Affichage des articles dont le libellé est Sergio Purtell. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Sergio Purtell. Afficher tous les articles

mercredi 14 avril 2021

Maladresse

 

Sergio Purtell

 

je nous étais
promis d'étudier la question 
prendre des notes 
d'ultimes mesures draconiennes  
celles qui indisposent
les renforcer
en fonction de l'évolution de la situation
à pied d'œuvre salutaire
nous soumettre
prendre la tangente
via la contre-allée me défiler
tracer ma déroute de poussières
attends
je vais pendre
les jambes à ton cou
sans serrer plus qu'il ne faut
te retenir
écoute
j'ai déjà oublié les paroles de
toutes mes chansons 
de l'adolescence
seule reste cette soûlée solitaire
dans ce sous-sol silencieux de notre
maladresse
au comptoir légendaire même
j'enquille des vers pour que tu cesses
un jour face à l'amer de
dire je t'aime

 

 charles brun, à jeun comme un trou


samedi 6 mars 2021

La soif des mots pleins

Sergio Purtell


Je me suis hier soir, quittant Calet, à regret, étourdi, entièrement remis, enfin, au Cavalier noir, long poème sous forme de roman du croquant discret Philippe Bordas, tant vanté par l'ami Hubertus.

 

Si j’ai quitté la cité d’enfance, les tours et les barres, les parois de ferro-béton entre quoi je dormais, c’est poussé par la soif que rien n’apaise, celle des mots pleins. 
Cette route vers une langue entière, rêvée depuis le vide et immensifiée par lui, je l’ai prise, il y a bien longtemps, inconscient des périls, et le voyage ne finit pas. Maintenant qu’une moitié de monde s’écoule dans l’autre, que transvasent les hémisphères et les syllabes des voyageurs, le ruissellement des sans-patrie empêche d’attraper une phrase complète et je me perds dans la foule nouvelle.

 

Pourtant, plus loin, je n'étais guère surpris de me retrouver un temps étrangement du côté de chez Calet. Histoire certainement de ne pas me perdre corps et âme. Merci.

 

Ce matin, dans l’aurore d’eau sale, j’ai glissé le ticket, passé le portillon de la station Denfert, ce paillasson de mes retours et de mes départs. Que je revienne ou reparte, l’hôtel Floridor, avec sa marquise en ciment et son entrée bas de gamme caissonnée de néons, prélève sa rançon de tristesse. Après qu’il eut fui l’Allemagne d’Hitler, Walter Benjamin avait dormi là, sans argent, avant de fuir vers les Pyrénées, et y mourir, chargé d’une serviette pleine de manuscrits.

 

 

Philippe Bordas, Cavalier noir,
Gallimard, 2021