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lundi 13 octobre 2014

Revue de presse

Dans le numéro d'octobre du Monde diplomatique,  outre un excellent papier sur l'état du cinéma français, et d'autres choses tout aussi passionnantes, à la rubrique Coupures de presse, on peut trouver ces petites infos qui en disent long sur nos vies...

Accidents de téléphone

Téléphoner en marchant peut s’avérer périlleux. Pour éviter les accidents impliquant des piétons distraits, certaines villes chinoises ne manquent pas d’imagination.
La Chine, qui compte sept cents millions d’utilisateurs de smartphones, expérimente actuellement une méthode visant à prévenir les accidents liés à l’usage de ces appareils : dans la ville de Chongqing, un tronçon de trottoir long de cinquante mètres a été divisé entre une voie normale et une voie réservée aux usagers de technologies mobiles. « Il y a beaucoup de personnes âgées et d’enfants dans cette rue, et marcher avec un téléphone portable peut provoquer des collisions inutiles », explique Nong Cheng, un responsable municipal. (...) Le problème que posent les piétons absorbés par leur smartphone n’est pas spécifique à la Chine. Selon l’université de Washington, un Américain sur trois regarde son téléphone ou un autre appareil quand il franchit une intersection dangereuse. Et le ministère des transports des Etats-Unis a établi une corrélation entre cette pratique et l’augmentation du nombre d’accidents mortels impliquant des piétons.
Rick Noack, « A Chinese city is asking smartphone users to walk in their own sidewalk lane », The Washington Post, 15 septembre.

 

Petites annonces

A Londres, où les prix de l’immobilier sont parmi les plus élevés du monde, trouver un logement relève du parcours du combattant. Aussi, tous les biens mis en location finissent par trouver preneur, même les plus saugrenus.
A la fin d’une longue journée de travail, certains se traînent jusqu’à leur lit en rampant. C’est pour rentrer chez eux que les locataires d’un appartement du nord de Londres doivent se mettre à quatre pattes. Le conseil municipal du quartier de Barnet poursuit en justice le propriétaire d’une maison de Sunningfields Road, accusé de louer une chambre à laquelle il est impossible d’accéder en se tenant debout, la hauteur sous plafond de la dernière portion de la cage d’escalier étant comprise entre 0,70 mètre et 1,20 mètre. (...) Dans le même quartier, un studio est actuellement proposé à la location par le site Zoopla pour 760 livres sterling (965 euros) par mois ; il se compose d’un lit simple accroché au plafond par des chaînes de métal, et reposant sur deux armoires.

mercredi 8 octobre 2014

La poésie sauvera le monde


L'ange gardien, c'est Berthet – comme l'écrivain. Il exerce depuis des années au sein de l'Unité, société secrète intervenant pour changer le cours des événements dès que le besoin s'en fait sentir, dès que les ordres tombent. Berthet est un barbouze à l'ancienne, proche de la retraite, promenant de par le monde ses méthodes de liquidateur de l'ombre, avec toujours en poche un recueil de poésie, si possible en édition originale et sous papier cristal. Un type complexe en somme, ne serait-ce que par sa simple appartenance au monde d'avant, cher à l'auteur. Sa protégée, issue des cités, son amour secrètement nabokovien, c'est Kardiatou Diop, icone black fabriquée par un parti de gauche au pouvoir dans le but de masquer son arrogance et son mépris du peuple. A la veille d'élections municipales appelées à installer le Bloc patriotique (celui du roman précédent de Leroy), et sentant sa fin inéluctable, Berthet fait rédiger ses mémoires par un écrivain dépressif, sorte de double caricatural de l'auteur qui ne se montre guère tendre avec lui-même. Les révélations seront rendues publiques après le scrutin alors que le pays est au bord du chaos. 
Jérôme Leroy – à ne pas confondre avec le talentueux footballeur toujours en activité malgré ses 40 ans tout proches – s'amuse avec les codes du polar, de l'autobiographie et de la politique-fiction, trois parties distinctes et toutes réjouissantes, pour nous dresser un tableau plutôt réaliste et effrayant de ce qu'il adviendrait de notre beau pays en cas de prise de pouvoir de l'extrême-droite polissée et banalisée. Mélancolique, Leroy pratique une autopsie sans aucune complaisance de notre société et de sa classe politique dont on reconnaît sans peine, tout juste déguisés par le récit romanesque, certains odieux personnages actuels, de droite comme de gauche. L'Unité, organisation imaginaire calquée sur le SAC de triste mémoire ou la Loge P2 italienne, échappe ainsi à la théorie paranoïaque du complot en ces temps de confiscation progressive mais certaine de la démocratie. Et de repenser aux propos, pourtant passés presque inaperçus, d'un Michel Rocard appelant de ses vœux il y a peu l'avènement d'un pouvoir autoritaire en Grèce afin d'appliquer la politique de rigueur imposée par la Troïka et que ce con de peuple analphabète n'entendait pas accepter…
Le salut, n'en doutons pas, passera par la poésie et l'amour, c'est ce que je me tue à dire à mes filles.

Jérôme Leroy, L'ange gardien, série noire, éd. Gallimard

photo : Jean-François Baumard ©