mardi 16 août 2022

Reprise



l'amour et le cinéma
étaient nos principales
occupations
nous passions sans façon
du matelas trop étroit
aux fauteuils défoncés
traverser toute la ville
en métro nous semblait facile
mais lorsque nous tardions
la copie déjà laissait à désirer
une reprise ne signifiait pas
restauration
remasterisation
numérisation
dans la cabine de projection
le changement de bobine nous volait
un plan ou deux
un bout de dialogue
Je ne suis pas le produit de cette société
proclamait le psychopathe
dans un vieux film italien
Je suis entièrement autodidacte
j'en ai oublié le titre
seule reste cette réplique
sa tête sur mon épaule
la poussière dans la lumière
— et de douloureuses lombaires

 

charles brun, fanfaronnons sans façon

samedi 13 août 2022

Allégresse

Susan Dofka

 

 

L'air sent la mer
L'hiver a une pareille altitude m'effraie
On ne sait où naissent les vents
Ni quelle direction ils prennent
La maison tangue comme un bateau
Quelle main nous balance 

Au cri poussé au dehors je sortis
Pour voir
Une femme se noyait
Une femme inconnue
Je lui tendis la main
Je la sauvai  

Après lui avoir dit mon nom
Qu'elle ne connaissait pas
Je la mis à sécher à l'endroit le plus chaud
Je la vis revenir à la vie et embellir
Puis comme la chaleur augmentait
Elle disparut
Évaporée
Je me mis à pousser des cris et à pleurer
Puis j'éclatai de rire  

J'avais un moment recueilli la renommée
Dans mon intimité
J'ouvris la porte et me mis à courir
A travers champs à chanter à tue-tête
Quand je rentrai le calme s'était fait chez moi
Et le feu qui s'était éteint fut rallumé 

 

Pierre Reverdy, in La Lucarne ovale

jeudi 11 août 2022

Un artiste de la soif


Faut faire des économies d'eau, t'as qu'à m'payer un verre... Tu carbures à quoi, toi ?... Tiens, je vais faire pareil... Garçon, la même chose que monsieur. La bière, faut que j'arrête, ça me donne des gaz, c'est dégueulasse, surtout pour les autres. Moi, je me suis habitué. Tu as remarqué, les mauvaises odeurs, y'a que les nôtres qu'on tolère. Comme si celles des autres étaient moins nobles… T'as raison, le blanc, c'est bien, et puis ça attaque moins la gueule que le rouge. Niveau couperose, tu sais... Je parle, je parle, je parle, mais bon, je me marre, je ne sais plus qui disait ça : Celui qui rit de lui-même aura toujours matière à rire. Quelque chose comme ça. Ça te dit rien ?… On se connaît, non ? D'ici ou d'ailleurs ?... On se maintient. Quel âge tu me donnes ?... 62 dans quelques jours. Je sais, je les fais. Tu vois, tout part en couille, j'ai trop de bide, de cul, double-menton bientôt, ça se ramollit de partout, les organes chacun leur tour filent en douce... Fallait me voir, quand j'étais jeune, un corps d'athlète… Les filles étaient folles de moi… Mais bon, j'en ai bien profité, finie la chanson… En plus, depuis le virus chino-américain, ou peut-être même depuis les doses du vaccin Bill Gates, je sais pas d'où ça vient, toujours est-il que je suis vite à bout de souffle, parfois je suis border malaise, j'ai de terribles maux de crâne, des troubles de la vision, des nausées. Mais, je vais pas me plaindre, il y a des filles qui n'ont plus leurs règles, des filles assez jeunes, ménopausées avant l'heure, personne n'en parle, comme les Covid longs, t'es au courant de ça ?... Bref, moi, je sais que je crèverai comme un vieux pauvre porc, qu'est-ce que tu veux que je te dise ? Tu crois que je vais regretter ce monde ? Ces sales gueules qui nous entourent, ces politiconnards qui se foutent de nous H24 ? Les influenceuses ? Le cinéma français ? Les missiles nucléaires qui vont nous tomber sur la gueule un de ces quatre ? La planète au bord de l'extinction ? Des hectares de forêts dévastés par le feu tandis que des milliardaires jouent au golf, font du jet-ski, comme l'autre pourriture, se déplacent cinq à six fois par semaine à bord de leur avion privé... Mais c'est nous qui devons éteindre la wifi la nuit, pisser sous la douche, ça fait des années que je pisse sous la douche et qu'est-ce que ça a changé ? Laisse-moi rire. Si, y'a quand même un truc qui me manquera, c'est le comptoir, certains pinards, les discussions comme ça avec d'autres fracassés de l'existence, mais même ça, je supporte de moins en moins, j'ai donné, j'en ai connu des rades, des que, je suis sûr, tu n'as jamais entendu parler, personne ici n'en a entendu parler, je parie. Même moi, j'ai oublié leur nom. C'est pour dire si ça remonte... Là, à une certaine heure de la nuit, tu touchais l'humain, dans ce qu'il a de plus profond, sa petitesse, ou sa bonté… Aujourd'hui, les bars sont tous aseptisés, on a peur de déranger, de salir le faux marbre, le vin est frelaté, tout est fake comme on dit dorénavant… Je sais, j'ai l'air de me plaindre comme un vieux con, et y'a pas de quoi, j'ai été un artiste important toute ma vie, la mort, je ne la crains pas, je l'attends avec stoïcisme. Tout ce que j'espère, c'est de ne pas devoir passer par un de ces mouroirs pour pauvres que sont devenus les hôpitaux, que ça s'arrête d'un seul coup, la vie, là, dans la rue, le café ou dans mon lit, qu'on en finisse une bonne fois pour toutes, pas d'agonie, pas d'acharnement thérapeutique, ciao, merci, je me suis bien marré, au suivant... Je sais pas si j'aurais le courage de faire comme l'écrivain là, qui s'est fait sauter la cervelle… Putain, ça donne soif ces histoires, on reprend le même ou on change pour un truc plus couillu ?...T'es toujours d'accord pour m'en payer un autre ? Si tu me paies un verre, tu connais la chanson, je te demanderai pas d'où tu viens, où tu vas, je sais plus qui chantait ça…

mardi 9 août 2022

Desolation Road

Saul Leiter

 

 

Plantagenet soupçonna qu'il était le seul à avoir peur. D'ailleurs, cette main, ces ombres qui toutes participaient au domaine de ses habituels délires, ne l'effrayaient pas autant que le fait lui-même. L'étrange sensation d'avoir effectué une sorte de descente dans le maelström qui le terrifiait pour la dernière raison qu'on eût pu imaginer: à cause de cette haïssable, tranquille patience qu'il recelait parfois.
Mon Dieu, songea-t-il tout à coup, pourquoi suis-je ici, en ce lieu de désolation
? Et sans bien comprendre comment cela arrivait, il sentait qu'il venait de toucher le noyau démentiel de son univers ; ici se découvrait la véritable signification de tant d'enflure verbarle, des titres à grand tapage, produit d'arrogantes années. Mais ici, également, se trouvait peut-être la guérison, la sagesse, la perspicacité, plus patiente encore... Et la bonté, pensa-t-il en jetant un regard à ses deux amis. Oui, par quel miracle dépistait-il, ici, l'existence de la bonté et de l'amour?

 

Malcolm Lowry, Lunar Caustic,
trad. Claire Francillon,
poche Maurice Nadeau, 2022

samedi 6 août 2022

Impossible

Rogier Houwen

 

Lorsqu'il s'est réalisé, mon rêve s'est révélé impossible. Plus question d'y renoncer.
charles brun, désinscriptions des hommes

jeudi 4 août 2022

Là où échouent les mots

 

Julia Nikonova



Poète de l'indicible.

Il parvint à exprimer enfin
ce que
jamais personne ne dit.

Il fut condamné à mort.

 

 

Angel González, Procedimientos narrativos,
trad. maison

lundi 1 août 2022

Correct

Sam Cherry

 

Un des trucs les plus chanceux
qui me soit arrivé
fut d’avoir eu un père
cruel et sadique. 

après lui
les pires choses que la Destinée
m’a fait endurer
ne m’ont pas semblé si
terribles –
des choses qui pousseraient d’autres
hommes
vers la colère, le désespoir, le dégoût,
la folie, des pensées suicidaires
et
plus encore
n’ont eu qu’un impact mineur
sur moi
du fait de mon
éducation :
après mon père
presque tout le reste m’a paru
correct. 

Je devrais vraiment avoir
de la gratitude pour ce
vieil enfoiré
mort depuis si longtemps
dans la mesure où
il m’a préparé
pour tous les nombreux
enfers
en m’y menant
plus tôt
que prévu
lors de ces années
où on ne peut pas s’échapper.

 

Charles Bukowski, Tempête pour les morts et les vivants,
trad. Romain Monnery
éd. Au diable Vauvert, 2019

jeudi 28 juillet 2022

Perdu de vue

 

Przemek Strzelecki

Comme il m'arrive de croiser, sans le vouloir, mon image dans un miroir, sans véritablement comprendre ce que je viens d'apercevoir, avec le sentiment de m'être perdu de vue depuis longtemps, je peine de plus en plus à reconnaître mon écriture. La numérisation de nos existences y est pour beaucoup, me dira-t-on. Je m'efforce depuis un moment à toujours posséder sur moi un carnet et je passe mon temps à racheter des stylos. Toujours est-il que relire des notes, prises il est vrai, à la hâte, est devenu une pénible épreuve. Et lorsque je dois produire pour des raisons professionnelles, ou parfois encore administratives, un courrier manuscrit, cela peut me prendre des heures. C'est exaspérant. Même l'écriture du vieux médecin de ma mère est plus déchiffrable que la mienne. J'en ai honte. Une affliction supérieure survient lorsque je dois relire un des mes textes, déjà lu par d'autres, parfois maqueté, pour une séance de corrections. Impossible de savoir qui a pu tenir de tels propos. Si c'est moi, où suis-je aller chercher ces mots, ces tournures, ces références ? Quel intérêt ai-je pu trouver à la rédaction de cette matière ? Où ai-je pu puiser la motivation suffisante ? Cela dit, l'effroi ne fait pas long feu. Je me sers un verre et en viens à conclure qu'être en accord avec ce que j'écris serait davantage insupportable. C'est ce qui maigrement me console.

 

charles brun, on ne se console pas comme on peut

mercredi 27 juillet 2022

Portrait


Evan Bench

 

 

Enfance, souvenir d'un patio de Séville
d'un clair jardin où mûrit le citronnier ;
ma jeunesse, vingt ans en terre de Castille ;
Mon histoire, quelques faits que je ne veux pas rappeler. 

Ni un séducteur Mañara ni un marquis de Bradomín
– vous connaissez mon piètre accoutrement – ;
mais j'ai reçu la flèche que me destina Cupidon
et j'ai aimé tout ce qu'elles ont d'accueillant. 

Il coule dans mes veines du sang de jacobin,
mais mon vers jaillit d'une source sereine ;
et plus qu'un homme à la mode qui sait son catéchisme,
je suis, dans un bon sens du mot, un homme bon. 

J'adore la beauté, et dans la moderne esthétique
j'ai cueilli les anciennes roses du jardin de Ronsard ;
mais je n'aime pas les fards de l'actuelle cosmétique,
ni ne suis un de ces oiseaux au nouveau gazouillis. 

Méprisant la romance des ténors à voix creuse
et le chœur des grillons qui chantent sur la lune,
je cherche à démêler les voix des échos,
parmi toutes les voix, je n'en écoute qu'une. 

Classique ou romantique ? Je ne sais. Je voudrais
laisser mon poème ainsi que son épée le capitaine :
fameuse pour la main virile qui la brandissait
et non pour l'art savant du forgeur appréciée. 

Je converse avec l'homme qui toujours m'accompagne
– qui parle seul espère à Dieu parler un jour – ;
mon soliloque est entretien avec ce bon ami
qui m'apprit le secret de la philanthropie. 

Après tout, je ne vous dois rien ; c'est vous qui me devez ce que j'ai écrit.
J'accomplis mon labeur, de mes deniers je paie
l'habit qui me couvre, la demeure où j'habite
le pain qui me nourrit, la couche où je repose. 

Et quand viendra le jour du dernier voyage,
quand partira la nef qui jamais ne revient,
vous me verrez à bord, et mon maigre bagage,
quasiment nu, comme les enfants de la mer. 

 

Antonio Machado, Portrait,
in Champs de Castille,
trad. Sylvie Léger, Bernard Sesé,
Poésie/Gallimard

 


mardi 26 juillet 2022

La plus douce petite chanson

 

Gjon Mili

 

 

 

Va ton chemin
J'irai ton chemin aussi


Leonard Cohen, Le Livre du désir,
trad. J-D. Brierre, J. Vassal,
Points-Seuil

samedi 23 juillet 2022

Chemins sans issue

 

Elena Heatherwick

 

 

La plupart des hommes ne supportent ni l'immobilité ni l'attente. Ils ne savent point s'arrêter. Ils vivent mobilisés : mobilisés pour l'action, pour le remuement, pour le plaisir, pour l'honneur. Et pourtant c'est seulement dans les instants où il suspend son geste ou sa parole ou sa marche en avant, que l'homme se sent porté à prendre conscience de soi. Ce sont les moments d'arrêt, les points d'arrêt, les stations, les stationnements qui favorisent le plus en lui l'attention à la vie, qui lui apprennent le plus. Toutes les heures où l'on attend ce qui ne doit pas venir, les chemins sans issue, les voyages sans but, les routes désertes, les jours de pluie, les petites rues de province où personne ne passe, les heures de panne, les journées de maladie, en un mot toutes les circonstances où il n'y a rien à faire, où il faut nécessairement s'arrêter et se croiser les bras, toutes les journées de notre vie que le sort a marquées de grands disques rouges, ces journées-là peuvent être pour nous les plus fécondes; et je ne craindrai pas de dire que le monde appartient à qui sait se tenir immobile.

 

Paul Gadenne, Discours de Gap,
in Une grandeur impossible, éd. Finitude

jeudi 21 juillet 2022

Des os


J'ai
    clairement
        vu
            le squelette par-dessous

tout
    cet
        étalage
            de personnalité

que
    reste
        -t-il
            d'un homme et de tout son orgueil
sinon des os ?
et de tous ses snacks des nuits perdues…
    et les baignoires d'alcool
        qu'il s'enfile dans le gosier
            …des os – il broie du noir
            dans la tombe,
            traits du visage
            transformés par les vers

de lui
    on n'entend
        plus parler

 

Jack Kerouac, in Poèmes dispersés,
trad. Philippe Mikriammos
Seghers, 2022

mardi 19 juillet 2022

Leçon de vie

 

Humberto Bilbao

 

Le regard
droit
le sourire
au point
et les chaussures
cirées

N'oublie pas :

pas un seul indice
pour l'ennemi.

 

 Karmelo C. Iribarren
trad. maison

dimanche 17 juillet 2022

Cercle vicieux

 

Can Sançoban

 

Jamais, nulle part, je me sentirai à ma place. Et comme on le sait, le temps ne change rien à l'affaire. On ne se refait pas, etc. Aujourd'hui, par exemple, il me semble ne plus fréquenter que des gens de droite. Ouvertement de droite. Sans complexe, comme on dit. La plupart sont très sympathiques. Assagi, je tente en leur compagnie d'éviter soigneusement les sujets politiques. Ne pas boire aiderait, assurément. Mais passer du temps avec ce type de personnes intensifie ma consommation d'alcool. De toute manière, je n'ai jamais été de ceux qu'on réinvite. Je suis un cercle vicieux.

 

charles brun,
analyse désordonnée d'un compte-rendu de comptoir

dimanche 10 juillet 2022

Aucun feu

Francesca Woodman

 

Si je lis un livre et que mon corps devient tellement froid qu'aucun feu ne peut le réchauffer, je sais que c'est de la poésie.

 

Emily Dickinson

samedi 9 juillet 2022

Jamais

 

Brassai

 

Boire en présence de raseurs — leur nombre est semble-t-il croissant — permet dès le lendemain d'avoir entièrement oublié les âneries énoncées, par eux mais aussi par nous. Or lorsqu'il nous arrive de boire en compagnie de gens que nous apprécions — et ils sont rares — le même phénomène se produit. L'alcool ne vous trahit jamais.

 

 charles brun, observations du fond de la salle

mercredi 6 juillet 2022

Le bonheur

René Maltete


— Alors ?
— Alors, quoi ?
— Tu as aimé ?
— Je le connaissais déjà...
— T'es con. Ça, je le sais...
— J'avais très peur de le revoir. C'est un film qui m'a tant marqué...
— Et ?
— Je suis bouleversé...
— A ce point ?
— C'est primitif, fauché, fourre-tout, foutraque, réac, radical, généreux, désespéré, suicidaire, littéraire... Un des plus beaux films de l'histoire du cinéma.
— Tu n'exagères pas ?
— Qu'aurais-je à y gagner ?
— C'est drôle, des dialogues entiers me revenaient. 
Comme le fameux monologue de Françoise Lebrun?
— Pas seulement. J'anticipais parfois ce qu'allaient dire les personnages… J'avais, jusqu'à aujourd'hui, vu ce film une seule fois, contrairement à toi. Vers l'âge de 20-22 ans, je pense... Or, je me souvenais non seulement des dialogues, mais de toutes les scènes, surtout de la première partie, des blagues, des histoires que Léaud raconte... Le texte a été édité, non ?
— Bien sûr. Aux Cahiers.
— Un petit livre gris ?
— Exact.
Je me souviens d'avoir lu ça comme un roman.
— Je dois l'avoir encore quelque part...
— Qu'est-ce qui t'a ému ?
— La séance peut-être.
— Comment ça ?
— Revoir le film avec toi.
— Tu n'as pas pensé à une ex? Tu ne t'es pas dit, comme le personnage d'Alexandre, je vis avec elle, mais c'est l'autre que j'aime et qui m'aime?
— Qu'est-ce que tu racontes?
— J'ai toujours l'impression d'avoir pris la place d'une autre, d'être avec toi par défaut.
— Tu es cintrée. J'ai pris un plaisir immense de revoir ce film, collé à toi durant quatre heures.
— Oui, mais le film parle de ça.
— Le film parle de tellement de choses...
— Léaud est incroyable. Il avait une beauté… Un peu androgyne, non ?
— Oui, peut-être. Bernadette Lafont aussi est sublime, elle avait un corps magnifique...
— Exact, et je la préfère à Françoise Lebrun. Je ne comprends pas qu'il hésite entre les deux.
— Il n'hésite pas, il ne sait pas. Ne veut pas savoir. Comme quand il demande à Véronika si elle préfère qu'il lui fasse l'amour en douceur ou violemment… N'est-ce pas la question qu'il t'a posée un jour dans une chambre d'hôtel ?
— Comment sais-tu ça ?
— Tu me l'as raconté…
— Tu sais tout de moi, c'est affreux…
— En le revoyant, dans toute sa splendeur, tu ne regrettes pas de lui avoir résisté et quitté sa chambre sans que rien ne se passe ?
— Non. Et puis, nous n'étions plus en 1973.
— Ni à notre époque, heureusement pour lui…
Il a été très correct, je n'ai pas eu à beaucoup résister.
— Sacré Jean-Pierre…
— Il y a une chose dont je ne me souvenais pas à propos de ce film, qui ne m'avait pas frappée la première fois: cet Alexandre est un personnage insupportable. Certes, il est drôle, il parle sans cesse, et bien, c'est intéressant, touchant, il est beau, mais c'est une ordure. Pourquoi ris-tu ?
— Je ne ris pas, je souris. Peut-être regardons-nous ce film avec les yeux de l'époque, notre sale époque. Je pense que Jean Eustache serait traîné dans la boue aujourd'hui, de manière encore plus violente qu'en 1973.
— Qui était cette Catherine Garnier à qui le film est dédié ?
—  Si je ne dis pas de bêtise, du moins à ce sujet, c'est la femme avec qui Eustache vivait. C'est elle qui s'occupe des costumes sur le tournage. Je crois que ça raconte leur histoire.
— Mais c'était la maman ou la putain ?
— Il n'y a pas de putain, mon amour. C'est Bernadette Lafont qui joue le rôle de Catherine Garnier. Si je me souviens bien, elle assiste à la projection à Cannes et rassure Eustache, lui de ne rien changer au film. Avant de se suicider…
— Il devait quand même être tordu…
— Je ne sais pas où j'ai lu ça, si l'anecdote est vraie, on en a parlé l'autre soir avec Frédéric qui a tourné avec lui dans le seul film qu'il a réalisé, mais c'est Boris Eustache qui est chargé par son père d'aller chercher à Narbonne le flingue avec lequel il va se suicider…
Je ne sais plus ce que nous nous sommes dit ce soir-là, on a tellement bu… Mais si cette histoire de flingue est vraie, je comprends pourquoi le fils Eustache a bloqué les films de son père durant toutes ces années… Quoi qu'il en soit, tu es d'accord avec moi? Le personnage d'Alexandre mérite des claques : il ne supporte pas que Marie invite le fameux Philippe, fait toute cette scène, alors que de son côté, il harcèle une ex, insiste pour qu'elle revienne, invite sa maîtresse chez Marie en sa présence, l'y baise en son absence... C'est un sacré connard, non ?… Et si son cinéma était essentiellement autobiographique, si l'histoire du flingue est vraie, Eustache devait être un sacré numéro…
— Je ne sais pas. Mais il parvient tout de même à garder une certaine distance avec son personnage, ne le ménage pas, s'en moque…
— L'histoire du graffiti dans les chiottes ? Saute, Narcisse !
— Suivi par la séance de maquillage…
Pourquoi souris-tu ?

— Parce que je me revois jeune, ayant un comportement similaire à celui de cet Alexandre. Ignorant comme j'étais, je pensais que c'était ça, la liberté : lire dans des cafés, des livres que je volais systématiquement, discuter avec un ami des heures durant, tomber amoureux, vivre en fondus enchaînés, en noir et blanc... Je n'avais aucune conscience de classe. Je savais que j'étais pauvre, fils d'immigrés, que je ne pouvais avoir accès à la culture que par le vol, la violence, comme il est dit dans le film, d'ailleurs. Mais voilà, ça s'arrêtait là. Un vrai crétin. Pauvre et crétin.
— Tu écrivais quand même un peu plus que lui.
— A peine. C'est venu, du moins me le suis-je autorisé, bien plus tard. A 20 ans, je pouvais passer des journées à ne rien faire, comme l'ami d'Alexandre...
— « Que fais-tu demain à quatre heures ? »
« Rien, bien sûr ».
Il est impayable, celui-là...
— Alexandre, on le voit vivre aux crochets de Marie, mais son pote, je me demande quelle est sa combine pour vivre sans en ramer une.
— A Paris, qui plus est...
— Magie du cinéma.
— C'était bien de le revoir avec toi.
— J'ai eu raison de ne pas suivre ton idée d'aller revoir ce film au Reflet Médicis, non ?
— Oui, c'est idiot. Je voulais le revoir dans les mêmes conditions que la première fois. Dans des fauteuils inconfortables… L'Epée de bois, rue Mouffetard, tu te souviens de cette salle ?
— Bien sûr, je pense qu'à cette époque, je les ai toutes faites. Mais figure-toi que la première fois que je vois La Maman et la Putain, c'est également à Montreuil.
— Au Méliès, déjà ?
— Non, au Studio Berthelot.
— Le théâtre ?
— Oui. Il y avait alors une programmation cinéma. Le Méliès à cette époque n'est pas encore une salle municipale, art et essai, elle appartient à UGC.
— C'est quelle année ?
— Je crois que je suis encore au lycée. L'année du bac ou la suivante, quand je suis déjà à la fac.
— Tu le découvres avec ton Italienne ?
— Exact.
C'était ressorti après la mort d'Eustache ?
— Non, je ne crois pas. Si je m'en souviens bien, Berthelot proposait un cycle 50 ans de cinéma français, un truc dans ce genre. Tu sais qui faisait cette programmation ? Je l'ai appris il y a peu...
— …
La sœur de Jacques.
— Ah oui, ça me dit quelque chose... Vous en aviez parlé chez Carole, non ? Le monde est petit. Et les autres fois, tu l'as vu où, et avec qui ?
— Seul. La cinémathèque. A la télévision aussi, au ciné-club de Claude-Jean Philippe. Et puis, tu te souviens de cette salle rue du Faubourg-Montmartre ? Son nom m'échappe... Le Studio 43, tenue par Dominique Païni, il me semble. Un Franprix ou un Lidl l'a remplacée depuis longtemps. Il y eut une rétrospective Eustache et j'étais à toutes les séances. Je ne sais plus l'année, ni même si j'habitais déjà dans ce quartier...
— Tu as vécu dans le neuvième ?!
— Oui, dans 12 mètres carrés, entre le Passage Verdeau et le Passage Jouffroy, rue de la Grange-Batelière, un immeuble qui était un ancien hôtel de passe. Gaz et cafards à tous les étages. Des souris même.
— Pour un ancien hôtel de passe, les souris, c'est normal...
— J'aimais bien ce quartier. D'un côté de ma rue, Drouot, les antiquaires, les philatélistes, les boutiques de numismatique, les banques, les restaurants d'affaires, de l'autre, le quartier juif populaire et bordélique, les pâtisseries orientales, un magasin de farces et attrapes, le Palace, le Passage du Nord-Ouest, et cette librairie de cinéma dans le Passage Jouffroy...
— Oui, pas loin de l'hôtel Mozart !
— Il y avait là aussi le siège de la revue Cinématographe où a débuté ton ami Le Guay... Les Grands Boulevards... Les cinémas... Je passais mes journées dehors, à cavaler d'un endroit à l'autre, d'une séance à la cinémathèque, à une rétrospective dans quelque salle du quartier latin ou à l'autre bout de Paris, et le soir, dans mon quartier, je traînais au Virgin, ou à la Fnac en face, à découvrir des disques sur les bornes d'écoute, à draguer les vendeuses du rayon Musiques du monde... Tout a disparu, ou presque…
— Où sont passées les fortifications…
Oui, finie, la nostalgie, assez parlé comme des vieux cons, tout cela a bien changé et nous aussi. Mais La Maman et la Putain est toujours un grand film. Et certainement le dernier. Tu veux un verre?
— Tu as vu tout ce qu'ils boivent chez Eustache ?
— Et fument…
— Oui, je veux bien un verre. Et il doit me rester une ou deux cigarettes dans mon sac. On va boire et fumer à la mémoire du cinéma !
— Et de la jeunesse perdus… Quel bonheur !

 

 

lundi 4 juillet 2022

Totalement

Trent Parke

 

 

Au cours de la quête d'une nouvelle maison, nous avons visité durant plus d'un an de nombreux intérieurs dépourvus de livres. Les propriétaires de ces lieux donnaient pour la plupart l'impression d'être satisfaits de leur existence, d'avoir, comme on dit, réussi leur vie. En manipulant des milliers de volumes lors de notre installation, nous avons repensé à chacune de ces personnes. Nous sommes réellement persuadés qu'elles ont saisi du monde quelque chose qui nous échappe totalement.

 

 

 

samedi 25 juin 2022

L'ordre naturel

 

Nadja Massün

 

...Le retour à la tradition, quelle qu’elle soit, le recours à un ordre « naturel» ont toujours été défavorables aux femmes, d’une façon ou d’une autre. Certaines conquêtes sont fragiles, comme le droit à la contraception et à l’avortement– j’ajouterai, le mariage homosexuel, lequel, pour ses opposants, relève de la même contre-nature. Cette idéologie conservatrice et intolérante, je la vois avancer de jour en jour. De façon tortueuse, piégeuse, comme l’actualité française m’en fournit un exemple, avec cette interdiction du burkini prise et défendue par des maires– masculins– avec, entre autres prétextes, celui du féminisme, faisant en somme du bikini l’étendard de notre liberté. Le piège serait de cautionner, au nom de la liberté des femmes, cette mesure qui en est l’exact opposé puisqu’elle empêche des femmes d’être vêtues comme elles veulent dans l’espace public d’une plage. Une mesure entraînant un débat national, lequel paraîtrait surréaliste si on ne voyait pas qu’il est une illustration de la dispute du contrôle du corps des femmes: c’est là qu’on en revient en 2016...

 

Texte de 2016 donc, et toujours dans l'indispensable numéro des
Cahiers de l'Herne, Ernaux, dir. Pierre-Louis Fort.

jeudi 23 juin 2022

Une obsession


 

Il y a deux mois, choisissant une photo de ma jeunesse pour l’exposition sur le journal intime de Quimper, je suis tombée sur celle qui date de cette période où j’avais commencé d’écrire, en 62. Il m’a semblé – ce qui ne m’arrive jamais– qu’il y avait un lien, une identité même, entre la fille de la photo et ce que je suis maintenant. Pourtant, je n’ai plus la vision glorieuse et enchantée que cette fille avait de l’écriture, celle-ci est pour moi une recherche lente, un désir de saisir et de comprendre la réalité, de témoigner aussi. Mais je suis persuadée que j’ai passé et continue de passer autant de temps sur des pages, mettant dans cette activité une obsession et une énergie sans doute disproportionnées, parce que, un jour, j’ai été cette fille croyant à la littérature comme en Dieu et misant son salut sur elle.

 

Texte de 1999, in Les Cahiers de l'Herne, Ernaux,
dir. Pierre-Louis Fort, 2022, 33€. 

lundi 20 juin 2022

La honte


Dans l'essentiel numéro des Cahiers de l'Herne consacré à Annie Ernaux, et dirigé par Pierre-Louis Fort, on pourra lire de nombreuses contributions d'écrivains, cinéastes, universitaires…, offrant leur point de vue sur la romancière, des lettres et des entretiens, des textes d'Ernaux ainsi que quelques pages inédites de son journal. Cet extrait a 20 ans…

 

 

Mardi 30 avril 2002

Je n’ai pas écrit l’article projeté sur la situation actuelle. Fatiguée encore. Peut-être aussi incertaine sur mon vote, et plus encore sur l’avenir. Voter Chirac, « prendre l’un pour taper sur l’autre», pour que Le Pen ne passe pas, soit. Mais dans l’écrasante victoire, alors, de Chirac, on oubliera qu’elle a été obtenue par les votes de gauche. En ce moment la droite et ses électeurs sont follement heureux que Le Pen soit à la place prévue de Jospin, ne vont-ils pas le remercier d’une façon ou d’une autre? Vais-je offrir un blanc-seing à Chirac? Et si Laguiller avait raison en prônant le vote blanc ou nul? Mais le danger Le Pen? Comment savoir

Souvenir de la première fois où j’ai voté, le 27 octobre 62. C’était un référendum sur l’élection du président de la République au suffrage universel. J’ai voté non, avec les communistes, Mendes-France, etc. Quarante ans plus tard, on voit ce qui arrive en effet : 16 candidats, martèlement des sondages, dépolitisation, bonjour l’extrême droite. Par-dessus tout, le mépris de la classe populaire, la gauche chic partout, et friquée. Agacement extrême devant ce déploiement de discours vibrants contre le fascisme. Ces gens, artistes, intellectuels, se mobilisent pour des idées assez simples, pas pour des personnes, à la différence des mouvements associatifs. Ça ne dure pas longtemps, ce n’est pas fatigant. Je ne sais qui, à Beaubourg, ce midi: «Défendre la culture! La culture c’est la liberté !» Très joli, seulement, quand on n’y a pas accès ou qu’elle est excluante, est-elle source de liberté? Émotion contre émotion (le vote des uns pour Le Pen, réaction hystérique des autres). Ils disent «on a honte» à cause du vote Le Pen. Ils n’ont jamais honte devant les licenciements, les SDF font partie du paysage, etc.

 

vendredi 17 juin 2022

Vices cachés

 

Manuel de Pedre

 

J'aime ces écrivains médiatiques et décomplexés qui, pour nous vendre leur dernier bouquin, lantiponent sans fin, et, confondants, emploient finalement, avec le plus grand des naturels, le langage d'un agent immobilier véreux tentant de nous refourguer  un bien corrodé par une multitude de vices à peine cachés.

 

charles brun, opinions diverses et avariées

mardi 14 juin 2022

Et on aimera ça

Andreas Feininger


 

Nous, le troupeau, le peuple, on est là pour être vus, mais pas pour être entendus. Laissons ceux qui ont les poches bien pleines décider des guerres, et nous, on ira les faire et on aimera ça.

 

Jack Kerouac, L'Océan est mon frère,
roman inachevé, 1943,
trad. Pierre Guglielmina, Gallimard

samedi 11 juin 2022

L'oubli

 

Kees Scherer

 

Tu peux gémir dans ta lucidité,
ah solitaire, mais alors défais-toi
de la véracité dans la douleur. La langue
s'épuise dans la vérité. Parfois arrive
l'incessant, celui qui devient fou : il parle
et l'on entend sa voix, mais pas sur tes lèvres :
c'est la nudité qui parle, c'est l'oubli.

 

Antonio Gamoneda, Pierres gravées,
trad. Jacques Ancet, éd. Lettres vives

mercredi 8 juin 2022

Silences

Bill Shapiro

 

Les élégantes éditions Ypsilon viennent de compiler en un volume 15 années de poésie d'Alejandra Pizarnik, dans un format sympathique et pour un prix modique. La traduction est assurée par Jacques Ancet. Un portrait de la poétesse argentine, portant la signature de Liliane Giraudon, figure en postface.

 

silence
je m'unis au silence
je me suis unie au silence
et je me laisse faire,
je me laisse boire
je me laisse dire

 

***


Tu choisis le lieu de la blessure
où nous parlons notre silence.
Tu fais de ma vie
cette cérémonie bien trop pure.


***

 

Ce sont mes voix qui chantent
pour qu’ils ne chantent pas, eux,
les muselés grisement à l’aube
les vêtus d’un oiseau désolé sous la pluie.  

Il y a, dans l’attente,
une rumeur de lilas qui se brise.
Et il y a, quand vient le jour,
un morcellement du soleil en petits soleils noirs.
Et quand c’est la nuit, toujours,
une tribu de mots mutilés
cherche asile dans ma gorge,
pour qu’ils ne chantent pas, eux,
les funestes, les maîtres du silence.

 

 ***

 

Les absents soufflent et la nuit est dense. La nuit a la couleur des paupières du mort.
Toute la nuit je fais la nuit. Toute la nuit j'écris. Mot à mot j'écris la nuit.

 

 

mardi 7 juin 2022

S'il vous reste un peu de salive

Gilles D’Elia

 

Dans son dernier numéro toujours, alors que notre guide suprême à peine réélu fait la promesse d'un second mandat placé sous le signe du « renouveau démocratique», le Diplo publie les résultats d'une étude menée par le Collectif de recherche citoyenne sur les Cahiers de doléance, nés de ce que l'on a nommé la crise des Gilets jaunes. Encadrée également la lettre d'une « maman comme tant d'autres»...

 

Monsieur le Président,

J’aimerais que vous expliquiez à ma fille de 5 ans pourquoi maman ne met pas le chauffage partout dans la maison?
Pourquoi maman n’achète pas du pain tous les jours
?
Pourquoi le soir maman mange ce qu’il reste dans son assiette ou bien une tasse de café
?
Pourquoi maman fait souvent des nouilles, passé le 15 du mois
?
Pourquoi maman a traversé beaucoup de rues très loin de la maison pour enfin décrocher un emploi précaire alors que selon vous une seule rue suffisait
?
Pourquoi le Père Noël apporte des cadeaux que maman a fabriqués
?
Pourquoi maman utilise la prime de Noël pour payer la taxe d’habitation et audiovisuelle avec des pénalités de retard
?
Pourquoi des maisons sont vides alors qu’elle voit des Français dormir dans la rue
?
Pourquoi maman trie régulièrement nos affaires et les donne à d’autres gens qui n’ont rien
?
Pourquoi maman se sent heureuse et dit qu’elle est riche quand elle arrive à s’offrir un café en terrasse, bien meilleur qu’à la maison
?
Pourquoi maman dit qu’elle s’est cogné le pied quand elle pleure le soir dans son lit en consultant le solde de son compte
?
Pourquoi maman sait déjà qu’elle ne pourra pas lui payer de grandes études
?
Pourquoi cette année (encore) son arrière-grand-mère, qui a travaillé toute sa vie en tant que femme de ménage chez des gens aisés, touche environ 750 euros de retraite
?
Pourquoi donc elle vient passer l’hiver en famille une année de plus en laissant sa cuve de chauffage au fioul vide
?
Pourquoi les gens riches continuent d’obtenir les miettes qu’il restait aux pauvres
?
Pourquoi maman dit que nous sommes pauvres sans jamais s’en plaindre malgré sa colère
?
Monsieur le Président, pensez surtout à lui expliquer comment fait maman pour rester digne et humble quand les préoccupations du peuple vous passent au-dessus de la tête.
Si, après lui avoir expliqué tout cela il vous reste encore un peu de salive, dites-lui pourquoi maman a honte de vous

Une maman comme tant d’autres ! 

Libourne, le 30 novembre 2018

samedi 4 juin 2022

Ecoutez la différence

Howard Sochurek

    

 

Le con d'une femme est
la douce avenue vers sa
féminité, la divinité
des générations humaines,
        le lieu du désir ardent
    de l'homme —Je crois
    que le célibat dans les
    enseignements du Christ
    avait son origine dans le culte
        Paulien & Juif de la
        Circoncision-Castrationcar si Son
Royaume n'est pas de ce
Monde, & que l'Ame est ici
pour être Sauvée, se trouver
    entre les jambes d'une femme
    avec sa permission, voilà qui
    fait toute la différence
    La pornographie de Neal
    est intensément religieuse

    Les Cultes Phalliques
adorent la reproduction de
l'espèce ; l'Araméen
adore son Salut

Jésus ne l'a pas dit,
mais je crois en la
permission de la femme


 
Jack Kerouac, Le Livre des esquisses,
trad. Lucien Suel,
éd. La Table ronde, coll. La petite vermillon