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lundi 9 janvier 2023

Danger mortel


 

Cette angoisse au moment de commencer. La peur des mots. L'incapacité de transcrire des images pourtant claires et nettes en mots compréhensibles, en mots qui frappent et qui portent. Paresse et désinvolture. Maladie des dialogues. Les mots puisque, et, donc. Ces mots qui sortent, puis vont se cacher. Ces mots qui se détachent dans le crépuscule, mais qui ne se laissent pas coucher sur le papier. Comme je hais le danger mortel, dévastateur de cette procédure pourtant essentielle. L'intimidation de la page blanche. La réticence à soulever son fardeau, à le porter sur son épaule. Vouloir sans pouvoir. Être dilettante.

 

Ingmar Bergman, Carnets, 1955-2001,
éd. Carlotta, 2022

vendredi 6 janvier 2023

Bleu de travail

 


En 1957, Ingmar Bergman prépare son dix-huitième film... En pleine écriture des Fraises sauvages, le Suédois, également dramaturge, metteur en scène au théâtre de Malmö, fils de pasteur luthérien, note dans ses carnets :

Mes peines, mes peurs, mes envies, mes dégoûts, tout ce hurlement que je retiens au fond de moi en me disant que je suis, malgré tout, un privilégié. Et ces vagues sont recouvertes par une épaisse couche de honte, grasse et huileuse. Honte à toi, qui organises toujours tout si bien ! Si je pouvais seulement me délester de ce poids matériel, poisseux, de ces possessions stupides et exigeantes, me plier à la soumission et à l'autorité. Un bleu de travail, des chaussures d'ouvrier, des outils, un lit, une table, une chaise. Rien d'autre, rien de plus. Il ne s'agit pas de se retirer du monde des hommes, les hommes peuvent bien rester les mêmes. En plus agréables, éventuellement !

Accomplir sa tâche, sans chercher à tricher, à tromper ou à se dérober. Quoi qu'il en coûte. 
Faire ce à quoi on s'est engagé.

Penser à SDG¹ et agir en conséquence. 

On n'a pas besoin d'entreprendre plus que ce dont on est capable.

Apprendre à renoncer, quand le combat est vain. Reconnaître ses défaites.

Ne pas toujours être le meilleur.

Se pardonner, car personne d'autre ne le fera (ou ne se donnera la peine de le faire).

 

¹ Soli Deo Glori (à Dieu seul la gloire). C'est ainsi que Bach signait ses partitions et que Bergman signera le scénario des Communiants.

 

L'éditeur et distributeur de cinéma Carlotta vient de publier ces Carnets couvrant la période 1955-2001 en un volume de plus de 1 000 pages, traduit par Jean-Baptiste Bardin.
C'est tout bleu. Trop bleu (quelle drôle d'idée, ces photos bleutées...)
Et c'est un peu cher : 59€...
Mais lire un cinéaste au travail, que l'on a tant aimé, traversé de doutes et angoisses, d'une dépression chronique ayant
parfois nécessité une hospitalisation, se révèle être une activité des plus excitantes de ce début d'année. On y reviendra forcément.

mercredi 6 juillet 2022

Le bonheur

René Maltete


— Alors ?
— Alors, quoi ?
— Tu as aimé ?
— Je le connaissais déjà...
— T'es con. Ça, je le sais...
— J'avais très peur de le revoir. C'est un film qui m'a tant marqué...
— Et ?
— Je suis bouleversé...
— A ce point ?
— C'est primitif, fauché, fourre-tout, foutraque, réac, radical, généreux, désespéré, suicidaire, littéraire... Un des plus beaux films de l'histoire du cinéma.
— Tu n'exagères pas ?
— Qu'aurais-je à y gagner ?
— C'est drôle, des dialogues entiers me revenaient. 
— Comme le fameux monologue de Françoise Lebrun ?
— Pas seulement. J'anticipais parfois ce qu'allaient dire les personnages… J'avais, jusqu'à aujourd'hui, vu ce film une seule fois, contrairement à toi. Vers l'âge de 20-22 ans, je pense... Or, je me souvenais non seulement des dialogues, mais de toutes les scènes, surtout de la première partie, des blagues, des histoires que Léaud raconte... Le texte a été édité, non ?
— Bien sûr. Aux Cahiers.
— Un petit livre gris ?
— Exact.
— Je me souviens d'avoir lu ça comme un roman.
— Je dois l'avoir encore quelque part...
— Qu'est-ce qui t'a ému ?
— La séance peut-être.
— Comment ça ?
— Revoir le film avec toi.
— Tu n'as pas pensé à une ex ? Tu ne t'es pas dit, comme le personnage d'Alexandre, je vis avec elle, mais c'est l'autre que j'aime et qui m'aime ?
— Qu'est-ce que tu racontes ?
— J'ai toujours l'impression d'avoir pris la place d'une autre, d'être avec toi par défaut.
— Tu es cintrée. J'ai pris un plaisir immense de revoir ce film, collé à toi durant quatre heures.
— Oui, mais le film parle de ça.
— Le film parle de tellement de choses...
— Léaud est incroyable. Il avait une beauté… Un peu androgyne, non ?
— Oui, peut-être. Bernadette Lafont aussi est sublime, elle avait un corps magnifique...
— Exact, et je la préfère à Françoise Lebrun. Je ne comprends pas qu'il hésite entre les deux.
— Il n'hésite pas, il ne sait pas. Ne veut pas savoir. Comme quand il demande à Véronika si elle préfère qu'il lui fasse l'amour en douceur ou violemment… N'est-ce pas la question qu'il t'a posée un jour dans une chambre d'hôtel ?
— Comment sais-tu ça ?
— Tu me l'as raconté…
— Tu sais tout de moi, c'est affreux…
— En le revoyant, dans toute sa splendeur, tu ne regrettes pas de lui avoir résisté et quitté sa chambre sans que rien ne se passe ?
— Non. Et puis, nous n'étions plus en 1973.
— Ni à notre époque, heureusement pour lui…
— Il a été très correct, je n'ai pas eu à beaucoup résister.
— Sacré Jean-Pierre…
— Il y a une chose dont je ne me souvenais pas à propos de ce film, qui ne m'avait pas frappée la première fois : cet Alexandre est un personnage insupportable. Certes, il est drôle, il parle sans cesse, et bien, c'est intéressant, touchant, il est beau, mais c'est une ordure. Pourquoi ris-tu ?
— Je ne ris pas, je souris. Peut-être regardons-nous ce film avec les yeux de l'époque, notre sale époque. Je pense que Jean Eustache serait traîné dans la boue aujourd'hui, de manière encore plus violente qu'en 1973.
— Qui était cette Catherine Garnier à qui le film est dédié ?
—  Si je ne dis pas de bêtise, du moins à ce sujet, c'est la femme avec qui Eustache vivait. C'est elle qui s'occupe des costumes sur le tournage. Je crois que ça raconte leur histoire.
— Mais c'était la maman ou la putain ?
— Il n'y a pas de putain, mon amour. C'est Bernadette Lafont qui joue le rôle de Catherine Garnier. Si je me souviens bien, elle assiste à la projection à Cannes et rassure Eustache, lui de ne rien changer au film. Avant de se suicider…
— Il devait quand même être tordu…
— Je ne sais pas où j'ai lu ça, si l'anecdote est vraie, on en a parlé l'autre soir avec Frédéric qui a tourné avec lui dans le seul film qu'il a réalisé, mais c'est Boris Eustache qui est chargé par son père d'aller chercher à Narbonne le flingue avec lequel il va se suicider…
— Je ne sais plus ce que nous nous sommes dit ce soir-là, on a tellement bu… Mais si cette histoire de flingue est vraie, je comprends pourquoi le fils Eustache a bloqué les films de son père durant toutes ces années… Quoi qu'il en soit, tu es d'accord avec moi ? Le personnage d'Alexandre mérite des claques : il ne supporte pas que Marie invite le fameux Philippe, fait toute cette scène, alors que de son côté, il harcèle une ex, insiste pour qu'elle revienne, invite sa maîtresse chez Marie en sa présence, l'y baise en son absence... C'est un sacré connard, non ?… Et si son cinéma était essentiellement autobiographique, si l'histoire du flingue est vraie, Eustache devait être un sacré numéro…
— Je ne sais pas. Mais il parvient tout de même à garder une certaine distance avec son personnage, ne le ménage pas, s'en moque…
— L'histoire du graffiti dans les chiottes ? Saute, Narcisse !
— Suivi par la séance de maquillage…
—
Pourquoi souris-tu ?

— Parce que je me revois jeune, ayant un comportement similaire à celui de cet Alexandre. Ignorant comme j'étais, je pensais que c'était ça, la liberté : lire dans des cafés, des livres que je volais systématiquement, discuter avec un ami des heures durant, tomber amoureux, vivre en fondus enchaînés, en noir et blanc... Je n'avais aucune conscience de classe. Je savais que j'étais pauvre, fils d'immigrés, que je ne pouvais avoir accès à la culture que par le vol, la violence, comme il est dit dans le film, d'ailleurs. Mais voilà, ça s'arrêtait là. Un vrai crétin. Pauvre et crétin.
— Tu écrivais quand même un peu plus que lui.
— A peine. C'est venu, du moins me le suis-je autorisé, bien plus tard. A 20 ans, je pouvais passer des journées à ne rien faire, comme l'ami d'Alexandre...
— « Que fais-tu demain à quatre heures ? »
— « Rien, bien sûr ».
— Il est impayable, celui-là...
— Alexandre, on le voit vivre aux crochets de Marie, mais son pote, je me demande quelle est sa combine pour vivre sans en ramer une.
— A Paris, qui plus est...
— Magie du cinéma.
— C'était bien de le revoir avec toi.
— J'ai eu raison de ne pas suivre ton idée d'aller revoir ce film au Reflet Médicis, non ?
— Oui, c'est idiot. Je voulais le revoir dans les mêmes conditions que la première fois. Dans des fauteuils inconfortables… L'Epée de bois, rue Mouffetard, tu te souviens de cette salle ?
— Bien sûr, je pense qu'à cette époque, je les ai toutes faites. Mais figure-toi que la première fois que je vois La Maman et la Putain, c'est également à Montreuil.
— Au Méliès, déjà ?
— Non, au Studio Berthelot.
— Le théâtre ?
— Oui. Il y avait alors une programmation cinéma. Le Méliès à cette époque n'est pas encore une salle municipale, art et essai, elle appartient à UGC.
— C'est quelle année ?
— Je crois que je suis encore au lycée. L'année du bac ou la suivante, quand je suis déjà à la fac.
— Tu le découvres avec ton Italienne ?
— Exact.
— C'était ressorti après la mort d'Eustache ?
— Non, je ne crois pas. Si je m'en souviens bien, Berthelot proposait un cycle 50 ans de cinéma français, un truc dans ce genre. Tu sais qui faisait cette programmation ? Je l'ai appris il y a peu...
— …
— La sœur de Jacques.
— Ah oui, ça me dit quelque chose... Vous en aviez parlé chez Carole, non ? Le monde est petit. Et les autres fois, tu l'as vu où, et avec qui ?
— Seul. La cinémathèque. A la télévision aussi, au ciné-club de Claude-Jean Philippe. Et puis, tu te souviens de cette salle rue du Faubourg-Montmartre ? Son nom m'échappe... Le Studio 43, tenue par Dominique Païni, il me semble. Un Franprix ou un Lidl l'a remplacée depuis longtemps. Il y eut une rétrospective Eustache et j'étais à toutes les séances. Je ne sais plus l'année, ni même si j'habitais déjà dans ce quartier...
— Tu as vécu dans le neuvième ?!
— Oui, dans 12 mètres carrés, entre le Passage Verdeau et le Passage Jouffroy, rue de la Grange-Batelière, un immeuble qui était un ancien hôtel de passe. Gaz et cafards à tous les étages. Des souris même.
— Pour un ancien hôtel de passe, les souris, c'est normal...
— J'aimais bien ce quartier. D'un côté de ma rue, Drouot, les antiquaires, les philatélistes, les boutiques de numismatique, les banques, les restaurants d'affaires, de l'autre, le quartier juif populaire et bordélique, les pâtisseries orientales, un magasin de farces et attrapes, le Palace, le Passage du Nord-Ouest, et cette librairie de cinéma dans le Passage Jouffroy...
— Oui, pas loin de l'hôtel Mozart !
— Il y avait là aussi le siège de la revue Cinématographe où a débuté ton ami Le Guay... Les Grands Boulevards... Les cinémas... Je passais mes journées dehors, à cavaler d'un endroit à l'autre, d'une séance à la cinémathèque, à une rétrospective dans quelque salle du quartier latin ou à l'autre bout de Paris, et le soir, dans mon quartier, je traînais au Virgin, ou à la Fnac en face, à découvrir des disques sur les bornes d'écoute, à draguer les vendeuses du rayon Musiques du monde... Tout a disparu, ou presque…
— Où sont passées les fortifications…
— Oui, finie, la nostalgie, assez parlé comme des vieux cons, tout cela a bien changé et nous aussi. Mais La Maman et la Putain est toujours un grand film. Et certainement le dernier. Tu veux un verre ?
— Tu as vu tout ce qu'ils boivent chez Eustache ?
— Et fument…
— Oui, je veux bien un verre. Et il doit me rester une ou deux cigarettes dans mon sac. On va boire et fumer à la mémoire du cinéma !
— Et de la jeunesse perdus… Quel bonheur !

 

 

lundi 6 septembre 2021

samedi 10 octobre 2020

Une vie dans l'ombre

 

Je sortais de la projection d'un de ses derniers films. Impossible de retrouver le titre, je les confonds tous désormais. J'y avais été perdu, somnolé et une pluie pénétrante m'avait cueilli à la sortie du ciné. J'avais naturellement trouvé refuge devant un comptoir encore ouvert à deux pas de la salle. Après quelques mousses bien méritées, rapidement la crête rouge en raison d'un régime alimentaire discutable, il a surgi de je ne sais où, posant sa main sur mon épaule droite, se collant à moi, ç'en était gênant. J'ai fait un demi-pas de côté, discrètement, je ne voulais pas être déplaisant. Mes souvenirs sont aujourd'hui un peu vagues, nous avons beaucoup bu, fermant ce premier bar et en squattant deux ou trois autres jusqu'à une heure avancée de la nuit. Je n'ai jamais revu ce type, j'ignore son nom et à quoi il pouvait bien ressembler, une silhouette aux contours flous.  

 

Vous avez digéré la chose ? Je vous ai vu, vous étiez au cinquième rang, légèrement sur la gauche. Pauvre Jean-Luc ! Je vous paie un verre ? C'est vraiment imbitable. Vous savez, ça fait un moment que je ne vais plus voir ce qu'il bricole, tout seul comme un grand, dans son coin... Oh, oui, une bonne vingtaine d'années, je dirais. Depuis que nous nous sommes brouillés à vrai dire. Je vais vous dire un truc que je n'ai jamais dit à personne, vous m'êtes sympathique et comme moi, vous l'avez certainement aimé et êtes déçu par ce qu'il est devenu, le Mao suisse. Je vais vous dire, ça va certainement vous paraître fou, on se connaît à peine, mais Godard, c'est moi ! Oui, ça peut sembler curieux, surréaliste, invraissemblable, vous allez me prendre pour un mythomane, tout ce que vous voulez, mais je vous assure, tout ce que je vais vous dire est vrai, je l'ai bien connu, Jean-Luc, nous étions très proches. Dès le début. C'est moi qui lui ai présenté Brialy, qui à l'époque n'était qu'un gigolo, comme Delon d'ailleurs... Bref, peu importe. Il l'a fait jouer dans un de ses courts métrages. Vous connaissez ce film. Ce n'était pas son premier, mais il s'y est tellement pris comme un manche, multipliant les prises de vue, confiant dans son talent d'improvisateur et surtout le talent des autres, obsédé par la petite comédienne normande, comment s'appelait-elle déjà ?, Nicole Berger, oui, c'est ça, bref, il s'est retrouvé en salle de montage complètement dépassé. Avec la monteuse, Cécile je crois qu'elle s'appelait, on a pris les choses en main et le résultat est honorable. Il a été encensé. Jean-Luc avait déjà signé pour A bout de souffle, sur deux pages écrites par François. Belmondo traînait dans le coin, passait aux Cahiers avec d'autres de la bande du conservatoire, Marielle, une fois est venu mais sa gueule à l'époque, ce n'était pas possible, d'ailleurs, vous pouvez le vérifier, pas un seul réalisateur de la vague Vague n'a fait appel à lui... Bref, Jean-Luc devait encore se faire la main avant le long selon le producteur, et a improvisé un truc dans une chambre de bonne avec Belmondo. Les mêmes problèmes se sont de nouveau posés. Il était  incapable d'écrire un scénario qui se tienne. Et mine de rien, 10 minutes sont bien plus difficiles à concocter qu'une heure et demie. Cette fois, il essayait de coucher avec Anne Colette, la petite normande avait réussi à lui échapper, et le tournage fut chaotique, et il y avait donc encore beaucoup de métrage. Là-dessus, vous connaissez l'histoire, Belmondo se casse sous les drapeaux, et j'ai alors une idée géniale, je dis à Jean-Luc, double-le, fais toi-même la post-synchro, les gens vont adorer cette fantaisie, entendre la voix du créateur et ils ne verront que du feu sur les manques du film. Et ça n'a pas loupé. Godard nous a invités, Cécile et moi, à dîner dans un grand restaurant du côté des Grands-Boulevards. Il y avait bien sûr la petite Anne qu'il voulait impressionner, mais quand même, ce n'était pas habituel que Godard régale... Cécile Decugis, ça me revient le nom de la monteuse. On se marrait bien, avec elle. On était très soudés dans la salle de montage, et on a sauvé à nous deux A bout de souffle. C'est moi qui ai eu l'idée de ces coupes dans les plans séquence, et elle m'a soutenu entièrement. Collage, j'avais suggéré ce concept aux amis critiques et ça a été repris dans le monde entier. Un génie était né. Salué par tous les grands. Le cinéma ne serait jamais plus comme avant. La petite Cécile s'est retrouvée en taule peu après. Elle avait hébergé des militants du FLN. Pour rendre service à ce con de Vautier. Deux ans à la Roquette. Seul Truffaut est venue la voir, l'a soutenue financièrement. Elle avait monté Les 400 Coups et le Pianiste, comme vous savez. Vous croyez que Jean-Luc a fait quelque chose pour elle ? Rien. Il s'est vaguement inspiré de ses mésaventures dans Pierrot le fou, et encore, sur mes conseils, pour donner un peu de relief au personnage d'Anna Karina. C'était même pitoyable, il se désintéressait totalement de cette pauvre Anna, la rupture était annoncée. Vous vous souvenez, cette histoire de fausse-couche, Anna a quand même fait une tentative de suicide pendant le tournage de Vivre sa vie. Jean-Luc était complètement effondré. Anna ne voulait plus le voir. Elle se sentait trahie. Cet enfant, c'était très important pour elle. Jean-Luc a obéi. Il a fui le plateau quand Anna est sortie de l'hosto des semaines plus tard. Et c'est moi qui ai fini le tournage en grande partie. Sur la fin, j'ai réussi à les réconcilier, du moins à leur faire entendre raison. Ils étaient devenus un mythe. Le succès les dépassait, ils étaient si jeunes... Mais bon, rien ne fut plus comme avant dans leur couple. Jean-Luc était fou d'elle, mais il sentait bien que quelque chose était définitivement brisé. Bref, on ne va pas faire France dimanche. N'empêche que quand il s'est entiché de la petite Wiazemsky, qu'il avait découverte dans Au hasard Balthazar, c'est moi qui suis allé consoler Anna. Et c'est moi qui ai conseillé à Jean-Luc d'épouser la petite. Vous n'imaginez pas le scandale : Anne était mineure à cette époque, c'était la petite-fille de Mauriac, elle avait réussi à échapper au vieux Bresson qui bavait dessus toute la journée en bandant comme un âne, et voilà que le génie suisse la poursuit avec ses bouquets de fleurs à deux sous et ses calembours de troufion. D'accord, ça existé de tous temps dans le cinoche, Weinstein n'a rien inventé, mais en 1966-67, on n'avait pas les réseaux sociaux, le féminisme, les Femen et Me Too, toutes ces conneries, et je peux vous dire, il l'a échappé belle, Jean-Luc. Tout ça pour faire son plus mauvais film des années 60, La Chinoise. Je me souviens que la critique était dépitée. Mais quand 68 est arrivé, on a qualifié Godard de visionnaire, laissez-moi rire, il était totalement perdu en ce temps-là entre sa nouvelle poupée, la politique et le LSD, quand un seul verre de vin suffisait jusque-là à le rendre pompette. Il est question de tout cela, et de moi aussi au passage, dans ce film avec le fils Garrel, dont j'ai bien connu le père, sorti il y a un an ou deux...  C'est vers cette époque que nous nous sommes brouillés pour la première fois. En partie à cause de la politique. Il partait en vrille, le pauvre Jean-Luc qui avait toujours éprouvé de fortes sympathies pour l'extrême-droite, qui vient d'une famille collabo, comme vous le savez, il s'en est toujours vanté... Il est toujours resté antisémite d'ailleurs, comme vous l'avez encore vérifié ce soir... On s'est retrouvé une dizaine d'années plus tard. C'est lui qui est venu me chercher. Je n'avais rien demandé. Il voulait revenir à la fiction, poussé par ce sacré lascar de Karmitz, un juif pourtant, mais encore un Mao, réalisateur raté, engagé pardon, devenu comme vous le savez exploitant de salles, puis producteur et distributeur. Je l'ai fait rencontrer Duras, dont j'étais proche, je louais une de ses chambres de bonne, rue des Saint-Pères et on picolait pas mal le soir, là ou à Trouville. Et puis, Carrière a été imposé par Karmitz au scénario, mais reste plus grand-chose de ce qu'il a écrit, c'était juste un nom pour l'affiche du film, comme Huppert ou Dutronc. Jean-Luc savait que plus personne ne l'attendait, la Vague ne prenait plus. Il devait sacrifier aux vedettes, se mettre un peu en retrait. Sauve qui peut, oui... Heureusement, avec ses films politiques, il avait appris un peu le montage et je n'avais plus à me taper la tête contre les murs de la salle de montage. Mais je restais son premier spectateur et conseillais telle ou telle coupe. Son statut le bouffait, il était devenu le Pape du cinéma, et il se forçait à jouer le jeu, essayait d'imaginer constamment de nouvelles idées de mise en scène, pas dans ses films, mais dans ses interventions, à la télé, dans des interviews... C'est là qu'il était encore intéressant, c'est là que le cinéma s'est réfugié. Les films, il s'en détachait totalement et c'est moi qui recollais les morceaux, qui faisait tenir l'entreprise. Et puis, il y avait sa nouvelle bonne femme, Anne-Marie.. Vous avez remarqué, ce fétichisme du prénom Anne, Anna, Anne-Marie... Quel con... Petit à petit, elle m'a remplacé dans la conception des films, elle est même devenue réalisatrice. Il n'avait, pensaient-ils tous les deux, plus besoin de moi. Résultat, aucun de ses films de ces vingt dernières années ne restera. Plus personne, à part la clique des critiques qui a besoin de se palucher sur quelques noms tels des ados attardés sur des magazines de cul, ne s'intéresse à son cinéma. Il a fini par tomber de son piédestal et se noyer dans le lac. L'autre fois, oh, ça doit remonter à un mois maintenant, il m'a laissé un message. Pour savoir ce que je devenais, si on pouvait se voir lors de son prochain passage à Paris, ou si j'avais envie de passer quelques jours à Rolle... D'où ma présence dans la salle ce soir. Mais je ne lui ai pas répondu, et je ne le ferai pas. Tout ça est mort et enterré. C'est le dernier des Mohicans, avec Rozier, et lorsqu'il partira, ne vous inquiétez pas, on fera comme s'il avait eu du génie jusqu'au bout, et, je m'en fous un peu, j'ai toujours aimé ma place, je n'ai jamais eu l'ambition de faire des films, d'être dans la lumière, mais personne ne parlera de moi, je vous l'assure... 

 

 

vendredi 3 avril 2020

Confinés avec Maurice (et Clémentine)

Clémentine Mélois

On en parlait récemment. La Maison des bois, feuilleton en sept épisodes, réalisé en 1970 par Maurice Pialat, diffusé par l'ORTF en septembre et octobre 1971, est disponible sur le site d'Arte jusqu'au 13 mai prochain.


La suite ici

Tout récemment également, France culture exhumait de ses archives un entretien avec Pialat, mené par Claude-Jean Philippe et Caroline Champetier en 1980 à l'occasion d'une rediffusion de l'œuvre sur TF1, qui avait succédé à la Première chaîne de l'ORTF en 1975…





Clémentine Mélois

mardi 10 mars 2020

Nu au cinéma


En 1968, Maurice Pialat a 43 ans et tourne enfin son premier long métrage, parrainé par son beau-frère Claude Berri qui convainc François Truffaut de coproduire L'Enfance nue. De loin, par son sujet, le film peut faire penser aux 400 Coups, mais de loin seulement. Car on y distingue déjà la démarche singulière de Pialat, faussement naturaliste, sa sécheresse apparente et son humour discret et plutôt sombre, un univers bien éloigné de celui de ses confrères de la Nouvelle Vague, embourgeoisée, à bout de souffle pourrait-on même dire à cette époque.
L'Enfance nue est un échec commercial. Pialat devra attendre 4 ans
avant de pouvoir réaliser un nouveau long métrage (Nous ne vieillirons pas ensemble, 1972). Entre-temps, il fera un retour à la télévision pour tourner l'excellent feuilleton La Maison de bois — il n'est pas alors question de séries...
En février 1969, quelques jours après son arrivée en salles, une émission, rediffusée récemment, prenait la défense, un peu tard, de L'Enfance nue, convoquant Philippe Esnault et Jean Mitry, ainsi qu'un jeune attaché de presse admiratif nommé Bertrand Tavernier. Claude Chabrol
— qui traverse sa période créative la plus intéressante — y fait également une apparition enthousiaste.
Ecouter aujourd'hui le débutant Pialat, c'est entendre, même si c'est court, non pas l'amertume ou le ressentiment dont on a, à maintes reprises et commodément, gratifié l'auteur de La Gueule ouverte, mais une sincérité nue du bonhomme, pourtant assez séducteur, tant il est bien difficile de dater les propos ici tenus et le point de vue qui est déjà le sien sur l'état du cinéma...


mercredi 4 mars 2020

Cette touche de mélancolie nécessaire


Une variante du paradoxe du comédien, le paradoxe de l'homme du gag ² ; ...
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2. Tout le monde l'a dit, Hollywood est Babylone, des pimbêches masculins et féminines, des flappers sans l'intelligence des Grecs réinventée par les flappers, des nababs gorgés jusqu'à ras bord, des cupides frottant dans un taxi leur sens des affaires à des talents d'artistes, des scénaristes plagiaires, des westerns comme des tapisseries sur un métier mécanique, à la demande, et des réalisateurs sans scrupules ni idées — mais à côté de cette faune calibanesque, déjà chantée par Cole Porter, il faut bien repérer aussi des hommes et des femmes sensibles, réfléchis en plus d'être sensibles ; des pâquerettes sur le tapis vert de la représentaion du printemps par Botticelli, comme disait je ne sais plus qui ; leur pensée est méticuleuse, avec par moments cette touche de mélancolie nécessaire à la pensée, on ne sait pas trop pourquoi, la ralentir peut-être, ou la détendre.

Pierre Senges, Projectiles au sens propre, éd. Verticales, 2020


En attendant la Cinémathèque française, l'ami Pierre Senges glissait sur les ondes de France culture, invité de l'envoûtante Marie Richeux. 


Tout comme il fut en compagnie des poètes, de Kafka et Manou Farine quelques jours auparavant.

jeudi 16 janvier 2020

Aux armes !


Ce soir, l'ami Pierre Senges présentera son dernier texte publié, dans le dix-huitième arrondissement parisien. Un film de Laurel et Hardy, dirigé par Clyde Bruckman (qui vient alors de co-signer avec Keaton Le Mécano de la Générale) et supervisé par Leo McCarey (futur réalisateur de La Soupe aux canards, de Elle et Lui…) semble constituer (je ne l'ai pas encore lu) le point de départ du livre. Ce court-métrage contient la plus longue bataille de tartes à la crème et, puisque selon Stan Laurel, chaque projectile sucré devait avoir un sens, Senges semble s'être lancé dans le non-sens, supposant la présence de « significateurs de tartes » sur le plateau, tout en nous fournissant les secrets de la compagnie chargée de fabriquer ces fameuses armes crémeuses.
Rendez-vous à 19h00, à l'excellente librairie L'humeur vagabonde. Pas sûr que l'on y croisera quelque anarco-entarteur belge, mais on tâchera, sans trop se salir, d'y être.

Ci-dessous le film en question – ce qu'il en reste –, piqué ici.


mardi 17 décembre 2019

Les fantômes d'une chambre en ville



Radio France entame sa quatrième semaine de grève et de programmes musicaux. Dimanche soir pourtant, est parvenu à se glisser à travers la grille de France culture et jusqu'à nos oreilles un étonnant et très personnel documentaire de Katell Guillou, réalisé par Véronique Lamendour, autour du dernier grand film de Jacques Demy, Une Chambre en ville — où il est justement question de grève, en musique... 
L'occasion d'écouter de nouveau la délicieuse et inestimable Camille Taboulay, toujours aussi passionnante quand il s'agit du réalisateur nantais. Participent également à l'émission Dominique David (cousine du cinéaste), Patrice Martineau (second assistant sur le tournage du film), Christophe Patillon (historien), Gérard Tripoteau (ancien ouvrier aux chantiers navals)… et la voix d’Amélie, que je vous laisse découvrir ici.



mercredi 31 juillet 2019

Je suis l'homme de plusieurs dons


« Mon idée est de faire 50 films qui seront tous liés les uns aux autres, dont les sens s’éclaireront mutuellement à travers des personnages ». Jacques Demy ne réalisera jamais ce rêve prononcé à ses débuts et cité dans le fabuleux livre de Camille Taboulay, Le Cinéma enchanté de Jacques Demy (éd. Cahiers du cinéma).
En 1987, trois ans avant de tirer sa révérence,
le Nantais, réalisateur d'à peine une quinzaine de films, s'entretient avec Serge Daney, qui s'éclipsera à son tour en 1992. France culture rediffusait dans la nuit ce dialogue d'une petite heure durant lequel l'auteur de Lola, qui vient de vivre deux mauvaises expériences de cinéma, et s'apprête à en vivre une dernière, évoque son amour de la peinture, de la littérature, et revient bien entendu sur ses films.


samedi 28 avril 2018

Comme quoi...


Le scénario avait été écrit dix ans auparavant, une affaire de famille, le film entré en production à cette époque, puis abandonné, nouvellement remis à l'ordre du jour une ou deux fois, rejeté, transformé en un autre film, repris après, et puis ce fut la rencontre exceptionnelle avec la débutante interprète, le tournage tout juste pas fauché, arrêté un an, repris avec encore moins d'argent, le long montage, la sortie et le plus grand succès du cinéaste — comme quoi... Quelques jours plus tard, au micro de Claude-Jean Philippe, Maurice Pialat revient, sans aucune complaisance et presque pas d'amertume, sur l'aventure de son film A nos amours. C'était en 1983. Et cette nuit sur France culture. On peut, comme d'habitude, le podecaster sur le site de la radio ou l'écouter ici.






vendredi 6 avril 2018

Philosopher en musique et technicolor

Agnès Varda

Philosopher avec Jacques Demy, c'est ce que nous propose la semaine prochaine l'émission animée par Adèle Van Reeth sur France culture, « Les Chemins de la philosophie ». 
Lundi, Jean-Pierre Berthomé évoquera le premier long métrage de l'inimitable Nantais, Lola (1961). Mardi, la délicieuse et irremplaçable Camille Taboulay se penchera sur son paratonnerre, l'extraordinaire et en chanté Parapluies de Cherbourg, Palme d'or en 1964. Mercredi, Marc Cerisuelo s'attardera sur Les Demoiselles de Rochefort (1967) bel hommage à la comédie musicale hollywodienne et jeudi, Une Chambre en ville, dernier chef-d'oeuvre du maître (1982) sera abordé par Jean-Marc Lalanne. 
Mais, bordel, quid de Peau d'âne, Adèle ? 
A écouter et télécharger à la page de l'émission sur le site de la radio, ici-même.


jeudi 8 février 2018

N'en profitez pas trop



On trouve le film dans certaines Histoires du cinéma. Essentiellement parce qu'il constitue la seule réalisation de son auteur. Ancien journaliste, notamment au Canard enchaîné, membre du Collège de Pataphysique, scénariste et dialoguiste mordant, anarchiste, ses écrits pacifistes valent à Henri Jeanson une condamnation à cinq ans de prison en 1939. 
Né en 1900, Jeanson a 49 ans lorsqu'il fait ses débuts à la mise en scène. Pour la peine, il reprend un texte élaboré semble-t-il pour Julien Duvivier avant la guerre, convoque dans les principaux rôles le duo de Quai des orfèvres – Louis Jouvet et Suzy Delair –, et s'amuse avec quelques seconds couteaux dont Raymond Souplex qu'il grime en chanteur de charme sur le retour, fait reconstituer en studio le quartier du Faubourg Saint-Martin et envoie la musique, la sienne, celle du cinéma d'avant alors que le néoréalisme italien a depuis déjà un moment fait irruption dans le paysage, et que les futurs membres de la Nouvelle Vague préparent leurs crachats sur le cinéma de papa, tout en récupérant la figure de Jean Renoir, thuriféraire du régime de Vichy – Jeanson sera l'un des seuls à dénoncer cette imposture à l'époque.
Mal vieilli avant la lettre, Lady Paname est un four. Jeanson renoncera avant même la sortie du film en 1950 à retenter l'expérience de la réalisation. Peu importe si l'intrigue est assez plate et parfois confuse, la mise en scène sommaire, on en convient,
il ne s'agit pas d'une œuvre majeure, mais on ne saurait bouder son plaisir en la revoyant aujourd'hui. Peu importe également si Georges Annenkov, costumier du film – et  de nombreux chefs-d'œuvre de Max Ophuls – se plaignait auprès de la production et du réalisateur des kilos superflus de Suzy Delair, qui n'en faisait, entre autres, qu'à sa tête. Suzanne Pierrette Delaire vient de fêter ses 100 ans et elle fut une Lady Paname épatante…


vendredi 26 janvier 2018

Jeu, set et match



Lundi dernier, j'écoutais un peu par hasard sur France culture le premier épisode d'un entretien avec Jean-François Stévenin. L'acteur-cinéaste, qui a tant compté pour moi à la vingtaine, est dans l'actualité en raison de l'édition remastérisée-haute-définition-je-ne-sais-pas-trop-quoi, très prochaine, de ses trois réalisations. Quelques heures plus tard, j'apprenais la mort d'Yves Afonso, l'un des acteurs fétiches de Stévenin, découvert par László Szabó, autre grand souvenir – de rencontre, cette fois-ci –, puis par Godard, Rozier, etc. Afonso me fascinait. On en parlait souvent avec Jean, autre dingo de Double-Messieurs, grâce à qui – j'en ai récemment parlé ici – nous avions passé une soirée inoubliable avec Stévenin au pays de Rimbaud. J'avais d'ailleurs croisé Afonso vers cette époque, en survêt', halluciné, du côté du Cirque d'hiver, sans oser l'aborder.
Je savais l'ami Louis Watt-Owen grand admirateur du premier film de Stévenin, et des autres aussi. Nous avons évoqué la mort, le souvenir d'Afonso brièvement et notre précieux yéti m'a fait parvenir cette vidéo en deux parties, tournée en je ne sais quelle occasion pour une salle de cinoche de mon coin, le Kosmos de Fontenay… On ne sait plus comment le remercier. Si ce n'est en les partageant ici.






Tout comme les entretiens avec Stévenin diffusés cette semaine.















vendredi 12 mai 2017

Un monde perdu

Jugé trop cynique, le jeune Aki Kaurismaki est recalé de l'école de cinéma d'Helsinki. Après divers métiers (ouvrier, manutentionnaire, facteur..) il se rabat sur celui de comédien dans les films de son frère, Mika, et enfin sur celui de réalisateur dès 1983 avec... une adaptation de Crime et Châtiment... 




Je crois que je découvre son cinéma en travaillant pour un festival espagnol puis lorsque Philippe, féru de Cioran, Dagerman, Bergman et de cinéma nordique — et malheureusement pour lui de jeunes Scandinaves, mais c'est une autre histoire — me parle de Shadows in Paradise et Ariel qu'il a pu savourer, il me semble, à Rouen et son Festival du cinéma nordique, aujoud'hui disparu. Je ne sais plus dans quel ordre je vois ces films. Mais me souviens parfaitement de la claque reçue par La Fille aux allumettes. Le "cynique" avait prétendu qu'à côté de ce film, Bresson, c'était du petit lait – quelque chose dans ce goût. Radical mais partagé entre Lubitsch et le théoricien du cinématographe, je trouve alors chez Kaurismaki à la fois l'exigence de la mise en scène, des préoccupations politiques proches des miennes, et l'apparente légèreté du propos. Revoir aujourd'hui ces images, celle d'un monde ouvrier sans représentation et caricaturé en électorat frontiste, impensables à l'heure d'une société start-upisée, n'est pas sans provoquer sourire, plaisir et envie de meurtre...