samedi 28 février 2015

Une leçon

Le film n'est certes pas parfait, mais cette magistrale ouverture me bouleverse à chaque vision. Quand je repense à certain cinéaste français arrogant et surcôté qui, il y a quelques années, l'avait plagiée, ou hommagée, c'est selon, en remplaçant l'irrésistible Audrey Hepburn par une de ces comédiennes fadasses et dépressives interchangeables, je regrette qu'il faille une fois de plus associer, selon le dicton, la non-mort et le ridicule... 

vendredi 27 février 2015

Des livres, des femmes, de la drogue, des librairies et du terrorisme



Voyage à Achkhabad (Bouyguistan)


On connaît l'obsession d'une chaîne comme TF1 pour la démocratie, les droits de l'homme et son combat contre l'islamisation de notre beau pays. Son propriétaire, le constructeur Bouygues, pour qui mon père avait travaillé dans mon enfance, comme simple maçon, hein, pas comme présentateur de JT ou témoin de mariage du petit Nicolas, semble moins regardant sur ces questions quand il s'agit de faire des affaires et de bétonner des régimes en quête de grandeur. 



David Garcia, journaliste pour de vrai, publie ce mois-ci dans Le Monde diplomatique et sur son site un Voyage au Bouyguistan (http://www.monde-diplomatique.fr/2015/03/GARCIA/52756). 
A noter au passage, histoire de se remettre à niveau, l'édito de Serge Halimi à propos de l'enjeu grec (http://www.monde-diplomatique.fr/2015/03/HALIMI/52699), ainsi que, sur le blog du Diplo consacré à la culture, Le lac des signes, un autre son de cloche sur Timbuktu, histoire de se sentir moins seul (http://blog.mondediplo.net/2015-02-24-Timbuktu-une-esthetique-orientaliste-au-service)...

mercredi 25 février 2015

Implacable revanche


La France est fatiguée


Vous reprendrez bien un peu de délicatesse ?

Un autre ami qui connaît mon amour inconditionnel pour Luc Besson et qui se soucie peu de me déranger pendant mon travail, m'a envoyé ce montage-hommage au maître-sauveur du cinéma français, un génie sous contrat avec Canal et l'Etat. 


Vous reprendrez bien un peu de Gana ?

Un ami qui me veut du bien - il y en a -, et qui a la télé, m'a envoyé cette vidéo qui me fait extrêmement plaisir car cette intervention a peut-être donné envie ne serait-ce qu'à une seule personne de lire Fred Deux/Jean Douassot et son pavé magique, La Gana, dont j'ai déjà parlé ici. Merci donc à ce dingue de François Cluzet et à ce cher ami. 


mardi 24 février 2015

L'amour, la vraie vie et l'autre

Nous en étions à évoquer son difficile retour à la morosité parisienne après une escapade guatemaltèque lorsque la voix de C. s'est étranglée et a rendu l'âme le pichet d'irancy très moyen. Son ex, P., un ami de plus de 25 ans que je ne vois plus en raison de sa stupide jalousie lorsqu'il apprit que je fréquentais encore C, bref, ce con de P. l'avait demandé récemment en ami sur Facebook. Je ne sais pas vraiment ce qu'un nouvel ami FB implique, mais j'imagine que ça fait de votre vie privée une histoire ancienne. Et que c'est d'autant plus embarrassant lorsqu'il s'agit d'un ex que vous avez embrassé dix ans durant. Toujours est-il qu'elle a refusé sa demande d'amitié, ou simplement pas répondu. Mais elle n'a pu s'empêcher de jeter un oeil à sa page une fois ou deux. La deuxième fois ou la troisième a été la bonne. La photo du profil de P. était enfin une photo de lui et l'accompagnait un portrait de sa nouvelle conquête, le statut ayant été transformé en En couple. C me disait qu'elle était contente pour lui, mais que ça la démoralisait sévère quand elle se souvenait de l'inscription de P. sur FB du temps où ils vivaient ensemble, de son profil alors sans statut... Evidemment, P. n'avait jamais, à cette époque, envoyé à C. une demande d'amitié. L'amour suffisait certainement. C. tentait d'effacer toute amertume des mots qu'elle m'alignait avec dignité et un verre de saint-nicolas pas terrible non plus à la rescousse. A l'écouter, je me demandais si je n'avais pas fini par ne plus aimer le vin ou si cet établissement devait définitivement être rayé de la carte tout en me félicitant sincèrement de ne pas être sur FB, de m'épargner ce genre de désagrément, la vie étant trop courte pour s'infliger volontairement des souffrances inutiles. C'était une pensée confortable. 
Peu après la quarantaine, C. s'était séparée de P. après l'avoir trouvé, lui qui s'était toujours opposé au téléphone portable, dans la rue, en bas de chez eux, au téléphone ! Cet imbécile avait non seulement souscrit un abonnement et acheté un portable, mais passait ses coups de fil au pied de leur immeuble. Elle était par la suite tombée sur une photo oubliée dans la poche d'une chemise. Il s'agissait d'une jeune asiatique que C. allait, quelques jours plus tard, croiser dans les couloirs de l'école où P. et elle enseignaient ! Une épée, ce P.
Au moins, avec la nouvelle compagne de P., C. avait affaire à une fille de son âge. Je suis allé pisser et notre conversation a ensuite glissé sans encombre vers la question des sites de rencontres et autres applications intelligentes. A maintes reprises, j'avais encouragé C. à s'inscrire, à rencontrer, à s'éclater, à ne rien attendre, à voir ce que ça donne, à ne pas rester sans vie sexuelle. Tout en confessant que j'étais bien heureux de ne pas avoir, aujourd'hui, à chercher quelqu'un. Je me suis remémoré, à haute voix, l'histoire du pote de ma fille et du prof de physique branché sur son appli même au boulot, avec le risque de se faire griller par un élève ou un collègue homo également inscrit et connecté sur ce site. C. n'en revenait presque pas. Rien ne semblait plus l'étonner. 
Elle vivait avec son temps. Mais rechignait à l'idée de s'inscrire et de se mettre en chasse. Finalement, le mauvais vin aidant, elle me confiait avoir, pour s'amuser, mis son profil sur un site brésilien, histoire aussi de pratiquer la langue, ben voyons, de ce beau pays où elle doit se rendre, de nouveau, en juin prochain. Si la formule l'a distraite au début, elle a vite déchanté devant les photos des types torse nu au bord de la piscine et des messages genre lettre type de la sécu qu'ils lui envoyaient, copiés-collés d'autres "correspondances" sur ce même site. On ne s'en sortait pas. 
C. s'étonnait de l'attitude de certains amis. Pas toi, me rassurait-elle. Surtout chez ses amies. Celles en couple, en particulier. Elles esquivaient généralement la question de la vie privée de C. Elles ne voulaient pas entendre C. parler de ses angoisses, échappant ainsi aux leurs, aux couleuvres que leurs mecs leur avait fait avaler, à la lâcheté qui les avait fait rester en couple, à l'excuse des enfants ou de la maison pour ne pas se séparer. C. était allée la veille à un dîner sympa. Elle y avait fait la rencontre de gens sympas. Avec des enfants. Et une maison. Mais pas de célibataire. En rentrant chez elle, elle avait senti passer un grand vent de solitude sur sa vie. Pourtant, elle avait tout pour elle, intelligente, cultivée, drôle, aisée, un bel appartement dans le 5e...
Au fond, C. ne savait ce qui était le plus déprimant, jouer le jeu virtuel ou ne faire aucune rencontre dans le réel.
Je me suis souvenu de mon ami Pierre qui se plaint souvent d'être seul, de ne pas être tombé amoureux depuis des années, réfugié dans une sexualité effrénée dans les saunas et autres backrooms. Chez les homos, m'a-t-il dit un jour, la tyrannie de l'âge est aussi cruelle que pour les femmes. Grâce à un physique d'ado, à 50 balais, il fait encore illusion dans la pénombre de ses lieux de baise. Mais la sortie à la lumière est interdite. Une fois, il est allé avec un type fumer une clope sur le trottoir. Lorsque le garçon, avec qui il venait de passer une heure de plaisir, s'est retourné sur Pierre il n'a pu éviter un "Oh, putain !" qui fend encore le coeur de mon ami.  Pierre redoute le jour où il devra payer pour baiser. Alors, il repousse l'échéance à coup de coups sans après. 
Sur le chemin du retour, le froid sur le scooter m'a fouetté sans pitié. J'ai carressé le chien, pris une douche et gagné le lit sans passer par la case consolations comme bien des soirs. Ma compagne a voulu savoir pourquoi je rentrais si tard. Je n'avais pas envie de plomber nos retrouvailles, ai ôté son désespérant peignoir rouge et promis de tout raconter - ou presque - aujourd'hui ici. 

Nulle part ailleurs



- Qu'est-ce que vous attendez pour avancer avec moi ?
Comme si quiconque ayant deux doigts de jugeotte pouvait avoir envie d'avancer vers la mort, vu que c'est bien là et nulle part ailleurs que nous conduisent les heures... 

Antonio Lobo Antunes, La nébuleuse de l'insomnie

lundi 23 février 2015

Je passerais des heures à regarder les jambes d'une femme



Dans ce film de Barbet Schroeder, vu en 1987, le personnage de Faye Dunaway, écrit par Bukowski, déclare avoir eu de la chance côté jambes, mais être moins bien servi côté cervelle… Je me reconnais entièrement en lui. Sauf qu'il est rare qu'on me parle de mes jambes, qu'on me dise que c'est la première chose qu'on remarque en moi. C'est la seule différence, mais je reconnais qu'elle est de taille…  Sinon, je lui mettrais bien deux claques à ce reporter, mais c'est une autre histoire.

Monsieur Anatole

jeudi 19 février 2015

François la brocante


Hier soir, notre facétieux président de la République, qui ne rate jamais l'occasion de faire le clown en public, remettait la Légion d'honneur aux deux Prix Nobel français, Patrick Modiano et Jean Tirole. En présentant l'auteur d'Accident nocturne, François Hollande indiquait qu'il était écrivain, précision, affirmait-il, destinée à « ceux qui n'auraient pas eu jusqu'à présent une connaissance de vos ouvrages »… Il s'agissait bien entendu d'une petite pique démago à l'attention de sa ministre de la culture, la ravie de la crèche, Fleur Pellerin. Abonné à l'Almanach Vermot, Hollande s'en est donné à cœur joie : « De La place de l'étoile à Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier – vous y êtes (rires) –, vous avez créé un univers…» Avant de conclure le plus logiquement du monde : « Vous êtes français parce que vous êtes universel et c'est ce que le prix Nobel a voulu signifier ».
Hollande pouvait faire le malin devant un parterre de journalistes et de caméras, lui qui s'est souvent vanté de ne jamais lire de roman. Les temps changent, certainement. Et ça nous rappelle un autre président qui, après quelques paroles navrantes sur un classique de la littérature, s'était reconstruit une légitimité culturelle à coups de fiches cuisine rédigées par bobonne et ses conseillers. En attendant, voilà quatre ans que Sarkozy balade Guerre et paix sous le bras à chacun de ses déplacements médiatiques, déclarant récemment « Ca fait tout de même 2 200 pages ! Et j'en ai lu 60%. C'est vraiment fascinant ». 
Quand le tour de Tirole est arrivé, François, roi de la récup', n'a pu s'empêcher de faire référence à la scélérate loi Macron en s'abritant devant la respectabilité de l'économiste libéral, dont les travaux portent en grande partie sur la flexibilité du monde du travail, et récemment distingué par la Banque de Suède. Oui, oui, la Banque de Suède. Jamais Alfred Nobel n'a souhaité couronner un économiste. Partant, il n'existe pas de Prix Nobel d'économie. C'est l'institution financière suédoise qui, chaque année, « en hommage à Alfred Nobel » attribue, toute seule comme une grande, ce prix abusivement nommé Nobel. Et depuis sa création, la banque récompense les économistes les plus soumis au système libéral, comme cette année l'ami Tirole. De quoi réjouir notre brocanteur de président qui, le naturel revenu au trot, s'est encore donné le beau rôle en relevant la dure condition des économistes, interrogés comme des oracles sur la croissance, la fin de la crise et toutes ces conneries, avant de conclure qu'à la différence des hommes politiques, lorsque les prédictions des économistes s'avéraient fausses, personne ne leur en tenait rigueur… Sacré François, toujours le mot pour rire !

Nouveau drame de l'assistanat



Hier matin, un homme s'est immolé par le feu dans la ville de Rimbaud. Là ou ailleurs, c'est pareil, bien entendu. Avant, on croyait que, mais non. Là ou ailleurs, il y a des gens désespérés dont on ne parle qu'en deux lignes à peine, lorsqu'ils font partie d'une charrette de licenciements ou qu'ils commettent un acte irréparable. 
L'homme de 48 ans, dont l'AFP tait l'identité, comme elle le fait pour les terroristes tant que l'enquête est en cours, était l'un de ces assistés chers au journal du marchand de Rafales. En revanche, la dépêche nous informe qu'un autre homme a été brûlé aux pieds en portant secours à la victime et qu'une femme ayant assisté à la scène a été emmenée à l'hôpital en état de choc. 
Bénéficiaire du RSA, l'homme sortait tout juste d'un rendez-vous avec un employé du CREF, une association de réinsertion, qui l'accompagne dans son parcours. On ignore la teneur du rendez-vous, les pistes de travail ou de stage évoquées, s'il y en eut, ou encore comment le passage en force, la veille, de la loi pour la croissance et l'activité, dite Macron, a été accueilli par le malheureux et par les membres de cette association qui travaille sur le terrain depuis 40 ans. Le pronostic vital étant engagé, il est probable que nous ne connaîtrons jamais les raisons de ce geste. En revanche, le journaux reviendront aujourd'hui sur la relaxe attendue de DSK, le rappel de ses pratiques sexuelles et la confusion, bien compréhensible dans l'esprit de cet homme qui a sauvé la planète en 2008, entre libertinage et prostitution.

mercredi 18 février 2015

Soul Train



Rue aux Ours


- Eh bien, fils, tu parles tout seul ?
C'était Georgina, venue de la rue aux Ours, car elle aimait le « jus » de Rosembaum. Pauvre Georgina au cheveu d'azur chimique couvert d'un vaste béret blanc, aux lunettes en fer derrière lesquelles vous louchiez avec frénésie, à robe d'été dont l'imprimé éclatait d'aras aveuglants, plaquée sur une maigreur de bicyclette, aux jambes – deux parenthèses – ligotées par les ficelles des varices, pauvre Georgina, quels charmes vendiez-vous ? A quel prix ? A qui ?
Comme elle n'y voyait pas à deux mètres, elle souriait et clignait de l'œil, mécanique, toutes les trente secondes, à toutes les ombres, garçonnets, ménagères, ecclésiastes ou gardiens de la paix. 

samedi 14 février 2015

Hemingway

Si j'aime me promener autant dans le centre de Madrid, c'est non seulement pour y croiser de jolies filles, mais, avant tout, afin de retrouver quelques établissements présents dans la capitale depuis une éternité, l'illusion que le temps y est suspendu, que nous n'en avons pas subi ses ravages, que nous sommes toujours cet enfant émerveillé de découvrir la grande ville, ses enseignes étranges, ses lieux dans lesquels nous entrerons une fois adultes, comme dans un roman de Perez Galdos ou d'Ernest Hemingway... 

vendredi 13 février 2015

What We Talk About When We Talk About Love


La France des assistés



Dénonçant régulièrement un pays ne sachant gérer ses dépenses publiques, l'hebdomadaire Le Point oublie fréquemment de rappeler que, comme à bien d'autres titres dispensables, une moyenne de 4,5 millions d’euros lui est versée chaque année par l’État par le biais des aides à la presse, qui existent depuis plus de 30 ans ! 
Ces aides représentent parfois jusqu’à 12 % du chiffre d’affaires de ces journaux... Et sont peu efficaces puisque ces titres ne se vendent plus depuis longtemps.  
En septembre dernier, Sébastien Fontenelle a publié à ce sujet un petit essai réussi, remettant ainsi certaines pendules à l'heure, et bien entendu peu recensé. C'est aux éditions Libertalia et ça vous coûtera à peine plus cher qu'un de ces torchons. (8 euros !)



jeudi 12 février 2015

La vie dont je rêvais



 

Dans sa vie, tout l'amenait à pas lents vers la déception. Pourquoi ? Ce point me paraissait obscur pour le moment. Mais je repensais à cette phrase : « Il ne m'a pas offert la vie dont je rêvais ! » Cette phrase simple me troublait. Il ne me serait jamais venu à l'esprit de la prononcer. Avec une femme, je suis en route. La route ne m'appartient pas. Le monde ne m'appartient pas. Au contraire, ils me sont absolument incommensurables. Seules m'appartiennent certaines décisions pratiques, importantes au demeurant, et la disponibilité pour la poésie. Pour Claire, au contraire, un homme, c'est moins le compagnon lui-même que la route qui va avec. Un homme, pour cette femme, c'est comme une inscription à un voyage organisé dont le programme serait révélé au fur et à mesure. Dans ces conditions, il peut arriver que l'on soit légitimement déçu par le tour-opérateur.

De la culture populaire et de l'exigence

On le sait, notre ministre de la culture n'est plus à une fulgurance près. A la nouvelle du décès de Roger Hanin, dit Le beauf, elle déclare sans rire : « Il montrait bien ce que la culture populaire peut avoir d'exigeant : permettre de toucher un très grand nombre tout en ayant une véritable ambition de qualité », avant de préciser sa pensée : « Il était très proche d'un grand président de la République. » Effectivement, on comprend mieux ainsi.
J'ai grandi avec la culture populaire – surtout la variété et un certain cinéma. Je n'en éprouve aucune honte. Raison de plus pour souscrire à cet aphorisme de Frédéric Schiffter : « Les bonnes âmes qui plaident en faveur d'une "culture populaire" désirent que le peuple reste inculte. »

Un homme d'aujourd'hui

mercredi 11 février 2015

Esprit du 11 janvier à Béziers


De la liberté de la presse


Pierre Bergé, avec un mannequin, semble-t-il




Hier, à propos de Swissleaks, Pierre Bergé, patron du grand quotidien des marchés Le Monde, et ancien dirigeant d'Yves-Saint-Laurent, qui décidément n'en rate pas une, déclarait sur RTL contester les méthodes des journalistes ayant permis la divulgation de l'affaire. 
Il ajoutait, sans rire, « Ce n'est pas pour ça que je leur ai permis d'acquérir leur indépendance. Ce sont des méthodes que je réprouve. Je ne veux pas comparer ce qui se passe à des époques passées mais quand même, la délation, c'est la délation. C'est jeter en pâture des noms. »  
Dans la journée, l'associé de Bergé à la tête de la feuille vespérale, Matthieu Pigasse, également vice-président de la banque Lazard, souhaitait pour sa part « ne pas tomber dans une forme de Maccarthisme fiscal et de délation. »  
On attend encore la réaction du troisième mousquetaire propriétaire, Xavier Niel, également actionnaire, notamment, de Mediapart, Bakchich et Causeur. Niel devrait remettre un peu d'ordre dans la maison, lui qui, peu après le rachat du titre avec ses deux complices, déclarait : « Pour nous Le Monde est un bien commun. Il nous semblait important qu’il ne dépende à aucun moment d’intérêts politiques, financiers, ou confessionnels ». Pas de quoi s'inquiéter donc.

mardi 10 février 2015

Retour à Madrid



La démocratie ? Comment dire...

« Il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens. »

Jean-Claude Juncker, entretien avec 


Notre futur

 


Coincé et frigorifié par les courants d'air circulant dans la passerelle d'embarquement, j'ai eu le temps de noter sur un carnet les slogans de la campagne "Dans le futur" du groupe HSBC dont les affiches jalonnaient à elles seules ce long couloir d'Orly.

Dans le futur, même la plus petite entreprise sera multinationale

Dans le futur, chaîne alimentaire et chaîne d’approvisionnement ne feront qu’une.

Dans le futur, le commerce Sud-Sud sera la norme, pas l’exception.

Dans le futur, l’éducation pourrait être votre meilleur investissement.

Dans le futur, tous les déchets seront source d’énergie.

Dans le futur, tous les marchés auront émergé.

Trop mal en point pour tout comprendre, j'avais l'intuition tout de même qu'on se foutait un peu de ma gueule. La fièvre, sans doute. 

C'est ce matin, alors que mon état tarde pourtant à s'améliorer que j'apprends qu'un certain Hervé Falciani, ancien employé de la banque britannique, a rendu public un système de fraude fiscale à grande échelle, la longue enquête menée par un consortium de journalistes ayant été baptisée swissleaks.  

Les chiffres, 106 000 clients, 20 000 sociétés offshore, 180 milliards d'euros de dépôts et transactions pour la seule période 2006-2007. On estime que seuls 0,2% de ces épargnants ont déclaré au fisc leurs placements. Autrement dit, la grande majorité, pour ne pas dire la quasi totalité, sont des fraudeurs. 

Parmi eux, le Roi du Maroc, des membres de la famille royale saoudienne, le prince de Bahrein mais aussi quelques artistes comme Gad Elmaleh (oui, celui qui rêve de banques), le chanteur toujours au top David Bowie, l'actrice Joan Collins, le coureur automobile Fernando Alonso ou encore l'ancien mannequin Elle Macpherson. Toutes ces stars partagent la vedette avec quelques bienfaiteurs de l'humanité comme des marchands d'armes, des trafiquants de diamants et de drogue. Il est vrai que cette banque a bâti son empire au XIXe siècle sur le trafic d'opium des Indes et en mer de Chine. On ne se refait pas.

Pendant ce temps-là, la Banque centrale européenne continue à persécuter les Grecs.  

Dans le futur, comme dans le présent, on continuera à vous baiser.

lundi 9 février 2015

La femme parfaite


 
Je pousse le sac sous le strapontin et mes fesses dessus, relève la tête et l'aperçois. Elle aussi. Le voyage commence à peine. 33 ans, blonde, maquillée comme les comptes de l'UMP, un bonnet lui couvrant entièrement le front, elle tient d'une main la barre centrale et de l'autre son petit-déjeuner, une viennoiserie dans un sac papier portant l'inscription du fournil devant le métro. Une doudoune sous une veste en laine synthétique, les jambes légèrement arquées, remarquées par le jean slim, des pieds en dedans aussi arqués, là par les talons hauts.
J'ai senti de l'étonnement dans son regard, pour ne pas dire de l'effroi. Ma gueule de malade sans doute. C'est pas de chance. Il a fallu que la veille de mon départ, le rhume empire considérablement. La nuit a été atrocement courte. Peur de ne pas entendre le réveil, angoisse habituelle des voyages, l'âge aussi, et des quintes de toux, la gorge sèche, des frissons et un début d'urticaire au bras et derrière une oreille. Je sais que je ne peux être très séduisant dans ces conditions. Aussi, je me replonge dans mon livre quand elle sort aussitôt le sien. Il reste donc des lecteurs dans le métro ? Le poche est très fin, bigarré, best-seller repérable de loin. Quelque chose du style Ma femme est une salope ou La femme parfaite est une connasse.  Je m'en veux aussitôt de cette idée. Je n'arrive pas à lire le titre. C'est pour cela qu'elle ne se tient pas droite. On ne peut pas se tenir droit quand on lit ce genre de littérature. Arrête !, me dis-je, toujours à médire des autres. Histoire de se penser moins pitoyable. Pourquoi ressemblerait-elle à ce point à la caricature de la lectrice de tête de gondole ? Reprenons. Cette fille est cadre. Une commerciale. Mais cadre. Elle a durant ses études lu toute sorte d'ouvrages, et pas que des manuels de marketing. Elle a un certain niveau de vie, des exigences, des valeurs, des attentes. Je suis obligé de pencher ma tête pour tenter de déchiffrer le titre du bouquin. Elle semble apprécier sa lecture. Et ne pas voir mon manège. A moins que son esquisse de sourire ne prouve le contraire. Elle tourne la page et dans ce geste, je parviens à savoir. 

A la relecture d'un classique mal lu au lycée ou la découverte d'un auteur contemporain à la fois hilarant et sulfureux comme Pierre Lamalattie, elle a opté, elle aussi, pour La femme parfaite est une connasse. Je ne sais pas qui est l'auteur de ce truc. Un homme sûrement. Non, mieux, une de ces éditorialistes de la presse magazine féminine, pseudo-féministe, déconnante au énième degré. Que raconte ce bouquin ? Je l'ignore. Je chercherai à mon retour, si j'y pense. Là, on approche de ma station et je sais qu'elle va également descendre. J'en suis certain, je la connais ! Je vais lui demander si elle approuve le titre du livre. Pas pour la draguer. Juste pour entendre un argument qui la pardonnerait. Un mot qui me ferait mieux comprendre le monde dans lequel je ne sais pas que je vis. C'est bon, elle range son livre, lâche la rampe et se rapproche des portes. Je fais glisser mon sac devant moi et m'emmêle les pinceaux avec la lanière de ma sacoche. Je gagne enfin le quai, je l'ai perdue, je la vois qui s'éloigne vers une autre correspondance. Je suis trop en retard pour la pousuivre et lui poser la question. Mais mon voyage ne fait que commencer. Et promis, la prochaine lectrice, jambes arquées ou pas, je ne la loupe pas. Elle paiera pour toutes les autres !


jeudi 5 février 2015

Le jeu des 7 erreurs



On croyait que ça pouvait être ça, le cinéma. 
Et ça l'a été. 
Mais c'était déjà la fin.
On ne le comprend que maintenant, plus de trente ans après la mort de Jean Eustache, mort de ça, de l'impasse dans laquelle il a mis ses films et sa vie, maudissant son époque, nostalgique de Vigo et Bresson, réinventeur d'une forme de cinéma primitif, trop pur, trop insolent, inclassable, incasable, trop fragile, pas assez militant, pas assez à gauche, trop prolo se rêvant dandy… 
Ça a existé.
Aujourd'hui, on a Christophe Honoré qui singe un peu tout ça. Et tous ces héritiers.
C'est deux gamins vus ce soir qui me replongent dans cette amertume, j'en suis conscient. Ils organisent un festival de courts métrages dans une ville qui n'a rien à faire de la culture et veulent m'inviter à une table ronde sur l'état de notre cinéma. Des années que je n'ai pas fait ça, l'impression de tourner en rond justement. Mais je sens en eux un désir, une naïveté, un amour du cinéma. On s'est vu une heure et pour une fois, j'avais en face de moi des gens encore plus désespérés que moi. Je n'ai pas pu leur remonter le moral. C'est le constat qui est amer, pas nous.