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mardi 2 décembre 2014

Nouvelles d'Espagne

Un supporter du Deportivo, le club mythique de Galice, a trouvé la mort ce dimanche matin à Madrid peu avant le match opposant l'Atlético de Madrid et La Corogne. Il s'agissait d'une banale rencontre du championnat, classée à bas risque. Mais les supporters ultras des deux clubs s'étaient donnés rendez-vous dans la capitale espagnole par réseaux sociaux interposés. Que fait la NSA ? 
Une bataille rangée s'est déroulée dès 8h30 le long du Manzanares, la rivière qui traverse Madrid. Romero Francisco José Taboad, dit Jimmy, 43 ans, a été balancé dans l'eau à coups de barre de fer et été victime d'un arrêt cardiaque. Pour qui connaît Madrid, il est difficile d'imaginer quelqu'un se noyer dans cette rivière le plus souvent asséchée en raison du climat et des besoins d'eau de la ville. Mais ces dernières années, le périphérique madrilène recouvert, fut aménagée une zone piétonne et de loisirs, nommée le Parque Rio Madrid, redonnant à quelques coins de la capitale un semblant de fleuve. La bastonnade du supporter adverse étant un loisir comme un autre pour certains, c'est à cet endroit que Jimmy est mort. Fort heureusement, un loupé en termes d'information a permis à la rencontre de se dérouler sans problèmes, personne n'ayant eu vent du drame. Et sur le terrain, c'est également l'Atlético de Madrid qui s'est imposé.
Dès le lendemain, des mesures ont été prises à l'encontre des supporters violents de tous les clubs de la Liga, en commençant par le Frente Atlético, mis en cause dans ce triste fait divers et désormais interdit de stade. Car, voyez-vous, le secrétaire d'Etat aux sports s'est empressé de rappeler que ces affrontements honteux étaient d'ordre politique et non sportif puisque chacun connaît l'appartenance à l'extrême-droite de ce groupe madrilène tandis que les Riazor Blues, les ultras galiciens, seraint sympathisants de la gauche la plus radicale. 

Sur le plan politique justement, un drôle de projet de gouvernance se dessine. Sentant la fin proche, et redoutant de ne pouvoir obtenir une majorité absolue lors des prochaines échéances électorales, en raison notamment du poids toujours plus grand de Podemos, le parti conservateur au pouvoir envisage un rapprochement, pour ne pas dire une alliance, avec les socialistes, histoire de se partager de nouveau le pouvoir, mais sans alternance cette fois-ci. Pour le moment, les socialistes jouent les vierges effarouchées et ne veulent pas entendre parler de cette idée. Ils préfèrent la diatribe en qualifiant le PP de parti de la corruption. Quand on se souvient du passage au sommet de l'Etat de l'équipe de Felipe Gonzalez puis de celle de Jose Luis Rodriguez Zapatero, on est presque visité par un sentiment de pitié. 
Times they are changing. 

mercredi 8 octobre 2014

La poésie sauvera le monde


L'ange gardien, c'est Berthet – comme l'écrivain. Il exerce depuis des années au sein de l'Unité, société secrète intervenant pour changer le cours des événements dès que le besoin s'en fait sentir, dès que les ordres tombent. Berthet est un barbouze à l'ancienne, proche de la retraite, promenant de par le monde ses méthodes de liquidateur de l'ombre, avec toujours en poche un recueil de poésie, si possible en édition originale et sous papier cristal. Un type complexe en somme, ne serait-ce que par sa simple appartenance au monde d'avant, cher à l'auteur. Sa protégée, issue des cités, son amour secrètement nabokovien, c'est Kardiatou Diop, icone black fabriquée par un parti de gauche au pouvoir dans le but de masquer son arrogance et son mépris du peuple. A la veille d'élections municipales appelées à installer le Bloc patriotique (celui du roman précédent de Leroy), et sentant sa fin inéluctable, Berthet fait rédiger ses mémoires par un écrivain dépressif, sorte de double caricatural de l'auteur qui ne se montre guère tendre avec lui-même. Les révélations seront rendues publiques après le scrutin alors que le pays est au bord du chaos. 
Jérôme Leroy – à ne pas confondre avec le talentueux footballeur toujours en activité malgré ses 40 ans tout proches – s'amuse avec les codes du polar, de l'autobiographie et de la politique-fiction, trois parties distinctes et toutes réjouissantes, pour nous dresser un tableau plutôt réaliste et effrayant de ce qu'il adviendrait de notre beau pays en cas de prise de pouvoir de l'extrême-droite polissée et banalisée. Mélancolique, Leroy pratique une autopsie sans aucune complaisance de notre société et de sa classe politique dont on reconnaît sans peine, tout juste déguisés par le récit romanesque, certains odieux personnages actuels, de droite comme de gauche. L'Unité, organisation imaginaire calquée sur le SAC de triste mémoire ou la Loge P2 italienne, échappe ainsi à la théorie paranoïaque du complot en ces temps de confiscation progressive mais certaine de la démocratie. Et de repenser aux propos, pourtant passés presque inaperçus, d'un Michel Rocard appelant de ses vœux il y a peu l'avènement d'un pouvoir autoritaire en Grèce afin d'appliquer la politique de rigueur imposée par la Troïka et que ce con de peuple analphabète n'entendait pas accepter…
Le salut, n'en doutons pas, passera par la poésie et l'amour, c'est ce que je me tue à dire à mes filles.

Jérôme Leroy, L'ange gardien, série noire, éd. Gallimard

photo : Jean-François Baumard ©