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mercredi 30 juillet 2025

Du malheur d'être homme

Gil Prates

 

Il fut un temps, pas si lointain, où la radio d'Etat dite France culture offrait à une personnalité un espace de trois heures pour retracer son parcours, écouter les personnes qui comptaient pour elle, et ainsi de suite… Les nuits de la chaîne, constituées d'archives sonores, ont rediffusé dernièrement Le Bon plaisir d'Annie Le Brun, enregistré en 1992. Celle qui affirmait qu'« il n’y a pas de poésie sans la conscience extrême du malheur d’être homme » était entourée de Jean-Jacques Pauvert, du directeur du Crazy Horse, Alain Bernardin, et du plasticien surréaliste québécois Jean Benoît – Alfred Jarry s'étant fait porter pâle ce jour-là. 

 

 

vendredi 10 mars 2023

Philosophie des ruines

Yaroslav Prokopenko

Un abonné du blogue qui me veut du bien m'apprend la diffusion, la semaine dernière, sur notre grande et belle radio d'Etat nommée France culture, d'une série d'entretiens menés par Guillaume Erner, grand journaliste du service public qu'on ne présente plus, avec ce non moins grand et honorable et vénéré philosophe français, et international – le monde entier nous l'envie –, Bernard-Henri Lévy – Christine Angot, paraît-il, en bave de jalousie. Un grand moment de stimulation intellectuelle produit dans le cadre du programme "A voix nue" et tout simplement intitulé BHL au-delà des initiales. Le premier épisode, Une enfance des deux côtés de la Méditerranée, évoque, avec beaucoup d’émotion, et même de dévotion, sa mère et son père, couple fusionnel, avide de culture, mais ayant, est-il précisé, peu de vie sociale. Le deuxième, Une jeunesse littéraire, nous rappelle cet étudiant de Normale Sup, marqué par des rencontres importantes : Althusser, Foucault, Lacan, et surtout Malraux, qu'il visite au crépuscule de sa vie, événement qui déclenchera son désir de rendre compte des conflits éloignés et oubliés, ainsi son tout premier voyage, son premier engagement à la George Harrison : le Bangladesh. Suivent l'épisode Le dandy engagé, et ce nom certes plat, trouvé par lui-même mais qui va le rendre célèbre, à l'image de sa chemise blanche : « nouveaux philosophes ». Lorsque les premiers livres paraissent, nous rappelle-t-on, surgissent les premières polémiques : le BHLisme est, souvenons-nous, contemporain de l’anti-BHLisme… Métier : Intellectuel, évoque tout naturellement le couple qu’il forme avec la sublime Arielle Dombasle, et nous révèle son rôle de père comblé, fier de ses deux enfants, sa vie de voyageur et sa fascination pour le monde musulman, d'où il vient et où il retourne sans cesse pour documenter les tumultes du monde. Enfin, nous abordons, bien tristement, le dernier épisode, BHL, un pouvoir, retour sur sa célébrité et son apparence médiatique, qui, avouons-le avec France culture, empêchent malheureusement d’écouter sans a priori les analyses profondes et pertinentes du plus célèbre des Germanopratins…
En dessert, nous ne manquerons pas de lire avec gourmandise le papier de Pierre Rimbert, BHL, le sparadrap du Palais…
Dans la même famille d'esprit, la semaine prochaine, promis, nous reviendrons sur le porno de l'ami Houellebecq…

 

 

jeudi 11 juin 2020

Un sale type


Bien entendu, la parole des zartistes n'est pas toujours affligeante. Ce matin, c'était le tour du dernier Goncourt, l'ami Dubois, égal à lui-même. Pour la peine, je colle ci-dessous, malgré le formatage de l'exercice, la totalité de l'entretien tel qu'il apparaît sur le site de la radio qui n'est plus ce qu'elle était – mais parfois, encore…

A quoi pensez-vous ?
Depuis peu de temps, sans arrêt, je pense à ma chienne qui est morte il y a un mois et demi, qui continue à vivre avec moi partout dans la maison, dans la voiture, partout. Je n'arrive pas à m'habituer. Le soir, je l'attends et je pense sans arrêt à elle. Je n'arrive pas à imaginer autre chose.

Vivre avec ses morts, ça ressemble à un livre de Jean-Paul Dubois. Mais qu'avez-vous décidé de ne plus faire ?
Je voudrais ne plus faire confiance aux algorithmes simplistes, aux algorithmes non pas de l'intelligence artificielle sophistiquée, mais à ceux qui règlent l'ordonnancement de nos vies, savoir à partir de quel moment on a le droit de faire quelque chose ou pas... Ce sont les algorithmes aveugles, la bêtise scientifique à l'œuvre à laquelle on confie des tâches qui sont parfois très importantes. Je ne veux plus faire confiance à ça. Je m'engueule avec les banques, je m'engueule avec tous les systèmes qui soumettent leurs protocoles à des algorithmes stupides, et je ne leur fais pas confiance.

Qu'attendez-vous des autres ?
Je n'attends rien des autres, j'attends énormément de moi. Je n'ai rien à attendre et puis je n'aime pas attendre. Je n'aime pas attendre des autres parce que ça sous-entend qu'on se doit quelque chose, et ils ne me doivent rien. Je suis sceptique sur le concept « des autres » parce que, c'est idiot ce que je vais vous dire, mais j'ai été frappé pendant cette crise de voir que la première réaction, que ce soit à Sydney, à Londres, à Paris, à New York, ait été de se battre physiquement pour du papier toilette, et que la première réaction, lorsque le confinement a été levé et qu'on a demandé aux gens à quoi ils rêvaient, ils ont répondu : « aller chez le coiffeur ». C'est idiot. Je n'attends rien des autres, de ces autres-là qui rêvent de vivre avec un rouleau dans une main et une raie bien faite sur la tête. Je pense qu'il vaut mieux se débrouiller tout seul avec le peu qu'on a. Je n'attends rien.

Pendant ce temps et cette crise, est ce que le rapport au temps a changé, pour vous ?
Non, j'ai toujours eu un rapport au temps qui était essentiel, à savoir que je considère que c'est la seule chose dont on hérite et dont on soit réellement propriétaire, et qu'on passe son temps à nous voler. Je cherche les filons pour en gagner, pour en rattraper, pour être toujours propriétaire de ce seul bien qu'on m’ait donné à la naissance et qu'on devrait tous posséder. Cette crise, elle a eu un effet extraordinaire, c'est que pour la première fois depuis que je suis né, j'ai entendu les États dire à leurs citoyens que pendant deux mois ils n’allaient rien foutre, ne pas travailler, rester à la maison, faire ce qu’ils veulent, regarder la télé, s’occuper de ses gosses, et essayer d'être heureux. Mais le corollaire, c'est que ce temps offert, gagné, il s'est passé en prison. C'est un paradoxe incroyable que ce temps qu'on nous a offert, on n'a pas pu l'utiliser parce qu'on était prisonnier d'un protocole sanitaire tout à fait légitime. C'est une expérience avortée. On aurait pu être des jouisseurs du temps pendant un certain temps et puis non, ça ne s'est pas fait. On nous a montré quelque chose d'exceptionnel, qui est le bonheur d'avoir du temps, en nous disant « et bien non, ce n'est pas possible, une autre fois ». Donc mon rapport au temps, c'est celui des garimpeiros [NDLR : chercheurs clandestins d'or], quand vous avez un filon, vous le creusez, et quand il n’y en a plus, vous allez ailleurs, vous trouvez un autre filon pour avoir du temps, et mourir en ayant grignoté tout ce qu'on avait sur le compteur.

Mais ce temps prisonnier ne l’a pas été pour tout le monde, car beaucoup ont travaillé dehors ou chez eux, est ce qu'il a, selon vous, changé le rapport que certains, certaines, peuvent avoir avec l'art et la culture ?
Je ne pense pas que l'art ou la culture puissent influencer quoi que ce soit dans le monde, parce que le modèle dans lequel on vit est une immense machine qui avance jour et nuit de manière aveugle, dans un seul but : fabriquer et fabriquer. L'art, c'est l'inverse, ça marche sur la fragilité, l'impromptu, les choses infiniment légères, fragiles, et les forces en présence ne sont pas égales. Au mieux, l'art c'est du paracétamol, quelque chose qui va faire passer un moment ou atténuer la douleur de la pression que les jours ont sur nous, mais que c'est fragile... J'avais fait, il y a bien longtemps, un livre qui s'appelait Un livre n'a jamais rendu meilleur et comme par hasard, il n'a jamais vu le jour sous ce titre-là parce qu'on m'a expliqué que c'était trop dépressif, qu'on ne pouvait pas présenter une idée comme ça. Tout ça est formidable, je le pense profondément, mais ce sont des petits moments qui se font écraser par le mécanisme des jours qui est inéluctable et beaucoup trop puissant pour qu'on puisse y opposer quelque chose.

De quoi avez-vous peur ?
Si je vous dis la vérité, je vais passer pour un sale type. J'ai peur des élections. Avant, les tyrans, les cinglés, les tordus arrivaient au pouvoir avec l'armée, avec des pronunciamientos, des coups d’État. Là, maintenant, ils sont élus démocratiquement par tout un tas de peuples différents, qu'ils soient Italiens, Hongrois, Brésiliens ou Américains. Je trouve que c'est quelque chose d'effrayant, car qu’elle peut être la parade contre une volonté démocratique, même si elle est biaisée ? C'est fait comme ça, c'est-à-dire qu'on vit dans des systèmes démocratiques qui maintenant élisent des cinglés et des tyrans. Et ça, vraiment, ça me fait peur. Donc, je ne vote pas.

mercredi 10 juin 2020

Quand la ville dort


France culture n'est pas seulement devenue la radio qui consacre un week-end entier à Harry Potter — « pour comprendre le phénomène » — ou sur laquelle Christine Ockrent s'entretient toute cette semaine avec Jacques Séguéla — car « C'est gai la pub » —, la station donne également, tous les matins depuis le déconfinement, la parole aux artistes. A la manœuvre de ce rendez-vous intitulé en toute simplicité Imagine la culture demain, l'inénarrable Arnaud Laporte qui, en préambule, demande immanquablement à ses interlocuteurs A quoi pensez-vous ? 
Se sont déjà volontiers prêtés à l'exercice des créateurs aussi prestigieux que Nicole Garcia, Régis Jauffret, Zabou Breitman, Pierre Lemaître ou encore Jeanne Added. Ce matin, la comédienne, auteure et metteuse en scène de théâtre Laetitia Dosch, coqueluche du jeune cinéma d'auteur français, nous livrait toute la profondeur de ses réflexions. Extraits :

En ce moment, je m'interroge beaucoup sur comment faire tenir des associations, des groupes d'individus. Comment est-ce qu'on fait pour que les membres d'un pays puissent bien vivre ensemble ? Pendant le temps du confinement par exemple, on allait dans la rue et on voyait des gens très seuls, voire des SDF qui étaient vraiment abandonnés. Il y a l'envie, peut-être, de créer plus d'égalité. Comment créer une situation où chacun puisse trouver sa place, que ce soit en petit ou en grand ? Je trouve que ce n'est pas facile, donc je pense à ça. C'est de l'humain, c'est de l'organisation, que ce soit en association ou pour des sphères plus grandes. Quel rôle on a à jouer là-dedans, en tant que personne ? En tant qu'artiste aussi bien sûr, même si artiste, c'est un peu plus libre que ça, on n'est pas forcément obligé d'être dans des choses politiques, mais on peut. Voilà, je me pose ces questions là. Vous savez, je pense tout le temps, je pense beaucoup. Il ne faut pas tout le temps m’écouter.J'aime beaucoup quand on se dit franchement les choses, même des choses qui peuvent être dérangeantes. J'aime quand on me dit des choses, et j'aime les actions qui viennent après. Qu'est-ce que j'attends des autres ? C'est fort comme question... C'est vrai qu'on a beaucoup attendu des autres ces deux derniers mois. C'est l'échange que j'attends. Vous savez, toute la semaine dernière j'étais à Lausanne avec un groupe de six personnes. On s'est tous remis au travail et on était tellement heureux d'être ensemble qu'on n'attendait plus rien. On avait juste un plaisir à inventer ensemble. Donc, j'attends des autres peut-être de ne rien attendre.
Ce succulent salmigondis continue encore un moment, confirmant, si besoin était, qu'à de rares exceptions, seule la nuit, quand la ville dort, France culture, par ses archives, reste encore écoutable...


samedi 17 novembre 2018

Les tueurs


Hermance Triay

« France Culture aurait dû être un univers de gens cultivés donc agréables. Dans les faits, c’étaient des tueurs ». Celle qui s'exprime ainsi s'appelait Pascale Casanova. Cette dingote de littérature est morte le 29 septembre dernier à 59 ans dans une magnifique indifférence. J'avais croisé cette proche de Bourdieu, dont les héros se nommaient Beckett ou Kafka,  vers 1995 dans une des émissions qu'elle anima sur la radio publique et où elle eut la saugrenuité de m'inviter à deux reprises il me semble. Impressionné par la dame, et le lieu, qu'est-ce que je foutais là ?, j'ai le souvenir d'avoir barboté une phrase par séance.
Acrimed a mis en ligne récemment un long et instructif entretien de Pascale Casanova avec Yves Lacascade, datant de 2017, et publié à l'origine dans le numéro 148-149 du Journal des anthropologues. Extrait :
- Yves Lacascade : Comment as-tu commencé à travailler à France Culture ?
- Pascale Casanova : Je crois que c’était par un membre de l’équipe du Panorama : comme ils cherchaient des gens en province, il m’a proposé d’y participer. À l’époque, au Panorama, il y avait des sujets sur les expos à Bordeaux, à Lyon, et donc moi je faisais de petits reportages sur ce qui se passait dans ma région, du journalisme culturel en quelque sorte. Je lisais La Nouvelle République pour avoir des idées de sujet. J’avais été mise en contact avec Duchateau par l’un de mes professeurs en licence et maîtrise de lettres à Tours. Voilà, c’est comme ça que je suis entrée peu à peu. Je « montais » à Paris pour commenter en direct mes reportages. Ça a dû durer trois ou quatre ans. Et puis l’émission s’est allongée et Duchateau m’a proposé de venir plus souvent et de faire d’autres sujets. Je faisais aussi des choses au mois d’août : je lançais des débats, des magazines, des choses enregistrées, pas en direct, mais des bobinos, des rediffusions. Duchateau me le faisait faire aussi à Noël, quand les autres n’étaient pas là. C’était très technique. Ça faisait partie de l’apprentissage. Ça m’apprenait à causer.

On lira sans plus tarder la suite ici et là.
La chaîne, qui est restée discrète, a mis en ligne
quelques archives qu'on peut écouter ici.

dimanche 28 octobre 2018

Avec Jean-Roger

J'entends passer le temps, Comme à Ostende, Monsieur William, Ne chantez pas la mort, Le Temps du tango…, « Quand on dit Caussimon on dit le verbe juste, la césure incassable et la rime comme un rappel de l'aventure et de l'idée première », affirmait Léo Ferré. Interprète de rôles et de chansons, poète, auteur dans l'ombre du grand Léo, et d'autres, Jean-Roger Caussimon s'est éteint un 20 octobre à Paris, sans exil fiscal et sans hommage national. L'été dernier, célébration confidentielle du centenaire de sa naissance et, la nuit dernière, bel effort de France culture qui nous livre une bonne partie de ses archives Caussimon dont un portrait en trois parties réalisé en 1969.



dimanche 23 septembre 2018

Georges, Fred, Popo et Léon


Ce que j'écris est à lire dans un train, par un voyageur qui s'ennuie, et qui trouve sur la banquette, oublié, un de mes bouquins.

Ces dernières nuits, France culture ressortait de ses placards quelques archives remarquables dont le fameux entretien de 1976 avec Georges Perros, déjà signalé ici, dont on retrouve le texte dans le superlatif recueil publié en Quarto-Gallimard.
 












En 1953, Fred Deux, ou Jean Douassot, revenait sur les lieux de son enfance, la cave de Boulogne-Billancourt, décor de son fabuleux récit La Gana. En 2001, à l'invitation d'Alain Veinstein, il évoquait cette expérience, ses retrouvailles avec Popo, un régal…


On ne manquera pas, par ailleurs, de télécharger l'ensemble (200 heures) de cette autobiographie sonore ici.


Enfin, le rare insoumis Léon Werth était le sujet en 2006 d'un numéro de Tire ta langue, à l'occasion de la publication de la biographie de l'auteur de Déposition, signée Gilles Heuré.


mardi 28 août 2018

Délectations moroses




Surgi vers 1880 dans les lupanars des bas-fonds de Buenos Aires, jouxtant la pampa et les abattoirs de ce village transformé en capitale, le tango est né sous le signe du sexe, de la solitude et de la mort. Partant, il n'était pas rare à l'origine de voir deux hommes le danser, les femmes ne voulant généralement pas être prises pour des filles de joie. Un Porteño toulousain, fils d'une mère lanvandière ou prostituée, lui donnera ses lettres de noblesse, et Paris sa légitimité philosophique. C'est cette histoire envoûtante que raconte l'émission de l'ethnologue et poète Jacques Meunier, concotée en 1978, et rediffusée récemment la nuit.



samedi 4 août 2018

Des convaincus


Entendre - ou lire - Jacques Yonnet est également rare. France culture a eu ces derniers jours la bonne idée de dénicher dans les archives de Radio France, ces « entretiens » avec l'auteur des Enchantements sur Paris, plus connu sous le titre de la republication chez Payot puis Phébus, Rue des maléfices. Les guillemets parce qu'en fait d'entretiens, nous écoutons le formidable conteur qu'était Yonnet lire ses propos constitués d'anecdotes plus ou moins véridiques, de sa rencontre avec Hitler à ses pérégrinations nocturnes en passant par son parcours communiste, époque où il tenta, un temps, de se convaincre qu'il était un convaincu... A écouter ci-dessous ou à podecaster ici.





mercredi 20 décembre 2017

Perros, repères




L'agréable de ce monde je l'ai goûté,
depuis longtemps, longtemps ! les heures de jeunesse
sont écoulées. Avril et Mai sont déjà loin
Je ne vis plus de bon cœur, et ne suis plus rien.


En 1978, année de la mort de Georges Perros, France culture lui consacre un numéro des Nuits magnétiques, bouts d'entretiens, textes lus par l'auteur, repères biographiques, et témoignages de proches : son éditeur, Georges Lambrichs, les poètes Pierre Klossowski et Xavier Grall, l'édile de Douarnenez…
On peut écouter l'émission ci-dessous ou ici, page qui offre aussi le téléchargement. Et c'est quelque peu moins terrorisant que le très, presque trop volumineux Quarto de Gallimard.





Raconter sa vie en octo-
syllabiques n'est pas courant
ni sérieux. Je reconnais…
C'est pour faire passer muscade
La vérité n'aime rien tant
qu'être transformée en mensonge
Et la poésie à ce point
de déshabillage en est un
Tant pis pour moi, tant pis pour vous
qui vous y êtes laissé prendre
Je vous salue bien maintenant.



Extrait d'un manuscrit inédit,
in Georges Perros, Oeuvres, coll. Quarto, Gallimard, 2017

samedi 27 mai 2017

Un souffle poétique et populaire


France culture a eu la bonne idée de rediffuser une série d'émissions de 1971 consacrées à Pierre Barouh et à l'aventure Saravah, avec la participation de Brigitte Fontaine, Areski, Higelin… On peut les (ré)écouter ici ou les podequaster sur le site de la radio.
















samedi 6 mai 2017

Avec Léo

Ginies - Sipa


Au cours de l'insomnie de cette nuit, j'ai allumé la radio et entendu la voix de Ferré en plein délire. Il s'agissait d'une émission datant de 1988, soit cinq ans avant la mort de l'ananar. On se bouchera les oreilles lorsque certains invités prendront la parole (Jacques Attali, putain Jacques Attali !!!) mais on savourera certaines anecdotes et improvisations de Léo.
Comme d'hab', c'est à podequaster sur le site ou à écouter ci-dessous.



lundi 3 avril 2017

Je n'aime pas les complications

André de Dienes via Louxo's Enjoyables

En 1949, Paul Léautaud s'exprimait pour la première fois devant un micro, paraît-il. A l'initiative d'André Gillois et ses collaborateurs, dont Emmanuel Berl. C'était pour la Chaîne Parisienne. Et France culture a rediffusé ce moment truculent cette nuit. A écouter ci-dessous ou à podequaster sur le site de la radio publique.



mercredi 22 mars 2017

Le bonjour d'Albert




Albert Cossery est dans le vent. France culture diffuse cette semaine une série d'émissions consacrées à l'écrivain égyptien qui passa plus de 50 ans dans sa chambre d'hôtel parisienne. Pour leur part, les excellentes éditions de l'Echappée publient Le Désert des ambitions, de Rodolphe Christin, autour de la figure de celui qui affirmait écrire « pour que quelqu’un qui vient de me lire n’aille pas travailler le lendemain »... L'occasion de (re)voir l'un des rares entretiens filmés de l'auteur de Mendiants et Orgueilleux, réalisé par la télévision suisse en 1991 et dont seul un court extrait traîne sur la plate-forme de vidéos franco-américaine...



samedi 25 février 2017

Souvenirs du Voyeur

Le Voyeur a trente-quatre ou soixante-douze ans, il est vêtu misérablement ou avec recherche, mais, toujours, son attitude provoque la méfiance ; il ressemble à un homme égaré en plein midi au milieu de la ville.
Malgré son nom, les divertissements érotiques d’autrui ne l’ont jamais attiré outre mesure : il recherche de plus déroutants spectacles.
Vous l’apercevrez comme frappé de stupeur devant une porte cochère, un arbre, un immeuble en démolition. Planté devant la fenêtre entrouverte d’un rez-de-chaussée, il paraît suivre avec une extrême attention la scène qui se déroule à l’intérieur – et, lorsque vous vous approchez, vous constatez que le logement est vide.
Certains affirment qu’il voit, d’où son nom, d’autres qu’il imagine seulement. Il est possible que le Voyeur ait surpris une fois au moins une faille dans les façades qui bouchent les regards, sinon on s’expliquerait mal son obstination (à part sa manie, il se comporte, dans l’existence, en homme sain d’esprit). Il croit à un complot permanent des apparences que, seule, la fatigue trahit parfois. Et c’est ce moment de faiblesse qu’il espionne avec une inlassable patience, trappeur des grandes cités opaques.
Tel se présente le Voyeur souvent pris pour un homme ivre ou un pornographe.

André Hardellet, Le Voyeur in Sommeils


Cette nuit, si on n'avait pas sommeil, on pouvait écouter cette émission réalisée par Catherine Soullard en 1998 et consacrée au Vincennois André Hardellet. Pour ceux qui dormaient, on peut l'écouter ici ou la podequaster sur le site de France culture.






vendredi 3 février 2017

80 ans !

éd. Mare Nostrum
A l'heure où l'on s'apprête à ériger des murs pour lutter contre l'immigration clandestine, où certains dirigeants de démocraties occidentales se permettent de donner des leçons à Donald le diable ‒ les mêmes qui assistent impassibles aux noyades en Méditerrannée ou procèdent sur leur territoire à l'expulsion de roms, migrants et autres indésirables, souvent pour des motifs purement éléctoralistes –, il est peut-être bon d'écouter ce documentaire diffusé il y a peu sur France culture. Il y est question de ces Espagnols fuyant la destruction de leur ville, de leur pays et l'arrivée, avec la bénédiction de ce qu'on n'appelait pas encore « les marchés », d'un régime fasciste reconnu dès février 1939 par la France et l'Angleterre... Les camps de concentration français demeureront longtemps un sujet tabou. Un musée de l'exil républicain espagnol et catalan devrait ouvrir ses portes à Perpignan, 80 ans après...

vendredi 13 janvier 2017

Du cinéma pour les oreilles

Brocardé par les critiques de la future Nouvelle Vague, et Truffaut en particulier qui lui préférait le pétainiste Renoir, le Lillois Julien Duvivier n'est certes pas l'équivalent d'un Ford, d'un Bresson ou même d'un Hitchcock. Mais certains de ses films sont incontournables (La Tête d'un homme, La Bandera, Pepe le Moko, La Fin du jour ou bien entendu La Belle Equipe, que Renoir d'ailleurs essaya de lui piquer...)
Dans un univers assez noir, il a dirigé de sacrés monstres comme Louis Jouvet, Victor Francen, Charles Vanel, Harry Baur, Michel Simon, évidemment Jean Gabin plusieurs fois, Viviane Romance, Madeleine Renaud, Dita Parlo, et même Vivien Leigh et racontait sa vie dans le poste en 1957 : son arrivée à Paris juste avant la Première guerre mondiale, pour y faire du théâtre, son expérience de comédien, sa rencontre avec Antoine, ses premiers pas au cinéma, art auquel il avoue ne rien connaître...
Et dire qu'il avait mauvaise mémoire...
France culture a eu la bonne idée de rediffuser les quatre premiers entretiens la nuit dernière. On peut les écouter ci-dessous, ou les podequaster ici.







Deuxième partie de ces entretiens de Charles Ford et René Jeanne. Duvivier revient sur ses voyages (le Canada, le Maroc, l'Algérie, l'Italie, l'Allemagne, les Etats-Unis) et fait part de l'aide précieuse de Franco (!!!), présenté comme un homme très cultivé (re !!!), pour le tournage de La Bandera…

lundi 14 novembre 2016

Le retour de l'Italien

Les archives de France Culture cachent quelques merveilles, tout au moins recèlent-elles des émissions bien plus passionnantes que la plupart de celles que l'on peut aujourd'hui entendre sur ces ondes. Et la nuit, de chers morts-vivants accompagnent agréablement nos insomnies.
En 1996, Serge Reggiani jactait dans le poste trois heures durant, avec quelques invités. 
Le Bon plaisir de l'Italien s'écoute sans modération et on lève son verre à sa mémoire. Ou sa tisane…