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lundi 6 avril 2026

Une brève histoire du cinéma


 

Aussi curieux que cela puisse paraître, s'est faufilé dans la production des éditions Fayard – sur laquelle il est inutile de revenir ici –, un ouvrage indispensable pour tous les amateurs de cinéma.
Extrêmement documentée, Une brève histoire du cinéma, 1895-2025, signée Martin Bannier et Laurent Jullier, balaie soigneusement les 130 années (voire un peu plus) d'innovations artistiques et de mutations technologiques traversées par l'industrie cinématographique aux quatre coins du monde.
Quelle mine ! Et quel boulot ! 
Quant au choix de la couverture, n'en parlons pas… 
Et le tout pour quelques 12 malheureux euros. Bravo, messieurs. 

vendredi 16 mai 2025

A cause des larmes


Nils Jorgensen

 

 

- Le hasard, certainement...
- Tu veux dire que si le hasard n'existait pas on ne se serait pas revu ?
- J'ai rarement entendu pareille ânerie.
- Parce que le hasard n'existe pas ?
- Pas seulement.
- Alors quoi ?
- Oublions le hasard…
- … C'est toi qui as utilisé ce terme.
- Disons que c'est un concours de circonstances.
- Ce n'est pas la même chose ?
- Pas vraiment. Plusieurs facteurs, on va dire, ont été réunis…
- …Ont-ils sonné deux fois ?
- Pas toujours… Toujours est-il que si je n'avais pas raté le bus que j'étais censé prendre…
- Tu te déplaces en bus, désormais ?
- Le bus est un de ces facteurs.Il n'est pas préférable d'entrer dans tous les détails.
- Entendu, revenons à nos moutons.
- La question est : pourquoi ai-je voulu, aujourd'hui même, trouver ce livre et me rendre dans cette boutique ? La peur, certainement.
- La peur ?
- J'ai eu
peur qu'un jour, ce livre qui ne se trouve, selon mes sources et celles de la toile, que dans cette seule librairie, ne s'y trouve plus.
- Moi, j'appelle ça plutôt de la névrose…
- Comme tu voudras. Ne perdons pas le fil. Car si nous allons plus loin, on pourrait même se demander
pourquoi est-ce que je suis tombé, précisément aujourd'hui, sur cette info ? – la disponibilité de ce livre dans cette librairie en particulier.
- Oui, pourquoi ?
- Il n'y a pas de réponse, ça participe au concours.
- Quel concours ?
- Celui des circonstances. Dont nous parlons depuis 10 minutes. D'où cette soif. Tu veux bien commander une nouvelle tournée ?
- C'est quoi, ce livre ?
- Ça n'a aucune importance.
- …C'est le titre ?
- Non. Je voulais dire que le livre, quel que soit son titre, n'a aucune importance pour notre conversation. C'est l'un des facteurs, mais il y en a d'autres. En fait, le livre présent, comme tu le sais, dans une seule librairie, n'existait pas.
- Quoi ?!
- C'était un stock faux. Dû à la gestion de la base de données ? A celle des libraires
 ? Ils n'ont pas été foutus de remettre la main dessus ! Tous les employés de la boutique s'y sont pourtant employé. Bref, grâce à moi, ils savent désormais qu'ils n'ont pas en stock ce livre qu'ils ignoraient avoir, voire même dont ils ignoraient, pour certains, l'existence.
- Tout ça pour ça ? Un livre introuvable, que personne ne connaît, pas même des libraires professionnels…
- C'est une des circonstances du concours qui nous a permis de nous croiser. Le livre, les libraires incompétents, le stock faux, le bus raté, ma décision de regagner à pied la gare du RER, mon passage sous les fenêtres de ta boîte – je ne savais même pas que tu travaillais dans ce quartier –, ta sortie du bureau au même moment, et d'autres détails encore, que je préfère oublier…
- Le monde est complexe...
- Et ennuyeux.
- L'autre jour, j'ai entendu une émission sur le déclin cognitif. Avec l'âge. C'est irrémédiable.
- Qu'est-ce que
cette histoire vient faire ici ?
- J'y viens.
- Vite, s'il te plaît. J'ai perdu l'habitude des cafés, de la bière, du bruit, des autres…, j'ai la tête qui tourne...
- Justement. Plus on socialise,
plus le déclin se fait lentement. Surtout si notre socialisation est de qualité. Les gens comme toi qui aiment la solitude, qui s'y enferment, s'y complaisent, sont mal barrés : leur déclin cognitif est bien plus rapide.
- Si tu m'avais dit tout cela d'emblée, dès que nous nous sommes croisés, je ne me serais pas arrêté,
je serais illico allé chercher quelque compagnie de qualité, au lieu de replonger dans notre viduité habituelle. Tu sais, la solitude n'est pas un problème que l'on peut régler seul. Ni même à deux.
- A plusieurs, il serait résolu, le problème ?
- Je ne sais pas. Je pense qu'à partir d'un certain âge, ça se corse. Les gens disparaissent, sous une forme ou une autre. On s'isole naturellement. Le déclin cognif, personne n'y échappe.
Toi, par exemple, as-tu l'impression d'être aussi stupide que quand tu étais jeune ? Tu t'es amélioré ? Ça stagne ou c'est pareil ?
- Aucune idée. Je ne me suis jamais posé la question. Et toi ?
- J'ai l'impression permanente d'être particulièrement stupide, mais que ce n'était pas mieux avant. Peut-être existait-il alors une certaine légèreté qui me permettait de ne pas en être conscient. Quoi que… C'est drôle, ces dernières deux nuits, j'ai rêvé de mon premier amour. Je veux dire, la fille avec qui, comment dire ?…
- …Avec qui tu as baisé pour la première fois ?
- Je cherchais une formule correspondant davantage à ma bêtise de l'époque. Mais ça revient au même.
- Vous faisiez quoi ?
-
Je ne m'en souviens plus exactement. Nous nous retrouvions 30 ans plus tard. En réalité, 40, mais en songe, j'avais dix ans de moins. Je crois me souvenir que, malgré notre plaisir de nous revoir, nous nous apercevions que nous n'avions rien à faire ensemble et que les regrets n'avaient pas lieu d'être.
- Tu analyses ça comment ?
- A cause des larmes. Avec l'âge…
- Quelles larmes ?
- Tu vas rire : le jour du premier rêve, j'ai entendu, par hasard, ou par un concours de circonstances, la chanson d'Aznavour, La Bohème. Le réfugié suisse ne figure pas dans mon panthéon de la chanson française, comme on dit. Et cette chanson, je l'ai entendue 185 fois. Mais, va savoir pourquoi, ce jour-là, lorsque ce pauvre Charles chante La bohème, ça voulait dire on a vingt ans, et surtout Quand au hasard des jours/Je m'en vais faire un tour/A mon ancienne adresse/Je ne reconnais plus/Ni les murs ni les rues/Qui ont vu ma jeunesse… Les larmes prennent soudain d'assaut mes yeux. J'ai repensé à cette photo, à des gamins l'air ahuri et bienheureux croisés dans la journée, à un poème de Raymond Carver, à un autre de Johannes Kühn, à ce que nous étions, dont j'ai parfois honte et bête nostalgie. Pardon, j'ai trop bu. Je n'en ai plus l'habitude. Tout ça à cause d'un bouquin…
- Un bouquin dont on ne saura rien…
- Une connerie.
- Allez, je tente. Au hasard : de la poésie…

 

mardi 18 février 2025

Absence


Willy Ronis


J'apprends ce matin que la librairie Gibert de Vaulx-en-Velin vient d'être placée en redressement judiciaire, avec un déficit de 598 000 €. Errant hier à l'une des adresses parisiennes du groupe, j'ai été frappé par les prix bien peu modérés de leurs bouquins d'occasion. J'ignore s'il faut établir une corrélation entre ces deux érections.
Toujours est-il qu'en déambulant rayon poésie, je suis tombé sur cette ancienne édition de poche des Rois mages de Frénaud.


A l'intérieur, entre deux poèmes, cette sorte de mot d'excuse pour justifier un manque de dédicace, l'auteur s'étant prétendument absenté de la capitale…


Cette édition date de 1987. On peut aisément imaginer qu'André Frénaud, s'absentant définitivement six ans plus tard, ou son attaché de presse, se livrait à ce type de facétie afin de se débarrasser de certains fâcheux  – collègues, journalistes, vagues connaissances…
La carte se trouve à la jonction de la page 66 et de sa voisine, la 67. Elle y restera. Le premier poème est intitulé "Réveil", le second, "La création de soi". 

 

Le sein, émouvant d'être celé
– Ne découvre pas la dormeuse !

Quand les éponges du sommeil ont dégorgé
tous leurs vers, puis les ont rapatriés
dans les cages  de la cervelle,
cire marine des abeilles de nuit,
le grondement s'arrête au cri du réveille-matin.

Elle apparaît ornée de si doux rivages.

– Esssuie ton crâne après rêver.

Après boire, c'est l'apothéose !

 

 ***

 

Mes bêtes de la nuit qui venaient boire à la surface,
j'en ai harponné qui fuyaient
je les ai conduites à la maison.
Vous êtes ma chair et mon sang.
Je vous appelle par votre nom, le mien.
Je mange le miel qui fut venin.
J'en ferai commerce et discours si je veux.
Et je sais que je n'épuiserai pas vos dons,
vermine habile à me cribler de flèches.


 

 

mardi 17 décembre 2024

Voisins (2)

Ferdinando Scianna


 

Laure Adler / Adonis

Emma Becker / Samuel Beckett

Georges Bernanos / Philippe Besson

Françoise Bourdin / Emmanuel Bove

Jacques Chardonne / Mehdi Charef

Didier Cornaille / Pierre Corneille

Eugène Dabit / Melissa Da Costa

Robert Desnos / Virginie Despentes

Charles Dickens / Joël Dicker

Marc Dugain / Alexandre Dumas

Gustave Flaubert / David Foenkinos

Romain Gary / Anna Gavalda

André Gide / Franz-Olivier Giesbert

Jean Giono / Raphaëlle Giordano

André Hardellet / Françoise Hardy

Milan Kundera / Hanif Kureishi

Agnès Ledig / Harper Lee

Primo Levi / Marc Lévy

Jean Malaquais / Jean-Paul Malaval

Nicolas Mathieu / Guy de Maupassant

François Morel / Richard Morgiève

Alfred de Musset / Guillaume Musso

Eric Orsenna / George Orwell

Valérie Perrin / Georges Perros

Alejandra Pizarnik / Belva Plain

Marcel Proust / Romain Puértolas

Tatiana de Rosnay / Philip Roth

Jose Saramago / Romain Sardou

Danielle Steel / John Steinbeck

Jules Vallès / Aurélie Valognes

 

Au hasard du rayon Littérature de la bibliothèque municipale du coin...


mercredi 30 octobre 2024

Lectures étroitement surveillées


Alex Russell Flint

 

...un bon livre n'est pas fait pour endormir le lecteur mais pour qu'il saute de son lit et qu'il aille en caleçon taper sur la gueule de l'auteur...

 

Bohumil Hrabal, Cours de danse pour adultes et élèves avancés,
trad. François Kerel, Gallimard

vendredi 9 août 2024

Détruire, dit-il

André Kertész

 

Que de livres, mon Dieu, et combien nous manque le temps et parfois l’envie de les lire ! Ma propre bibliothèque, où autrefois pas un livre n’entrait sans avoir au préalable été lu et digéré, s’encombre peu à peu de livres parasites, qui souvent y arrivent sans qu’on sache comment, et qui, par un phénomène d’aimantation et d’agglutination, contribuent à élever la montagne de l’illisible — et, au milieu de ces livres, perdus, ceux que j’ai moi-même écrits. Je ne dis pas dans cent ans, mais dans dix ans, dans vingt ans, que restera-t-il de tout cela ? Peut-être seulement les auteurs qui viennent de très loin, la douzaine de classiques qui traversent les siècles, bien souvent sans être beaucoup lus, mais vaillants et vigoureux, par une sorte d’impulsion élémentaire ou de droit acquis. Les livres de Camus, de Gide, qui voilà à peine deux décennies étaient lus avec tant de passion, quel intérêt ont-ils à présent, alors même qu’ils furent écrits avec tant d’amour et d’efforts ? Pourquoi dans cent ans continuera-t-on à lire Quevedo et pas Jean-Paul Sartre ? Pourquoi François Villon et pas Carlos Fuentes ? Que faut-il donc mettre dans une œuvre pour durer ? On dirait que la gloire littéraire est une loterie et la survie artistique une énigme. Et malgré cela on continue à écrire, à publier, à lire, à gloser. Entrer dans une librairie est effrayant et paralysant pour n’importe quel écrivain, c’est comme l’antichambre de l’oubli: dans ses niches de bois, déjà les livres s’apprêtent à sombrer dans un sommeil définitif, souvent sans même avoir vécu. Quel est cet empereur chinois qui détruisit l’alphabet et toute trace d’écriture ? N’est-ce pas Érostrate qui incendia la bibliothèque d’Alexandrie ? Ce qui pourrait peut-être nous redonner le goût de la lecture, ce serait de détruire tout ce qui a été écrit et de repartir, innocemment, allégrement, à zéro.

 

Julio Ramón Ribeyro, Proses apatrides,
trad. François Géal, éd. Finitude



samedi 13 juillet 2024

A corps perdu

 

Paul Cupido

 

En quittant le cabinet de l'ostéopathe, j'oublie mon pauvre patrimoine génétique. Difficile de lutter contre nature. Je songe davantage au cinéma d'art et d'essai, aux femmes et aux livres. Que n'ai-je bousillé mon dos en consacrant ma vie, à corps perdu, à ces trois passions... « Si c'était à recommencer » n'est pas une formule qui me passe par la tête. Plutôt « Si ça pouvait recommencer ».

 

charles brun, accord perdu

jeudi 16 novembre 2023

Terminus


Je n'ai pas vu le film de Tarantino dans lequel on peut entendre un morceau d'un certain Dege Legg, que je ne connaissais pas jusqu'ici. Je lis son journal de bord tenu au début des années 2000. A cette époque, le musicien originaire du sud des Etats-Unis, était sans groupe, sans travail, sans un rond et sans maison – et sans Tarantino. Un boulot de chauffeur de taxi va lui permettre de survivre durant cinq ans. Nous sommes à La Fayette (Louisiane). Ça débute comme ça :

C’est le terminus. Je vis dans un motel miteux à Lafayette, Louisiane. Chambre 109. Cent-soixante-cinq dollars la semaine. J’ai quatre-vingt-un dollars en poche et pas de boulot. La plupart des résidents sont des alcooliques invétérés. Ils boivent de la mauvaise bière, traînent sur le parking, et voient leurs espoirs partir en fumée, accompagnés du murmure de la télé et des grondements du trafic routier. Il n’y a rien à faire ici que ressasser des rêves tombés en ruine. C’est ici, dans ces motels, que le capitalisme percute la triste réalité des perdants sur la pente sordide de la déchéance. C’est le dernier arrêt avant la clochardisation, à une centaine de mètres des voies ferrées. C’est ici que votre dîner tombe d’un distributeur automatique. C’est ici que l’Amérique vient pour mourir ou essayer de se cacher de l’inéluctable. Cet endroit est comme un manège abandonné, à demi enfoui sous le sable. Tout y est soumis au temps et se dérobe. Personne n’en a rien à faire. Ni n’essaie de donner le change. Les gens ici ne font qu’exister et survivre, pendant que les prostituées écrasent des mouches, que les junkies errent sur le bitume décoloré par le soleil, et que d’anciens forains jouent avec le feu et fouillent les vestiges d’une vie révolue, saluant de la main des fantômes, tirant sur des cigarettes bon marché et buvant des bières meilleur marché encore.

Alors que l’immense soleil
Pèse et nous écrase.
C’est impitoyable
Et sans issue pour l’instant.
Il y a une semaine, je vivais dans une maison avec trois chambres, un jardin, un chien et un lave-vaisselle. Aujourd’hui, je suis dans ce motel merdique. Seul et presque sans un rond. Mais étrangement, je suis plus libre que je ne l’ai jamais été, parce que j’ai déjà perdu cette étape de la course. Et la chute n’est pas si loin. C’est comme une trêve dans une guerre contre tous. Je ne suis pas heureux. Je ne suis pas triste. Je suis seulement coincé ici. En suspens. Dans l’attente.

Je regarde par la fenêtre,
Mes poings accrochés aux barreaux,
Et je rêve
Et me demande quelle sera la suite.

Je suis aussi vivant que n’importe qui et pas plus mort qu’un autre. Il n’y a pas d’espérance ici. Toutes les promesses ont été rompues comme des prières de la dernière chance dans l’abattoir de l’amour. Avant que le couperet ne tombe. Personne ne vient ici pour que l’on se souvienne de lui. On vient ici pour oublier. Et être oublié.

 

Dege Legg, Cabdriver 
Trad. Dennis Crowch
Ed. du Sonneur, 2023

mercredi 4 août 2021

Une question d'équilibre

Burt Glinn


J'ai désormais chez moi un mur entier de livres. Pour la première fois. Jusqu'ici, j'avais des étagères ici et là, jamais dans la même pièce, du moins n'était-ce pas une pièce à vivre, comme on dit, et des piles naissaient un peu partout.
Nous avons hérité d'une duchesse brisée, parfaite pour lire ou s'assoupir, mais dans laquelle je ne peux m'installer sans éprouver un sentiment d'écrasement, d'inertie devant ces millions de pages. D'autant que chaque rangée est doublée. Que des cartons remplis d'autres volumes croupissent dans le sous-sol. Je vais devoir installer des tablettes ailleurs, percer, niveler, visser, et de nouveau classer, soupeser, déplacer, faire des choix.
Cet après-midi, effrayé par cette perspective, j'ai pensé à cet ami perdu de vue depuis longtemps. Il lisait rarement et ne possédait pas ou très peu de livres.
Je crois me souvenir qu'il n'achetait jamais de nouveau livre sans avoir revendu celui qu'il venait de terminer. Devant ce mur, j'envie ce « principe de précaution », dirions-nous aujourd'hui. Ne pas s'encombrer, et pas seulement de livres, pouvoir ainsi facilement déménager, foutre le camp du jour au lendemain. Cette idée me séduisait, je l'appréhendais. Avait-elle été gravée en lui par l'histoire de sa famille, en partie rescapée des pogroms et des camps ? Je ne lui en ai jamais parlé. C'était, pour moi qui ai si peu appris de ma famille, une affaire entendue, extrêmement implicite. Une question d'équilibre.
Le soir, je lui ai envoyé un message pour lui dire que j'avais pensé à lui, sans entrer dans les détails. Nous sommes dans le sud, m'a-t-il répondu, passe si tu veux.

 

Charles Brun, le solitaire tempétueux

mercredi 15 avril 2020

Un amour malheureux

David Palumbo

I. On peut prendre dans son lit les livres et les putains.

II. Les livres et les putains croisent le temps : ils dominent la nuit comme le jour, et le jour comme la nuit. 

III. Personne ne voit à l'apparence des livres et des putains que les minutes leur sont précieuses. Mais lorsqu'on se commet un peu plus avec eux, on remarque à quel point ils sont pressés. Ils facturent pendant que nous nous enfonçons en eux.

IV. Les livres et les putains sont unis depuis toujours par un amour malheureux.

V. Les livres et les putains – ils ont chacun leur genre d'hommes, qui vivent sur leur dos et les maltraitent. Pour les livres, ce sont les critiques.

VI. Les livres et les putains dans des maisons publiques – pour étudiants.

VII. Les livres et les putains – ils voient rarement leur fin, celui qui les a possédés. Ils disparaissent d'ordinaire avant de mourir.

VIII. Les livres et les putains racontent avec tant de plaisir, et tant de mensonges, la manière dont ils sont venus là. En vérité ils n'y prêtent pas eux-mêmes attention. On se livre à tout « par amour » pendant des années et un jour, sous la forme d'un corpus bien en chair, on retrouve en train de faire le trottoir ce qui se contentait toujours de planer au-dessus « pour faire des études ».

IX. Les livres et les putains aiment à tourner le dos quand ils s'exposent.

X. Les livres et les putains rajeunissent beaucoup.

XI. Les livres et les putains – « Vieille bigote – jeune catin ». Combien de livres furent décriés dans lesquels la jeunesse doit aujourd'hui apprendre !

XII. Les livres et les putains portent leurs disputes devant les gens. 

XIII. Les livres et les putains – les notes en bas de page sont pour les uns ce que sont les bank-notes glissées dans les bas pour les autres.


Walter Benjamin, Sens unique,
trad. Jean Lacoste, éd. Maurice Nadeau

lundi 4 novembre 2019

Une vie française


C'était au début des années 1990. Et ça revient, par bribes. Forcément, comme dirait l'autre. On avait sympathisé à l'époque où je finissais d'être libraire. Après ma désertion, ou juste avant, j'étais parvenu, malgré le scepticisme de mes chefs, à le faire inviter dans la librairie où je bossais jusque là. Et lorsqu'il est venu, je n'étais plus là. Mais j'étais là, finalement, histoire de ne pas le laisser seul. J'ai déjà raconté ça. Je ne sais comment je suis parvenu à surmonter rougeur et sueurs pour m'adresser à lui. Mais nous nous sommes recroisés quand il est revenu à Paris. Je lui avais alors rapidement proposé de se prêter au jeu de l'entretien, un peu décalé – j'étais véritablement fasciné par sa conception de l'existence, des rapports humains. Il devint rapidement mon anarchiste préféré. 
J'avais commencé à écrire dans un journal en particulier, et, décomplexé de la plume, m'étais mis dans l'idée un dossier pour le groupement de librairies indépendantes de ce temps-là. Dubois démystifiait l'image de l'écrivain, citait Cioran, et les patrons, de gauche de préférence, qui vous invitent à les tutoyer – les pires, méfie-toi. La femme qui dirigeait l'association lut l'entretien et me remercia de l'intérêt, etc. Dubois était un peu trop confidentiel et ne méritait pas un dossier spécial. Justement, il est à découvrir, ripostais-je. En vain. J'essayais par ailleurs de collaborer à quelques titres émergents, dont un autre canard de Butel. Du haut de mon culot de timide inconscient, j'avais appelé la rédaction, sollicité un rendez-vous, proposé l'entretien, et fut reçu par une fille de dessinateur célèbre qui me rit au nez après lecture de l'entretien. Non, décidément, ça ne collait pas. Vous comprenez, la littérature, c'est autre chose… J'en informais Jean-Paul qui comprenait parfaitement et me conseillait de passer à autre chose, nous continuerions à nous voir sans jamais plus évoquer ces histoires. Et c'est ce que nous avons fait.
Et puis, d'autres histoires sont arrivées, les siennes que je lisais toujours avec avidité et plaisir et les miennes, parfois liées au siennes, sans grand intérêt et que je tairai ici. 
Lorsque j'ai appris par hasard il y a quelques jours que son nom figurait dans la short list, comme on dit, du Goncourt, j'ai pensé lui envoyer un mot. Mais habite-il toujours la maison de sa mère – seule adresse que je possède encore ? Je voulais lui rappeler ses propos, lors de ce fameux entretien. « Je dis toujours à mon éditeur, me confiait-il, obtiens-moi le Goncourt, et tu n'entendras plus jamais parler de moi ». Je voulais lui dire que j'espérais, très égoïstement, que la Nothomb serait enfin couronnée ou le Rolin ou je ne sais qui, mais pas lui, surtout pas lui ! Que les prix, selon Billy Wilder, etc. Je tenais à le retrouver tous les deux ou trois ans, encore quelque temps, merde ! Je sais que c'est un homme intègre, droit, rare, et qu'il ne balance pas de paroles en l'air, même à un abruti d'apprenti journaliste dans mon genre. J'ai bien peur qu'il tienne parole… et qu'on ne se tape à l'avenir que des Nothomb et autres Tesson… J'ai quand même ouvert une bouteille à sa santé, ce soir.

dimanche 18 août 2019

Terrorisme littéraire

Gilles D'Elia

— Tous ? 
— Oui.
— Tu feras un tri.
— Non, je ne veux rien garder. Je vais tous les vendre.
— Ça ne vaut rien, un livre.
— Peu importe. Je veux m'alléger en vue de l'effondrement prochain de ce monde.
— …
— Tu es en train d'imaginer ce que ça donnerait, une maison sans tous ces bouquins éparpillés, ces étagères dégueulantes…
— Oui, comment le sais-tu ?
— Ce n'est pas sorcier. Il suffit de voir tes yeux.
— Lorsque j'ai tout déménagé en vrac du bureau à la petite chambre, j'ai eu envie d'en jeter un certain nombre.
— Tu es folle ?
— Je ne l'ai pas fait.
— Ce serait un motif de séparation. Une faute grave.
— Nous ne sommes pas mariés. Aucune raison de trouver une faute grave pour se séparer.
— Exact. Quittons-nous sans raison.
— Tu es sinistre en ce moment.
— En ce moment ?
— Sombre.
— Je l'ai toujours été. J'en ai d'ailleurs le nom. L'autre jour, Hubertus me racontait qu'en rentrant de vacances, il s'est mis à compter ses livres. 
— C'est possible ? Comment s'y est-il pris ?
— Oui, c'est possible. La méthode est simple : un par un sur une étagère, puis ce chiffre multiplié par le nombre d'étagères…
— Ce n'est pas un chiffre exact, alors.
— Une estimation.
— Et ?
— Et quoi ?
— Ben, le résultat.
— Je ne m'en souviens plus. Je ne retiens jamais les chiffres. 3 000 et quelques. Auxquels il faut ajouter les trois livres qu'il m'a prêtés et que je dois impérativement lui rendre la prochaine fois, sans les avoir lus.
— Les Schmidt ?
— Oui, je n'y arrive pas. J'espère qu'il n'y verra pas une offense.
— Tu en as tellement en attente.
— Oui, mais j'ai décidé d'abréger leur souffrance. Je les entends le soir, lorsque je me couche, implorer : C'est mon tour ! Non, c'est à moi, maintenant ! Je n'en peux plus de les entendre, de savoir que je ne pourrai jamais tous les satisfaire.
— Tu crois qu'ensuite tu dormiras mieux ?
— Je ne sais pas. Une chose est certaine, les livres ne m'apportent aucune quiétude. Et puis, c'est un nid à poussière.
— C'est vrai.
— Lorsque Hubertus m'a raconté son histoire, j'ai été pris de vertige. Je suis resté muet un long moment, je crois. L'idée de me livrer à une telle opération m'a totalement anéanti. Je me suis senti écrasé par toutes ces pages. 
— Tu as toujours rêver d'une vraie bibliothèque, une pièce dont tous les murs auraient été recouverts de livres.
— C'est un faux rêve, comme il y a de fausses bonnes idées. On se raconte des histoires avec les histoires des autres, mais de manière générale, les livres ne servent à rien. Une belle bibliothèque ! Regardez, tout cela m'appartient. J'ai lu tous ces livres ! Certains plusieurs fois… Qui chercherais-je à impressionner avec ces salades à part moi-même ?
— J'ai du mal à t'imaginer sans un livre à la main, dans la poche ou sur la table de nuit.
— Il va pourtant falloir t'y habituer. Et puis on pourra se consacrer à d'autres activités au lit…
— J'ai peur de t'aimer moins.
— Ça te fera du bien.
— Qu'est-ce que tu racontes ?
— On ne peut pas aimer un homme qui ne jure que par les livres, qui s'angoisse dès qu'il en termine un, qui est pris de fièvre lorsqu'il pénètre dans une librairie ou lorsqu'il songe à ces livres qu'il ne connaît pas…
— Mais si ! C'est ce qui me plaît en toi…
— C'est un faux fantasme. Je dois guérir. Regarde autour de toi. Plus personne ne lit. On ne peut plus parler d'un livre qu'on a lu avec nos amis. L'auteur ne leur dit rien, ce qu'on peut leur raconter ne leur donne pas envie d'en savoir davantage. Ils n'ont pas le temps. lls sont pris par la saison en cours de leur série préférée du moment, avant la suivante…
— Tu noircis le tableau.
— C'est l'époque qui est noire. Mais nous sommes tellement aveuglés par la lumière des écrans et de notre petit univers que nous tenons dans la paume de la main que nous sommes incapables de deviner où nous sommes tombés. Nous sommes tous dans le déni, nous fuyons sans cesse. Nous sommes finis. Nous sommes entourés de morts-vivants.
— C'est peut-être ta manière de voir les choses qui n'est pas la bonne.
— Quelle serait la bonne manière ? Se précipiter pour acheter le dernier Goncourt ou pour aller voir le dernier Tarantino ? Prôner le vivre ensemble et lire Foenkinos ou un bouquin de développement personnel en buvant une tisane detox ? Tomber dans le cynisme et lire Houellebecq ? Attendre les soldes ? Préparer les prochaines vacances sur Airbnb ? Nous réconcilier avec Macron et son gang ? S'abonner à Netflix ? Se féliciter qu'Uber projette désormais de mettre la main sur les transports publics ? Aller prendre l'apéro chez les voisins ? Télécharger les dernières applis indispensables ? Porter un t-shirt de Greta Machin ? Rêver du prochain Iphone ? Aller négocier un prêt à la banque ? Embrasser un flic ? Trouver un sens à la vie sur Google ?
— Bon, ça suffit, j'ai compris. Tu veux que je t'aide à faire du tri dans tes livres pour savoir ce que tu veux vendre en priorité ?
— Le premier, ou la première, qui touche à l'un de mes livres…
— …Je voulais t'aider, dans la perspective de l'effondrement…
— … Que la terre aille en enfer ! Nous n'avons pas mérité mieux. Mais que personne ne touche à mes livres, je m'effondrerai parmi eux !




mercredi 24 juillet 2019

Epuisement


Tu connais Simone Weil ? Non, pas la copine de Giscard, la philosophe. La Vierge rouge, anarchiste illuminée, travaillant en usine, juive convertie au christianisme, tubarde, morte d'épuisement. Je ne sais pourquoi, elle est à nouveau à l'honneur. Allia a republié l'an dernier un petit texte intitulé Note sur la suppression générale des partis politiques. D'actualité, comme on dit. Et est annoncée pour vite une nouvelle édition du recueil La Pesanteur et la grâce, chez Plon, ça ne s'invente pas. Il était épuisé…

samedi 22 juin 2019

Par terre

Au pied du lit, m'attendent, peinards, quelques ouvrages récents que, veinard, je viens de recevoir et pense pouvoir lire bientôt. Bien entendu, on ne va pas se mentir, ces lectures ne risquent pas de me guérir de mes insomnies...


Jean-Loup Trassard, Verdure,
éd. Le temps qu'il fait, 2019

Né à la campagne comme on le sait, l'auteur de L'Homme des haies s'est, dès les années 1970, inquiété du sort réservé aux arbres, ruisseaux, forêts, pillés, polués, défigurés..., et a livré ses observations ici et là (du journal municipal aux quotidiens et autres magazines et revues). Les excellentes éditions Le temps qu'il fait (salut à Armand Robin !) nous proposent aujourd'hui ce recueil de textes poétiques et politiques. Dans l'un d'eux, cette question sans illusion : « Si nous nous contentons d’envoyer une giclée d’encre à la face d’une telle imbécillité, croyez-vous que les ruisseaux et nous-mêmes pourrons continuer longtemps à suivre les méandres qui nous plaisent ? »



Henri Calet, Mes impressions d'Afrique,
éd. PUL, 2019

Autre recueil qui semble indispensable, celui des écrits de Calet lors et après ses voyages en Afrique du nord lorsque au-dessus de l'Algérie et du Maroc flottaient encore le drapeau tricolore colonial. Réflexions, notes, textes inachevés, mais aussi entretiens autour du sujet. Cette publication est dirigée et présentée par Michel P. Schmitt, professeur émérite de littérature française à Lyon 2, spécialiste d’Henri Calet et déjà responsable des éditions de De ma lucarne (Gallimard, 2014) et plus récemment du sompteux Paris à la maraude (éd. des Cendres, 2018).





Louis-Ferdinand Céline, Cahiers de prison
février-octobre 1946
, éd. Gallimard, 2019

Du fond de sa cellule 609, section K., de la prison de l'Ouest de Copenhague, Céline réclame de quoi écrire et finit par obtenir de l'administration pénitentière dix petits cahiers de 32 pages. Durant  environ un an, il évoque ses souvenirs de Montmartre et de Londres, les périples de l'exil, la « persécution » dont il se dit, sans rire, victime — « C'est moi maintenant le traître, le monstre, c'est moi qu'on s'apprête à lyncher » — mais aussi les livres que lui apporte Lucette : Chateaubriand, Hugo, Chamfort, Voltaire... Des écrits qui semblent annoncer la trilogie (D'un château l'autre, Nord et Rigodon) qui verra le jour 10 ans plus tard, ce que Jean Paul Louis, responsable de cette édition pour Les Cahiers de la NRF, nomme la « seconde révolution narrative et stylistique » de l'auteur de Mort à crédit... 


Pier Paolo Pasolini, Entretiens (1949-1975),
éd. Delga, 2019

Lit-on encore Pasolini ? Je l'espère. Sous la direction de Maria Grazia Chiarcossi, ce choix d'entretiens sur une bonne vingtaine d'années, la plupart d'entre eux, est-il spécifié, inédits en français, pourrait être une première approche de la pensée du poète-cinéaste et sympathisant communiste, l'un des plus brillants analyste du monde contemporain et défenseur des cultures populaires en voie déjà d'extermination. Au cours de sa dernière prise de parole (éditée par Allia autrefois), PPP affirmait : « Les quelques personnes qui ont fait l’Histoire sont celles qui ont dit non, et non les courtisans et les valets des cardinaux. Pour être efficace, le refus doit être grand, et non petit, total, et non pas porter sur tel ou tel point, « absurde », contraire au bon sens. Eichmann, mon cher, avait énormément de bon sens. Qu’est-ce qui lui a fait défaut ? La capacité de dire non tout en haut, au sommet, dès le début, tandis qu’il accomplissait une tâche purement et ordinairement administrative, bureaucratique. Peut-être qu’il aura dit à ses amis que ce Himmler ne lui plaisait pas tant que ça. Il aura murmuré, comme on murmure dans les maisons d’édition, les journaux, chez les sous-dirigeants politiques et à la télévision. Ou bien il aura protesté parce que tel ou tel train s’arrêtait une fois par jour pour laisser les déportés faire leurs besoins et avaler un peu de pain et d’eau, alors qu’il aurait été plus fonctionnel ou économique de prévoir deux arrêts. Il n’a jamais enrayé la machine. Alors, trois questions se posent. Quelle est, comme tu dis, « la situation », et pour quelle raison devrait-on l’arrêter ou la détruire ? Et de quelle façon ? »



Cédric Biagini et Patrick Marcolini (sous la dir. de),
Divertir pour dominer 2
, éd. L'échappée, 2019
Impossible suivre de près la richesse et la diversité des publications des éditions de l'Echappée — qui portent bien leur nom. Elles nous écraseraient ou du moins occuperaient l'essentiel de nos lectures tout au long de l'année. Ce dernier titre, suite d'un ouvrage paru il y a dix ans, consacrée aux addictions culturelles d'aujourd'hui et autres aliénations (séries, jeux vidéo, pornographie, consumérisme...) est des plus stimulants. De cette pile qui me nargue sur le parquet de la chambre, il est le premier volume dont je viens de commencer la lecture. Peu adepte des séries, je vais certainement y trouver la réponse à la question posée par un vieil ami il y a quelques jours. Le nombre de ces productions télévisuelles, addictives et formatées pour leur passage entrecoupé de pages de pub sur les petits écrans, ne cesse de croître alors même que la consommation de ces flux d'images s'éloigne toujours plus des traditionnels postes de télévision. Leur visionnage par téléchargements, légaux ou piratés, ou grâce aux coffrets DVD, n'offrent pas (encore ?) au consommateur le plaisir d'être, toutes les douze minutes, harcelé par ces marques qui financent la fabrication de ses images préférées. Partant, comment expliquer le succès et la surproduction toujours plus grande de ces objets sans y déceler un projet désormais essentiellement politique ? 


jeudi 28 février 2019

Cent bonnes raisons

Depuis quelques années, les éditions Wombat remettent en circulation les écrits de Roland Topor.
Dernier en date, un inédit datant des années 1970, Cent bonnes raisons pour me suicider tout de suite, suivi de Douze possibilités d’échapper à Noël, et ce, pour la modique somme de 6 euros. 
Extraits du premier texte – le second, on attendra la fin de l'année (si on y arrive) :





1. La meilleure manière de m'assurer que je ne suis pas déjà mort !
5. Je grandirai dans l'estime de mes contemporains.
8. Je ridiculiserai mon cancer.
10. Pour ruiner mon psychanalyste.
12. Un infaillible remède contre la calvitie.
15. Je me sentirai moins seul.
17. La vie augmente, la mort reste abordable.
29. Pour faire croire que j'ai le sens de l'honneur.
38. Je n'ai plus rien à me mettre.
40. Pour tuer un juif, comme tout le monde.
45. Pour conserver mon mystère.
51. Pour ne plus avoir honte de me regarder dans un miroir.
52. Si j'étais immortel ? Autant l'apprendre le plus tôt possible.
71. Pour ne plus ronfler la nuit.
81. Parce que j'ai hâte d'utiliser l'épitaphe amusante que je me suis trouvée : « Bon débarras ».
94. Pour me dépayser.