vendredi 10 juin 2016

Pour saluer Marc Bernard


Orphelin à 14 ans, le Nîmois Léonard Marc Bernat devient ouvrier et entame très tôt une vie dans l'ombre, faite de galères, enthousiasmes, militantisme, mais aussi soleil, farniente et amours… Soutenu par Henri Barbusse au sein du journal Monde, puis par Jean Paulhan à La N.R.F., le jeune prolo devient l'écrivain Marc Bernard, et signe des livres lumineux et sincères. La réédition de quelques uns des ses textes ou la publication d'inédits, au Dilettante, dans la collection L'Imaginaire de Gallimard ou chez Finitude, offrent encore la possibilité de lire cet auteur singulier, presque confidentiel, qui rêve d'une littérature populaire, lue par les siens. 
« Ce qui compte avant toute chose, c'est la vie ; elle vient avant l'œuvre d'art. Je ne consentirai point à la souillure pour trouver des accents plus poignants. Je préfère chanter plus bas. », note-t-il dans son journal face aux attaques de son propre camp lors de la publication de son roman Anny, récit d'une passion amoureuse.
Une biographie passionnante consacrée à ce proche d'Henri Calet vient de paraître. Elle est due à Stéphane Bonnefoi qui, depuis une quinzaine d'années, remet en lumière les écrits et le destin de l'auteur de Pareil à des enfants…, autobiographie jugée immorale par sa ville natale et inattendu Prix Goncourt de 1942, attribué notamment par les collabos Sacha Guitry et René Benjamin. 
Quelques mois après cette grise distinction, Bernard note : « Au fond, je voudrais écrire des œuvres consolantes. Ce qui me fait croire que mon prochain livre sera atroce. » Marié à une juive autrichienne fuyant la Gestapo et ses zélés serviteurs français, Bernard ne cessera de crapahuter d'un refuge à l'autre, au prix de sa liberté et de la santé d'Else à qui, après sa mort en 1969, il consacrera tous ses derniers ouvrages. 

« Est-ce manque de générosité, d'enthousiasme ? Peut-être. Nihilisme plutôt, et regard sans indulgence sur notre condition humaine. Quoi qu'il en soit, et en un mot comme en cent, mes profondes joies ne viennent pas de l'homme, mais du retour à une vie primitive, où c'est le corps tout entier qui jouit. Mes maîtres à penser sont le soleil et la mer. Ma joie, en découvrant la neige, l'an dernier, au Tyrol, a été aussi sans mesure. J'étais pendant dix jours ivre de blancheur, de scintillement. Que peuvent m'apporter les hommes, comparé à ça ? », confesse-t-il à Paulhan, en 1954, courte période de bonheur sur les terres de son père, Majorque.


Stéphane Bonnefoi, Marc Bernard, La Volupté de l'effacement, éd. le murmure, 2016
Marc Bernard, Mayorquinas, L'Imaginaire, Gallimard, rééd. 2016
Marc Bernard, Vacances surprises, Finitude, 2016

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