Salon du livre, Printemps des poètes... Au secours ! V'là le retour des discours et des concours. Car si en ce pays plus personne ne lit, tout le monde écrit.Ces dernières années, de nombreux cinéastes, Américains pour la plupart, ont édité en vidéo leur version idéale, originelle, d'un ou de plusieurs de leurs films. L'appellation Director's cut surgit bien après la sortie en salles, une première publication en vidéo, le plus souvent lorsque les réalisateurs ont récupéré leurs droits et se lancent à leur tour dans la commercialisation de leur oeuvre : montage plus lâche, rajout de scènes auparavant éliminées, parfois même résurrection d'un personnage jadis effacé. Il m'est arrivé de revoir un ou deux films dans leur nouvelle mouture et de trouver le temps légèrement long... Dans le domaine de la littérature, c'est un peu l'inverse et les textes de nombre d'auteurs du monde d'avant seraient aujourd'hui difficilement publiables. Proust par exemple, dont le premier volume de La Recherche fut édité à compte d'auteur, devrait certainement de nos jours expurger son récit, amputer ses longues phrases, supprimer des personnages secondaires, affirmer son sujet..., lui qui avait, d'emblée, réussi à imposer son Director's cut.
Elle a profité de ma faiblesse, m'a fait boire... Je ne me souviens plus de rien.
Désormais, comme dans les médias et les réseaux sociaux, la moindre réunion d'amis, de collègues de travail, de clients de bar..., compte sa militante féministe de service prompte à signaler nos fautes : non-féminisation d'un terme au cours de la conversation, propos misogynes primaires, attitude intolérable, jambes trop écartées... et à nous restituer les dernières avancées en la matière dans l'actualité et les réseaux sociaux. Plus que jamais, et comme pour d'autres sujets, nous ne pouvons plus échapper au conditionnement médiatique et nous passons pour le dernier des cons si, malgré nous, en raison par exemple d'une préférence pour la littérature, nous marquons quelque réticence à nous soumettre à cette tyrannie.C'est au volant que les femmes se battent le mieux pour leurs droits : sorties sauvages de leur emplacement, changements de file sans prévenir, non-respect des priorités et des limitations de vitesse, coups de klaxon intempestifs, insultes, doigts d'honneur..., leur conduite égale désormais celle des hommes. Et si le salut des femmes, avenir de l'homme nous avait-on chanté, passait par la bêtise ?Les beaux jours arrivent et c'est au guidon donc que nous nous réjouirons de voir les femmes rouler, leurs jupes voler, leurs jambes dorer, la sueur couler dans leur dos et dans le nôtre.
Charles Brun, Désinscriptions souterraines
Affichage des articles dont le libellé est misogynie primaire. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est misogynie primaire. Afficher tous les articles
mercredi 14 mars 2018
Le retour du printemps
lundi 9 février 2015
La femme parfaite
Je pousse le sac sous le strapontin et mes fesses dessus, relève la tête et l'aperçois. Elle aussi. Le voyage commence à peine. 33 ans, blonde, maquillée comme les comptes de l'UMP, un bonnet lui couvrant entièrement le front, elle tient d'une main la barre centrale et de l'autre son petit-déjeuner, une viennoiserie dans un sac papier portant l'inscription du fournil devant le métro. Une doudoune sous une veste en laine synthétique, les jambes légèrement arquées, remarquées par le jean slim, des pieds en dedans aussi arqués, là par les talons hauts.
J'ai senti de l'étonnement dans son regard, pour ne pas dire de l'effroi. Ma gueule de malade sans doute. C'est pas de chance. Il a fallu que la veille de mon départ, le rhume empire considérablement. La nuit a été atrocement courte. Peur de ne pas entendre le réveil, angoisse habituelle des voyages, l'âge aussi, et des quintes de toux, la gorge sèche, des frissons et un début d'urticaire au bras et derrière une oreille. Je sais que je ne peux être très séduisant dans ces conditions. Aussi, je me replonge dans mon livre quand elle sort aussitôt le sien. Il reste donc des lecteurs dans le métro ? Le poche est très fin, bigarré, best-seller repérable de loin. Quelque chose du style Ma femme est une salope ou La femme parfaite est une connasse. Je m'en veux aussitôt de cette idée. Je n'arrive pas à lire le titre. C'est pour cela qu'elle ne se tient pas droite. On ne peut pas se tenir droit quand on lit ce genre de littérature. Arrête !, me dis-je, toujours à médire des autres. Histoire de se penser moins pitoyable. Pourquoi ressemblerait-elle à ce point à la caricature de la lectrice de tête de gondole ? Reprenons. Cette fille est cadre. Une commerciale. Mais cadre. Elle a durant ses études lu toute sorte d'ouvrages, et pas que des manuels de marketing. Elle a un certain niveau de vie, des exigences, des valeurs, des attentes. Je suis obligé de pencher ma tête pour tenter de déchiffrer le titre du bouquin. Elle semble apprécier sa lecture. Et ne pas voir mon manège. A moins que son esquisse de sourire ne prouve le contraire. Elle tourne la page et dans ce geste, je parviens à savoir.
A la relecture d'un classique mal lu au lycée ou la découverte d'un auteur contemporain à la fois hilarant et sulfureux comme Pierre Lamalattie, elle a opté, elle aussi, pour La femme parfaite est une connasse. Je ne sais pas qui est l'auteur de ce truc. Un homme sûrement. Non, mieux, une de ces éditorialistes de la presse magazine féminine, pseudo-féministe, déconnante au énième degré. Que raconte ce bouquin ? Je l'ignore. Je chercherai à mon retour, si j'y pense. Là, on approche de ma station et je sais qu'elle va également descendre. J'en suis certain, je la connais ! Je vais lui demander si elle approuve le titre du livre. Pas pour la draguer. Juste pour entendre un argument qui la pardonnerait. Un mot qui me ferait mieux comprendre le monde dans lequel je ne sais pas que je vis. C'est bon, elle range son livre, lâche la rampe et se rapproche des portes. Je fais glisser mon sac devant moi et m'emmêle les pinceaux avec la lanière de ma sacoche. Je gagne enfin le quai, je l'ai perdue, je la vois qui s'éloigne vers une autre correspondance. Je suis trop en retard pour la pousuivre et lui poser la question. Mais mon voyage ne fait que commencer. Et promis, la prochaine lectrice, jambes arquées ou pas, je ne la loupe pas. Elle paiera pour toutes les autres !
J'ai senti de l'étonnement dans son regard, pour ne pas dire de l'effroi. Ma gueule de malade sans doute. C'est pas de chance. Il a fallu que la veille de mon départ, le rhume empire considérablement. La nuit a été atrocement courte. Peur de ne pas entendre le réveil, angoisse habituelle des voyages, l'âge aussi, et des quintes de toux, la gorge sèche, des frissons et un début d'urticaire au bras et derrière une oreille. Je sais que je ne peux être très séduisant dans ces conditions. Aussi, je me replonge dans mon livre quand elle sort aussitôt le sien. Il reste donc des lecteurs dans le métro ? Le poche est très fin, bigarré, best-seller repérable de loin. Quelque chose du style Ma femme est une salope ou La femme parfaite est une connasse. Je m'en veux aussitôt de cette idée. Je n'arrive pas à lire le titre. C'est pour cela qu'elle ne se tient pas droite. On ne peut pas se tenir droit quand on lit ce genre de littérature. Arrête !, me dis-je, toujours à médire des autres. Histoire de se penser moins pitoyable. Pourquoi ressemblerait-elle à ce point à la caricature de la lectrice de tête de gondole ? Reprenons. Cette fille est cadre. Une commerciale. Mais cadre. Elle a durant ses études lu toute sorte d'ouvrages, et pas que des manuels de marketing. Elle a un certain niveau de vie, des exigences, des valeurs, des attentes. Je suis obligé de pencher ma tête pour tenter de déchiffrer le titre du bouquin. Elle semble apprécier sa lecture. Et ne pas voir mon manège. A moins que son esquisse de sourire ne prouve le contraire. Elle tourne la page et dans ce geste, je parviens à savoir.
A la relecture d'un classique mal lu au lycée ou la découverte d'un auteur contemporain à la fois hilarant et sulfureux comme Pierre Lamalattie, elle a opté, elle aussi, pour La femme parfaite est une connasse. Je ne sais pas qui est l'auteur de ce truc. Un homme sûrement. Non, mieux, une de ces éditorialistes de la presse magazine féminine, pseudo-féministe, déconnante au énième degré. Que raconte ce bouquin ? Je l'ignore. Je chercherai à mon retour, si j'y pense. Là, on approche de ma station et je sais qu'elle va également descendre. J'en suis certain, je la connais ! Je vais lui demander si elle approuve le titre du livre. Pas pour la draguer. Juste pour entendre un argument qui la pardonnerait. Un mot qui me ferait mieux comprendre le monde dans lequel je ne sais pas que je vis. C'est bon, elle range son livre, lâche la rampe et se rapproche des portes. Je fais glisser mon sac devant moi et m'emmêle les pinceaux avec la lanière de ma sacoche. Je gagne enfin le quai, je l'ai perdue, je la vois qui s'éloigne vers une autre correspondance. Je suis trop en retard pour la pousuivre et lui poser la question. Mais mon voyage ne fait que commencer. Et promis, la prochaine lectrice, jambes arquées ou pas, je ne la loupe pas. Elle paiera pour toutes les autres !
Inscription à :
Articles (Atom)


