jeudi 25 août 2016

De l'inanité


Les intellectuels se recrutent dans les rangs de la classe dominante ou de ceux qui aspirent à s’y insérer. L’intellectuel, l’artiste, prend en effet titre qui lui donne pairie avec les membres de la caste dominante. Molière dîne avec le roi. L’artiste est invité chez les duchesses, comme l’abbé. Je me demande dans quelle désastreuse proportion s’abaisserait aussitôt le nombre des artistes si cette prérogative se voyait supprimée. Il n’est qu’à voir le soin que les artistes prennent (avec leurs déguisements vestimentaires et leurs comportements particularisants) pour se faire connaître comme tels et se différencier des gens du commun.
***
La culture tend à prendre la place qui fut naguère celle de la religion. Comme celle-ci, elle a maintenant ses prêtres, ses prophètes, ses saints, ses collèges de dignitaires. Le conquérant qui vise au sacre se présente au peuple non plus flanqué de l’évêque mais du Prix Nobel. Le seigneur prévaricateur, pour se faire absoudre, ne fonde plus une abbaye mais un musée. C’est au nom de la culture maintenant qu’on mobilise, qu’on prêche les croisades. À elle maintenant le rôle de l’"opium du peuple".
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La caste possédante, aidée de ses clercs (qui n’aspirent qu’à la servir et s’y intégrer, nourris de la culture élaborée par elle à sa gloire et dévotion), ne tâche pas du tout, ne nous y trompons pas, quand elle ouvre au peuple ses châteaux, ses musées et ses bibliothèques, qu’il y prenne l’idée de s’adonner à son tour à la création. Ce n’est pas des écrivains ni des artistes que la classe possédante, à la faveur de sa propagande culturelle, entend susciter, c’est des lecteurs et des admirateurs. La propagande culturelle s’applique, bien au contraire, à faire ressentir aux administrés l’abîme qui les sépare de ces prestigieux trésors dont la classe dirigeante détient les clefs, et l’inanité de toute visée à faire œuvre créative valable en dehors des chemins par elle balisés.
Jean Dubuffet, Asphyxiante Culture, Editions de Minuit, rééd. 2007
(première éd. Pauvert, 1968)

New Lyrics for Old Songs

mardi 23 août 2016

Le philosophe en midinette


Au cours de recherches foutraques autour de Cioran, je tombe sur le nom de Friedgard Thoma, Allemande, professeur de philosophie de 35 ans lorsque, au début des années 1980, Cioran reçoit une lettre d'elle, admirative. S'ensuit une correspondance puis une rencontre à Paris. Celui qui affirme dans Syllogismes de l'amertume, que « Plus un esprit est revenu de tout, plus il risque, si l'amour le frappe, de réagir en midinette » s'entiche immédiatement de la jeune femme. « Je ne peux renoncer au désir. Je ne peux renoncer à rien… Triompher de moi, je ne peux pas », lui confie-t-il. 
Thoma a publié en Italie un livre sur cette "folle" liaison malgré, semble-t-il, les menaces de Gallimard qui en a interdit toute traduction française. On en trouve quelques traces sur la toile, dont ces deux lettres rédigées par l'auteur de La Tentation d'exister

Vous êtes devenue le centre de ma vie, la déesse d’un homme qui ne croit en rien, le plus grand bonheur et le plus grand malheur qui me soient arrivés…
Après avoir, pendant de nombreuses années, parlé avec sarcasmes de ces… choses comme l’amour (et autres notions similaires), je devrais d’une certaine façon être puni, et je le suis, mais cela n’a pas d’importance. L’échec est mon mot d’ordre. Toutefois, il me reste une possibilité : vous êtes encline à vivre de façon marginale, même si ce n’est qu’un peu, mais cette réserve signifie déjà beaucoup — du moins à mes yeux.
Je me considère comme un marginal, et intérieurement, je réagirais comme tel même si j’étais traduit dans toutes les langues du monde, y compris celle des cannibales.
(17 juillet 1981)


Il n'est que la musique pour créer une complicité indestructible entre deux êtres. Une passion est périssable, elle s'use comme tout ce qui participe de la vie, alors que la musique est d'une essence supérieure à la vie et, bien entendu, à la mort.
(12 décembre 1981)



Une jeune béotienne découvre l'extase
à la lecture de La Chute dans le temps.

lundi 22 août 2016

Qu'est-ce qu'on s'emmerde !


Ce n'est pas pour rien que certains artistes sont très ennuyeux. Quand on est drôle, on casse le désir – tout au moins, on le rend dérisoire. Le désir a besoin d'être sacralisé. C'est pour cela que l'on trouve sur les murs des musées et chez nos amis des œuvres profondément emmerdantes.


On peut entendre ce genre de pensée, et bien d'autres, et un rire sans égal, en écoutant cette émission de France culture datant de 1993. 
 

L'art au panier


via this isn't happiness

Les chefs-d'œuvre sont devenus des destinations touristiques.
Felix de Azúa

jeudi 18 août 2016

Avalanche



Insatiable soumis maître en
elle me veut
à ses pieds dominateur captif
pénétrant l'avalanche que
devant derrière dessus je me présente
Rhett Butler philosophe sentimental
tanguéant ses fouillis toréant ses désirs
mes prisons
Tu me veux comment Cathy ?
homme à femmes toujours là
dans des lits séparés perdu
ventre à terre collé à ses fesses
affable impatient artiste à succès assassin en série
en cavale et à cheval elle
veut que je m'attache à la folie
elle aux barreaux l'oublie l'humilie la supplie
les seins sur la lande
que des sentiments purs brûlure pour brûlure
Tu me veux comment Cathy ?

caniche prenant le maquis chaque nuit chaque jour 
nègre spirituel muet vantard intarissable
toujours en elle
lui dire que j'aime ses
vœux de plaisir l'égarer en manitou sioux 
sans même jamais la regarder se déshabiller 
à m'en frapper la tête contre l'amour
sans même jamais la voir partir toujours j'accours 
faire des miracles l'exténue l'éreinte l'immole 
en public sur le champ
la ligne blanche

Tu me veux comment Cathy ?
 



lundi 15 août 2016

Rien



La plupart du temps, je ne fais rien. Je suis l'homme le plus désœuvré de Paris. Je ne vois qu'une putain sans client pour en faire moins que moi.
Cioran

samedi 13 août 2016

Une immense solitude


En 1977, Jean Eustache accorde un entretien à Claude-Jean Philippe pour la radio. Celui-ci avoue être inquiet par les trop longs silences du réalisateur de Mes Petites amoureuses (1974) – son dernier long métrage – et qualifie de suicidaire son attitude. Eustache vient de terminer Une sale histoire, diptyque composé d'une partie documentaire, tournée en 16mm, et une partie fiction, réalisée en 35mm. L'ensemble ne dure que 50 minutes mais le fragile cinéaste a rencontré les pires difficultés à le financer. 
Selon Eustache, le cinéma qui se fabrique dans ces années est un cinéma de collaboration, les artistes n'y ont plus leur place. En attendant la lutte armée, il est hors de question de produire des produits tranquillisants… 
La révolution n'aura pas lieu. Quatre ans plus tard, Jean Eustache se tire une balle dans le cœur. Il avait 42 ans.

mercredi 10 août 2016

Souvenirs d'un vieux con sentimental

Un ami qui sait que je fonds à la moindre chanson sentimentale croit me faire plaisir et me signale ce clip.





En fait, je l'avais il y a quelque temps déjà aperçu. Et oublié. Quelle saloperie. On peut difficilement faire mieux lorsque l'on souhaite saboter le travail d'un musicien. Bien entendu, le but recherché par cette réalisation de fils de pub est clair, et il est, après tout, malgré la désagréable sensation procurée d'assister de force à un spot pour un déodorant ou une compagnie d'assurances, peu éloigné de celui de la plupart des clips. C'est pourquoi je préfère ces faux directs d'un autre temps, lorsque la mise en scène et l'interprète se prenaient les pieds dans le tapis volant du playback… Mais allez expliquer ça à des moins de 50 ans sans passer pour un vieux con…




L'un des chanteurs les plus drôles en la matière fut, à n'en pas douter, Serge Gaisnbourg. Afin de pallier une mémoire défaillante, le trac ou un état d'ébriété avancé, il avait concocté quelques trucs de vieux singe comme la cigarette, la main qui passe régulièrement devant la bouche,  le hochement de tête intempestif ou encore le tripotage plus ou moins sage de ses accompagnatrices.



Sur ce dernier plan, je me souviens d'une séquence vue à l'adolescence de l'ami Serge en compagnie de la grande Catherine, qui tente de se dégager de la gênante étreinte tout en restant très pro et respectant les paroles du playback. 



Et puis, du temps de son duo avec la blonde aux fameuses initiales bb, le scopitone, ancêtre du clip, ça avait tout de même une autre gueule.


mardi 9 août 2016

A l'horizontale

Fred Stein via Kvetchlandia

Je passe la journée allongé, un livre et un crayon à la main, préparant un travail de traduction. De temps à autre, je fais une courte promenade dans le quartier pour aller à la pharmacie, acheter une bricole, ou sortir le chien – souvent, je m'arrange pour faire les trois à la fois. J'imagine sans mal me consacrer uniquement à ce type d'activités jusqu'à la fin de mes jours – surtout s'ils sont comptés. A partir de demain, je vais rester seul deux à trois semaines. Je risque de ne plus parler à personne. Ça m'irait très bien si le chat était encore là.

lundi 8 août 2016

La petite Lili est partie


De l'air


Je trouve au pied de mon lit, parmi les dizaines de livres qui s'accumulent, Droit de cité, ouvrage du visionnaire Louis Calaferte, publié en 1992, deux ans avant sa disparition, dans lequel on peut lire ce genre de réflexions.

Qu'en tous les domaines, la médiocrité gagne du terrain, voilà qui, dans nos groupes, ne fait aujourd'hui aucun doute.
Se produit ceci : la poussée est si forte que ceux qui auraient tout lieu de s'en offusquer, au contraire pactisent avec elle par une sorte d'indulgence méprisante, ou par le silence qui se voudrait supérieur ; mais ce sont là des attitudes de vaincus, qui servent la progression du mal, lui aplanissant le chemin.
Quitte à passer pour un utopiste, il ne faut pas cesser de s'indigner, de protester, de crier haut et fort que le roi est nu. Les cloportes savent d'instinct s'infiltrer dans la moindre faille de l'édifice ; leur objectif étant son effritement, sa ruine, sur laquelle ils triomphent.
Il ne faut pas cesser de les identifier, ni de dire que ce sont des cloportes, non des oiseaux de haut vol, comme leur puissante confrérie tente de le faire accroire à une multitude mal informée.
Voilà qui vaut aussi bien pour les arts que pour la politique – au reste, il est à présent fréquent d'assister à leur amalgame dans une espèce de bouillon de culture qu'on dirait concocté par des diablotins.
La géniale formule de Shakespeare à propos du pourrissement du royaume –bien entendu, il s'agit également du royaume intérieur de chacun de nous– prend en l'occurrence toute sa valeur.
Quant à prétendre que le sens de l'Histoire nous conduit irrésistiblement vers les dominations de masse, voilà qui ne sera démontré que dans le siècle à venir. Nous sommes dans un système où l'équilibre ne perd que passagèrement ses droits, ce dont il convient de se souvenir, car, quoi qu'il advienne, un homme en vaudra toujours trente mille.

Massification, entraînant la pesanteur des facteurs économiques. Impératif conduisant immanquablement à :
– la banalisation du médiocre
– la légitimation du médiocre
– la glorification du médiocre
Journaux, télévision, théâtre, cinéma, chanson, roman, alimentation, hôtellerie, mode vestimentaire et, par voie de conséquence, relations humaines – rien n'échappe à la pression dont, plus ou moins directement, des quantités de personnes retirent bénéfice.
Se pourrait-il qu'un beau matin, on entendit parler de facteurs spirituels ?

Ou le siècle à venir sera celui du refus, ou il ne sera qu'espace carcéral.

lundi 1 août 2016

D'amour et de pluie


Troisième chanson

En rangeant les livres de la bibliothèque, je suis tombé sur l'addition du restaurant où nous avons déjeuné le jour où tu m'as quitté. Ce n'est pas le genre de papiers que j'aime à conserver, c'est pourquoi j'ai été étonné de la trouver, égarée au milieu de la biographie de Louis de Funès. Je me suis rappelé que tu as beaucoup insisté pour payer, probablement parce que tu avais préparé la scène et que tu pensais que c'était indigne que, par-dessus le marché, je doive t'inviter. Que j'aie emporté la note m'a également surpris. Cela veut dire que, malgré la dureté du moment, il m'a semblé important de la conserver, peut-être comme preuve matérielle d'une déception – le choix d'un restaurant comme terrain neutre m'a fait presque aussi mal que le verdict que tu as prononcé en fuyant mon regard. J'ai souri en voyant ce que nous avons mangé. Bien que l'addition ne précise pas ce qu'a demandé chacun, il n'est pas difficile de le déduire. Pour les entrées, aucun problème. On t'a facturé deux salades de tomates, fromage, origan. Ensuite, des raviolis de langoustine et de poireaux (pour toi) et un steack grillé (pour moi). Que nous n'ayons pris ni vin ni dessert me fait soupçonner que nous étions au régime (si je pouvais revenir en arrière, je ne ferais plus jamais de régime : c'est un des facteurs les plus dévastateurs de destruction des couples). Le restaurant existe encore. Je n'y suis pas retourné parce qu'il ne me plaît pas. C'est l'établissement type issu de l'euphorie des Jeux olympiques, dans lequel, suivant un rituel caractéristique de cette ville, se mêlent l'hypocrisie des clients, qui font croire qu'on y mange très bien, et celles des propriétaires, qui font semblant de savoir cuisiner. Et aussi parce que, bien que beaucoup d'années aient passé, je ne veux pas risquer de t'y rencontrer, d'être obligé de te dire bonjour, de te demander comment ça va, et que toi, un peu mal à l'aise, tu sois obligée de me présenter ton mari – poignée de main rigoureuse, aucun régime en vue – ou, pire encore, les enfants, ton portrait tout craché, que nous aurions dû avoir.


Sergi Pàmies, Chansons d'amour et de pluie,
trad. du catalan, Edmond Raillard, éditions Jacqueline Chambon





Revue de presse estivale


Au petit matin, encore hagard par une nuit agitée à la veille d'une troisième opération en moins d'un an, je survole quelques sites dits d'information et, à travers quelques titres accrochés au hasard, constate que nous sommes bien en été. 

Rouen : un musulman septuagénaire agressé
Près de Rouen, donc pas très loin de Saint-Etienne-du-Rouvray, nous apprend Le Figaro citant l'AFP, un septuagénire français "de confession musulmane", retraité d'origine sénégalaise, ancien ouvrier dans une usine de textile à Barentin (Seine-Maritime) et installé dans l'hexagone depuis 50 ans, a été pris à partie vers 6 heures du matin, au pied de son immeuble. L'agresseur, qui aurait agi seul, s'en serait pris au vieil homme pour une question de… place de parking – à 6 heures du matin, donc – en criant Allahu akbar « Sale noir, je vais t'égorger pour vous faire comme vous nous faites à nous, c'est pas parce que t'es en robe et avec un chapeau que tu vas faire la loi ici », selon l'avocat de la victime qui se serait défendue avec une marmite trouvée dans une poubelle… 3 jours d'ITT tout de même !

Une campagne électorale américaine sanglante
Le même journal nous apprend que The New York Post, ce tabloïd qui en son temps avait publié des clichés de DSK en prison, "puissant journal conservateur" selon Le Figaro, vient de révéler des photos de Melania Trump, la femme du candidat républicain Donald Trump, complètement nue, issues d'une séance datant… de 1995 ! Le NYP appartenant au groupe Murdoch, certains sites d'information estiment, nous dit le journal du bon Serge Dassault, qu'il s'agit là d'un coup du magnat australien afin d'affaiblir le camp républicain. Dans cette campagne électorale présentée comme "sanglante", la candidature de la démocrate Clinton serait donc soutenue par l'une des pires crapules de la planète… 

Sarkozy toujours
Nicolas Sarkozy, ancien président de la république et également amateur de femmes potiches, s'en prend plein la poire dans la tribune de Philippe Torreton publiée par L'Humanité. L'acteur "de sensiblité de gauche", ancien soutien de l'inénarrable Ségolène Royal, dénonce les positions démagogiques de la droite, revenue en force dans la perspective des présidentielles de 2017, qu'il qualifie d'« almanach Vermot des pensées qui sont à la politique ce que les flatulences sont à la digestion, une décongestion qui soulage… » Et rappelle que si nous avons failli en finir avec les juges d'instruction, fait des services de renseignement un instrument politique, semé le chaos en Libye transformant ce pays en territoire de guerre pour Daech, nous ne le devons qu'à un seul homme, Nicolas Sarkozy. Des faits bons à rappeler en nos temps d'amnésie généralisée. Mais le capitaine déconne lorsqu'il choisit de ne pas écrire une ligne sur son propre camp…

Le triomphe de la molle bouffe
Pour le PDG de Bel, l'avenir s'annonce radieux, nous apprend le quotidien vespéral des marchés dit Le Monde. Le groupe présidé par Antoine Fiévet, fabricant des délicieux Babybel, La Vache qui rit et autres Boursin s'apprête à effectuer un virage stratégique en avalant Mom, connu pour ses marques Pom’Potes, Materne et Mont Blanc, devenant ainsi « un acteur majeur du snacking sain en portions ». Bel devrait améliorer un chiffre d'affaires estimé en 2015 à 2,9 milliards d’euros. De quoi saliver…

Transfert sur les femmes de footballeurs
En football, c'est la saison des transferts, le fameux mercato. A des prix pornographiques, l'argent circulant par les mêmes paradis fiscaux que le fric de la drogue, celui du trafic d'armes et de personnes, sont échangés d'un club à l'autre, des joueurs stars et d'autres plus obscurs. 

Et aujourd'hui, qui dit footballeur dit femme ou compagne de footballeur, les fameuses Wags. Si L'Equipe se désolait de perdre de vue la femme du Néerlandais Van der Wiel, quittant Paris pour d'autres cieux, « le quotidien qui légende le sport », se réjouit de l'arrivée au PSG de la Wag du Polonais Krychowiak, la Française Célia Jaunat, bloggeuse mode (une consœur, donc) et mannequin qui, écrit L'Equipe, affole déjà les réseaux sociaux.

Je referme vite l'ordinateur car j'entends des pas dans l'escalier et n'aimerais pas que ma douce pense que je me lève la nuit pour mater ce genre de spectacle sur le web. Je regrette presque de n'avoir trouvé aucune info sur le conflit nucléaire qui risque pourtant d'affronter demain les forces de l'OTAN (et donc notre beau pays) à celles de la Russie. Une autre fois, peut-être. Pour le moment, c'est l'été…



vendredi 29 juillet 2016

Pas même une dernière fois

Stanley Kubrick via killerbeesting

Jacques, comme tu peux l’imaginer, et même, j’espère, le constater, je ne peux plus attendre, espérer, croire : attendre que les choses s’améliorent, espérer que tu changes, croire encore en nous. J'aurais dû partir il y a longtemps. Tous ces mots banaux ne pourront jamais exprimer mon désarroi, tant d’années gâchées à tes côtés, les désillusions plus grandes les unes que les autres, ton manque d’ouverture, ta jalousie, ta bêtise, l’ennui et le silence insupportables qui se sont imposés au fil du temps. On ne va pas reparler de tout ce qu'on sait. Ces lignes ne vont certainement pas te plaire mais j’espère qu’un jour, tu les comprendras et te remettras en question sans avoir recours à la violence comme souvent chez toi. Ne cherche pas à me contacter, j’ai fermé mes comptes facebook et twitter, et changé d’adresse mail. Dès que je me serai posée, je pense voyager, m’éclater, me ballader, baiser, tout ce que tu ne m’as pas permis de faire au cours de ce qu’a été notre histoire. J’espère que de ton côté tu en feras de même. Soixante ans, ce n’est pas trop tard aujourd’hui pour commencer une nouvelle vie. Et il est possible que tu trouves une femme qui t’acceptes tel que tu es avec tes complexes de petite bite, ta mauvaise humeur (et odeur) constante, ton ignorance, tes potes, tes parties de chasse, tes programmes télé à la con, ta bagnole de merde et tes fantasmes à deux balles. Beaucoup de femmes ne se montrent pas difficiles à l’heure de mettre un homme dans leur lit, surtout à partir d’un certain âge. Moi, pour parler franchement, il y a un moment que tu ne m'excite plus. Je ne t'aime plus et je crois bien que, vue la façon que tu m'as traitée, toi, tu ne m'as jamais aimé. Je regrette pas, mais je me demande comment j'ai fait. Ne bois pas trop, je ne serai plus là pour être impressionnée et te supplier d’arrêter – et tout nettoyer le lendemain, pauvre con ! Oui, j'ai trouvé enfin le courage, rien ne m'arrêtera et tu ne m’impressionnes plus !
Adieu
(Je ne t’embrasse pas, pas même une dernière fois, comme à chaque fois)

Françoise
PS : Pour des raisons pratiques, je ne change pas de numéro de portable pour le moment mais je ne répondrai pas à tes appels et suis prête désormais à déposer plainte si tu continues à me faire chier.


lettre trouvée ce jour dans un vieux polar emprunté à la médiathèque,
livrée sans passage par la case corrections

Entre-deux


Le vieux monde n'est plus, le nouveau tarde à apparaître et, dans cet "entre-deux", tous les monstres émergent.

Antonio Gramsci, Cahiers de prison