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samedi 17 octobre 2026

Le jour de la paie



Aujourd'hui
j'ai raccroché
après avoir parlé scénario pendant une demi-heure
avec un producteur de L.A.

et
j'ai senti mon coeur cogner dans ma poitrine

Qu'est-ce que c'est que ce cirque ? je me suis demandé
Bon Dieu de chiottes qu'est-ce que ce foutu connard 
a essayé de me fourguer ?
Je n'en avais pas l'ombre
d'une idée

Tout ce que je sais
c'est qu'il n'y a rien de plus dénué d'âme de Dieu 
sur cette planète
qu'un producteur de Hollywood

J'aimerais encore mieux rencontrer mère Teresa 
shootée au crack avec un pic à glace 
dans chaque pogne

Oooh doux Jésus 
écoute ma prière 
préserve-moi de ces
Enculésdeleursmèresdebouffeursdemerdesdechiens
dénués d'âme
 

sauf
évidemment

le jour de la paie 

 

 

Dan Fante, Bons baisers de la grosse barmaid,
trad. Patrice Carrer

samedi 3 octobre 2026

Inconstance


Lou Bernstein

 

 

Du plus profond
Du plus profond de moi-même
De ce tissu, de ce violon,
De ce thorax, de cette chair

Non, je cours parmi les rues et le désert,
Non, je cours aux sentiers scintillants de mon imagination,
Non, je m'étourdis d'un répit,
Non, je prends un journal, je le parcours, je le lis, je le mange. 

 

Pierre Morhange, La vie est unique, Gallimard, 1933 

mardi 22 septembre 2026

Le pleurnichard


Vient de paraître, de nouveau aux éditions Cassis Belli et comme il se doit en loucedé – bon courage pour le trouver dans vos échoppes préférées –, un inédit de l'ami Bukowski. Comme les deux précédents opus du vieux dégueulasse (Brûlé dans l'eau noyé dans les flammes et Oiseau moqueur souhaite-moi bonne chance), Pendu dans le Tournefortia est traduit par Christian Garcin et bien joliment édité. 
N'en déplaise à Nick Cave, on se régale à sa lecture. La preuve : 

 

Tu es un pleurnichard, dit-elle,
tu pleurniches quand elle n'appelle pas,
je te téléphone et tu t'es bourré la gueule au vin rouge.

Je suis un bébé, dis-je, alors je n'arrive pas à comprendre
comment quelqu'un peut vivre sans moi.

mon dieu, elle a dit, tu le penses vraiment ? 

oui, j'ai dit.

oh mon dieu, tu es impossible, espèce de gros bébé au cul tout doux ! 

suce-moi et peut-être que je pourrai oublier, aide-moi
à oublier.

espèce de gros bébé au cul tout doux ! 

je suis sensible, oui, comment quelqu'un peut-il vivre sans moi ?  

elle a raccroché.

bon, j'ai pensé, il y en a deux qui peuvent vivre sans moi.
il pourrait y en avoir 2000, 2 millions, 2 milliards, 2 millions
de milliards.

c'était l'une des pensées les plus déprimantes que j'avais eues 
depuis des années.

je suis allé dans ma chambre, me suis étiré et j'ai regardé 
le plafond. 
je me suis dit, bon, je peux me masturber, regarder la télé,
et puis il y a aussi le suicide.

m'étant déjà masturbé deux fois ce jour-là,
il ne me restait plus que deux choix et
comme j'étais un gros bébé au cul tout doux j'ai
allumé la télé. 





samedi 19 septembre 2026

Pour être attaqué

Carlo Ferrara

 

 

 

Pour être attaqué d'idée en idée,
Pour obtenir d'être méconnu,
Pour que mon chant soit défendu,
Pour être partout calomnié, souillé,
Pour n'avoir pas un seul cheveu de tranquillité,
Pour que mes cris ne soient pas permis,

J'avais besoin de mes jours les plus nus
et de mes nuits les plus inconnues.


Armand Robin, Le Monde d'une voix

 

lundi 7 septembre 2026

Un livre ouvert

 Louis Stettner

 

 

 

et quand elle arrivait les hommes s’enlisaient

en jalousie

je vous avais oubliés

j’avais tout oublié 

veuillez aujourd'hui avoir l’obligeance 
de m’achever
avec toute l’élégance propre à votre classe 
je tiens à vous rassurer : 
comme à votre habitude
vous n’aurez à fournir aucun effort
 –  je suis un livre ouvert 
sur tous mes torts

l’arrogance de l’ignorance
l’inconscience de la vulgarité
la violence exacerbée
luttant sans cesse et sans science 
avec mes pauvres armes
histoire de survivre dans l’infinie fange

jouant les jolis cœurs flanqué comme l’as de pique

je m’égarais dans les toilettes des dames
les salles obscures à écrans louches et fauteuils défoncés

les comptoirs poisseux des rades de quartier

les parties de foot sur terrains déstabilisés
loin des paillettes et flonflons chers à votre condition
insaisissable je trouvais sens et consolation dans un air de bandonéon
le chant d’une crevette de San Fernando
les vers d’un ancien mineur de la Sarre 

inlassable hypnotiseur vous m’endormiez
teniez à m’emmener ailleurs
caution d’agrément à peu de frais 

de vos urbaines turpitudes 

l’important était de ne pas participer
ne jamais vous ressembler
je repoussais sans diplomatie
tapes sur l’épaule
sur tapis rouge et loges princières
profondément inapte à singer vos manières

avaler ces couleuvres putassières 
qui font une carrière 

étranger à vos codes et mots de passe

j’ai raqué par niaiserie 
et lâcheté

comment ne pas vous avoir au cœur
d’un de ces cocktails dans lesquels
vous aimez vous pavaner
balancé une paire de tartes salées
et vos quatre ou cinq vérités ?  


veuillez aujourd’hui avoir l’obligeance
de ne plus user cette langue faisandée
pour salir un nom déjà couvert de honte et de boue
trouvez une corde à votre goût 
et passez-la-moi autour du cou

ne vous déplaise
la mort sera douce à ses côtés


 

charles brun, amnésie d'un pas grand-chose

 

 


mardi 25 août 2026

Poètes, vos papiers !

Louis Joyeux

 

Jean Poiret toujours dans les archives de France culture. Ici, Poiret et Serrault et Léo Ferré et Philippe Soupault, rien que ça. Ce dernier produisait dans les années 1950 une émision intitulée Poètes à vos luths. Elle était légèrement présentée par le duo comique, recevait un versificateur qui s'entretenait avec le fameux surréaliste. Dans cet épisode de 1957, Ferré est accompagné de sa femme Madeleine à l'occasion de la parution de son premier recueil de poésie. Il nous livre en prime quelques chansons dont le très rare Opéra du ciel. 


 

mercredi 19 août 2026

Haine de la facilité


Lies Wiegman

 

Par haine de la facilité, je déteste l'aventure.
Existe-il plus grande aventure que celle d'ouvrir la fenêtre
et regarder passer les nuages tandis que s'écoule l'après-midi,
caresser tes cheveux, me coucher tôt,
écouter une voix qui chante dans un autre siècle ?  
Par haine de la facilité. Permets-moi de sourire
devant ceux qui désirent ce qui jamais ne leur manque.
Nous ne nous baignons jamais deux fois dans le même fleuve.
Jamais nous n'embrassons deux fois la même personne.
Jamais le vaisseau qui nous emmène n'arrête
son infini vol interstellaire.
Regarde-moi : je ne suis déjà plus le même. Et je continue
à te désirer bien que tu ne sois plus celle qui hier souriait.
Le train dans lequel nous voyageons passe par quatre gares
mais on ne nous laisse descendre dans aucune d'entre elles.
Par haine de la facilité, je déteste l'aventure.
Existe-il plus grande aventure que celle de te regarder dans les yeux
et découvrir à la fois mon bonheur et une larme ?  
Existe-il plus grande aventure que celle de pas même savoir
si demain nous serons encore en vie ?  
J'aspire à l'impossible, à la monotonie. 




José Luis García Martín,
 trad. maison


samedi 15 août 2026

Les autres

Charles Harbutt


 

Tout le monde dit que je ne suis plus le même. 
Je m'appelle comme l'autre,
je porte ses vêtements,
je vis chez lui et signe ce qu'il écrit ;
mais pour le reste, c'est différent,
les gens ont raison.

L'homme qui pensait
que la simple peur faisait que les choses
apparaissent pour ce qu'elles sont ;
l'homme que l'on admirait à l'égal de ces dauphins
qui escortent les bateaux sans savoir où ils vont ; 

celui qui calmait sa soif
en buvant l'eau d'un vase qui contenait
des roses coupées ;
ou celui qui ne savait pas encore
qu'on ne peut être soi-même lorsqu'on est seul ;
je ne suis plus celui-là.

L'homme sur la main duquel était écrit : 
– Aucune vie ne peut être aussi vide qu'une tombe sans fleurs.

Celui qui ne se doutait pas
que l'indépendance
consiste à pouvoir choisir
qui nous désirons.

L'homme aux deux visages qui n'était jamais lui-même.
L'homme qui voulait être seul sans y parvenir
car il n'y avait plus de place dans la solitude.

L'homme qui ne s'arrêtait pas pour les autres.
L'homme qui ne savait pas que le silence
n'existait que dans sa propre écoute. 
Celui qui ne croyait plus.
Celui qui ne t'attendait pas…

Demande à n'importe qui. Tout le monde le dit :
– Tu n'es même plus l'ombre de celui que tu étais
depuis que cette femme est à tes côtés.  


Benjamín Prado, Nunca es tarde, 
trad. maison

 

mardi 11 août 2026

Un peu d'air

Carole Bellaiche

 

 

le soir, je lis deux pages
et je m'endors
le matin, je lis deux pages
et je m'endors
le reste de la journée,
je ne lis pas
je me bats
en vain
contre les effets de l'insomnie
qui me visite toutes les nuits
je traîne et traque les mots
qui l'accompagnent
je trace deux lignes
avant que mes yeux 
n'abandonnent la partie
à la recherche
d'un peu d'air

 

charles brun, apparaître 




samedi 1 août 2026

Trompette surgonflée

 


 

1 poète est un microbe
   1 virus qui parle
inonde avec sa vessie-troisième œil
Pleure des larmes rouges
sous la lumière-cellophane des étoiles
tourne comme une pilule pour suivre : suivre & suivre

& jouer à l'occasion d'une trompette surgonflée
dans ces rues folles qui se fichent comme de petites épines
   d'agave
   dans le creux sans cœur des automates 

 

Mario Santiago Papasquiaro, Rêve sans fin, 
trad. Samuel Monsalve, L'extrême contemporain éditions




lundi 13 juillet 2026

Bonne nuit

Eloy Alonso

 

Je suis maintenant capable de dormir 
vingt heures par jour 
Les quatre qui restent
se passent à
téléphoner à une liste
de gens importants
afin de 
leur dire bonne nuit

Jikan
qui est né
pour faire rire
les hommes
vous salue bien

 

 

Leonard Cohen, Le livre du désir,
 trad. Jean-Dominique Brierre, Jacques Vassal, Points

vendredi 26 juin 2026

Un peu d'air

 


 

L'évolution a été fulgurante
c'est la forme la plus grave de la maladie
la paralysie vient d'atteindre le visage…
elle reprend un peu d'air
Les médecins nous ont prévenus :
si un organe vital est atteint
le cœur, par exemple,
vus son âge, ses antécédents,
il n'y aura pas de réanimation…

des semaines que je ne l'avais pas revue
elle s'épuise dans ces allers et retours
les transports défaillants
l'accablante canicule
me parle du tri dans la maison
vieux bouquins et chiffons
il ne reviendra pas
place-t-elle tout dans des sacs poubelle ?  
comme ceux balancés par les fenêtres
dans le jardin ou ici même sur la terrasse
lorsque le fils de l'ancienne propriétaire
avait fait vider ce qui deviendrait
notre maison
ces bribes de vie enfouis dans les plastiques

que va-t-elle faire de la maison ? 
que va-t-elle devenir ? 
elle ne supportait plus ses sautes d'humeur
sa démarche laborieuse
elle dit sa pépéisation
le voir traîner toute la journée
elle s'en veut aujourd'hui
de ne rien avoir vu venir
réfugiée depuis des semaines chez leur fils
J'avais besoin d'air
Moi aussi, j'ai des problèmes de santé
elle désigne sa poitrine
J'ai un pacemaker et, 
depuis quelque temps, ça ne marche plus très bien
le médecin a renforcé mon traitement
Je veux vivre encore un peu, je ne veux pas mourir en même temps que lui ! 
Je vous embête avec mes histoires
encore soumis aux suites de l'insomnie
je propose un café 
Je ne peux pas, mon cœur…
je ne sais que faire de mes mains
du bout de doigts caresse ma tasse vide
elle repart dans l'allée
Je dois passer à la pharmacie pour mes médicaments
A peine sept heures et déjà 30 degrés

j'entre à l'ombre
m'affale au ralenti sur la chaise longue 
plantée dans le salon
repousse le vertige en ouvrant le livre bleu 
parmi quelques vers inédits somnolés
je mémorise la conclusion de l'ami Hank
Je suis né pour vendre des roses dans les avenues
des morts
s'endort consolée
l'allée de la jeunesse perdue

charles brun, nos vies fantômes

 


jeudi 25 juin 2026

Sous la menace

 

Edouard Boubat


 

Je suis sous la menace. Aujourd'hui pourtant, j'ai confiance en mes forces. Je suis seule, définitivement, et j'ai confiance en mes forces. Je devrais m'écouter en me respectant davantage.
Le Dr Pichon Rivière m'a assuré que je n'étais pas folle. Dans la soirée, Julio m'a dit que le Dr Pichon Rivière était fou. Je ne crois pas mais il y a quelque chose de délabré chez lui, qui conconcorde avec mon état de délabrement général. 

(9 juillet 1965)

 

Alejandra Pizarnik, Journal III, Derniers cahiers 1964-1972,
trad. Clément Bondu, Ypsilon éditeur, 2026

lundi 22 juin 2026

Invention du couteau

Dorothea Lange

 

 

Sa lame imaginée par le pendu
dans cette fraction de seconde où pour la dernière fois
il entrevoit, de ses yeux levés, la corde,

s'offre aux bourreaux
alors qu'ils rentrent chez eux à l'aube
sur la neige qui ne fait pas de bruit
pour trancher le pain chaud sorti du four. 

 

  

Charles Simic, Démantèlement du silence,
trad. Mary Feeney et Madeleine Follain,
éd. Rougerie

 

 

mardi 16 juin 2026

Pertes et profits

Marcel Bovis

 

 

Je recommence à mentir avec grâce,
je me penche avec respect devant la glace
qui reflète mon cou et ma cravate.
Je crois que je suis ce monsieur qui sort
tous les jours à neuf heures.
Les dieux sont tous morts un par un dans de longues files
de papier et de carton. 
Rien ne me manque, même toi
tu ne me manques pas. Je sens un creux, mais un tambour
est facile : peau des deux côtés.
Parfois tu reviens dans l'après-midi, lorsque je lis
des choses qui apaisent : communiqués, 
le dollar et la livre, les débats
des Nations Unies. Il me semble
que ta main me peigne. Tu ne me manques pas ! 
Mais des choses menues sont subitement absentes
et je voudrais les chercher : le bien-être 
et le sourire, ce petit animal furtif
qui ne vit plus entre mes lèvres. 

 

Julio Cortázar, in Crépuscule d'automne, 
trad. Silvia Baron Supervielle, éd. Corti   

mardi 12 mai 2026

Un immeuble en feu rue de la miséricorde


Dans mon rêve,
perforant entièrement
ma moelle osseuse,
mon vrai rêve,
j’arpente Beacon Hill
à la recherche d’une plaque de rue –
à savoir la RUE DE LA MISÉRICORDE.
Pas là.
J’essaie du côté de Back Bay.
Pas là.
Pas là.

Et pourtant je connais l’adresse.
45, rue de la Miséricorde.
Et je connais le vitrail
du vestibule,
les trois étages de la maison
avec son parquet.
Je connais les meubles et
la mère, la grand-mère, l’arrière-grand-mère,
les domestiques.
Je connais l’armoire de Spode,
la barque à glaçons, en argent massif,
où attendent les cubes de beurre,
pareils à des dents de géant,
sur la grande table en acajou.
Je la connais bien.
Pas là.

Où es-tu passée ?
45, rue de la Miséricorde,
et la bisaïeule
agenouillée, dans son corset à baleines,
priant à voix basse mais avec ferveur
devant le lavabo.

 

 

Anne Sexton sera de retour dans deux jours. Avec la publication d'un recueil posthume aux Editions des femmes/Antoinette Fouque, traduit comme les trois précédents volumes par Sabine Huynh. 
Mais le « travail des mots
 » n'est pas fini. Certains poèmes de Lettre d’amour écrite dans un immeuble en feu ont cependant été écartés nous apprend Linda Gray Sexton, fille de la poétesse. Ils présentaient un contenu trop intime ou pouvaient blesser les personnes concernées encore vivantes. Le manuscrit complet fait partie du fonds Anne Sexton, conservé à l'université de Boston, et sera peut-être un jour — qui sait ? — entièrement édité. Pour le moment, on se réjouit de découvrir ces textes inédits. 


 

jeudi 7 mai 2026

Je n’ai pas envie de me suicider

 

Ces derniers jours, j’ai pensé : je suis seule mais je suis libre. Puis j’ai oublié de continuer à essayer de me consoler avec cette idée reçue.
Rien de mieux que la résignation, l’acceptation. Mais je vais très mal. Je ne sais pas comment me reposer. Tout provoque en moi une sensation d’effroi. Et quand ce n’est pas de l’effroi, c’est du rejet. Tout me rejette. Je n’ai pas envie d’être en vie et je n’ai pas envie de me suicider.

 

 

Publication aujourd'hui des déjà derniers carnets d'Alejandra Pizarnik avec le troisième volume de son Journal, toujours traduit par Clément Bondu. Initiative que nous devons, – est-ce une surprise ? –  à l'inestimable maison Ypsilon qui aura finalement édité, entre autres pépites, l'ensemble de l'œuvre de la poétesse argentine. 

Quittant Paris, Flora revient vivre un temps chez ses parents à Buenos Aires (« Comparée à ici, ma manière de vivre, à Paris, était magnifique ») et multiplie les contributions dans diverses revues, tout en poursuivant son travail personnel : paraîtront notamment au cours de ces dernières années Les Travaux et les Nuits, Extraction de la pierre de folie et La Comtesse sanglante. On en reparle. 


 


jeudi 30 avril 2026

Plus rien n'existe

Adolph Fassbender

 

 

 

Pluie sur la mer
et sur la vitre. Plus rien n'existe.
Je cherche dans tes yeux.
Personne. Le vent. La mort
ne nous regarde pas. 

 

Roberto San Geroteo, Le chien d'à côté se tait, 
ed. Alidades, 2002. 

 

samedi 25 avril 2026

Bonne chance

Thomas Hoepker

 

Dans le bazar des éditions et des traductions françaises de la poésie de Charles Bukowski, a paru en septembre dernier et catimini le recueil Oiseau moqueur souhaite-moi bonne chance. Cassis Belli s'est chargé de la jolie fabrication, Christian Garcin de la traduction. 

Rares sont les librairies qui proposent ce volume à leurs clients. C'est aujourd'hui, paraît-il, la journée du livre, aussi, à l'heure où le landerneau littéraire se mobilise contre la concentration qui frappe ce petit monde, et pour la défense de l'indépendance des éditeurs, n'hésitez pas à aller emmerder votre boutiquier préféré, ou le premier sur qui vous tombez, il est obligé de vous le commander. Sinon, vous êtes en droit de le dénoncer  – lui et toute l'hypocrite chaîne du livre  ! 

 


 

 

être mangé par un porc qui a 
mauvaise haleine

alors que les citrons se balancent dans le vent

jaunes et nôtres. 

 

***

 

c'est les tarlouzes qui font ça 
ou alors c'est parce que vous avez 
peur de mourir ?  
biceps, triceps, forceps,
qu'est-ce que vous allez faire 
de ces muscles ?  
eh bien, les muscles plaisent aux femmes
et tiennent les brutes
à distance –
et
alors ? 
est-ce que ça vaut la peine ? 
est-ce que ça vaut les œuvres complètes de Balzac ? 
ou 3 semaines de vacances 
en Espagne ?  
ou alors, est-ce une autre manière de 
souffrir ?  
si vous étiez payé pour le faire
vous détesteriez ça. 
si un homme était payé pour faire l'amour
il détesterait ça.

pourtant, on a besoin de faire
de l'exercice –
ce jeu de l'écriture : 
seuls le cerveau et l'âme se
dépensent.
arrêtez de vous plaindre et 
faites-le.
pendant que les autres 
dorment.
vous soulevez une montagne
d'où s'écoulent
des rivières de poèmes. 

vendredi 24 avril 2026

L'idiot du village vous salue bien

Arek Rataj

 

Petit matin, avant le chagrin, passé avec l'idiot du village grâce aux archives de la radio publique. Cet hommage à Gaston Chaissac, malgré le ton pédant de certains intervenants, vaut le détour, comme on disait autrefois.