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mardi 17 décembre 2024

Voisins (2)

Ferdinando Scianna


 

Laure Adler / Adonis

Emma Becker / Samuel Beckett

Georges Bernanos / Philippe Besson

Françoise Bourdin / Emmanuel Bove

Jacques Chardonne / Mehdi Charef

Didier Cornaille / Pierre Corneille

Eugène Dabit / Melissa Da Costa

Robert Desnos / Virginie Despentes

Charles Dickens / Joël Dicker

Marc Dugain / Alexandre Dumas

Gustave Flaubert / David Foenkinos

Romain Gary / Anna Gavalda

André Gide / Franz-Olivier Giesbert

Jean Giono / Raphaëlle Giordano

André Hardellet / Françoise Hardy

Milan Kundera / Hanif Kureishi

Agnès Ledig / Harper Lee

Primo Levi / Marc Lévy

Jean Malaquais / Jean-Paul Malaval

Nicolas Mathieu / Guy de Maupassant

François Morel / Richard Morgiève

Alfred de Musset / Guillaume Musso

Eric Orsenna / George Orwell

Valérie Perrin / Georges Perros

Alejandra Pizarnik / Belva Plain

Marcel Proust / Romain Puértolas

Tatiana de Rosnay / Philip Roth

Jose Saramago / Romain Sardou

Danielle Steel / John Steinbeck

Jules Vallès / Aurélie Valognes

 

Au hasard du rayon Littérature de la bibliothèque municipale du coin...


dimanche 6 septembre 2020

Une phrase incomplète

 

Roger Schall


 

Que ne tairais-je pas ? L'angoisse de la mort, l'angoisse de savoir que nous mourons absolument seuls et que le reste du monde continue à vivre allègrement sans nous. N'est-ce pas ce dont parle, en fait, la meilleure littérature que nous ayons connue ? La grande prose ne tente-t-elle pas d'aggraver la sensation d'enfermement, de solitude et de mort et cette impression que la vie est comme une phrase incomplète qui à la longue n'est pas à la hauteur de ce que nous espérions ?

 

Enrique Vila-Matas, Cette brume insensée,
trad. André Gabastou, Actes sud, 2020

mardi 7 juillet 2020

Opera seria


Dans ses « Notes noires » publiées en mars 1983 dans la revue Polar, Jean-Patrick Manchette évoque notamment l'avenir du roman policier et s'interroge, avec perplexité, sur la « littérature à fiction forte », et la mode des récits de survie (Délivrance, Mad Max, et ainsi de suite).
Pour terminer sur une note constructive, il faut dire aux polareux français, qui n'ont pas encore compris la vogue du roman-de-survie, et qui vont devoir courir pour la saisir au vol, qu'on peut très vite faire un roman de survie à partir de La Dame aux camélias, alias La Traviata. Il suffit de faire de l'héroïne une starlette, de son protecteur un mafioso, et du jeune homme un courageux docteur de SOS Médecins, et de situer l'action soit à Beyrouth en 1982, soit, par anticipation, dans Paris livré à l'émeute. On suivra de préférence le livret de La Traviata, dont la construction est plus simple et carrée. A l'acte I, le jeune médecin, un gauchiste, sauve la starlette d'une surdose consécutive à une drogue-partie dans son penthouse de Boulogne. L'amour éclate entre eux. Il installe la nana chez lui dans le 13e arrondissement. Il la quitte sans arrêt pour se rendre à Billancourt dans sa R4, soigner des ouvriers insurgés. Le père du toubib intervient et fait comprendre à la starlette que c'est mal barré. Elle regagne son penthouse où elle retombe sous la coupe de son imprésario mafioso concerto grosso, ainsi que dans la drogue. Le jeune toubib vient la récupérer. Les fascistes attaquent. Retranchés dans leur penthouse, l'imprésario capo et le jeune héros font feu longuement contre les nervis fascisti molto craignos. Les desperados de Billancourt les dégagent mais c'est trop tard, l'héroïne a succombé à l'héro en forçant la dose et poussant un contre-ut. Fin de l'acte V.
Ouais ; ça peut être bien. Dans les passages sur la drogue, on introduira des visions oniriques et symboliques allusives qui se référeront à L'Odyssée, La Divine Comédie, Charlot soldat et Pif le chien. Le titre, ET NOUS SORTIMES POUR REVOIR LES ETOILES, sera emprunté à Dante, à moins qu'on lui préfère LA GORGE OUVERTE qui est, comme disait le cavalier blanc, de ma propre invention, et molto vendeur. Pour l'adaptation cinématographique, je vois Deneuve, Lanvin et Galabru.
Allez, va.

Jean-Patrick Manchette, in Chroniques, Rivages

dimanche 5 avril 2020

La phrase




J'envoie un mail à mon cousin Satur, qui fait le facteur en Galice, afin de prendre des nouvelles de ses parents. Par ma mère, qui a parlé avec lui la veille, je sais que ma tante va mal, vit ses dernières heures. Mon oncle est également atteint. Comme bien d'autres pensionnaires de cet établissement madrilène. Si j'ai bien compris ce qu'a compris ma mère, aidée par un membre du personnel de la résidence d'anciens, comme disent les Espagnols, ma tante a filmé un adieu à ses enfants sur WhatsApp. Etait-elle consciente de ce qui arrivait ? Quels ont été ses mots, sa dernière phrase ? 
Satur ne répond pas à mon courrier, j'écris à sa sœur, l'Américaine, m'inquiète également pour elle et son mari. Le soir, sa réponse tombe. Mi madre ha fallecido esta mañana. La entierran mañana… Il n'y a plus rien à dire. Satur coincé à plus de 500 kilomètres de Madrid‌, sa sœur à plus de 7 000 n'ont eu droit qu'à une despedida de poche. J'ignore comment ils l'ont acceptée. Leur frère qui, selon Satur, a dilapidé le peu d'argent des parents après un divorce chaotique d'avec une femme qui l'entraîna dans une secte, sera le seul membre de la famille à l'inhumation du lendemain. Peut-être la seule personne présente – ça se passe comme ça dans ce nouveau monde. Quels auront été ses propres sentiments ? 
Je ne sais ceux qui sont les miens. Ceux qui s'imposent, ceux qui resteront lorsque je serai en mesure de penser ce que nous traversons. 
Une chose est certaine, avec la mort de Marta, la fratrie de mon père est cette fois bel et bien balayée de la terre. Marta, la petite dernière, la plus fragile, traitée toute sa vie pour une dépression chronique. La tante chez qui mon frère et moi avons été hebergés quelques mois de l'année scolaire 1976-1977 – de son côté, ma sœur s'était retrouvée chez un frère de mon père. Solutions qui nous évitaient le réveil aux aurores en plein hiver pour, sans même nous laver, sauter dans le car en direction de la capitale et du lycée français. Nous étions à peine sortis de l'enfance et n'aurions pu tenir ce rythme. Au printemps, mes parents n'avaient plus les sous pour payer notre scolarité et tout s'arrêta. Les longues parties de foot sur le terrain vague, les menus essentiellement constitués d'œufs ou de poulet les jours meilleurs, de cocos plats ou d'un riz, les séances de télévision durant lesquelles, à chaque page de pub, mes cousins faisaient enrager leur petite sœur en réclamant les premiers tel ou tel jouet pour noël, gueulant encore plus fort lorsqu'il s'agissait d'une belle poupée…
Ma sœur aimait beaucoup Marta. Des années plus tard, à chacun de ses séjours à Madrid, elle ne manquait pas d'aller lui rendre visite dans son petit trois pièces de banlieue. Ensemble, elles prenaient le métro pour aller déguster, à la cafétéria du Corte inglés, leur chocolate accompagné d'une de ces pâtisseries dont Marta rafolait. Ma mère était parfois de la fête. Mon oncle jamais. Profondément croyant, simple livreur au service d'un laboratoire, il a toute sa vie été aux petits soins de Marta, se démenant devant les défaillances de sa femme pour élever ses trois enfants, nous emmenant l'été, tous les gosses, en excursion dans sa Seat 600. Je ne sais quelle place nous avions tous les six à l'arrière de la petite voiture. L'un de nous voyageait-il à l'avant avec mon père ? Mais je me souviens parfaitement de la Pedriza ou d'El Pardo, de leurs rivières claires, des courtes échappées entre cousins vers les colines, des sandwichs préparés par ma mère qui ne participait jamais à ces journées extraordinaires, chargée de tenir compagnie à sa belle-sœur malade, témoin parfois actif des nombreuses disputes de mes parents. 
Il y a deux ans bientôt, ma sœur et moi avons passé quelques jours à Madrid. Sur les indications de Satur, nous avons pris le train de cercanías et rendu visite à Marta et Satur sr. dans leur nouvelle residencia. Ma tante n'était déjà pas bien en point. Sa faible constitution, ses séjours répétés en psychiatrie, l'âge et la pauvreté avaient eu raison d'elle. Homme des montagnes d'Ávila, mon oncle était égal à lui-même, la vista en moins. Autour d'eux, somnolaient la plupart des autres résidents dans leur fauteuil roulant. Marta sortait à peine d'une hospitalisation où elle avait chopé un virus. Elle avait également un pied bandé. Mon oncle ne voulait pas voir sa femme en fauteuil et s'obstinait à se charger lui même du moindre déplacement, ignorant ses propres problèmes de vue. Au cours des trop longs trajets entre la chambre et la salle de télévision, mal équilibrée sur l'épaule de son fidèle mari, Marta ne pouvait empêcher le bout de son pied de frotter le sol. Quelques jours avaient suffi pour l'abîmer et pour tous nous attrister. Mais Marta était heureuse de nous revoir. Elle trouvait que je n'avais pas changé, que j'avais toujours dans les yeux ce sourire malicieux. Elle devait me confondre avec un autre de ses neveux, je n'ai jamais eu aucune malice. Volubile, Satur s'employait également à faire quelques exercices de gym avec sa mère. 



Gymnastique également mentale lorsque tous deux partaient dans de longues phases de révision des classiques de la chanson populaire espagnole, sans tirer toutefois leurs voisins de leurs dernières torpeurs. 


Lorsque je lui ai annoncé la mort de Marta, j'ai senti dans la voix de ma mère, à l'autre bout du fil, un monde s'effondrer. Le sien, le nôtre. Elle n'avait pas revue Marta depuis des années, mais prenait régulièrement de ses nouvelles par Satur ou par ma cousine du Vénézuela, qui, tout comme ma sœur, était très attachée à Marta. Hier soir, ma mère me disait ne pas avoir d'appétit. Je lui ai demandé de ne plus regarder la télévision. En Espagne, étaient dénombrés samedi 11 743 autres morts.

Dans la nuit, je regarde les nouveaux chiffres ici. Le nombre de décès quotidiens à l'hôpital est en légère baisse, nous dit-on, avec 441 décès après le record de la veille – 588 morts. Le nombre total de décès à l'hôpital s'élève à 5 532. Dans les Ehpad, et autres établissements médico-sociaux, désormais plus ou moins pris en compte, le nombre de morts s'élève à 2 028. Nous en sommes donc à environ  en 7 560 décès, le nombre de personnes hospitalisées étant de 28 143 dont 6 838 en réanimation. 

Je ne sais comment vivent les autres cette période particulière. J'en perçois des bribes, au cours d'une conversation téléphonique, d'un banal message émis ou reçu. Hier, ma fille aînée a eu 23 ans. Confinée avec son copain à plus d'une heure d'ici, j'ignore quand je pourrai de nouveau la serrer dans mes bras. La sidération qui me frappe plusieurs fois par jour, me réveille la nuit, décourage la moindre pensée un tant soit peu solide, la moindre activité valable. Je laisse volontiers la philosophie et l'efficacité à d'autres.
Au début du confinement, désireux d'échapper à la franceinterisation de l'information, personnalisée le matin par l'inénarrable et insupportable duo  Demorand-Salamé, j'ai ouvert un compte Twitter. Ces derniers temps, des liens sur certains blogues me conduisaient de temps à autre vers cette machine. Une ou deux connaissances m'avaient également recommandé de m'y inscrire afin d'accéder à d'autres sources d'information. Je ne savais pas si j'en avais besoin, n'en ressentais aucune envie. Et puis, j'ai cédé devant la facilité et la colère, le regrettant aussitôt. J'ai passé les deux premières semaines scotché à l'écran, dans un autre type de torpeur, submergé d'articles contradictoires, d'avis péremptoires, de commentaires insignifiants, d'insultes faciles, de punchlines, de grandes résolutions pour l'avenir, et de petites phrases répétées en boucle comme des slogans. Je me faisais l'effet d'un toxicomane, certes balbutiant, mais déjà bien accro. Je n'y suis pas retourné depuis trois jours. Je devrais pourtant me désinscrire, mais j'ai peur de replonger à peine entré sur la page.


Restent les livres, mais comme me disait hier l'ami Louis, Quand c'est Macron qui nous demande de lire, ça ôte toute envie. Cette conversation téléphonique a été ma principale occupation de la journée. Louis affirmait relire une nouvelle fois Le Voyage, qu'il alterne avec Mort à crédit. Jamais personne n'a décrit l'ignominie humaine avec un tel talent selon lui. Je le pense aussi, mais sont-ce là des lectures que recommande l'Etat ? 
J'aime ces moments rares passés au téléphone avec Louis. Rares également parce qu'ils sont le plus souvent longs, qu'il faut être seul et avoir du temps devant soi pour s'y consacrer pleinement. Hier, les chats m'ont ramené au trivial quotidien à l'heure des croquettes.
Avant cela, nous avons bien entendu parlé littérature. Pas de ces tartufes qui jouent à l'écrivain. De la phrase, du style. Ah, Céline !… De la poésie. De Bukowski, dont les poèmes ont l'air si simples. Mais pour écrire de tels poèmes, il faut la baraka, toujours éphémère. Louis a également évoqué un grand auteur contemporain méconnu, et qui le restera. Hubertus m'en avait déjà parlé, je finirai certainement, si je survis à tout cela, par lire un jour Philippe Bordas. Ça va mal finir, la littérature, l'ai-je cru entendre soupirer. Laquelle ? La nôtre, celle qui nous tient ? A l'instar de l'ami Uriarte qui dans son journal se demandait combien de temps nous consacrions à un tableau lors d'une exposition, Louis se posait la question devant la phrase. Comment lisons-nous ? Que retenons-nous ? De toute évidence, il n'est de livre lu qu'un livre relu.
J'ai pensé à mon déménagement à venir. Evacuation des lieux, devrais-je écrire. La maison est vendue mais aucune certitude sur un futur logement. Je devrais pourtant commencer à faire les cartons, comme on dit, du moins préparer la fuite, faire du tri dans les DVD et les bouquins. Catégorique, en mauvais docteur Coué, j'ai dit à Louis que j'allais être extrêmement rigoureux et ne garder que les livres des auteurs essentiels. Les gens que l'on n'a pas envie de relire, inutile de se les trimballer de nouveau. Mais quels auteurs garder ? Combien sont-ils ? Quel métrage représenteront-ils dans une future bibliothèque ? Quel nombre de cartons dans le camion ? Thomas Bernhard, Emmanuel Bove, Céline, Dostoievski, Henri Calet, John Fante, Charles Bukowski, Cioran, Philip Roth, Paul Valet… qui d'autre ?  C'est pour moi le véritable cauchemar du déménagement et j'ai bien peur de ne pas tenir mon engagement, de laisser encore une chance à celui-ci et, pourquoi pas, à celle-là. Et que faire de tous ces volumes mis de côté et pas encore lus ?

L'autre jour, ma mère se plaignait de ne plus rien avoir à lire, de devoir relire. Elle n'a certainement pas à sa disposition le genre d'auteurs que nous pouvons nous réjouir de relire. Les romans historiques dont elle est férue offrent-ils de ces phrases devant lesquelles nous pouvons nous arrêter un instant ? L'an dernier, au cours d'une suprenante et longue entreprise de dernier ménage, elle avait jeté ou donné un grand nombre de bouquins. Il y a deux jours, j'ai pioché pour elle dans ma bibliothèque quelques livres et les lui ai apportés. Je la sais effrayée par la situation et, toujours enrhumé, je ne l'ai pas approchée. J'ai déposé les livres dans l'entrée, en les lui présentant rapidement et de loin. Annie Ernaux – je l'aime bien, mais c'est souvent triste… Tu liras ce que tu veux. Un roman anglais que j'avais acheté il y a longtemps, Ernaux justement en avait parlé lors d'un entretien mais je ne l'ai toujours pas lu, il devrait te plaire. Le journal d'Uriarte dont je lui avais tant parlé. Un livre de René Fallet – je sais qui c'est, m'interrompt-elle, déjà en larmes de ne pouvoir m'embrasser. 
Ce soir-là, la chérie lisait au lit un livre que je lui recommande depuis des années. Elle s'interrompit soudain pour me lire à haute voix une phrase selon elle sublime tandis que je me déshabillais avant de filer sous la douche. Karoo fait partie de ces livres que j'emporterai à coup sûr et pourtant, je n'avais aucun souvenir de cette phrase digne d'un Cioran, et que j'ai, depuis, oubliée de nouveau. 





mardi 18 février 2020

Dans la gueule !

La Cinémathèque française
propose une
Rencontre avec Pierre Senges
samedi 14 mars 2020, 18h30
Salle Jean Epstein

Une séance spécialement conçue autour du livre hilarant de Pierre Senges, Projectiles au sens propre (éd. Verticales, 2020).
La discussion, animée par Gabriela Trujillo, sera précédée de la projection des courts métrages burlesques suivants :
Charlot au music-hall, Charles Chaplin (1915)

Pie Alley, Anonyme (1928)

Once Over, Leslie Goodwins (1927)

sans oublier La Bataille du siècle, Clyde Bruckman, Hal Roach (1927)


La Cinémathèque française
51 Rue de Bercy
75012 Paris
M° Bercy, Lignes 14 et 6


lundi 12 août 2019

En défaut


Aimer la littérature, c'est être persuadé qu'il y a toujours une phrase écrite qui nous redonnera le goût de vivre si souvent en défaut à écouter les hommes. Soi-même, entre autres.

Georges Perros

mardi 9 juillet 2019

Habiter le monde


Il y a quelques années, on demandait à Jean-Paul Dubois ce que représentait la littérature pour lui.
« J'adore les bouquins de John Updike, par exemple. Il était doté d'une compréhension du monde supérieure à la moyenne… mais ça ne l'a pas empêché de mourir d'un cancer comme un imbécile. Ecrire est un moyen de gagner ma vie. Et je n'ai pas plus d'importance sur Terre à cause de mes livres. C'est un boulot de longue haleine de se construire une vie qui ne mène à rien », répondait-il.
Parce que la lecture de l'ami Dubois m'accompagne depuis de nombreuses années, que je sais pertinemment que cette activité mène encore moins à quelque chose, je me réjouis d'apprendre que j'aurai bientôt son nouveau roman entre les mains et qu'il aura au moins la fonction de rendre plus courtes mes insomnies. Extrait :
J’ai compris très tôt que mon père ne serait jamais un vrai Français, un de ces types convaincus que l’Angleterre a toujours été un lieu de perdition et le reste du monde une lointaine banlieue qui manque d’éducation. Cette difficulté qu’il avait à habiter ce pays, à le comprendre, à endosser ses coutumes et ses us, déplaisait à ma mère au point que leurs conversations récurrentes à ce sujet ravivaient souvent d’autres points de friction. Malgré les seize années déjà passées en France, Johanes Hansen restait un irréductible Danois, mangeur de smørrebrød, un homme du Jutland du Nord, raide sur la parole donnée, l’œil planté dans le regard de l’autre, mais dépourvu de cette dialectique gigoteuse en vogue chez nous, si prompte à nier les évidences et renier ses engagements. De son pays d’accueil, il aimait par-dessus tout la langue qu’il utilisait avec un infini respect et une grande justesse gramma-ticale. Pour le reste, il semblait avoir les pires difficultés à trouver une vie à sa taille. Il disait souvent que de toutes les nations qu’il connaissait, la France était le pays qui avait le plus de difficulté à s’appliquer à lui-même les vertus républicaines et morales qu’il exigeait des autres. Surtout l’égalité et la fraternité. « Avec leurs couronnes de privilèges, vos présidents et vos petits marquis ressemblent tellement plus à des rois que notre pauvre reine Margrethe II ». C’est ce qu’il aimait souvent répéter à table pour éperonner ma mère. Il avait également beaucoup de mal avec l’arrogance, l’aptitude au mensonge et la déloyauté qu’il disait voir ruisseler de nos gouvernements. Quant à nos hommes politiques, il ne pouvait les imaginer que barbotant dans les thermes de la corruption et de la compromission. Anna coupait alors court à ce cortège de reproches. « Mais alors, pourquoi vivre ici ? Tu es libre de rentrer chez toi ». Mon père ne répondait jamais rien, mais, tous, nous entendions le timbre de sa douce voix : « Mon fils est ici et je t’aime ».
Jean-Paul Dubois, Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon,
éd. de l'Olivier, parution le 14 août

dimanche 20 janvier 2019

Première neige


Double mystère

26 septembre 1954
La nuit était blanche jusqu’au ciel, c’était la première neige, le début de l’automne. Corey rentrait à Panguitch, chef-lieu du comté de Garfield, mille âmes à peu près vivantes et pas mal de fantômes. Les montagnes lointaines et une forêt sans fin fermaient l’horizon à gauche — et devant, derrière, à droite, le plateau se répandait comme un type qui aurait bu sans soif. Un désert à deux mille mètres d’altitude. Il y avait si peu de citoyens dans le comté de Garfield qu’il n’y avait pas de crimes, parfois un bonhomme se suicidait. Toujours d’une balle dans la tête et toujours avec du gros calibre si bien qu’on les enterrait sans tête. 
La radio a grésillé, c’était le standard de la police de Provo — à deux cents miles de là. Panguitch ne pouvait pas se payer de standard de nuit, seulement un shérif au rabais dans sa jeep Willys en provenance des stocks de l’armée. Le comté fourmillait de pistes la plupart impraticables à des véhicules normaux. Corey a pris l’appel radio. Jessie lui a dit que Lars Andersson venait d’appeler pour signaler une soucoupe volante. C’était l’ancien maire de Panguitch, il ne buvait pas, ne fumait pas. Pas le genre à avoir des hallucinations. C’était la troisième fois de la soirée que Jessie rapportait à Corey qu’un ovni avait été aperçu : lumière rouge, puis verte, intense. Apparition d’une forme dans le ciel, à basse altitude, pas de bruit, odeur bizarre… Disparition instantanée du truc, chiens qui aboient les oreilles aplaties, canaris en transe, radios qui s’éteignent… Tous les témoignages concordaient.
— C’est quoi cette maladie qu’ils ont avec les Martiens ? a grommelé Jessie. Ils en voient, ils en voient… ils voient que ça !
— Ils forniquent pas assez, a répondu Corey, comme moi.
Jessie s’est marré et a dit qu’il y avait cent millions de cocos avec des bombes atomiques et on leur signalait des Martiens sur des balais-brosses lumineux. Depuis que Little Boy et Fat Man avaient dressé leurs glands monstrueux au-dessus d’Hiroshima et de Nagasaki, les Martiens avaient rappliqué, comme si c’était lié. L’année dernière, la police avait recensé près de vingt-trois mille déclarations d’apparitions d’ovnis. Peut-être qu’ils étaient venus en masse fêter la fin de la guerre de Corée ? Va savoir avec les Martiens les idées qu’ils pouvaient avoir. 


C'est le début du faux polar de l'ami Morgiève que l'on trouve dans toutes les bonnes librairies depuis quelques jours – et ailleurs, sûrement. Parce qu'il n'y a pas que Welbek ou Bèquebédé qui font des livres. Il y a aussi quelques écrivains. Et chez les bons, y'a Morgiève. Qu'on se le dise ! Et qu'on le lise !…

samedi 17 novembre 2018

Les tueurs


Hermance Triay

« France Culture aurait dû être un univers de gens cultivés donc agréables. Dans les faits, c’étaient des tueurs ». Celle qui s'exprime ainsi s'appelait Pascale Casanova. Cette dingote de littérature est morte le 29 septembre dernier à 59 ans dans une magnifique indifférence. J'avais croisé cette proche de Bourdieu, dont les héros se nommaient Beckett ou Kafka,  vers 1995 dans une des émissions qu'elle anima sur la radio publique et où elle eut la saugrenuité de m'inviter à deux reprises il me semble. Impressionné par la dame, et le lieu, qu'est-ce que je foutais là ?, j'ai le souvenir d'avoir barboté une phrase par séance.
Acrimed a mis en ligne récemment un long et instructif entretien de Pascale Casanova avec Yves Lacascade, datant de 2017, et publié à l'origine dans le numéro 148-149 du Journal des anthropologues. Extrait :
- Yves Lacascade : Comment as-tu commencé à travailler à France Culture ?
- Pascale Casanova : Je crois que c’était par un membre de l’équipe du Panorama : comme ils cherchaient des gens en province, il m’a proposé d’y participer. À l’époque, au Panorama, il y avait des sujets sur les expos à Bordeaux, à Lyon, et donc moi je faisais de petits reportages sur ce qui se passait dans ma région, du journalisme culturel en quelque sorte. Je lisais La Nouvelle République pour avoir des idées de sujet. J’avais été mise en contact avec Duchateau par l’un de mes professeurs en licence et maîtrise de lettres à Tours. Voilà, c’est comme ça que je suis entrée peu à peu. Je « montais » à Paris pour commenter en direct mes reportages. Ça a dû durer trois ou quatre ans. Et puis l’émission s’est allongée et Duchateau m’a proposé de venir plus souvent et de faire d’autres sujets. Je faisais aussi des choses au mois d’août : je lançais des débats, des magazines, des choses enregistrées, pas en direct, mais des bobinos, des rediffusions. Duchateau me le faisait faire aussi à Noël, quand les autres n’étaient pas là. C’était très technique. Ça faisait partie de l’apprentissage. Ça m’apprenait à causer.

On lira sans plus tarder la suite ici et là.
La chaîne, qui est restée discrète, a mis en ligne
quelques archives qu'on peut écouter ici.

lundi 28 août 2017

Ça ne suffit pas


Robert Doisneau

« Baiser, chier, bouffer, c’est formidable, mais ça ne suffit pas », se tue à nous rappeler Richard Morgiève. Alors, en cette période de rentrée scolaire, sociale, politico-médiatique et littéraire, on se précipitera sur Les Hommes, que viennent de publier les éditions Joëlle Losfeld et dont voici un extrait :

J’aimais bien le bruit des Porsche, rouler dedans c’était marrant – mais pour s’acheter une bagnole à ce prix, fallait être naze. Je ne piquais pas que des Porsche, mais toujours des bagnoles que je pouvais vendre facilement et cher : je ne piquais que des bagnoles de luxe. En somme, je travaillais pour le grand capital.
Je roulais à faible allure pour passer le temps, attendre l’heure du rendez-vous avec les frères. Je n’avais pas envie de couper le moteur, ni d’être obligé de bidouiller encore les fils. La choure était un art pas reconnu par les flics et les juges... La taule en guise de musée. Des années entre quatre murs à supporter les conneries d’abrutis en manque, tous cons avant d’entrer. Dingues au milieu de leurs peines. Se méfier des donneurs, des coups pourris. Depuis que j’étais môme, j’essayais de survivre. Maintenant ça allait mieux, mais si je ne faisais pas attention, j’allais plonger. Je ne voulais pas. Je ne voulais pas repiquer, retourner en cabane – c’était trop débile. Pire, c’était du suicide. Je crachais sur les mecs qui voulaient se suicider, sauf sur ceux qui se butaient pour garder la tête haute.
Je voulais quoi au final ? Du fric, baiser ? Non, je voulais autre chose, tout en voulant le fric et la baise, ça faisait longtemps que ça me taraudait. Je me suis garé rue Saint-Dominique, j’ai allumé une clope. Je n’avais pas honte d’être un voyou, pour autant ce n’était pas un but. Je me suis regardé dans le rétroviseur intérieur. Mon reflet ne m’a rien dit, il savait que dalle, comme moi. Une fille m’a souri, la Targa me rendait meilleur parti. Classique : les filles aiment le blé et elles ont raison. C’était quoi l’intérêt de fréquenter un pauvre ou un prolo ? Un billet gratuit à la fête de L’Huma ?

Richard Morgiève, Les Hommes, éd. Joëlle Losfeld, 2017







NB : les éditions Carnets Nord font paraître en un seul volume la trilogie composée par United Colors of Crime, Boy et Love. Il faut lire Morgiève !

mardi 15 septembre 2015

Je n'aime pas l'hiver

La pleine forme à 76 ans, un plaisir intact de raconter et pour nous de l'écouter traverser les choses de sa vie, du Petit garçon à l'Académie. Le délicieux Jean-Loup Dabadie nous donne rendez-vous tous les soirs de cette semaine sur France culture. C'est à écouter ici ou à podequasseter.



lundi 17 août 2015

A la santé du confrère !

Je n'ai jamais été un grand téléspectateur. De fait, voici plusieurs années que je ne regarde plus rien de ce que ça diffuse, à de très rares exceptions près en riplet sur le net. Du temps de l'ORTF, même avec une seule chaîne, à heure de grande écoute, on pouvait apparemment parler littérature, s'en donner le temps, et qui sait, faire des découvertes, mobiliser l'attention, susciter l'intérêt voire des passions chez le téléspectateur lambda. J'aime à croire cela. Même si ça peut ressembler à de la nostalgie en noir et blanc, qui plus est pour une époque que je n'ai pas vraiment connue.
La toile aujourd'hui me permet de rattraper un peu le temps perdu, de m'en donner l'illusion. Et je m'étonne du travail de quelqu'un comme Michel Polac, que je connaissais mal, associé pour moi à Droit de réponse, émission parfois inaudible dans mon souvenir, mais dans laquelle il me semble j'ai entendu pour la première fois les noms de Robert Walser ou de Cioran. 
Ici, Polac présente en 1969 Les livres de ma vie – rien que ça – et a pour invité Michel Audiard. Dans ces courts extraits, le scénariste-dialoguiste-cinéaste-romancier y évoque son admiration pour Céline et pour Simenon…







mercredi 4 mars 2015

Entrez, entrez, je vous en prie



J'aime recevoir des visites, même payantes. L'autre fois, par exemple, est venu à la maison un expert en charpenterie métallique. Je l'attendais depuis plus d'une semaine. J'avais préparé un ou deux sarcasmes sur le sérieux au travail et la ponctualité, mais au dernier moment, j'ai manqué de courage et je lui ai simplement demandé s'il avait envie d'un café ou d'une bière, boissons que justement je n'avais pas. Ce fils de pute a repoussé mon offre avec un non fracassant, quasiment un proparoxyton. Je n'avais pas entendu un tel rejet depuis le lycée, quand j'avais proposé à Alicia d'aller au cinéma et qu'elle me répondit : « Plutôt me couper les veines ! » 
J'ai consacré l'heure suivante à observer le technicien les mains dans les poches, histoire de bien faire comprendre qui était l'écrivain. Je ne craignais pas qu'il pense que ça faisait des mois que je cherchais une idée de roman, mais que rien ne surgissait. En réalité, c'est ce que j'étais également en train de penser. En revanche, le regarder s'activer était un vrai plaisir. Il maniait les outils avec une habilité médiévale, diabolique, si bien que je l'imaginais écrire un roman avec un cruciforme et une clé anglaise pour les chapitres les plus épineux. Il me faisait penser à René Lavand(1) quand il dessinait à la vitesse de la lumière, puis lentement, un de ses numéros de magie avec les cartes pour lesquels le truc, clairement, était exécuté avec l'aide du bras qui lui manquait depuis l'enfance. Il m'a toujours paru impensable que personne ne comprenne que son extrêmité amputée continuait à manoeuvrer dans l'ombre. 
Il arrive que la magie se passe de trucs et parvienne à s'imposer. Il y a quelques années, j'ai vécu une expérience similaire avec un livre de César Aira intitulé Le magicien. Son héros, Hans Chans, se rendait à une convention d'illusionnistes pour briguer le titre de meilleur magicien du monde. Pour cela, il bénéficiait d'un avantage irréductible : c'était un vrai mage, qui n'utilisait aucun truc. Il pouvait, à volonté, annuler les lois du monde physique, et faire en sorte qu'objets, animaux ou êtres humains, lui-même compris, disparaissent ou réapparaissent, se déplacent, se transforment, flottent en l'air, bref, fassent ce qu'il voulait. 
La méthode de travail du charpentier représentait, en fait, une variante de la littérature. N'importe quel professionnel, quand on s'y attend le moins, nous donne une leçon qui nous sera utile pour mieux écrire. Celui-ci travaillait chaque détail avec parcimonie, aimant chaque aspect de son travail, à la manière d'un Thomas Mann qui, afin d'approfondir la vraissemblance de ses personnages, allait jusqu'à en inventer la signature. 
Deux jours plus tard, en revanche, est arrivé le technicien pour la chaudière. Et les choses se sont passées tout autrement. Il n'a pas soigné un seul détail et il n'aurait même pas pu écrire le Quichotte, qui était pourtant déjà plus ou moins écrit. Ce que l'on appelle la première impression est tombée lourdement devant moi. En ouvrant la porte, j'ai remarqué avec ennui que le type avait une main dans la poche. S'il peut s'agir d'un geste prometteur chez un écrivain, il procure une certaine angoisse quand il concerne d'autres professions. Quand il est entré, je me suis penché à la porte au cas où son collègue serait resté à la traîne. « Je travaille tout seul », dit-il en remarquant mon geste. « On discute moins comme ça », ajouta-t-il. J'ai trouvé le raisonnement imparable et je me suis tu. Mes présages se sont confirmés quelques minutes plus tard, lorsqu'il a accepté un café au lait et, s'il vous plaît, trois cuillérées de sucre. A peine le travail repris, il me prévint qu'il lui manquait des outils et que la pièce qu'il avait apportée, en remplacement de l'ancienne, présentait un défaut. Je préfère ne pas continuer. C'était trop amusant.
Pour faire disparaître de ma bouche ce mauvais goût, j'ai décidé de rendre une visite à mon tour. J'ai pris rendez-vous à Madrid avec un journaliste à qui il arrive chaque jour deux ou trois choses chargées de littérature. Je lui en ai réclamé une, comme quelqu'un qui demande à boire. Il m'a raconté que la semaine dernière, on lui avait commandé la nécrologie d'un écrivain. Le résultat était concluant, mais doux, sans arêtes. Le papier pouvait presque rouler sur le sol de la salle de rédaction. En bon professionnel, il a demandé alors si la mort du protagoniste de l'obituaire était bien confirmée. « Eh bien, comment dire ?, nous en sommes quasiment sûrs », lui dit-on. Il a passé quelques coups de fil à plusieurs funérariums jusqu'à ce que dans l'un d'entre eux on lui affirme qu'il y avait quelques heures encore, ils avaient bien eu un homme portant le nom et le prénom de l'écrivain. Mon ami n'était pas satisfait de la réponse et se mit à la recherche d'une vraie confirmation. Il ne voulait pas appeler la famille. Il lui semblait inconvenant de demander : « Est-ce que Machin-chose est mort ? » Il a donc appelé un autre journal, dans lequel bossait un ami à qui le responsable des nécrologies dit qu'en effet il lui semblait que l'écrivain en question était mort. Cependant, mon ami, excellent journaliste, trouva une autre source lui confirmant le trépas de l'écrivain. Il passa un coup de fil au défunt. « Vu qu'il n'a pas décroché, j'ai estimé que les faits étaient avérés et on a publié la nécro. »

(1) magicien argentin et manchot (1928-2015)

 

Juan Tallón, chronique Restez bourrés,
trad. maison

jeudi 12 février 2015

La vie dont je rêvais



 

Dans sa vie, tout l'amenait à pas lents vers la déception. Pourquoi ? Ce point me paraissait obscur pour le moment. Mais je repensais à cette phrase : « Il ne m'a pas offert la vie dont je rêvais ! » Cette phrase simple me troublait. Il ne me serait jamais venu à l'esprit de la prononcer. Avec une femme, je suis en route. La route ne m'appartient pas. Le monde ne m'appartient pas. Au contraire, ils me sont absolument incommensurables. Seules m'appartiennent certaines décisions pratiques, importantes au demeurant, et la disponibilité pour la poésie. Pour Claire, au contraire, un homme, c'est moins le compagnon lui-même que la route qui va avec. Un homme, pour cette femme, c'est comme une inscription à un voyage organisé dont le programme serait révélé au fur et à mesure. Dans ces conditions, il peut arriver que l'on soit légitimement déçu par le tour-opérateur.

mercredi 28 janvier 2015

De guingois


Née de parents espagnols communistes, exilés en France en 1939, Lydie Salvayre prétend parler un français de guingois et revendique le blasphème, le mauvais goût de sa double culture. 
Je me régale à l'écouter chaque soir sur France culture, à voix nue. Comme je l'aime...
On peut en faire autant ici.

mardi 27 janvier 2015

La recette du succès en littérature

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On pourrait aussi bien dire :
«le monde, c'est 70 % d'eau et deux milliards de Chinois, donc écrivons des vies de marins chinois».

Pierre Senges

Siècle d'or

C'est en 1870 que l'Académie royale espagnole officialise l'hypothèse selon laquelle le grand écrivain Miguel de Cervantes Saavedra aurait bel et bien été enterré le 23 avril 1616 au couvent de las Trinitarias Descalzas de San Ildefonso de la rue Cantarranas, désormais rue Lope de Vega, en plein coeur du quartier de las Huertas de Madrid, communément nommé (Barrio de Las) Letras (Quartier des Lettres). 
Quelques années plus tard, plus précisément samedi dernier, après 9 mois de fouilles, étaient découverts quelques morceaux de ce qui pourrait être le cercueil du Manchot de Lepante ; les initiales MC formées par une poignée de punaises permettant d'accréditer fortement cette nouvelle.