs syndicats fascistoïdes, eux-mêmes financés par nos impôts, nous trouvons non seulement
Pas malin, le ministre de tutelle, les admirateurs de l'héritière Pen, mais aussi les communistes, les socialistes et les verts. Belle brochette de marchands de tapis rouge pour l'extrême-droite. De l'esprit du 11 janvier à l'esprit du 19 mai...
— Bon...
— Comme tu dis...
— Au départ, c'est un hommage à la policière tuée...
— ...Qui n'en était pas vraiment une. Et hommage rapidement récupéré par l'ensemble de la crasse politique, campagne électorale oblige... Pour ma part, je rendrai hommage aux flics tués, lorsque l'on rendra le même type d'hommage aux ouvriers qui meurent chaque jour sur les chantiers ou à l'usine...
— ...C'est pas un peu démago ?
— On ne se refait pas. Dès que je peux placer un mot sur mes origines sociales, je n'hésite pas.
— Rebelle un jour...
— Je serai toujours un étranger dans vos villes... Et s'il me prend parfois de les oublier, ces origines, il ne manque pas, régulièrement, de crétins pour me les rappeler...
— Au ciné non plus, tu n'iras pas, je suppose ?
— Aucune envie de célébrer l'hystérie de sorties : 20 nouveaux films à l'affiche aujourd'hui, pour des jauges à 30%.
— 35 !
— Oui, n'exagérons pas. 35% ! Posons le problème, comme quand on était mômes : Sachant que 20 nouveaux films seront dans les salles, que la jauge de celles-ci est plafonné à 35%, et que le couvre-feu est désormais instauré à 21h, combien de ces films rencontreront, comme on dit, leur public ? Combien sont mort-nés ? Par ici, la sortie.
—T'es vraiment rabat-joie.
— Nullement. J'ai décidé d'être heureux, vois-tu. Je me tiens donc l'écart de tout ce cirque, des débats du jour, des angoisses à deux balles, des préoccupations des Français...
— Ah bon, et comment tu fais ? C'est quoi, ta recette ?
— D'y travailler tous les jours. Et toutes les nuits.
— Tu ne vas pas me dire que tu ne fais plus d'insomnies ?
— J'allais le faire...
— Tu allais faire une insomnie ? Je ne comprends rien.
— J'allais te dire que je n'en fais plus depuis que j'ai mis au point mon nouveau programme.
— Bravo. On se voit quand alors ?
— Si tu as le courage de venir jusqu'ici quand il se décidera à faire beau, on ouvrira une bouteille dans le jardin et on boira à la santé de tous nos concitoyens netflixisés ou béeffemmisés, bref, perdus à jamais...
— En somme, tu vis désormais comme un vrai petit-bourgeois...
— Libre à toi de te livrer à ce genre d'interprétation. Moi, je vois plutôt ça comme un acte, petit certes, mais un acte véritable de résistance face à la lente déliquescence de nos existences. Allez, je coupe !

 

mercredi 4 novembre 2020

C'est bon, la France !


anonyme

 

Afin de récompenser ma fidélité et me faire aimer mon pays, le magasin de surgelés m'envoie régulièrement ses nouvelles promotions. La campagne du moment est tout bonnement intitulée C'est bon la France. M'est proposée une sélection de produits à prix réduits : du boeuf bourguignon à la quiche lorraine en passant par la tarte tatin, les cordons de poulet au beaufort A.O.P, les pains au chocolat (2 barres chocolat) pur beurre, ou encore la mogette de Vendée haricots blancs. Acheter ces produits estampillés France me fera-t-il avaler tout le reste ? 

 

***

 

Une énième tribune de soignants dénonçait il y a quinze jours les conditions de travail qu'affrontent les blouses blanches à l'heure de cette fameuse deuxième vague et critiquait la gestion de la crise par la bande au pouvoir. Malgré le discours officiel, rien n'aurait été anticipé, modifié — mise à part la suppression récente ou à venir d'une centaine de lits d'hôpitaux — pour faire face au virus que des spots publicitaires du ministère du sinistre Véran quotidiennement nous ont pourtant assuré depuis le mois de mai être toujours virulent. «  Vous allez souffrir, je le sais, c'est comme ça  », vient de répondre avec sa franchise légendaire et son accent du sud-ouest notre rigolo Premier ministre. Se souvient-on qu'un autre ministre, à la veille des derniers congés scolaires, soit à la même époque que cette tribune, incitait les Français à partir en vacances, en soutien à l'industrie du tourisme mal en point ?  

 

***

 

Autre point mal en point, celui promis par Castexte, quinze jours après l'annonce du reconfinement. Il sera vraissemblablement inutile tant ce nouvel enfermement schizophrène est contourné et moqué de tous côtés : écoles, collèges et lycées non fermés — pourtant foyers de contamination démontrés —, télétravail peu suivi, dérogations de déplacements tous azimut, abus de toute sorte au sein des entreprises, les Français tirent la langue au gouvernement qui promet restrictions et surveillance plus sévères. L'obscur Conseil de Défense, au coeur désormais de toute prise de décision politique, serait sur le pied de guerre.

 

***

 

Déjà le projet de loi de Sécurité globale, que nous pourrions croire sorti d'un mauvais roman d'anticipation du siècle dernier, annonce une surveillance toujours plus accrue des citoyens à l'aide de drones équipés de caméras, un assouplissement des prérogatives des policiers municipaux et des sociétés de sécurité privées, le recours à la reconnaissance faciale, et bien entendu l'interdiction pour les manifestants et internautes de diffuser des images de violences policières sur les réseaux sociaux... De belles dispositions qui s'ajoutent, après les derniers attentats terroristes, à l'idée balancée dans les médias d'un renforcement de la déchéance de nationalité ou encore de la création d'un Guantanamo à la française... Si l'Etat se préparait à une guerre civile, ou cédait clairement à la tentation totalitaire, s'y prendrait-il autrement ?

 

***

 

Contrairement aux établissements fabriqués au siècle suivant, disons des années 1960 à nos jours, ceux notamment qui affichent leur transparence, je me sens entièrement en confiance lorsque qu'il m'arrive, comme hier, de me perdre dans les couloirs aux murs lépreux d'un de ces hôpitaux du XIXe siècle vers six heures du soir parmi les odeurs de détergent, de soupe aux légumes et de merde. Je sais qu'ici on ne me raconte pas d'histoires. Souffrance et mort m'attendent dans l'une de ces chambres. 

 

 ***

 

Je veux me réveiller de bonne heure encore une fois,
avant le lever du soleil. Avant les oiseaux même.
Je veux m’asperger le visage d’eau froide
être assis à ma table de travail quand le ciel s’éclaircit et que la fumée
commence à sortir des cheminées
des maisons voisines.
Je veux voir les vagues se briser
sur les rochers de la plage,
pas seulement les entendre
comme cette nuit dans mon sommeil.
Je veux revoir les bateaux
de toutes les nations côtières du monde
passer le détroit -
vieux navires marchands crasseux avançant au ralenti,
et les rapides cargos modernes
peints de toutes les couleurs
qui déchirent l’eau sur leur passage.
Je veux avoir un œil sur eux.
Et sur les petits remorqueurs qui font la navette entre les cargos
et le poste du pilote près du phare.
Je veux les regarder débarquer un homme d’un bateau
puis en embarquer un autre.
Je veux passer la journée à regarder ce qui arrive
et en tirer mes propres conclusions.
Je déteste avoir l’air pingre - j’ai tant de raisons
déjà de remercier la vie.
Mais je veux me lever de bonne heure
au moins une fois encore.
Aller à ma place avec du café et attendre.
Attendre simplement, pour voir ce qui va se passer.

 

Raymond Carver : Là où les eaux se mêlent,
trad. Frédéric Lasaygues

jeudi 6 août 2020

Dois-je continuer ?

Remie Lohse


Tiré du lit par la moiteur ambiante, encore hagard, j'ouvre l'écran et, histoire de feindre un lien indéfectible avec le réel, survole quelques sites d'info, délaissés depuis des semaines. Mais rapidement, je sens qu'il va m'être difficile de m'extraire de l'univers de Manchette dans lequel je suis plongé ces derniers temps. Car c'est à Clamart, ville dans laquelle l'auteur de Nada a passé ses années de vaches maigres enragé, que je marque un premier arrêt.
La ville des Hauts-de-Seine sera en effet à la rentrée la douzième commune d'Ile-de-France à équiper ses policiers de caméras-piéton, afin de « rétablir la confiance entre la population et la police », selon le vœu émis le 14 juillet dernier par notre bon président. Chaque policier municipal en vadrouille sera équipé d'un petit boîtier individuel à l'utilisation aussi simple que celle d'un bon vieux camescope des familles. Ce souci de transparence, on l'a bien compris, est destiné à démontrer aux fâcheux que les violences policières n'existent pas. Prévu par le code de la sécurité intérieure et un décret du 27 février 2019, ce dispositif doit cependant être encadré par un protocole précis d'intervention que la ville se chargera de définir. Histoire de protéger les données, bien entendu. Il n'est pas question de divulguer les images filmées par les agents au premier venu. Une seule personne y aura droit. Sans plus de précision pour le moment. On y travaille.
***
Rien à voir. Un homme qui venait de fêter ses 61 ans la veille a été interpelé lundi dernier au BHV du Marais, à Paris. Les étranges agissements de ce retraité ont attiré l'attention d'un vigile de la boutique. L'homme déambulait depuis un moment, s'attardant régulièrement devant des femmes. Les chaussures de cet ancien commissaire général de police étaient équipées de caméras lui permettant de filmer sous les jupes de la clientèle féminine. L'ancien directeur territorial adjoint de la sécurité de proximité du Val-de-Marne (DTSP 94) a été placé en garde à vue, accusé d'avoir « utilisé un moyen pour apercevoir à son insu et sans son consentement les parties intimes d'une personne ». Ce passionné d'informatique, surnommé Cyberflic lorsqu'il dirigeait dans les années 1990 le service parisien d'enquêtes sur les fraudes aux technologies de l'information, médaillé d'honneur de la police nationale, chevalier de l'ordre national du mérite, sera jugé début janvier.
***
Autre procès, celui, médiatique pour le moment, intenté à ce pauvre Gérard Darmanin. On connaît plus ou moins l'histoire : l'ancien chargé de mission de feu l'UMP est accusé de viol par une femme qui avait sollicité son intervention dans une sombre histoire de chantage. Présentée comme ancienne escort-girl ou sympathisante UMP, c'est selon, la victime présumée se bat depuis des années pour avoir gain de cause. La nomination de Darmanin au poste de ministre de l'Intérieur le mois dernier a suscité, comme on le sait, une levée de boucliers, comme on dit, de la part des féministes, et un appel à la démission. Emmanuel Macron a tenté de calmer les esprits en affirmant, les yeux dans le prompteur, avoir eu une discussion avec son nouveau ministre « sur la réalité de ces faits et leur suite, parce que c'est un responsable politique intelligent, engagé, qui a aussi été blessé par ces attaques », et ainsi de suite. Aujourd'hui, c'est au tour de l'intéressé, si j'ose dire, de faire son numéro de com'. Dans un entretien accordé au journal de François Pinault, Le Point, Darmanin nous livre le fond de l'affaire : « La victime dans cette histoire, c'est moi. C'est moi dont on salit le nom. C'est à moi qu'on prête des comportements que je n'ai jamais eus ». Affirmant qu'il se tient à la disposition de la justice – qui sait où le trouver –, il reconnaît que « c'est difficile à vivre. Mais je n'ai pas le droit de me plaindre », avant d'embrayer sur les violences policières qu'il récuse tout autant que son prédécesseur et que leur patron.
***
Cinéma toujours, avec la crise que traversent les salles en raison de la pandémie, du confinement, du déconfinement pas très fin, de la trouille généralisée et de la perspective annoncée d'une nouvelle vague. Sans oublier ces cons de gros distributeurs qui repoussent sans cesse la sortie des blockbusters hollywoodiens sur lesquels comptaient les exploitants pour sortir de la crise leurs petites entreprises. Le sénat a, en mai dernier, estimé le manque à gagner des boutiques entre 113 et 121 millions d’euros. Et les quelques films porteurs sur lesquels la profession comptait pour relancer le tiroir-caisse ont fait long feu. La Bonne Epouse, sortie peu avant l'enfermement a été repoussé sur le chemin des salles (plus de mille écrans) en vain, malgré la Binoche. Idem pour la comédie made in Gaumont, Tout simplement noir, qui n'a pas su profiter du mouvement Black lives matter pour surfer sur la vague du succès.



Quant aux Blagues de Toto, elles semblent plus qu'éculées. Même débandade dans le cinéma d'auteur avec le flop du dernier film (on l'espère) de François Ozon, Eté 85. Le confinement, comme on le sait, a fait le bonheur des Gafam et des plateformes numériques offrant des flux de séries et autres images en mouvement. Les plus malins (UGC, Gaumont…) ont vendu leurs produits qui à Netflix, qui à Amazon, sans même penser à sauver les apparences. D'autres espèrent des jours meilleurs sans vraiment trop y croire et réclament l'aide de l'Etat. Enfin, certains ont déjà baissé le rideau. La convergence des médias, comme on disait à une époque, est plus que jamais une réalité (virtuelle, comme tout le reste).

 ***

- Quelque chose ne va pas ?
Epaulard se mit à rigoler soudain.
- C'est le voisinage des jeunes filles qui me trouble. 
- Je ne suis pas une jeune fille, je suis une putain, dit Cash.
- Exagère pas, Cash ! dit le Catalan.
- Je suis une femme entretenue, dit Cash. Cette maison, par exemple. Bénissez le micheton qui me l'a prêtée pendant qu'il passe l'hiver aux Etats-Unis à se perfectionner dans les techniques du marketting et du racket, du racketting et du market. Poil à la braguette.
- Et elle s'est même pas laissé sauter, rigola Buenaventura.
- Si, dit Cash.
- Tu m'avais caché ça.
- Oui, dit Cash. Mais il ne faudrait tout de même pas croire que je suis inaccessible, précisa-t-elle, en regardant très froidement Epaulard.
Le quinquagénaire ne savait que penser. Son esprit choisit la facilité et il se dit que cette fille est une salope, il la tringlera quand il voudra, où il voudra, sur un tas de foin. Il vida son verre, baissa les yeux sur le bois de la table. 
- On peut savoir pourquoi vous marchez dans une combine comme celle dont il est question ?
Cash eut une moue ironique.
- Je suis pour l'harmonie universelle, dit-elle, et pour la fin du pitoyable Etat civilisé. Sous mon apparence froide et apprêtée se cachent et bouillonnent les flammes de la haine la plus brûlante à l'égard du capitalisme bureaucratique qu'a le con en forme d'urne et la gueule en forme de bite. Dois-je continuer ?
Epaulard la regardait, l'œil rond.
- T'esquinte pas, camarade, dit Buenaventura. C'est la grande incompréhensible, cette morue.
JP Manchette, Nada, 1972

mercredi 12 février 2020

Une odeur infecte


Je fais une rapide recherche au lever du lit. 1981, année de sa parution en espagnol. 1982, Prix Nobel. Je ne trouve pas la date de publication de sa traduction française. Le nom de García Márquez ne figure plus sur la liste des auteurs de la maison Grasset-Hachette-Lagardère. Il n'est plus qu'un sujet, celui d'une biographie d'un certain Gérald Martin. Un livre est mis en avant sur le site de Grasset, Le Consentement. 
Peu importe.
Je n'ai jamais été un littéraire. Et encore moins, mon père. Jusqu'alors, je ne l'avais vu lire que Le Parisien ou France-Soir. Rarement L'Equipe. En 1981, François Miterrand est élu président le jour de son anniversaire. Est-ce l'année où, pour ses 53 ans, ma sœur et moi lui offrons Crónica de una muerte anunciada ? L'avons-nous acheté un an plus tard, après la distinction internationale, pourtant décernée en décembre ? Une chose semble aujourd'hui certaine, nous n'avons probablement jamais, à cette époque, entendu parler du realismo mágico. Pourtant. Pourtant, ma sœur, mon aînée, lisait. Tout ce qui lui passait sous la main, ou presque. Dans ces années, ma mère avait rapporté à la maison, totalement dépourvue de livres si l'on excepte les ouvrages scolaires, les prix de fin d'année et un dictionnaire, une partie de la bibliothèque dont un de ses employeurs se débarrassait. Je doute que le Colombien figurât parmi les nouveaux venus. 1982, c'est l'année du bac, puis de la fac. Ma mémoire joue les abonnées absentes. Je ne sais plus si je fais connaissance d'Ignacio dès ma première année à Jussieu. Mais je me souviens que García Márquez était l'un de ses auteurs fétiches, qu'il le citait régulièrement. Communisme tropical et cinéma. L'Amérique du sud commence à m'intéresser. Mais par le tango. Et son football, seule culture héritée alors de mon père — les bars viendront plus tard.
Je ne sais plus si je vole déjà des livres. Ce cadeau d'anniversaire, que je revois mon père lire au lit, nous le payons ma soeur et moi en vidant notre tirelire sur le compoir de la librairie espagnole de la rue de Seine, depuis disparue — la librairie, pas la rue... Enfin, faut voir. C'est aussi me semble-t-il le premier livre que je lis en espagnol. En fouillant les rayons littérature étrangère de la Fnac, terrain privilégié de mes prises de guerre — au nom d'une semi-morale libertaire, je m'interdisais d'agir dans les boutiques indépendantes — je dégotais, aux côtés de titres de Fante, Bove, Ramuz, Beckett, Topor ou Cioran, dérobés sur d'autres étagères, quelques textes supplémentaires du pote à Fidel en V.O.
Je ne sais pourquoi cette image unique de mon père lisant au lit avant sa sieste du dimanche m'est revenue ce matin. J'ai voulu l'écrire, mais un mot a chassé l'autre, pris à son tour pour un autre, père pour amour, page pour héritage, ratures pour littérature et ainsi de suite jusqu'à la chute sans fin dans les ténèbres. J'ai laissé le texte pour plus tard et pris la route du boulot. Sur le scooter, comme bien souvent, la suite du texte, de nouvelles ratures, la résurgence décousue d'autres lectures m'aidaient à combattre le froid et l'ennui. Je repensais aux mots de la chérie au réveil, Tu devrais soumettre à Jean-Paul Dubois une suite ou une variante à Vous plaisantez, monsieur Tanner qui conterait notre quête désespérée d'un toit, avec cette ribambelle de personnages plus invraissemblables les uns que les autres, leur odeur infecte... La découverte de Dubois, justement, me demandais-je en route, ce fut quand ? A peine plus tard. J'ai encore en tête une chronique littéraire sur le Canal historique tenue par un certain Alexandre Jardin qui vantait les mérites de Tous les matins, je me lève. Avait-elle suffi à me convaincre de lire un auteur français contemporain ? Ou bien, plus certainement, l'aphorisme tiré d'Ecartèlement que le Toulousain avait mis en exergue de son premier roman ? Quelle musique le Roumain de la rue de l'Odéon avait-il offert à la lucidité et au courage de se lever ? J'essayais en vain d'en retrouver les notes en dévalant la côte de la Boissière lorsque je me surpris à ignorer grossièrement un bras en uniforme bleu marine me faisant signe sur le rond-point parfumé dès le matin à la friture industrielle des fast-food en drive in. De peur de perdre un oeil, je me ressaisis, ralentis, obéis à l'injonction de couper le moteur et affichait subtilement mon indéfectible anarchisme de pacotille dans le refus de répondre au bonjour de ces trois pauvres énergumènes. Je recherchais toujours l'aphorisme exact, plié intérieurement de rire, et fouillais désespérément le bazar de mon portefeuille avant de tendre à l'un ma carte d'identité, à l'autre la grise et enfin la verte. Pas moyen de retrouver les mots de Cioran cités par Dubois. Peut-être l'un d'entre eux les connaissait-il par coeur ? L'idée de leur poser tranquillement la question fut rapidement écartelée. Le débat qu'elle pouvait susciter m'aurait fait perdre temps, voire emploi sans parler de mon intégrité physique. Après leurs vérifications qui me semblèrent minables et interminables, le plus jeune du gang mit ma photo d'identité sous mes yeux et pénaud glissa Vous avez l'air d'un tueur à gages là-dessus. J'étais sur le point de répondre qu'en réalité, j'étais un terroriste du black bloc kurde pro-islamiste mais ne sachant où l'acheter, le courage, j'eus l'idée de garder le silence et mes deux yeux. Ma sédition exemplaire se limita à ne pas répondre à leur Bonne journée, monsieur. Et à quelques insultes crachées mentalement en pétaradant sous leur nez et en repensant à tous ces Max Lampin quotidiens sur qui l'on aimerait déverser une pleine benne d'excréments, en commençant par tous ceux qui m'ont enquiquimerdé aujourd'hui m'empêchant d'en finir avec ce texte. 




NB : je garde précieusement cachée dans ma bibliothèque l'édition originale de ce chef-d'œuvre de Roland Topor, datant je crois de 1968, trouvée comme il se doit à la Fnac. Elle sera l'héritage de mes filles, qui en rafolent. Les autres se consoleront en apprenant que la maison Wombat vient tout juste de rééditer la chose.

NB 2 : ne cherchez plus, je viens de retrouver les mots de Cioran. C'est cadeau.
Si on avait une perception infaillible de ce qu'on est, on aurait tout juste encore le courage de se coucher, mais certainement pas celui de se lever.

vendredi 7 février 2020

Petit rappel


...Parler du mono­pole ou même de l’usage de la vio­lence légi­time relève d’une erreur de droit. Il n’y a pas de mono­pole de la vio­lence légi­time pour l’État. Ça n’existe pas dans le droit pénal. Toute vio­lence, quelle qu’elle soit, est une infrac­tion pénale. Vous pou­vez ensuite avoir des faits justifica­tifs ou des causes d’exonération de responsa­bili­té pénale. La légi­time défense en est une, elle s’applique à tout le monde, aux poli­ciers comme aux citoyens. Deux cri­tères la défi­nissent : l’absolue néces­si­té et la pro­por­tion­na­li­té. Les policiers y sont eux aus­si sou­mis...

extrait d'un long et passionnant entretien de la revue Ballast
avec l'avocat Arié Alimi.
à lire en cliquant ici.


mercredi 9 octobre 2019

Dérives

Dans l'asphyxiant brouillard socio-politique, entretenu par ce que les Américains nomment très justement l'industrie de l'entertainment, paraît ces jours-ci le premier roman de l'ami David Dufresne, Dernière sommation, qui s'inspire de sa propre expérience face à la répression policière du mouvement des gilets jaunes et de sa connaissance en matière de maintien de l'ordre. Il en parle au micro du parfois agaçant Denis Robert pour Le Média. L'exercice à chaud est difficile mais la lecture de ce récit est plus qu'indispensable pour saisir le temps que nous traversons et que d'aucuns tentent de banaliser, à droite, et en même temps à gauche, au nom de la sauvegarde de la démocratie. On connaît la chanson, n'est-ce pas...




L'Etat policier et ses liens conjoncturels et historiques avec le fascisme est illustré par exemple par ce que vit depuis plusieurs mois le militant antifasciste Antonin Bernanos. La revue Vacarme vient de publier une lettre écrite depuis sa cellule de la Santé par ce dangereux prisonnier politique, qui, comme il le rappelle, est peut-être le plus médiatisé — en raison de son nom ? —, mais n'est pourtant pas le seul à se retrouver enfermé de manière arbitraire quand un grand nombre de militants fascistes, par exemple, continuent à parader en pleine lumière, en collaborant il est vrai avec un Etat à la dérive (totalitaire), et des médias tenus par une poignée de millionnaires.

Je vous écris depuis la maison d’arrêt de la Santé, où je suis incarcéré dans le cadre d’une procédure judiciaire ouverte le 18 avril dernier à l’encontre de plusieurs personnes et militants antifascistes, suite à une confrontation ayant opposé des antifascistes à des militants d’extrême-droite. Cela fait près de six mois que je suis enfermé, six mois au cours desquels j’ai subi différents types de pressions de la part de l’institution judiciaire et de l’administration pénitentiaire. J’ai dans un premier temps été écroué à la maison d’arrêt de Fresnes, où la direction m’a placé sous le régime de l’isolement médiatique en raison de mon appartenance à des « mouvances radicales et violentes d’extrême-gauche. J’ai été ensuite transféré du jour au lendemain à la Santé, en transit pour un transfert dans un établissement sécurisé en dehors de l’Île-de-France - puisque je bénéficierais, selon la direction interrégionale des services pénitentiaires de Paris, de « soutiens extérieurs pouvant nuire à la sécurité des établissements franciliens ». Par ailleurs, il y a deux mois, la juge des libertés et de la détention en charge de mon dossier a ordonné la fin de ma détention provisoire et ma remise en liberté, décision aussitôt annulée par une cour d’appel aux ordres du parquet de Paris, qui a mobilisé son attirail judiciaire pour empêcher ma libération. Cet acharnement, assez typique de la justice et de l’administration pénitentiaire, est exercé à mon encontre alors que toutes les autres personnes incriminées ont été libérées et placées sous contrôle judiciaire, et qu’il n’existe aucun élément dans le dossier permettant de m’associer d’une quelconque façon à l’affrontement. Aucun élément, sauf la déclaration d’un militant identitaire, Antoine Oziol de Pignol, hooligan du Kop of Boulogne, au sein du groupe de la Milice Paris, militant actif de Génération identitaire, et proche du groupuscule nationaliste des Zouaves Paris, avec qui il était au moment de l’affrontement...
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Bonus, hier, France culture diffusait un documentaire consacré à Davduf, lanceur d'alerte – salut à Jean Songe !
On peut l'écouter sur le site de la radio publique,
l'y télécharger ou cliquer ci-dessous.



dimanche 30 juin 2019

Toujours plus loin


« On a évité de reculer mais nous devons aller beaucoup plus loin et nous mettrons toute notre énergie pour aller plus loin ».
Emmanuel « Champion du climat » Macron
27 juin 2019.

et le lendemain…

vendredi 14 juin 2019

Après la démocratie


Les anti-fascistes ont mauvaise presse. Un ami me signale un communiqué publié il y a quelques jours par Libérons-les. Il y est question d'Antonin Bernanos qui, comme c'est le cas pour Gaspard Glanz, et quelques autres, est régulièrement pris pour cible par les forces du désordre républicain. Je ne connais pas vraiment le fond de l'affaire qui a mené une nouvelle fois le petit-fils de l'auteur des Grands cimetières sous la lune derrière les barreaux – pas le souvenir d'avoir lu la moindre ligne dans nos grands médias –, mais j'ai gardé des réflexes de journaliste et m'empresse donc de coller le texte ci-dessous sans rien vérifier ni recouper.

Antonin Bernanos, antifasciste parisien, en prison depuis près de deux mois en raison de son militantisme.

Le 15 avril dernier, des militants antifascistes de la région parisienne ont été arrêtés suite à une confrontation de rue avec des membres des groupuscules d’extrême-droite Zouaves Paris, Milice Paris et Génération Identitaire. Cet affrontement fait suite à une série d’agressions de la part de ces bandes fascistes au sein du mouvement des gilets jaunes, comme celle très remarquée du cortège du NPA le 26 janvier à Paris. Dans cette affaire du 15 avril, les militants fascistes n’ont pas été inquiétés par la justice et l’un d’eux a même porté plainte. En revanche, plusieurs militants antifascistes ont été mis en examen et Antonin Bernanos a été placé en détention provisoire par le juge des libertés et de la détention, Charles Pratz, au centre pénitentiaire de Fresnes le 18 avril 2019. Hier, le 11 juin 2019, la chambre de l’instruction a décidé de rejeter l’appel de cette décision et a confirmé le maintien en détention d’Antonin.
À ce jour, le dossier judiciaire est vide et la juge d’instruction, Sabine Kheris, n’a toujours pas commencé ses investigations ; l’enquête policière n’avance donc pas, et pour cause, puisqu’ils n’ont pas d’éléments contre Antonin. Celui-ci conteste d’ailleurs les faits qui lui sont reprochés, ce qui ne laisse aux autorités que l’option de la manipulation : preuves erronées, nouvelles affaires à charge mensongères et négation totale du principe de présomption d’innocence – autant de procédés systématiquement mis en œuvre dans l’affaire dite du quai de Valmy ou celle de Tarnac. Sa détention est uniquement fondée sur son profil de militant et sa condamnation dans l’affaire du quai de Valmy.
Comme si cela ne suffisait pas, l’administration pénitentiaire a décidé de le placer en isolement depuis le 9 mai 2019, toujours en raison de ses activités politiques. En outre, les permis de visite de ses proches ont été perdus par la juge et n’ont pu obtenir de validation qu’après une décision en appel au bout de deux mois. Antonin n’a donc eu que la visite de son avocat depuis le début de sa détention. Évidemment, ses courriers comme ceux de ses proches sont bloqués chez la juge. De plus, Antonin estaujourd’hui dans l’impossibilité de poursuivre son master, lui qui avait déjà dû valider sa licence en détention à Fleury.
Cet acharnement judiciaire contre un militant ne sort pas de nulle part. Il s’ancre dans les formes de justice d’exception et de répression de masse forgées depuis des décennies dans les quartiers populaires et utilisées depuis quelques années contre les militants et les mouvements sociaux qui contestent les politiques gouvernementales. Le mouvement des Gilets Jaunes a sans aucun doute constitué un nouveau pas franchi dans ce tournant autoritaire, avec ses dizaines de mutilations, ses milliers de gardes à vues et ses 800 condamnations, dont 388 se sont traduites par de la prison ferme. Au sein de cette criminalisation croissante des mouvements sociaux, les antifascistes et les autonomes sont particulièrement ciblés depuis des mois : noms des supposés leaders diffusés dans la presse, arrestations préventives le jour des manifestations (qui aboutissent de fait à des « interdictions de manifester », mesure pourtant retoquée récemment par le Conseil constitutionnel), incarcération d’Antonin, dont Alain Bauer dira à la télévision, sans peur du ridicule, qu’elle explique le faible nombre de « blacks blocs » présents à Paris le 1er mai 2019.
À l’heure où le gouvernement tente d’imposer une fausse alternative entre « populisme » et « progressisme », l’acharnement judiciaire contre Antonin et ses camarades doit être pris pour ce qu’il est : la vengeance de l’État contre celles et ceux qui ont rendu impossible l’amalgame entre fascistes et Gilets Jaunes. Celles et ceux qui demeurent intraitables faces aux bandes d’extrême-droite sans pour autant céder d’un pouce face à l’autoritarisme délirant du bloc au pouvoir.
***

PS : Journaliste, un boulot dangereux


mercredi 24 avril 2019

Rien à voir


Bien entendu, je suis, comme beaucoup, outré par l'affaire Gaspard Glanz. Je ne comprends pas que dans une démocratie comme la nôtre, de tels faits soient possibles. Il est intolérable qu'un tel personnage, militant gauchiste déclaré, se pavane désormais devant les micros en victime d'une prétendue répression policière, voire d'un acharnement politique, un certain pouvoir en aurait, dit-il, fait une sorte de fixette personnelle. Et puis quoi encore ? Il est évident que cet énergumène cherche constamment — il n'en est pas à ses premiers soucis avec la justice — à en découdre avec les forces de l'ordre — qui ne ripostent que lorsqu'elles se sentent en danger —, et, à l'instar de ses amis zadistes et blackbloquistes — ceux-là mêmes qui invitent nos policiers à se suicider ! —, a pour but la destruction de la République et la destitution d'un Président démocratiquement et fièrement élu. La France a toujours craint et rejeté les réformes, par principe, et c'est tout à l'honneur du gouvernement actuel d'insister coûte que coûte — que pèse face à ce courage un œil ou une main de gilet jaune ? — dans sa volonté pour moderniser notre pays. Gaspard Glanz n'est pas journaliste. Il n'a rien à voir avec ces figures qui, au quotidien, font honneur à la profession et à sa légendaire déontologie : Alain Duhamel, David Pujadas, Laurent Delahousse, Nathalie Saint-Cricq, Eric Fottorino, Laurent Joffrin, Jean Quatremer, Nicolas Demorand, Ali Badou, Thomas Legrand, Léa Salamé, Yves Calvi, Jean-Michel Apathie, Apolline de Malherbe, Bruce Toussaint..., j'en passe et des meilleurs. Non, Gaspard Glanz n'a rien à voir avec cette race d'hommes et de femmes. Il était temps de lui confisquer sa caméra Gopro, véritable arme par destination lorsqu'elle se retrouve sur le casque du premier apprenti-terroriste venu. Rappelons enfin que ce soi-disant journaliste n'a pas de carte de presse et a été interpellé en raison de sa « participation à un groupement en vue de commettre des dégradations et d’outrage à personne dépositaire de l’autorité publique » — il n'y a pas de fumée sans feu, c'est connu. Oui, les Français, « peuple de bâtisseurs », ont aujourd'hui honte de ce battage médiatique inutile, préfèrant se concentrer sur la reconstruction — en cinq ans, nous a promis notre Président — de Notre-Dame et sur les prochaines Européennes où ils souhaient, plus que jamais, faire barrage aux extrêmistes et autres populistes de tous bords et faire enfin entrer notre start-up nation dans le XXIe siècle.



dimanche 13 janvier 2019

Extrêmement gravissisme

Entre les deux derniers actes des Gilets jaunes, l'indispensable Aude Lancelin recevait l'ami et tout aussi indispensable David Dufresne qui, sur twitter, depuis début décembre, recense la violence de la répression policière, souvent occultée, du moins relativisée, par les grands médias, et qui répond à de clairs et cyniques choix politiques de dirigeants dépassés.


vendredi 21 décembre 2018

Visages du fascisme




Bilan provisoire :

ZINEB REDOUANE, 80 ans, a été tuée par une grenade lacrymogène reçue
en plein visage à Marseille le 1er décembre 2018.
JEROME H. a perdu son œil gauche à cause d’un tir de LBD 40 à Paris le
24 novembre 2018.
PATRICK, a perdu son œil gauche à cause d’un tir de LBD 40 à Paris le
24 novembre 2018.
ANTONIO, 40 ans, vivant à Pimprez, a été gravement blessé au pied par
une grenade GLI F4 à Paris le 24 novembre 2018.
GABRIEL, 21 ans, apprenti chaudronnier vivant dans la Sarthe, a eu la main arrachée par une grenade GLI F4 à Paris le 24 novembre 2018.
SIEGFRIED, 33 ans, vivant près d’Epernay, a été gravement blessé à la main par une grenade GLI F4 à Paris le 24 novembre 2018.
MAXIME W., a été brûlé à la main et a perdu définitivement l’audition à cause d’une grenade GLI F4 à Paris le 24 novembre 2018.
CEDRIC P., apprenti carreleur vivant à la Possession (Réunion), a perdu son œil gauche à cause d’un tir de LBD 40 à la Possession le 27 novembre 2018.
GUY B., 60 ans, a eu la mâchoire fracturée par un tir de LBD 40 à Bordeaux le 1er décembre 2018.
AYHAN, 50 ans, technicien Sanofi vivant à Joué-les-Tours, a eu la main arrachée par une grenade GLI F4 à Tours le 1er décembre 2018.
BENOIT, 29 ans, a été gravement blessé à la tempe par un tir de LBD 40 à Toulouse le 1er décembre 2018. Il a été placé dans le coma pour 15 jours, sa vie est en danger.
MEHDI, 21 ans, a été gravement blessé lors d’un passage à tabac à Paris le 1er décembre 2018.
MAXIME I., 40 ans, a eu une double fracture de la mâchoire à cause d’un tir de LBD 40 à Avignon le 1er décembre 2018.
FREDERIC R., 35 ans, a eu la main arrachée par une grenade GLI F4 le 1er décembre 2018 à Bordeaux.
DORIANA, 16 ans, lycéenne vivant à Grenoble, a eu le menton fracturé et deux dents cassées par un tir de LBD 40 à Grenoble le 3 décembre 2018.
ISSAM, 17 ans, lycéen vivant à Garges les Gonesse, a eu la mâchoire fracturée par un tir de LBD 40 à Garges-les-Gonesse le 5 décembre 2018.
OUMAR, 16 ans, lycéen vivant à Saint Jean de Braye, a eu le front fracturé par un tir de LBD 40 à Saint Jean de Braye le 5 décembre 2018.
JEAN-PHILIPPE L., 16 ans, a perdu son œil gauche à cause d’un tir de LBD 40 le 6 décembre 2018 à Bézier.
RAMY, 15 ans vivant à Vénissieux, a perdu son œil gauche à cause d’un tir de LBD 40 ou une grenade de désencerclement à Lyon le 6 décembre 2018.
ANTONIN, 15 ans, a eu la mâchoire et la mandibule fracturées par un tir de LBD 40 à Dijon le 8 décembre 2018.
THOMAS, 20 ans, étudiant vivant à Nîmes, a eu le sinus fracturé par un tir de LBD 40 à Paris le 8 décembre 2018.
DAVID, tailleur de pierre vivant en région parisienne, a eu la maxillaire fracturée et la lèvre arrachée par un tir de LBD 40 à Paris le 8 décembre 2018.
FIORINA L., 20 ans, étudiante vivant à Amiens, a perdu son œil gauche à cause d’un tir de LBD à Paris le 8 décembre 2018.
ANTOINE B., 26 ans, a eu la main arrachée par une grenade GLI F4 à Bordeaux le 8 décembre 2018.
JEAN-MARC M., 41 ans, horticulteur vivant à Saint-Georges d’Oléron, a perdu son œil droit à cause d’un tir de LBD 40 à Bordeaux le 8 décembre 2018.
ANTOINE C., 25 ans, graphiste freelance vivant à Paris, a perdu son œil gauche à cause d’un tir de LBD 40 à Paris le 8 décembre 2018.
CONSTANT, 43 ans, technico-commercial au chômage vivant à Bayeux, a eu le nez fracturé par un tir de LBD 40 à Mondeville le 8 décembre 2018.
CLEMENT F., 17 ans, a été blessé à la joue par un tir de LBD 40 à Bordeaux le 8 décembre 2018.
NICOLAS C., 38 ans, a eu la main gauche fracturée par un tir de LBD 40 à Paris le 8 décembre 2018.
YANN, a eu le tibia fracturé par un tir de LBD 40 à Toulouse le 8 décembre 2018.
PHILIPPE, a été gravement blessé aux côtes, avec hémorragie interne et fracture de la rate par un tir de LBD à Nantes le 8 décembre 2018
ALEXANDRE F., 37 ans, a perdu son œil droit à cause d’un tir de LBD 40 le 8 décembre 2018 à Paris.
MARIEN, 27 ans, a eu une double fracture de la main droite à cause d’un tir de LBD 40 le 8 décembre 2018 à Bordeaux.
FABIEN, a eu la pommette fendue et le nez fracturé par un tir de LBD 40 le 8 décembre 2018 à Paris.

Joyeux noël à tous !




bonus 
 

samedi 7 juillet 2018

Cash !

Parfois, je me sens proche du plus grand des écrivains français, Victor Hugo, car, comme lui, je provoque des passions d'une grande intensité... Au XXe siècle, je ne vois guère que Françoise Sagan et moi...
Paul-Loup Sulitzer

samedi 6 mai 2017

En attendant le désastre


C'est entendu. Un maqueron révolutionnaire s'apprête à gérer notre beau pays comme une start-up, au service de la logique financière, le non-phénomène FN ayant servi de nouveau d'épouvantail pour faire consensus autour de la prétendue démocratie et du jeune banquier au sourire figé qui, en bon démocrate qu'il est, ni de gauche ni de droite, gouvernera par ordonnances. Tout est déjà planifié. Ce fascisme 2.0 imposera le démantèlement de ce qui reste de l'Etat-Providence, la privatisation complète de la société, la confiscation de l'information, l'état d'urgence permanent et la répression de tout opposant — par tous les moyens, comme l'a encore démontré la manifestation du 1er mai dernier. Si nos chers médias ont mis l'accent uniquement sur les deux policiers blessés — l'un de ces agents s'est blessé tout seul en dégoupillant sa grenade... — ils ont fait silence sur la centaine de victimes côté manifestants.


source : Street-Medics




En attendant les prochaines violences, le site Lundi matin revient sur ce triste Premier mai et son traitement médiatique.

Après la manifestation parisienne du 1er mai 2017 : une photo de policiers et de flammes a fait le tour du monde ; le ministre de l’Intérieur a dénoncé des agissements criminels (de la part des manifestants) ; la presse n’a vu que les communiqués de la Préfecture ; le préfet évoque 150 casseurs ayant agressé les forces de l’ordre ; les manifestants accusent la police d’avoir tronçonné le cortège sans raison ; les syndicats de policiers se plaignent de n’avoir pu utiliser leurs armes ; les street médics évoquent de nombreuses blessures provoquées par des LBD 40, notamment au visage. Mais que s’est-il donc passé ?
 La suite ici







mercredi 29 mars 2017

Civilité et sécurité




Suite à un billet consacré à la police municipale de Montreuil, un ami inconsolable qui a le bonheur de travailler dans la guillerette localité autrefois chère à Eric Raoult — chevalier de la légion d'honneur, relaxé comme on s'en souvient pour des faits de violences sur conjoint et accusé de harcèlement par sms —m'envoie cette photo et le commentaire suivant dégoté sur le site de la ville désormais dirigée par Jean-Michel Genestier (DVD) :


Après une année 2016 placée sous le signe de l’emploi, la Ville a choisi de consacrer 2017 à la civilité et à la sécurité.
Dans ce cadre, vous avez pu découvrir dans les panneaux de la ville une campagne de communication visant à remercier les personnes engagées qui œuvrent chaque jour pour la sécurité des Raincéens.
Reconnaissant leur dévouement, il était primordial pour la Municipalité d'exprimer sa gratitude.

Nos banlieues sont prêtes : Marine, c'est quand tu veux, conclut mon camarade. Je pense qu'il exagère...



jeudi 23 mars 2017

Passion policière


Je viens de trouver dans ma boîte aux lettres le journal municipal, autrefois nommé La Dépêche de Montreuil, qui change de nom selon l'étiquette de l'édile. Résumons. En 2014, Patrice Bessac, 38 ans, ancien étudiant en philosophie et ouvertement homosexuel, me dit Wikipédia – ce que j'ignorais et dont je me contrefiche quelque peu –, membre du PCF, a succédé à Dominique Voynet, 58 ans mais qu'on ne présente plus. Elle-même avait pris la place de Jean-Pierre Brard, 69 ans, apparenté communiste et à la tête de la ville durant 25 ans. J'ai même connu le prédécesseur de Brard, c'est dire… Brèfle, comme dit le poète, aujourd'hui le journal s'appelle tout simplement Le Montreuillois. Depuis cette nouvelle formule, sur papier glacé, je ne loupe jamais la rubrique de Philippe Hivert, 45 ans, qui revient sur les faits historiques de la ville. J'avais dernièrement appris qu'un bistrotier montreuillois nommé Bertrand fut accusé d'avoir comploté contre Louis-Philippe, que 14 000 Montreuillois avaient pris part à la Première Guerre mondiale, ou que Charles Trenet et Edith Piaf, dite La Vedette de la radio, avaient chanté en 1936 au Parc des Beaumonts – ce même espace vert où se rend ma chérie tous les jours avec le chien. Or quelle n'est pas ma déception de constater que le numéro 31 de notre canard chéri est dépourvu de Notre histoire... Me trompé-je et ces papiers ne sont-ils publiés qu'une fois par mois ? J'espère que les coupes budgétaires n'ont pas définitivement sacrifié la plume amusante et instructive de l'historien. Bougon, je me reporte cet après-midi sur l'une des colonnes régulières qui, je le sais, me remontera le moral, celle du Carnet de la police municipale, page 3. Semaine après semaine, le travail de cette police de proximité me passionne. Pour que vous compreniez mieux le grand intérêt que je lui porte, je me permets de citer ici la colone in extenso.


14 mars. Mise en fourrière d'un véhicule en stationnement gênant, place Le Morillon, d'une voiture épave et d'une autre sans plaque d'immatriculation, allée Daniel-Fery.

10 mars. Restitution à son propriétaire d'un véhicule en stationnement gênant, qui s'est acquitté sur place des frais et de l'amende, rue Emile-Baufils.

9 mars. Enlèvement d'un véhicule en stationnement gênant, rue Edouard-Vaillant.

8 mars. Enlèvement de plusieurs véhicules dans le quartier du Morillon. Un véhicule a été retrouvé sans plaque d'immatriculation, et deux autres à l'état d'épave.

7 mars. Restitution à son propriétaire d'un véhicule verbalisé pour stationnement gênant, avenue du Colonel-Fabien, qui s'est acquitté sur place des frais de mise en fourrière.

4 mars. Mise en fourrière de 4 véhicules en stationnement gênant ou abusif boulevard Paul-Vaillant Couturier.

3 mars. Verbalisation de véhicules en stationnement gênant rue Marcel-Sembat, Denis-Buisson et Etienne-Marcel, conformément aux arrêtés municipaux qui encadrent l'installation du marché de la Croix-de-Chavaux.

1er mars. Les services de la police munipale ont accueilli quatre nouveaux ASVP (agents de surveillance de la voie publique), embauchés à temps complet. La police municipale rappelle ses missions (voir page 9)

J'obéis et file page 9. Un barbu à casquette et gilet pare-balles, tout souriant, pose devant un véhicule de la police municipale. Son nom, Frédéric Saby. Son âge n'est pas indiqué. La trentaine, dirais-je. J'apprends qu'il occupe la fonction que lui confèrent cet uniforme et cette voiture depuis décembre 2016. Je suis heureux pour lui. La notule intitulée Qui est-il ? Que fait-il ? affirme que le choix de ce métier est réfléchi. Car « il met en contact avec les Montreuillois et donne tout son sens au service public. Il faut être à la hauteur et répondre à leurs besoins ». Montreuillois lui-même, Frédéric Saby reconnaît « une fierté d'exercer ce métier dans sa ville, de se sentir utile… » L'article ne manque pas de rappeller que les journées d'un agent sont « très diversifiées »…