Séance de rattrapage demain à la librairie des Abbesses à partir de 18 heures.
Carole Bellaiche et Yannick Haenel présenteront et signeront
leur ouvrage publié chez Gallimard
A ta recherche
Librairie des Abbesses
30, rue Yvonne-le-Tac
75018 Paris
Séance de rattrapage demain à la librairie des Abbesses à partir de 18 heures.
Carole Bellaiche et Yannick Haenel présenteront et signeront
leur ouvrage publié chez Gallimard
A ta recherche
Librairie des Abbesses
30, rue Yvonne-le-Tac
75018 Paris
Je me glisse dans ces pages ; la nuit s’ouvre et le visage d’une femme m’attire. Je m’avance vers elle ; j’entre dans sa chambre : elle disparaît. Est-ce que je la connais ? Il me semble que oui ; il me semble aussi qu’elle m’est inconnue : ce n’est pas contradictoire (je ne sais pas qui elle est / je ne connais qu’elle). La présence et l’absence sont une même chose : j’avance en fermant les yeux, et pourtant je vois. Des images s’allument en noir et blanc : elles m’accueillent. Je me laisse faire, comme si cette femme me tenait par la main (« Tenir quelqu’un par la main est ce que j’ai toujours attendu de la joie »). La nuit se photographie, la nuit s’écrit, nous avançons elle et moi (la nuit ? la femme ?) comme des amants qui se fichent du temps et de l’espace. Je marcherai toujours à ta recherche, même en rêvant, j’irai par des couloirs qui mènent à ton ombre, je serai toujours en feu pour toi.
Elle n’attendait personne, elle ne faisait que lire.
A l'aide de son appareil argentique, l'excellente photographe Carole Bellaiche est partie à la recherche d'un jeune couple. Sa quête, sous influence peréquienne, l'a menée de Paris à la Tunisie, terre de ses parents. Sa rencontre avec le romancier Yannick Haenel a mis des mots sur cette fiction poétique.
L'ouvrage, publiée par Gallimard, sera disponible dès demain chez les meilleurs trafiquants de livres.
Pour celles et ceux qui ont le malheur d'habiter la région parisienne,
consolez-vous, vous pourrez rencontrer l'amie Carole
et lui demander un petit hommage personnalisé
samedi prochain, à partir de 16 heures,
à la Nouvelle chambre claire
(3, rue d'Assas, dans le 5e,
métro Jussieu ou Cardinal-Lemoine)
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| Carole Bellaiche |
le soir, je lis deux pages
et je m'endors
le matin, je lis deux pages
et je m'endors
le reste de la journée,
je ne lis pas
je me bats
en vain
contre les effets de l'insomnie
qui me visite toutes les nuits
je traîne et traque les mots
qui l'accompagnent
je trace deux lignes
avant que mes yeux
n'abandonnent la partie
à la recherche
d'un peu d'air
charles brun, apparaître
L'Atelier-Galerie Taylor, à Paris, nous propose de revoir bientôt une exposition datant de 1995 et signée par l'amie Carole Bellaïche, une démarche rare pour un travail qui ne l'est pas moins.
A noter qu'Hervé Baudat lui aussi exposera.
On y sera. Et on y reviendra...
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| Carole Bellaïche |
A dix ans, je pensais
que le monde appartenait aux adultes.
Ils pouvaient faire l'amour, fumer, boire à leur guise,
aller où ils le désiraient.
Surtout, nous écraser de leur pouvoir intraitable.Aujourd'hui j'ai appris, avec l'expérience, un lieu commun :
en réalité il n'y a pas d'adultes,
seuls existent de vieux enfants.Ils veulent ce qu'ils n'ont pas :
le jouet des autres.
Tout les effraie.
Ils sont toujours soumis à quelqu'un.
Leur vie ne leur appartient pas.
Ils pleurent à la moindre occasion.Mais ils ne sont plus aussi vaillants qu'à dix ans :
ils font tout cela la nuit, en silence, sans témoin.
José Emilio Pacheco, in La arena errante
trad. maison
| Carole Bellaïche |
16 août 1926
Le plus difficile, dans l'art, ce n'est pas de s'enrichir, c'est de renoncer.
J'ai fait une longue promenade aujourd'hui, sans penser à rien. Je ne m'en plains pas ; cela m'a réjoui. La pensée m'est devenue, dernièrement, haïssable.
7 septembre
J'écris comme on s'ouvrirait les veines.
J'écris pour ajourner une confession ; toute écriture devait être pour moi comme un moyen de reporter la sentence.
26 octobre
Il m'est arrivé de passer devant des femmes comme une ombre. Un fantôme ; je ne leur faisais aucune impression. Mes paroles s'envolaient comme du vent. Je me dis maintenant que cela remonte à des époques où j'étais plus pur.
30 juin 1927
Ne te demande pas qui ou quoi exerce une influence sur toi. La question n'est pas là. La question, c'est : as-tu un tempérament propre ? Si c'est le cas, il n'est pas impossible (et ne demande pas que cela le devienne) que ton élan premier vienne d'un penchant pour l'imitation — de la même façon que c'est par le travail que tu libéreras définitivement ce prétexte-là.
Georges Séféris, Journées 1925-1944,
trad. Gilles Ortlieb,
éd. Le bruit du temps, 2021
« C’est là que j’ai commencé à photographier, que j’ai appris la lumière, les ambiances, la lumière directe, le contre-jour, la mise en scène de mes modèles dans tous les coins de l’appartement, les perspectives, et où est née cette passion pour les maisons, les lieux, qui deviennent des décors, comme s’ils appartenaient plus à un monde de fiction qu’au réel. »
L'amie Carole Bellaïche propose à partir de jeudi prochain une déambulation dans les pièces de l’appartement parisien du boulevard Beaumarchais dans lequel elle a passé enfance et adolescence et effectué ses premiers pas de photographe.
Des cartons entiers de tirages et de négatifs couleur et noir et blanc ont survécu aux déménagements et autres aléas de la vie. L'exposition sera composée de recherches personnelles, quelques pages d’albums et les clichés de modèles recrutés sur les bancs du collège ou dans la rue, ainsi que quelques uns des comédiens que Carole Bellaïche fit venir dans l'appartement familial – l'éminente photographe travaillera longuement pour Les Cahiers du cinéma…
Un beau livre publié par les éditions Revelatoer accompagne cette exposition.
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| Mark Daniel |
- Comment tu fais ?- Avec.- C'est définitif ?- Maladif.- T'as essayé d'arrêter ça ?- Oui.- Et ?- Rien.- Aucune amélioration ?- Non. Donc...- Donc tu en reprends un dernier ?- Voilà. Note que c'est le dernier uniquement parce que boire davantage me ruinerait. Que les choses soient claires... C'est dommage d'ailleurs, car il est meilleur que celui de l'expo...- Il n'était peut-être pas fabuleux, mais je t'ai vu te resservir à plusieurs reprises...- C'était gratuit.- Si tu avais pu, tu aurais acheté quelle photo ?- Celle de la maison à la campagne me plaisait beaucoup.- J'ai l'impression que c'était la photo préférée de beaucoup d'entre nous.- Pourquoi tu dis nous ? Tu as eu l'impression de faire partie d'une confrérie ? D'un groupe de happy-few ? D'une caste de privilégiés ?- Ben, non, mais...- Mais quoi ?- J'ai dit nous parce que, comme toi, j'étais à cette soirée...- Ce nous ne concernait pas que nous.- Si, je t'assure.- Tu mens. D'ailleurs, ce que tu dis de cette photo ne saurait en aucun cas nous concerner nous seuls. Tu as observé que d'autres invités s'arrêtaient longuement devant cette photo, la commentaient, s'en délectaient, l'achetaient peut-être... Ce nous, ce n'est pas nous.- OK.- Tu le reconnais, ce nous concernait un ensemble de personnes bien plus large que toi et moi.
- Certes.- Ce certes est de mauvaise foi. Fais gaffe.- Ok, tu as raison. Tu as fini de pinailler sur les mots ?- Les mots sont importants.- Mais nous parlions photo.- Une photo, c'est 1 000 mots.- C'est quoi, cette définition ?- C'est une boutade. Mais comme toutes les boutades, il y a du vrai en elle.- C'est un peu cliché.- Joli.- Ah... Je ne l'ai pas fait exprès...- Cela va sans dire.
- En tous cas, elle a un beau regard, ta copine...
- Tu vois, c'est devant cet autre genre de cliché, que j'aime la boutade sur la photo et les 1 000 mots..
- Tu n'en loupes pas une... Je trouve ses intérieurs, ceux de la maison ou ceux d'un café, très mélancoliques, c'est presque physique, je ne sais pas comment dire, du coup.
- Elle est très douée pour les vieilles maisons, les intérieurs, leur lumière. Pour rendre leur atmosphère. Ou son illusion. Une de ses expos leur était entièrement consacrée il y a quelques années...- Tu sais ce que c'est, cette maison ?- Non, j'ai entendu dire qu'elle était à Ville-d'Avray.- C'est une maison familiale ? On aperçoit des enfants derrière les arbres...- Toutes les maisons sont par essence familiales. Celle-ci l'était sans aucun doute...- L'était ?- Elle a depuis été détruite.- C'est pas vrai...- J'ai entendu Carole le dire à l'un d'entre nous...- C'est criminel.- Le vrai terme est spéculation. Il y avait certainement des centaines d'hectares. Ils ont dû y bâtir une de ces résidences de haut standing pour cadres et agents commerciaux.- La photo date de 2003, si je me souviens bien. Tu penses qu'on construisait encore le genre de résidences que tu évoques en 2003 ?- Bien sûr. Elles prennent d'autres noms, ne sont plus destinées à la même classe sociale, mais le principe est le même.- Ville-d'Avray, c'est où, exactement ? Le nom ne m'est pas inconnu, mais...- Dans la région de Versailles, il me semble.- On pourrait trouver ce nom dans un roman de Modiano, non ?- Ou dans un Simenon. Mais, c'est drôle, je suis également tombé sur ce nom de ville à deux ou trois reprises ces derniers jours. Un roman récent que j'ai aperçu dans une librairie. Un dimanche à Ville-d'Avray, dans mon souvenir. Qui évoque un film des années 1960.- Quel film ?- Je ne sais plus le titre, mais c'est très proche de celui du roman. Un film un peu culte. Je crois que Nicole Courcel y tient l'un des rôles principaux.- Nicole Courcel... Elle vit encore ?- Aucune idée...- Ce nom surgi d'on ne sait où...- Du monde d'avant.- Comme Ville-d'Avray...- Tu sais, tu m'étonnes parfois.- Pourquoi ?- Je ne t'ai pas encore vu sortir ton téléphone intelligent pour consulter wikipedia...- Je n'ai plus de batterie...- Tout s'explique...- A propos de maison, tu as suivi la polémique sur celle de Céline ?- Non.- Tu sais que sa veuve est morte ?... Elle avait mis la maison en viager, il y a un an.- L'acheteur a fait une bonne affaire...- Il n'a pas dû attendre longtemps avant de récupérer son bien, en effet...- Lucette était plus que centenaire... C'est quoi, la polémique ? On a manipulé Lucette pour qu'un salopard rachète la baraque pour une bouchée de pain ?- Non, je ne crois pas. C'est Stéphane Bern...- Qu'est-ce qu'il vient foutre ici, ce crétin ?- Il s'oppose à ce que la maison de Céline soit transformée en musée. Il a peur que ça devienne un lieu de pèlerinage pour des gens infréquentables.- De quel droit se prononce-t-il sur la question, cet infréquentable royaliste de mes deux ? Il a dû entendre parler de Céline à Questions pour un champion ou chez Hanouna, j'imagine...- Tu n'oublies pas que notre président lui a confié une mission autour du patrimoine.- Oh putain, je l'avais oubliée, cette énième cagade de l'autre illuminé ! Je me souviens, n'y avait-il pas une histoire de loto du patrimoine ?- Exact.- Mais, dis-moi, une mission, ça a une durée limitée, non ?- A priori, oui.- Tu vois, c'est bien la première fois je regrette que tu ne puisses pas consulter ta machine...- De son côté, Jack Lang estime que la maison de Céline devrait être préservée...- Lui aussi avait un mandat limité, non ? C'est ça, la polémique ? Le seul fait d'évoquer les noms de ces deux grotesques moutons est déjà une faute impardonnable. Leur accorder le moindre intérêt devrait être considéré comme un délit.- Tu n'as pas d'avis sur la question, toi qui admire Céline ?- Je n'admire pas Céline, et d'une. Et puis, je ne suis pas fétichiste. Si le nouveau proprio veut raser l'ancienne baraque de Céline, grand bien ou autre chose lui fasse, je m'en tape. S'il veut la garder en état, la restaurer, en faire un musée, je m'en fous aussi. De Céline, il reste les livres. Et, ça, crois-moi, chez Gallimard, on n'est pas près de les faire disparaître... De Céline, il y a beaucoup à dire, mais ce genre de considérations ne sont que des numéros de clowns, intégrés au spectacle permanent de l'actualité, histoire de nous donner l'illusion qu'il y a débat d'idées, indignations et respect du patrimoine... Bref, si tu pouvais éviter de m'apprendre ce genre de choses...- Tu es un peu tendu en ce moment. C'est toi qui deviens infréquentable...- Certainement, encore des histoires de maison...- Stress et angoisse sont dans un bateau...- Qu'est-ce que tu racontes ?- Attends. Donc, stress et angoisse vont en bateau. Les deux tombent à l'eau. Qui se sauve ?- ...- Le cancer !- Ecoute, ne le prends pas mal, mais je préfère encore quand tu me parles de Stéphane Bern, c'est un peu plus drôle... Allez, pour la peine, tu vas nous payer une tournée !
- Pourquoi moi ?
- Si tu comptes sur les laquais du prince pour nous payer un verre, tu peux te gratter...
A l'occasion de la sortie de son livre Isabelle Huppert, paru aux éditions de la Martinière, la Galerie XII Paris présentera une vingtaine de photographies inédites de la comédienne saisie au quotidien sur plus de 25 ans, par Carole Bellaïche.Le vernissage, durant lequel le tenancier de ce blogue ne boira pas une goutte, aura lieu ce jeudi à partir de 18h30.
On est en 1978. Carole Bellaïche a 14 ans. Elle est en seconde. Elle se lance avec ferveur dans le projet de photographier certaines filles de sa classe, un acte d’emprise sur celles qu’elle juge les plus belles. Elle les maquille, les dispose, les déguise, les met en scène dans l’espace hors du temps de la grande maison familiale. C’est un jeu étrange, à la fois léger et sérieux, mais elle n’a pas conscience de faire œuvre de photographe. Peu après cette expérience lycéenne, elle devient « pour de vrai » photographe – elle réalise des portraits d'acteurs et d'actrices pour leurs books... Elle abandonne ses premiers films dans un placard, comme une passade d’adolescence sans lien avec son nouveau métier.
Les pellicules dorment pendant quarante ans, et s’abîment. Un jour, elle y repense et les exhume. Le temps de latence est achevé : les images ressurgies du passé sont bien celles d’une jeune fille de 14 ans qui ne savait pas qu’elle était photographe. Elles sont devenues « autres » car elles ont été, pour la plupart, rongées, partiellement effacées, mais aussi ornées, redessinées, recréées par le travail chimique et inconscient du temps.
Elles sont devenues autres car Carole Bellaïche peut les voir désormais comme une expérience fondatrice pour son travail de grande photographe d’actrices.
Pour Alain Bergala, la rareté de ces images de jeunes filles tient à leur beauté propre, à leur tenue formelle impeccable, mais aussi au fait, unique, qu’elles ont été prises par une jeune fille de leur âge. La jeune fille a toujours été un motif de prédilection pour les peintres, les photographes, les cinéastes, mais ceux qui photographient les jeunes filles sont le plus souvent des hommes, plus avancés en âge, avec tout ce que cela entraîne de nostalgie ou de désir de leur part. Le trouble qui naît de certaines de ces photos est d’un autre ordre : c'est qu'elles ont été manigancées... entre jeunes filles.
Cet ouvrage s'inscrit dans la collection Les carnets, une collection – mise au point avec Bernard Plossu – qui se propose de revisiter les archives d’un photographe ou d’un collectionneur et d’en extraire des séries thématiques (des faits, des objets, des situations, des évocations...) ; dans chaque volume, un texte dialogue avec les images.
(texte de présentation des éditions Yellow Now, Bruxelles, 2017)
Rencontre avec
Carole Bellaïche et Alain Bergala
La Chambre Claire
14, rue Saint-Sulpice
75006 PARIS
Samedi 2 décembre
de 15h à 18h
Carole Bellaïche
Ce travail de ramollir la brique chaque jour, ce travail de se frayer passage dans la masse gluante qui se proclame monde, tous les matins se heurter au parallélépipède au nom répugnant avec la satisfaction minable que tout est bien à sa place, la même femme à ses côtés, les mêmes souliers, le même goût du même dentifrice, la même tristesse des maisons d’en face, l’échiquier sali des fenêtres avec son enseigne HÔTEL DE BELGIQUE.
Comme un taureau rétif pousser de la tête contre la masse transparente au cœur de laquelle nous prenons notre café au lait et ouvrons le journal pour savoir ce qui se passe aux quatre coins de la brique de verre. Refuser que l’acte délicat de tourner un bouton de porte, cet acte par lequel tout pourrait être transformé, soit accompli avec la froide efficacité d’un geste quotidien. A tout à l’heure, chérie, bonne journée.
Serrer une petite cuillère entre deux doigts et sentir son battement de métal, son éveil inquiet. Comme cela fait mal de renier une petite cuillère, de renier une porte, de renier tout ce que l’habitude lèche pour lui donner la souplesse désirée. C’est tellement plus commode d’accepter la facile sollicitude de la cuillère, de l’utiliser pour tourner son café.
Et ce n’est pas si mal au fond que les choses nous retrouvent tous les jours et soient les mêmes. Qu’il y ait la même femme à nos côtés, le même réveil, et que le roman ouvert sur la table se remette en marche sur la bicyclette de nos lunettes. Pourquoi serait-ce mal ? Mais comme un taureau triste il faut baisser la tête, du centre de la brique de verre pousser vers le dehors, vers tout le reste si près de nous, insaisissable, comme le picador si près du taureau. Se punir les yeux en regardant cette chose qui passe dans le ciel et accepte sournoisement son nom de nuage, son modèle catalogué dans la mémoire. Ne crois pas que le téléphone va te donner les numéros que tu cherches. Pourquoi te les donnerait-il ? Il n’arrivera que ce que tu as déjà préparé et résolu, le triste reflet de ton espérance, ce singe qui se gratte sur une table et tremble de froid. Écrabouille-le ce singe, fonce contre le mur et ouvre une brèche. Oh, comme on chante à l’étage au-dessus ! Il y a un étage au-dessus où vivent des gens qui ignorent leur étage en dessous, et nous sommes tous dans la brique de verre. Mais si soudain une mite se pose au bout de mon crayon et bat comme un feu sous la cendre, regarde-la, moi je la regarde, je palpe son cœur minuscule et je l’entends, cette mite résonne dans la pâte de verre congelé, tout n’est pas perdu. Quand j’ouvrirai la porte, quand je sortirai sur le palier, je saurai qu’en bas commence la rue, non pas le modèle accepté d’avance, non pas les maisons déjà connues, non pas l’hôtel d’en face : la rue, forêt vivante où chaque instant peut me tomber dessus comme une fleur de magnolia, où les visages vont naître de l’instant où je les regarde, lorsque j’avancerai d’un pas, lorsque je me cognerai des coudes, des cils et des ongles à la pâte de verre de la brique et que pas à pas je risquerai ma vie pour aller acheter le journal au kiosque du coin.
Julio Cortázar, Cronopes et Fameux, Gallimard,
Trad. Laure Guille-Bataillon
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| Carole Bellaïche |
Après notre premier baiser
sur un trottoir volé à quelques pas de chez elle
elle est rentrée au pas de course
a salué sa fille
peut-être pas son mari s'est enfermée
dans la salle de bains
n'a pas voulu prendre une douche
s'est simplement lavé la bouche
espérant pouvoir tout effacer
Charles Brun, nos illusions nécessaires
Les Parisiens sont des privilégiés, on le sait. D'autant plus qu'ils ont l'occasion de passer voir La Collectionneuse, les photos de Carole Bellaïche réunies à la galerie Basia Embiricos à l'occasion du Mois de la photo. C'est jusqu'au 25 novembre, et on n'en sort pas indemne, flottant dans un parfum mélancolique d'un monde disparu.« Depuis la perte de l’appartement familial, qui fut mon premier studio de photos (j’y pense comme à un être humain..) que j’ai photographié sous tous ses angles avant que l’on ne ferme pour la dernière fois sa porte, je continue à le rechercher. Je visite des maisons habitées, qui me servent de lieu de prises de vue, je recherche cette ambiance qui est mon identité, et cette lumière aussi que je me suis accaparée. »