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vendredi 20 septembre 2024

Des cornes pour se défendre



 

Les éditions belges du Sandre rééditent un recueil de 465 citations surréalistes concocté peu après un fameux mai par la regrettée Annie Le Brun. « 465 preuves de la vérité de tous les contes de fée, c’est-à-dire 465 preuves que, pour chacun à chaque fois, non seulement « il était une fois » mais que toujours il sera une fois, 465 preuves aussi singulières que plurielles, 465 preuves irréfutables et en même temps porteuses de la plus urgente question : « La médiocrité de notre univers ne dépendrait-elle pas de notre pouvoir d’énonciation ? », nous demande-t-elle dans sa préface d'avril 2023. C'est incontournable, stimulant, un volume agréable dans les mains et dans les têtes, et donne envie, en ce centenaire du surréalisme qu'il ne faut aucunement fêter comme il se doit, de relire dans un coin quelques vers de Péret, Breton, Soupault et cie. Sans oublier Cravan, qui estimait que « Si la théorie des influences des milieux a du vrai je m'étonne que le génie n'ait pas des cornes pour se défendre ».



Quelques semaines avant sa disparition, Annie Le Brun déballait sa bibliothèque ici.

vendredi 17 février 2023

Sans hésiter

 

Les Fondeurs de brique publient Luis Buñuel, roman, texte, longtemps inédit dans son intégralité, composé par son ami Max Aub. Une première partie donne la part belle aux nombreuses conversations survenues entre les deux hommes, un régal autrefois publié par les éditions Belfond. La seconde partie se propose d'aborder les mouvements artistiques du début du XXe siècle et la manière dont ils ont influencé le cinéaste espagnol. 

Je me trouvais à Paris au moment de la guerre des couvents, en 1932. J'ai dit aux surréalistes : « Le moment est venu. Allons mettre le feu au Prado. » Breton était scandalisé. Et aussi quand je lui ai proposé de brûler sur la place du Tertre le négatif de L'Age d'or. « Tu n'y penses pas ! Pas nos œuvres. Que resterait-il ? » Voilà comment ils étaient. Aujourd'hui, on me proposerait de brûler tous mes films, j'accepterais sans hésiter. Et je brûlerais toutes les œuvres d'art sans le moindre remord. Moi, l'art ne m'intéresse pas, c'est les gens qui m'intéressent. C'est une idée anarchiste ? D'accord. Chaque jour, je le suis davantage. A quoi servent les œuvres d'art, à quoi ont-elles servi ? Pour en arriver au stade où se trouve l'Humanité ? Allons ! Je préfère encore la Vierge Marie, qui à tout le moins était la chasteté et la pureté mêmes. Les génies ne m'intéressent pas du tout si ce sont des personnes malhonnêtes. Et presque tout ce qui s'est fait de mieux en art est fait ou l'a été par des fils de pute. Ça n'en vaut pas la peine. je ne l'accepte pas. Ça ne m'intéresse pas.



Max Aub, Luis Buñuel, roman
trad. Claude de Frayssinet, 2022, 30€