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mercredi 29 octobre 2025

Dans la mesure du possible


Laurence Bouchard

 

Il y a un silence qui s'appelle la mort il fait peur à ceux qui comme moi s'étourdissent de mots j'aimerais ne plus avoir peur de la mort et surtout ne plus y penser comme à une solution j'ai beaucoup vécu dans la mort j'en ai beaucoup parlé je l'ai brandie je la brandis encore telle une réponse voire une sorte de philosophie mais je ne me trouve pas sincère sinon je serais déjà mort. 
Ça voudrait dire que je joue avec une menace que je me fais peur et que je fais peur aux autres à ceux que j’aime avec la peur qui m’a frappé jadis ?
(...)
Ah vie salope !
Oh je vous ai vus je vous ai observés
et si je suis obligé de me tuer je reviendrai hanter le monde dans la mesure du possible
car que croyez-vous être que je ne suis pas ?
Que croyez-vous savoir que je ne sache pas ?
Ces ordures qui m’ont fait tant de mal en me disant que j’étais bête c’étaient des professeurs
mais le mal c’est à moi que je le fais.
Et toute cette merde chrétienne qui enchaîne.

 

Richard Morgiève, Ma vie folle, Pauvert, 2000

dimanche 6 septembre 2020

Une phrase incomplète

 

Roger Schall


 

Que ne tairais-je pas ? L'angoisse de la mort, l'angoisse de savoir que nous mourons absolument seuls et que le reste du monde continue à vivre allègrement sans nous. N'est-ce pas ce dont parle, en fait, la meilleure littérature que nous ayons connue ? La grande prose ne tente-t-elle pas d'aggraver la sensation d'enfermement, de solitude et de mort et cette impression que la vie est comme une phrase incomplète qui à la longue n'est pas à la hauteur de ce que nous espérions ?

 

Enrique Vila-Matas, Cette brume insensée,
trad. André Gabastou, Actes sud, 2020

mercredi 14 février 2018

Mort d'un anarchiste



Il n'avait plus de toit. Envolé ! Au moment de l'explosion, Hans parcourait les rayons du supermarché situé en périphérie de la ville. Il avait dû prendre sur lui – Hans détestait faire les courses, mais le frigo et les placards vides l'avaient persuadé de ne pas repousser de nouveau le petit tour dans cette chouette banlieue toulousaine. 10h17. La détonation le suprit, lui et les rares clients présents dans le magasin, comme il passait aux caisses. Tous, les usagers comme les employés, se  retrouvèrent sur le parking du centre commercial pour découvrir des nuages de fumée grise s'élevant dans le ciel de cette fin d'été et une étrange odeur d'ammoniac. Lorsqu'il put regagner son domicile, l'effroi de l'absence de toit avalé, Hans comprit qu'il avait eu de la chance et, s'il n'avait pas été cet indécrottable anarchiste, en aurait remercié le ciel et ces saloperies de supermarchés. Un temps – un temps très court –, il pensa à ces deux clampins aperçus ces derniers jours dans son dos. Des guignols de ce que l'on nommait encore les RG, à n'en pas douter. Il savait que ce manque de discrétion n'était pas dû à une quelconque incompétence, mais correspondait à une stratégie tout aussi stupide visant à maintenir sur Hans, et ses semblables, une pression psychologique permanente. Il n'avait jamais caché sa jeunesse allemande, pas plus que son militantisme toujours actif à plus de 40 ans dans les mouvements libertaires français. Hans était surveillé depuis de longues années et un peu plus depuis qu'on le soupçonnait d'avoir hébergé quelques semaines auparavant un camarade en cavale. Mais Hans en avait vu d'autres. A plusieurs reprises, il avait échappé à la mort. Les assurances tarderaient à indemniser les victimes de ce que l'on avait dans un premier temps pris pour un attentat dix jours après la destruction des Twin Towers. L'enquête allait s'avérer longue et les conclusions incertaines. Avec l'aide de copains, et d'une grande bâche trouvée au rayon bricolage du supermarché, Hans improvisa en urgence un toit de fortune, le temps de son séjour à Paris où il se rendait toutes les trois semaines pour le bouclage du mensuel qui l'employait en qualité de maquettiste. Hans espérait que le développement d'internet lui permettrait bientôt de travailler de chez lui, de ne plus se rendre à la capitale, et cesser enfin de côtoyer ces crétins de journalistes. Il était un peu plus de dix heures lorsque Hans sortit de la gare. La foule parisienne en mouvement hystérique et mécanique perpétuel le répugnait toujours un peu plus. Ça aussi, il espérait en être vite débarrassé. Mais un bus peut en cacher un autre. Et la chance vous visite rarement deux fois de suite. Alors qu'il traversait la rue au pas de course pour choper le 63 sur le point de démarrer, Hans fut percuté par le 65 surgissant en trombe derrière le 20 à l'arrêt. Il mourut sur le coup. Le chauffeur fut rapidement mis hors de cause mais demanda sa mutation dans le sud-ouest, qu'il obtint sans trop de difficulté.

Charles Brun, Poésie urbaine

lundi 23 mars 2015

Nouvelles d'hier

Il s'est installé au comptoir, à quelques mètres de moi. Je finissais mon verre en feuilletant le journal d'hier. Absorbé par la lecture de l'horoscope, j'essayais de me remémorer les dernières 24 heures pour voir si les prévisions avaient été exactes.