dimanche 20 janvier 2019

Première neige


Double mystère

26 septembre 1954
La nuit était blanche jusqu’au ciel, c’était la première neige, le début de l’automne. Corey rentrait à Panguitch, chef-lieu du comté de Garfield, mille âmes à peu près vivantes et pas mal de fantômes. Les montagnes lointaines et une forêt sans fin fermaient l’horizon à gauche — et devant, derrière, à droite, le plateau se répandait comme un type qui aurait bu sans soif. Un désert à deux mille mètres d’altitude. Il y avait si peu de citoyens dans le comté de Garfield qu’il n’y avait pas de crimes, parfois un bonhomme se suicidait. Toujours d’une balle dans la tête et toujours avec du gros calibre si bien qu’on les enterrait sans tête. 
La radio a grésillé, c’était le standard de la police de Provo — à deux cents miles de là. Panguitch ne pouvait pas se payer de standard de nuit, seulement un shérif au rabais dans sa jeep Willys en provenance des stocks de l’armée. Le comté fourmillait de pistes la plupart impraticables à des véhicules normaux. Corey a pris l’appel radio. Jessie lui a dit que Lars Andersson venait d’appeler pour signaler une soucoupe volante. C’était l’ancien maire de Panguitch, il ne buvait pas, ne fumait pas. Pas le genre à avoir des hallucinations. C’était la troisième fois de la soirée que Jessie rapportait à Corey qu’un ovni avait été aperçu : lumière rouge, puis verte, intense. Apparition d’une forme dans le ciel, à basse altitude, pas de bruit, odeur bizarre… Disparition instantanée du truc, chiens qui aboient les oreilles aplaties, canaris en transe, radios qui s’éteignent… Tous les témoignages concordaient.
— C’est quoi cette maladie qu’ils ont avec les Martiens ? a grommelé Jessie. Ils en voient, ils en voient… ils voient que ça !
— Ils forniquent pas assez, a répondu Corey, comme moi.
Jessie s’est marré et a dit qu’il y avait cent millions de cocos avec des bombes atomiques et on leur signalait des Martiens sur des balais-brosses lumineux. Depuis que Little Boy et Fat Man avaient dressé leurs glands monstrueux au-dessus d’Hiroshima et de Nagasaki, les Martiens avaient rappliqué, comme si c’était lié. L’année dernière, la police avait recensé près de vingt-trois mille déclarations d’apparitions d’ovnis. Peut-être qu’ils étaient venus en masse fêter la fin de la guerre de Corée ? Va savoir avec les Martiens les idées qu’ils pouvaient avoir. 


C'est le début du faux polar de l'ami Morgiève que l'on trouve dans toutes les bonnes librairies depuis quelques jours – et ailleurs, sûrement. Parce qu'il n'y a pas que Welbek ou Bèquebédé qui font des livres. Il y a aussi quelques écrivains. Et chez les bons, y'a Morgiève. Qu'on se le dise ! Et qu'on le lise !…

dimanche 13 janvier 2019

Extrêmement gravissisme

Entre les deux derniers actes des Gilets jaunes, l'indispensable Aude Lancelin recevait l'ami et tout aussi indispensable David Dufresne qui, sur twitter, depuis début décembre, recense la violence de la répression policière, souvent occultée, du moins relativisée, par les grands médias, et qui répond à de clairs et cyniques choix politiques de dirigeants dépassés.


vendredi 11 janvier 2019

Sur la route


C'est l'heure des nerfs en pointe. Le carrefour est envahi de voitures de tous côtés et personne ne souhaite céder le passage. Le feu passe au vert, j'avance prudemment. La vie est courte. Soudain, un autre deux roues me double. Par la droite, bien entendu. Je regarde filer ce jeune type qui joue les Marquez – Marc, pas Gabriel – dans cette rue limitée à 30 pour épater sa petite copine qui le serre à la taille. Peut-être, sous son casque, lui crie-t-elle combien elle est fière de lui. Ou elle garde ça pour elle. Mais lui, il sait. Et il bande. Et elle le sait. Cent mètres plus loin, une voiture a freiné. Je passe devant elle et découvre le jeune homme béquillant devant le véhicule à l'arrêt. Sa copine le suit. Fou furieux, il va s'en prendre au conducteur qui l'a probablement serré, envoyé une remarque ou simplement klaxonné – les agités du klaxon pullulent, et pas seulement le soir. Le garçon gueule, côté chauffeur, la fille de l'autre côté. Tout cela est ridicule. Mais je poursuis ma route, et pense aux réactions dont je fais preuve parfois. Après les nombreux accrochages, chutes, gnons, je prends moins de risques, bous plus facilement lorsque le conducteur, regard braqué sur son écran fessebouc ou gépéesse, ou tout bonnement crétin fini, manque de me renverser, grille un feu ou une priorité, en veut à mon corps. J'imagine combien je dois avoir, moi aussi, l'air risible. Sans parler que je n'ai jamais quelqu'un à abasourdir. 

Charles Brun





jeudi 10 janvier 2019

Inquiétude

Olga Anna Markowska

déjà l'heure
ai-je jamais fermé les yeux
lâché sa main
l'inquiétude

je lutte encore un peu
mais emmêle les mots
j'aurais voulu changer
le système d'exploitation
vider la mémoire
ôter la batterie
mettre en mode avion
m'envoler vers d'autres horizons
apprendre à dormir 
à ne plus sentir
qui me parle dans la nuit glacée
qui m'habite cette fois
j'escalade le chat
craint de la bousculer
la découvrir entendre un soupir
c'est l'heure de nos vieilles peurs
de surprendre de nouvelles blessures
la stupeur devant la putréfaction
je faisais le malin pour ne pas vivre le vide
le froid

le feu éteint et plus de bois
je pense personne ne m'a suivi
et elle entend personne ne m'aime
pas même mes rêves mais
promis

j'aurai bientôt largué mon ombre

Charles Brun, Vers solitaires par milliers


mercredi 9 janvier 2019

Nu



Si je croyais en Dieu, ma fatuité n'aurait pas de bornes : je me promènerais tout nu dans les rues...
Cioran

mercredi 2 janvier 2019

Dans un désert


Retour au bureau, la gueule encore un peu de chêne, pas grand-chose à faire, trêve des confiseurs longue durée, je jette un oeil à quelques sites d'infos délaissés ces derniers temps, histoire de me remettre au goût du jour, et de bien commencer l'année.
***


Côté marchés financiers, à bout de souffle depuis un moment, voire sous perfusion étatique, la peur s'installe, me dit-on. Les indices boursiers ne cessent de chuter. Jusqu'où ? Le CAC 40 baisse de 2,4% après avoir perdu près de 11% l’an dernier. Quant au Dow Jones, il a chuté de 6% et des poussières l'an dernier. Nos banques ont sérieusement dévissé. La BNP a perdu 36,42% sur l’année 2018, le Crédit agricole, -32,50%, et la Société générale, -35,55%. La tourmente frappe également nos modèles de voisins allemands. La Deutsche Bank, 11e banque mondiale, avec près de 1 800 milliards d'actifs financers, supprime 7 000 postes, après trois années consécutives de pertes sévères. Mais les experts préfèrent regarder ailleurs afin de ne pas miner le moral des Européens appelés à relancer la croissance dans la joie et la bonne humeur, sans oublier de faire barrage à l'extrême-droite. Certains observateurs annoncent tout de même pour tout bientôt une crise financière redoutable, bien plus spectaculaire que celle d'il y a dix ans.

***

Bourses toujours, avec celles de Benalla dont on ne sait s'il faut rire ou refermer avec pudeur le dossier. Ou en faire une série, genre Bureau des légendes, avec une pléthore de personnages issus des services secrets, des millionnaires propriétaires de presse, des membres de la mafia russe, des décors sompteux avec les ors de la république, des intrigues amoureuses et des thèmes déclinables à l'envi : jalousie, ambition, pouvoir, trahison, magouilles, rumeurs, sondages d'opinion, manipulations..., de quoi faire, même si les ficelles sont parfois un peu grosses. Aux dernières nouvelles, comme on le sait, Benalla, qui avait remis à l'été ses deux passeports diplomatiques, fort de son casier vierge, de son coffre-fort vide et de son pistolet en plastique, se serait rapidement recyclé dans le conseil et le commerce international. On le retrouve le mois dernier au Tchad, après un détour par Israël, s'entretenant avec les plus hautes autorités, bénéficiant de ses fameux passeports diplomatiques qu'on lui aurait prêté de nouveau en octobre en lui recommandant de ne pas faire de conneries. Mais le gars, comme on le sait aussi, ne doute de rien et les utilise dans la foulée, pour une question de confort personnel, dit-il. Le Quai d'Orsay prétend avoir réclamé à deux reprises ces fameux documents. En vain, semble-t-il. Pas de chance. L'Elysée affirme ne rien savoir. Normal, son locataire a autre chose à faire. Mais Alexandre le grand déclare au contraire avoir gardé des liens avec le Palais, Macron n'hésitant pas à le consulter à propos de tout et de rien. On imagine ce cher Emmanuel, déjà déboussolé par le mouvement des gilets jaunes, barricadé et complètement perdu sans les lumières de son protégé – et protecteur – qui, si je comprends bien, avait pris depuis un moment la place de l'éclaireur Ricoeur. Les pantins socialistes, devant ce qu'ils nomment des mensonges d'Etat, ont bien feint de réclamer de vraies lumières sur l'affaire. Mais la présidente de la commission des lois, l'inénarrable et infatigable en marche Yaël Braun-Pivet leur a tiré la langue dans les couloirs de l'assemblée. Il est vrai que lancer une nouvelle enquête parlementaire serait prendre le risque d'un foutage de gueule (du citoyen) un peu trop voyant...


***
Gilets jaunes, justement. Alors que se durcissent les sanctions pour les chômeurs ne respectant pas les règles ou ne se rendant pas à un entretien inutile, à Marseille, selon un délégué des GJ, chaque personne occupant un rond-point ou une place publique sans autorisation préalable risque désormais une amende de 5e classe, allant de 1 500 à 3 000 euros. Plus besoin de saccager des monuments publics, représentant « les valeurs de la République », pour être un criminel. Après, à chaque nouvel Acte des GJ, le blocage des accès des lieux de manifestation (et de pouvoir), la cinquantaine de stations de métro parisiennes fermées, la suppression des trains débarquant à Paris, les tronçons d'autoroutes bloqués, les arrestations et les garde à vue arbitraires, les grenades et autres tirs de flashball dans la gueule, cette nouvelle forme de faire disparaître ces sales énergumènes sentant mauvais sera certainement bien plus efficace que l'obole des mesurettes du gouvernement.



***
Comme chaque année, le 1er janvier distingue quelques personnalités bien de chez nous – 402 cette fois-ci – en leur clouant sur la poitrine le ruban rouge (de la honte) de la Légion d'honneur. Parmi celles choisies par le ministère de la Culture, on retiendra, aux côtés de l'académicien, poète et dramaturge René de Obaldia, 100 ans – il était temps ! –, pour ses 33 ans de service (lesquels ?), le facétieux monarchiste cathodique Stéphane Bern, également promoteur de la loterie du patrimoine sous le règne d'Emmanuel Ier, la comédienne et réalisatrice et productrice, et compagne de l'ancien ministre du Budget, François Baroin, et ex-exilée fiscale, Michèle Laroque, et l'autre ex-exilé fiscal, et Grantécrivain, jeune marié photographié par Carla Bruni, et admirateur de Donald Trump, Michel Houellebecq et ses 35 ans de service. On attend avec impatience l'arrivée imminente de son nouveau roman déjà encensé dans les gazettes toutes unanimes – ça se lit vite aussi... Côté sport, on n'a pas oublié les 23 Bleus, certainement l'équipe la plus ennuyeuse du Mondial le plus soporifique de l'histoire du foot...

***
Heureusement, côté culture toujours, on m'annonce la sortie sur tous les écrans de France et de Navarre d'une comédie comme notre cinéma les aime et sait les faire. C'est d'ailleurs la suite d'un premier opus qui a fait ses preuves. Et c'est, me dit-on, encore plus drôle que le premier volet... 






***

Epuisé, je crois que je vais me réfugier, une fois de plus, dans la lecture du migrant roumain...

La clairvoyance est le seul vice qui rende libre — libre dans un désert.
Cioran, De l'incovénient d'être né




Les illustrations en noir et blanc viennent d'ici
et la vidéo des (a)voeux provient d'ici.

mardi 1 janvier 2019

2019




Bonnes surprises, rires, plaisirs et découvertes,
saines vigilence et colère, consolations, et bien plus,
c'est ce que souhaite, dans la mesure du possible, à tous les égarés
et surtout à ses nombreux et fidèles et exclusifs lecteurs
pour 2019 – cette année je vole un bœuf –
l'irresponsable de ce blogue…

lundi 31 décembre 2018

Cher Richard



Jean-Patrick Manchette
53 avenue Dr. A. Netter
75012 Paris

le 27 novembre 1994



Cher Richard,
J'ai lu — avec retard — CUEILLE LE JOUR et j'ai trouvé ça impressionnant, formidable. Il est beau de voir avec quelle maîtrise (je ne trouve pas d'autre mot) s'associent le ton et la teneur de ton « conte ». Il y a un moment que je sais que tu t'es envolé dans les espaces supérieurs (au moins depuis UN PETIT HOMME…) mais je suis spécialement séduit par celui-ci — peut-être parce que l'élément un peu surnaturel est entièrement inclus dans l'ouvrage, ce n'est pas un supplément pseudo-poétique.
Bref, je suis ravi, j'ai eu envie de te le mettre solennellement sur le papier.
Amour à toi et aux tiens. A bientôt.



Lettre de Manchette à Morgiève, retrouvée par celui-ci avant la parution tout bientôt de l'excellent faux polar US, Le Cherokee, et reproduit par Joëlle Losfeld, son éditrice, avec l'autorisation de Doug Headline et de Mélissa Manchette. 

Pas lu Bouddha

Il me double par la droite, me coupe la route, je dois freiner et me retrouve flanqué devant la voiture qui vient en face et manque de me rentrer dedans. Miracle, mon sang ne fait pas un tour, je redémarre au quart et le rattrape au feu, me ravise. Qui suis-je me dis-je pour rappeler à l'ordre ce gamin, lui faire la morale, lui dire le bien le mal ? De quel droit me sentirais-je supérieur à ce crétin analphabète à deux roues ? Je n'ai pas lu Bouddha et il fut un temps où je m'emportais, étais prêt à en découdre en toute circonstance, avec le premier parti, je ne sais quelle sagesse, est-ce la vieillesse, à peine un soupir, je regarde ailleurs, rentre, caresse le chien, les chats, embrasse ma femme, prépare un feu, ouvre une bouteille, réprime sans frime cette envie de pleurer, me noie à l'envers, et pense à autre chose, à rien. Qui dira un jour cette sensation ?
Charles Brun


samedi 29 décembre 2018

La seule

Louis Stettner


La seule « consolation » est d’oublier qu’on a besoin d’être consolé. — Rien ne console, si ce n’est l’oubli des raisons qui créent le besoin de consolation. Toute activité étrangère au moi est facteur de consolation.
Le moi égale inconsolation.
Cioran

jeudi 27 décembre 2018

mercredi 26 décembre 2018

samedi 22 décembre 2018

Multiples et obscures


Joshua Olley

Je me suis longtemps refusé à tenir pour vrai ce que je vais dire, car compte tenu de la singularité de ma nature et du fait que l’on tend toujours à juger les autres d’après soi-même, je n’ai jamais été porté à haïr les hommes, mais au contraire à les aimer. C’est l’expérience qui, non sans résistance de ma part, a fini par me convaincre ; mais je suis sûr que les lecteurs rompus au commerce des hommes, reconnaîtront la justesse de mes propos ; tous les autres les trouveront excessifs, jusqu’au jour où l’expérience, s’ils ont jamais l’occasion de faire réellement l’expérience de la société humaine, leur ouvrira les yeux à leur tour.
J’affirme que le monde n’est que l’association des coquins contre les gens de bien, des plus vils contre les plus nobles. Lorsque plusieurs coquins se rencontrent pour la première fois, ils se reconnaissent sans peine, comme par intuition, et entre eux les liens se nouent aussitôt ; si d’aventure leurs intérêts s’opposent à leur alliance, ils n’en conservent pas moins une vive sympathie les uns pour les autres et se vouent une mutuelle considération. Quand un coquin passe un contrat ou engage une affaire avec un individu de son espèce, il agit le plus souvent loyalement sans songer à le tromper ; a-t-il en revanche à traiter avec des honnêtes gens, il leur manque nécessairement de parole et, s’il y trouve avantage, s’efforce de les perdre. Il lui importe peu que ses victimes aient assez de cœur pour se venger, puisqu’il espère toujours, comme cela se vérifie presque à coup sûr, triompher de leur courage par la ruse. J’ai vu plus d’une fois des hommes d’une couardise extrême, ayant à choisir entre un coquin plus couard encore et un honnête homme plein de courage, embrasser par lâcheté le parti du coquin ; mieux, c’est ce qui arrive régulièrement aux gens du commun placés en pareille situation, car les voies de l’homme de bien sont simples et communes et celles du scélérat multiples et obscures...
Leopardi, Pensées, trad. Joël Gayraud, éd. Allia

vendredi 21 décembre 2018

Visages du fascisme




Bilan provisoire :

ZINEB REDOUANE, 80 ans, a été tuée par une grenade lacrymogène reçue
en plein visage à Marseille le 1er décembre 2018.
JEROME H. a perdu son œil gauche à cause d’un tir de LBD 40 à Paris le
24 novembre 2018.
PATRICK, a perdu son œil gauche à cause d’un tir de LBD 40 à Paris le
24 novembre 2018.
ANTONIO, 40 ans, vivant à Pimprez, a été gravement blessé au pied par
une grenade GLI F4 à Paris le 24 novembre 2018.
GABRIEL, 21 ans, apprenti chaudronnier vivant dans la Sarthe, a eu la main arrachée par une grenade GLI F4 à Paris le 24 novembre 2018.
SIEGFRIED, 33 ans, vivant près d’Epernay, a été gravement blessé à la main par une grenade GLI F4 à Paris le 24 novembre 2018.
MAXIME W., a été brûlé à la main et a perdu définitivement l’audition à cause d’une grenade GLI F4 à Paris le 24 novembre 2018.
CEDRIC P., apprenti carreleur vivant à la Possession (Réunion), a perdu son œil gauche à cause d’un tir de LBD 40 à la Possession le 27 novembre 2018.
GUY B., 60 ans, a eu la mâchoire fracturée par un tir de LBD 40 à Bordeaux le 1er décembre 2018.
AYHAN, 50 ans, technicien Sanofi vivant à Joué-les-Tours, a eu la main arrachée par une grenade GLI F4 à Tours le 1er décembre 2018.
BENOIT, 29 ans, a été gravement blessé à la tempe par un tir de LBD 40 à Toulouse le 1er décembre 2018. Il a été placé dans le coma pour 15 jours, sa vie est en danger.
MEHDI, 21 ans, a été gravement blessé lors d’un passage à tabac à Paris le 1er décembre 2018.
MAXIME I., 40 ans, a eu une double fracture de la mâchoire à cause d’un tir de LBD 40 à Avignon le 1er décembre 2018.
FREDERIC R., 35 ans, a eu la main arrachée par une grenade GLI F4 le 1er décembre 2018 à Bordeaux.
DORIANA, 16 ans, lycéenne vivant à Grenoble, a eu le menton fracturé et deux dents cassées par un tir de LBD 40 à Grenoble le 3 décembre 2018.
ISSAM, 17 ans, lycéen vivant à Garges les Gonesse, a eu la mâchoire fracturée par un tir de LBD 40 à Garges-les-Gonesse le 5 décembre 2018.
OUMAR, 16 ans, lycéen vivant à Saint Jean de Braye, a eu le front fracturé par un tir de LBD 40 à Saint Jean de Braye le 5 décembre 2018.
JEAN-PHILIPPE L., 16 ans, a perdu son œil gauche à cause d’un tir de LBD 40 le 6 décembre 2018 à Bézier.
RAMY, 15 ans vivant à Vénissieux, a perdu son œil gauche à cause d’un tir de LBD 40 ou une grenade de désencerclement à Lyon le 6 décembre 2018.
ANTONIN, 15 ans, a eu la mâchoire et la mandibule fracturées par un tir de LBD 40 à Dijon le 8 décembre 2018.
THOMAS, 20 ans, étudiant vivant à Nîmes, a eu le sinus fracturé par un tir de LBD 40 à Paris le 8 décembre 2018.
DAVID, tailleur de pierre vivant en région parisienne, a eu la maxillaire fracturée et la lèvre arrachée par un tir de LBD 40 à Paris le 8 décembre 2018.
FIORINA L., 20 ans, étudiante vivant à Amiens, a perdu son œil gauche à cause d’un tir de LBD à Paris le 8 décembre 2018.
ANTOINE B., 26 ans, a eu la main arrachée par une grenade GLI F4 à Bordeaux le 8 décembre 2018.
JEAN-MARC M., 41 ans, horticulteur vivant à Saint-Georges d’Oléron, a perdu son œil droit à cause d’un tir de LBD 40 à Bordeaux le 8 décembre 2018.
ANTOINE C., 25 ans, graphiste freelance vivant à Paris, a perdu son œil gauche à cause d’un tir de LBD 40 à Paris le 8 décembre 2018.
CONSTANT, 43 ans, technico-commercial au chômage vivant à Bayeux, a eu le nez fracturé par un tir de LBD 40 à Mondeville le 8 décembre 2018.
CLEMENT F., 17 ans, a été blessé à la joue par un tir de LBD 40 à Bordeaux le 8 décembre 2018.
NICOLAS C., 38 ans, a eu la main gauche fracturée par un tir de LBD 40 à Paris le 8 décembre 2018.
YANN, a eu le tibia fracturé par un tir de LBD 40 à Toulouse le 8 décembre 2018.
PHILIPPE, a été gravement blessé aux côtes, avec hémorragie interne et fracture de la rate par un tir de LBD à Nantes le 8 décembre 2018
ALEXANDRE F., 37 ans, a perdu son œil droit à cause d’un tir de LBD 40 le 8 décembre 2018 à Paris.
MARIEN, 27 ans, a eu une double fracture de la main droite à cause d’un tir de LBD 40 le 8 décembre 2018 à Bordeaux.
FABIEN, a eu la pommette fendue et le nez fracturé par un tir de LBD 40 le 8 décembre 2018 à Paris.

Joyeux noël à tous !




bonus 
 

jeudi 20 décembre 2018

Et pourtant



La mort n'est pas un mal : elle libère l'homme de ses maux et, le privant de tous les biens, lui en enlève le désir. C'est la vieillesse qui est le mal suprême : elle ôte à l'homme toutes les jouissances, ne lui en laisse que la soif et apporte avec elle toutes les douleurs. Et pourtant, c'est la mort que l'on redoute et la vieillesse que l'on désire.
Leopardi

dimanche 16 décembre 2018

Une solitude à défendre


Ecrire, c’est défendre la solitude dans laquelle on se trouve ; c’est une action qui ne surgit que d’un isolement effectif, mais d’un isolement communicable, dans la mesure où, précisément, à cause de l’éloignement de toutes les choses concrètes le dévoilement de leurs relations est rendu possible.
Mais c’est une solitude qui nécessite d’être défendue, ce qui veut dire qu’elle nécessite une justification. L’écrivain défend sa solitude en montrant ce qu’il trouve en elle et uniquement en elle.
María Zambrano, Hacia un saber sobre el alma
trad. Jean-Marc Sourdillon, Jean-Maurice Teurlay
la suite ici

jeudi 13 décembre 2018

Sous tous les noms

Stéphane Mahé

Et, sous tous les noms dont il peut se parer, fascisme, démocratie ou dictature du prolétariat, l’ennemi capital reste l’appareil administratif, policier et militaire ; non pas celui d’en face, qui n’est notre ennemi qu’autant qu’il est celui de nos frères, mais celui qui se dit notre défenseur et fait de nous ses esclaves. Dans n’importe quelle circonstance, la pire trahison possible consiste toujours à accepter de se subordonner à cet appareil et de fouler aux pieds pour le servir, en soi-même et chez autrui, toutes les valeurs humaines.

Simone Weil, Réflexions sur la guerre, 1933

mardi 11 décembre 2018

Dans une autre contrée

Rémy Soubanère


Un homme qui dort tient en cercle autour de lui le fil des heures, l’ordre des années et des mondes. Il les consulte d’instinct en s’éveillant, et y lit en une seconde le point de la terre qu’il occupe, le temps qui s’est écoulé jusqu’à son réveil ; mais leurs rangs peuvent se mêler, se rompre. Que vers le matin, après quelque insomnie, le sommeil le prenne en train de lire, dans une posture trop différente de celle où il dort habituellement, il suffit de son bras soulevé pour arrêter et faire reculer le soleil, et à la première minute de son réveil, il ne saura plus l’heure, il estimera qu’il vient à peine de se coucher. Que s’il s’assoupit dans une position encore plus déplacée et divergente, par exemple après dîner assis dans un fauteuil, alors le bouleversement sera complet dans les mondes désorbités, le fauteuil magique le fera voyager à toute vitesse dans le temps et dans l’espace, et au moment d’ouvrir les paupières, il se croira couché quelques mois plus tôt dans une autre contrée.

Marcel Proust, Du côté de chez Swann

mercredi 5 décembre 2018

Qui trop en prend

Barry Beckett

elle n'avait pas changé
ses boucles et ses yeux noir sépharade
cloués sur moi dans l'allée centrale
de la supérette bio
m'ont collé illico mes 20 ans
en noir et blanc
et j'ai souri à son non que je sentais
encore dans ma paume suante
à mes années de fac
de solitude et d'errances
de découverte de la ville et du Voyage
de L'Idiot et de mon incompétence
mal maquillée par des kilos d'arrogance
la voilà qui trente ans plus tard me revenait
sans mal je la reconnaissais mais
son prénom hébraïque m'échappait
Sarah Rebecca ou Yaël
j'avais pourtant milité 
pour le donner à ma fille en pensant à elle
heureusement elle ne lui ressemble pas
c'est mon portrait bavé
résultat bien plus préoccupant
j'ai discret laissé tomber le pack
– Qui trop en prend peu entreprend
disait un poète antique occitan –
et décortiqué céréales
riz et fruits secs en vrac
quinoa et produits antioxydants
jus de fleurs d'hibiscus sains et énergisants
puis chacun à une caisse
anciens camarades reconnus
clients d'un soir anonymes
nous avons payé
et j'ai retrouvé avec la même peur
laissant valser les entrailles
ses yeux noir sépharade
sa grosse voiture sur le parking
collée à mon vieux scooter
et j'ai souri à ces retrouvailles
avec Sarah Rebecca ou Yaël
qu'elle aurait voulues je le sais plus
sensuelles charnelles passionnelles
enfin
bien plus belles
je n'avais pas changé
encore une dernière fois je l'ai regardée
me tourner le dos et de moi s'éloigner
se perdre parmi d'autres parents
devant l'école pour attendre son enfant
je sentais encore son non dans mon poème
sin palabras
j'ai refermé la main
et avalé mes derniers pauvres vers
au premier grand comptoir désert

Charles Brun, Derniers vers solitaires



samedi 1 décembre 2018

Souvent et sottement


Combien souvent, et sottement à l’aventure, ai-je étendu mon livre à parler de soi ?
Montaigne



Il semble bien difficile de dire s'il y a quelque chose de plus contraire à la morale que de parler sans discontinuer de soi-même, ou de plus rare qu'un homme exempt d'un tel défaut.
Leopardi

jeudi 29 novembre 2018

mercredi 28 novembre 2018

Burlando la muerte

Stefan Rappo

mais sans courage j’ai laissé ma main
sur tes fesses froides et tu m’as chuchoté
ce rêve où dans la chambre humide
je te lisais un poème
de Leonard Cohen sorti de The Flame
dans sa loge soudain il entendait Tom Waits
et sa musique bien meilleure que la sienne
disait-il
parfois je ne pense plus à lui
nous frappe la gratte de Louis Watt-Owen
caressée d'une seule main sur la terrasse de son hlm
burlando la muerte clope au bec
murmurant toute notre haine en vers
et à l'envers
avant de nous quitter j'ai remis notre chapeau
la pluie nous gelait les os l'espoir et le sang
depuis si longtemps que nous n'espérions plus
aucune consolation


Charles Brun