lundi 7 septembre 2026

Un livre ouvert

 Louis Stettner

 

 

 

et quand elle arrivait les hommes s’enlisaient

en jalousie

je vous avais oubliés

j’avais tout oublié 

veuillez aujourd'hui avoir l’obligeance 
de m’achever
avec toute l’élégance propre à votre classe 
je tiens à vous rassurer : 
comme à votre habitude
vous n’aurez à fournir aucun effort
 –  je suis un livre ouvert 
sur tous mes torts

l’arrogance de l’ignorance
l’inconscience de la vulgarité
la violence exacerbée
luttant sans cesse et sans science 
avec mes pauvres armes
histoire de survivre dans l’infinie fange

jouant les jolis cœurs flanqué comme l’as de pique

je m’égarais dans les toilettes des dames
les salles obscures à écrans louches et fauteuils défoncés

les comptoirs poisseux des rades de quartier

les parties de foot sur terrains déstabilisés
loin des paillettes et flonflons chers à votre condition
insaisissable je trouvais sens et consolation dans un air de bandonéon
le chant d’une crevette de San Fernando
les vers d’un ancien mineur de la Sarre 

inlasable hypnotiseur vous m’endormiez
teniez à m’emmener ailleurs
caution d’agrément à peu de frais 

de vos urbaines turpitudes 

l’important était de ne pas participer
ne jamais vous ressembler
je repoussais sans diplomatie
tapes sur l’épaule
sur tapis rouge et loges princières
profondément inapte à singer vos manières

avaler ces couleuvres putassières 
qui font une carrière 

étranger à vos codes et mots de passe

j’ai raqué par niaiserie 
et lâcheté

comment ne pas vous avoir au cœur
d’un de ces cocktails dans lesquels
vous aimez vous pavaner
balancé une paire de tartes salées
et vos quatre ou cinq vérités ?  


veuillez aujourd’hui avoir l’obligeance
de ne plus user cette langue faisandée
pour salir un nom déjà couvert de honte et de boue
trouvez une corde à votre goût 
et passez-la-moi autour du cou

ne vous déplaise
la mort sera douce à ses côtés


 

charles brun, amnésie d'un pas grand-chose

 

 


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