lundi 31 août 2015

Dialogue avec un produit de consommation (il y a 50 ans)






Je n’ai jamais rien tiré de ses films. Ils me semblent affectés, faussement intellectuels et complètement morts. Cinématographiquement inintéressants et infiniment ennuyants. Godard est foutrement chiant. J’ai toujours pensé qu’il faisait ses films pour la critique. Il en a tourné un, Masculin Féminin, ici, en Suède. C’était d’un ennui hallucinant.

Ingmar Bergman, 2002

vendredi 28 août 2015

Une révélation


Sonny était ma meilleure amie. Un jour, elle m'a dit : « J'ai rencontré un homme hier soir. » Mon cœur a chaviré. Je ne pourrais plus compter sur elle pour sortir dîner, avoir de longues conversations au téléphone, je pouvais faire une croix sur son écoute attentive quand j'aurais des problèmes, elle ne me parlerait plus de sa vie, ne me préciserait plus si elle avait bien ou mal dormi la nuit précédente, si elle avait rêvé, ce qu'elle avait fait la veille, ce que les gens lui racontaient, ce qu'elle disait d'eux. « Je ne sais pas pourquoi, mais je me sens coupable vis-à-vis de toi.
– Comment est-il ? » ai-je demandé. Elle m'a alors expliqué que c'était un thérapeute divorcé qui vivait à Mill Valley. Son ex-femme était coréenne, un mannequin. Elle lui avait fait installer une baie vitrée dans le salon pour que les oiseaux viennent s'assomer contre elle. Après, elle les donnait à empailler.
« Mais je le connais ! Les femmes le trouvent attirant.
– Et les hommes ? »
J'étais conscient du danger que représentait sa question.
« Il s'habille bien. Il aime la musique classique, la randonnée. Il fait de la voile. Il sait cuisiner. Ne fume pas.
– Tu trouves que c'est un con, donc. »

Leonard Michaels, Journal in Conteurs, menteurs

Modiano au supermarché





Quarante-six poèmes


Remords


Si notre civilisation devait dessoûler deux jours de suite, le troisième, elle crèverait de remords.


Le fantôme de la liberté


lundi 17 août 2015

Art français

C'est la rentrée. La France se redresse. Comme au bon vieux temps. Finis les complexes, on dit tout haut ce qu'on pense désormais, plus de messes basses. Parfois même, on peint cette pensée. Notre beau pays n'est pas dépourvu d'artistes. Exemple dans cette bonne ville d'Amiens (Picardie) où le local du journal Fakir et de l'association culturelle du Club Action Picardie a été embelli avec bon goût et intelligence ce week-end.
Petite précision : Fakir comme le CAP sont classés à gauche et sont en quelque sorte des poils à gratter en matière de réflexion politique, médiatique et culturelle.

A la santé du confrère !

Je n'ai jamais été un grand téléspectateur. De fait, voici plusieurs années que je ne regarde plus rien de ce que ça diffuse, à de très rares exceptions près en riplet sur le net. Du temps de l'ORTF, même avec une seule chaîne, à heure de grande écoute, on pouvait apparemment parler littérature, s'en donner le temps, et qui sait, faire des découvertes, mobiliser l'attention, susciter l'intérêt voire des passions chez le téléspectateur lambda. J'aime à croire cela. Même si ça peut ressembler à de la nostalgie en noir et blanc, qui plus est pour une époque que je n'ai pas vraiment connue.
La toile aujourd'hui me permet de rattraper un peu le temps perdu, de m'en donner l'illusion. Et je m'étonne du travail de quelqu'un comme Michel Polac, que je connaissais mal, associé pour moi à Droit de réponse, émission parfois inaudible dans mon souvenir, mais dans laquelle il me semble j'ai entendu pour la première fois les noms de Robert Walser ou de Cioran. 
Ici, Polac présente en 1969 Les livres de ma vie – rien que ça – et a pour invité Michel Audiard. Le scénariste-dialoguiste-cinéaste-romancier y évoque son admiration pour Rimbaud et Céline, mais aussi pour Simenon, et Ring Lardner (!), tout en rappelant un parcours professionnel étranger à bien des gens du cinéma d'aujourd'hui… Mais c'est une autre histoire.



vendredi 14 août 2015

Fever

Nous étions plongés hier soir, ma blonde et moi, profitant d'une accalmie de la température – la mienne, pas celle de l'environnement – dans le psychédélisme de la fin des années soixante – la température, humaine, aidant à y entrer, il est vrai. Pour des raisons bien utiles et qu'il est inutile de préciser ici, nous recherchions les morceaux qui avaient marqué 1968. Du côté français, de préférence. Et en plein cœur de cette quête, nous réapparut ce groupe effrontément nommé les Irresistibles et cette merveille de mélodie composée par William Sheller. 



Mes forces m'ont ensuite lâché. Je suis retourné me retourner et me retourner tout seul dans mon matelas une place – j'ai noyé le lit conjugal de mes sueurs malades – posé à même le sol devant mon bureau, et la nuit, cette chanson a pris sur elle les fièvres rituelles qui depuis bientôt quinze jours ont fait de moi un ectoplasme mou. Vers quatre heures, j'ai écrit. Dans ma tête. La seule histoire qu'il me faille conter. C'était beaucoup mieux que lorsque je m'y essaie devant un clavier et un écran. N'y tenant plus, j'ai allumé, pas envie d'ordi, cherché un cahier vierge, un stylo, bon, ben tant pis, un crayon, mal taillé encore, et ai noirci deux pages. Je me suis arrêté là, pour une première et dans mon état, n'en demandons pas trop, mais je sais que la suite m'attend cette nuit.