En ces temps de fortes mobilisations populaires, un ami journaliste me communique ces images exclusives de notre guide suprême. Je m'empresse de les partager, avant censure certaine, avec les quelques égarés qui traînent encore dans les parages.
mercredi 25 janvier 2023
Plombiers et boniches dans la rue !
samedi 12 novembre 2022
Le nouveau monde
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| Abbas Attar |
— Oh, non, pas lui...
— Ne t'énerve pas, c'est un test.
— Pas besoin de test, tu m'as déjà lu des textes de Lordon et je n'aime pas son style emberlificoté...
— Tu m'as mal compris. Je ne te teste pas, le test est dans le texte.
— Tu n'as pas encore entamé la lecture que je ne comprends déjà plus rien.
— Dans son texte, intitulé « Critique de la raison gorafique »...
— Gorafique ?
— Oui, tu sais, Le Gorafi...
— Non, je ne sais pas.
— Gorafi, Figaro, parodie.
— Quoi ?!
— C'est ce journal qui fait des titres et des articles parodiques, de fausses fake news...
— Ah, d'accord. Excuse-moi mais je ne passe pas mon temps, comme toi, à lire des âneries en ligne...
— Tu en lis suffisamment dans les magazines que tu empruntes à la médiathèque ou que tu trouves dans la poubelle...
— Exact. Attends, ne me dis pas que ce gros bouquin que tu es en train de lire est signé Lordon ?
— Oui et non.
— Ce n'est pas une réponse.
— Je suis effectivement en train de lire ce pavé, mais ce n'est pas signé Lordon. Enfin, pas seulement. C'est un livre collectif, paru l'an dernier, auquel collaborent plusieurs signatures du Diplo, mais aussi des chercheurs, des sociologues, des écrivains, des gens comme Sandra Lucbert, Laurent Bonelli, Frédéric Lebaron, François Bégaudeau, Sabrina Ali Benali...
— Le Nouveau monde ?
— Oui, la France d'aujourd'hui. De l'an dernier, plus exactement.
— C'est pareil.
— Oui et non. Le nom des membres du gang a changé, même si certains sont encore là avec d'autres portefeuilles, d'autres irresponsabilités, mais l'esprit demeure.
— Tu es bien bon avec eux...
— Pourquoi ?
— Leur prêter de l'esprit...
— Tu as raison. L'esprit, quoi qu'on en pense, c'est Lordon.
— Je n'irai pas jusque-là, mais je ne demande qu'à te croire.
— Pour faire bref...
— Oui, soyons bref, je tombe de sommeil.
— Selon Lordon, dans ce texte écrit il y a un an et des poussières, le discours de ces néolibéraux est devenu gorafique. « On reconnaît le gorafique à ce que les amuseurs ordinaires sont à la ramasse », dit-il. Pour appuyer sa thèse, il propose un test, avançant que tout un chacun est sûr de perdre.
— En quoi ça consiste ?
— Deviner si les déclarations suivantes, ou titres de presse, sont la Réalité ou si c'est gorafique, s'il s'agit d'une parodie. On commence ?
— Oui, s'il te plaît.
— Alors. Muriel Pénicaud...
— ...Je ne sais même pas qui est cette femme...
— Après avoir bossé pour Orange et Dassault, elle a été ministre du Travail de Macron.
— Je croyais que l'ancien ministre du Travail, c'était Borne.
— Certes, mais ce fut Pénicaud auparavant, durant trois ans, je crois, et puis Borne. Bref, ne nous égarons pas. Donc Pénicaud a dit : Pour toucher le chômage partiel, il faudra désormais travailler. Réalité ou Gorafi ?
— La vache... (je parle de la difficulté de l'exercice, pas de Pénicaud...) Je dirais Réalité.
— Alors, c'est un peu plus compliqué. A l'époque, il y a un an, lors de la conception du jeu, c'était Gorafi, aujourd'hui, c'est Réalité.
— Ah oui, mais c'est avec le RSA, non ?
— C'est pareil, on y viendra. Question suivante. C'est un titre : Muriel Pénicaud appelle les employeurs à « ouvrir leur chakras pour mieux embaucher ».
— C'est pas possible ! Gorafi !
— Réalité.
— Je ne te crois pas.
— Je t'avais prévenue : c'est à s'y méprendre. Autre titre : Muriel Pénicaud demande aux intermittents de se trouver un vrai travail.
— Gorafi !
— Exact.
— J'ai bon ?
— Oui, mais ne te rejouis pas trop vite, les salles de spectacle sont vides, tous les films se plantent, les gens sont couchés sur les plateformes, l'intermittence, c'est bientôt fini... Question suivante : Député LREM, peu importe son nom de Playmobil : La méditation pourrait réduire les inégalités à l'école.
— Non, je n'y crois pas ! Gorafi !... Ne me dis pas que c'est vrai !
— Réalité !
— Ils ne reculent devant aucune énormité.
— C'est à ça qu'on les reconnaît. Titre suivant : Jean-Michel Blanquer promet deux enseignants supplémentaires à la rentrée.
— Tiens, je l'avais oublié, celui-ci... Mais ça ne veut rien dire... Par conséquent, j'imagine qu'il a tenu ce genre de propos.
— Non, mais il aurait pu. Dans les faits, c'est Réalité, mais le titre est gorafique. Suivant : Le gouvernement annonce la création d'un deuxième ministère de l'Ecologie.
— Pourquoi donc ? Le premier n'a pas marché, mais « n'est pas un échec » ? J'adore cette formule. Ils sont très forts.
— Donc, mon deuxième ministère ?
— Ben, non, ça se saurait. Ou alors ça m'a totalement échappé, ou j'ai oublié.
— C'est vrai qu'ils misent là-dessus, l'amnésie générale. Les absurdités et autres bourdes et scandales font le buzz un ou deux jours et puis on passe à autre chose, parfois d'aussi énorme...
— Mais alors ? J'ai bon ?
— A quel propos ?
— Ce deuxième ministère de l'Ecologie ?
— Oui, bien sûr, c'est une facétie de notre cher et insatiable révolutionnaire. Titre suivant : Il y a tellement d'ouragans cette année que l'ONU a épuisé les prénoms disponibles pour les nommer.
— N'importe quoi. Les prénoms, c'est pas ce qui manque...
— Faux.
— J'ai bon ?
— Faux, tu as tort. Il fallait répondre : Réalité.
— Comment est-ce possible ?!
— Je t'assure que j'ai vérifié. Il s'agit d'un titre du journal, très respectable, de l'ex-taulard Xavier Niel...
— Le Monde ?
— On ne peut rien te cacher. Question suivante. Autre titre : Regarder les forces de l'ordre dans les yeux sera maintenant passible de six mois de prison.
— C'est vrai ?
— Pas encore. Autre titre : Evacuation de migrants à Paris : Stanislas Guérini...
— ...Je ne sais pas qui est ce type.
— Un crétin de porte-flingue. Ou porte-parole, je ne sais plus quel était son rôle dans cette bande organisée. Bref, je reprends : Evacuation de migrants à Paris : Stanislas Guérini défend le préfet de police : « Rien ne dit qu'il a donné l'ordre de faire des croche-pieds ».
— Non ! Ce n'est pas possible ! Donc, j'imagine que c'est vrai ?
— Exact ! Propos de Gérald Darmanin : Félicitations à la gendarmerie nationale qui reçoit pour la 6e année consécutive le 1er prix de la relation client dans la catégorie service public.
— Ça existe ?!
— Apparemment, oui.
— Donc, c'est Réalité ?
— Oui. Suivante. Aurore Bergé : Un journaliste qui enquête et met en cause le gouvernement, c'est une forme de séparatisme.
— Ce jeu est effrayant.
— C'est fait pour. Alors ?
— Réalité ?
— Pas encore... Le garde des sceaux inaugure la boutique éphémère de Label Peps. Dans cette boutique, on achète responsable et solidaire des produits fabriqués en prison dans des conditions responsables et inclusives.
— Qu'est-ce que c'est que cette histoire ? Ces termes de la novlangue de ces as du marketing... Des conditions inclusives ? En prison ?
— Ne m'en demande pas plus.
— Si, dis-moi que ce n'est pas vrai.
— Impossible.
— Non...
— Tout ce qu'il y a de plus vrai. Dans leur monde, j'entends. Allez, on termine, un titre, l'avant-dernier. Emmanuel Macron : Il n'y a pas eu d'épidémie de coronavirus en France.
— Mais non !
— Il n'y a pas eu d'épidémie en France ?
— Non, je veux dire : Il n'a pas pu dire ça !
— Exact. La dernière. Encore lui. Une autre déclaration. Emmanuel Macron : Il n'y a pas de violences policières.
— Mais non, il n'a pas pu dire ça !
— Tu le connais mal !
— C'est fini, j'espère.
— Encore 4 ans.
— Je parle du jeu de Lordon.
— Oui.
— Ce test est drôle et déprimant à la fois. Mais je ne vois pas où il veut en venir...
— Il affirme que nous assistons à l'obscenité déchaînée, sans limites, des gouvernants. J'ajouterais à celle de leurs cabinets de conseil, payés rubis sur ongle avec notre fric. Certes le pire n'est jamais sûr, mais, en substance, il est devenu fortement probable.
— Putain, quatre ans...
— Pour le moment...
— Quel cauchemar...
— J'éteins ?
— Oui, ça suffit pour ce soir. On va encore bien dormir...
samedi 8 octobre 2022
vendredi 3 juin 2022
Balayage automatique
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| Tošo Dabac |
Dans le numéro de juin du Diplo, Pierre Rimbert signale la nouvelle entourloupe de nos amis de Bruxelles, déjà dans les tuyaux. Comme un retour de la Stasi, à l'ère numérique.
Vous êtes contre les pédophiles, n’est-ce pas ? Vous ne verrez donc pas d’inconvénient à ce qu’un robot ouvre votre courrier pour s’assurer qu’il ne contient aucun message ou document suspect. Voilà en substance l’esprit d’une proposition de règlement déposée par la Commission européenne le 11 mai dernier. Le texte, qui concerne aussi bien les sites Web que les messageries chiffrées comme iMessage, WhatsApp, Telegram ou Signal, introduit « une obligation pour les fournisseurs de détecter, signaler, bloquer et retirer de leurs services les contenus relatifs à l’exploitation sexuelle des enfants ». Mais la proposition impose également la « détection du pédopiégeage », c’est-à-dire la sollicitation en ligne de bambins par des adultes à des fins sexuelles. Or déjouer ce manège implique de surveiller les communications en permanence. « Le processus de détection est généralement le plus intrusif pour les utilisateurs, admettent les bureaucrates antipédophiles, car il nécessite un balayage automatique des textes dans les échanges interpersonnels. » Y compris, précise Bruxelles, les messages chiffrés... (billet complet ici)
jeudi 17 mars 2022
Par la fenêtre
| Bryan Liston |
– Non, je pensais qu'il s'agissait d'un texte autour de l'info, les médias, nos oligarques à nous… Et c'est bien plus que ça.– C'est-à-dire ?– Nous sommes en plein dedans…
– Dans quoi ?
– Dans la mouscaille. Tiens, écoute. C'est l'un des personnages principaux qui parle. C'est lui qui détient Rex…– Rex ?– Le titan des médias. Un Niel ou un Bolloré fictif, si tu veux, mais plus vrai que nature.– Je ne veux rien. A part un peu de lecture.
Rex ne comprenait pas ce que je lui disais. Il me regardait avec cette manière qu'ont les otages – tous : des yeux vides, qui n'ont plus de haine plus d'amour, sitôt qu'ils ont capté. Des yeux qui scrollent, qui se perdent dans les vôtres, sur les vitres, sur les murs, au plafond ou sur le sol, n'importe où. Des yeux d'angle mort.Au Donbass, j'avais appris ça : filtrer le regard de la proie, condition pour ne rien éprouver et tenir la baraque. Le Donbass, guerre de tranchée d'aujourd'hui, Chemin des Dames d'un centenaire piteux, quelque part entre l'Ukraine et la Russie, et dont la presse se contrefoutait. Une indifférence généralisée qui faisait de la région un terrain idéal pour des gens dans mon genre.
– C'est bien écrit, comme d'habitude, mais je ne suis pas sûre de bien saisir.
– C'est normal et peu importe. Plus loin :
Rex News, c'était ça : le commando à la pointe du combat, en première ligne. Dans la guerre des télés d'info, il y avait du Dombass dans cette chaîne : ses journalistes se battaient comme des mercenaires. Tels des chiens fous russes croisés sur le front de l'Est, gavés de Captagon et de dollars, ivres de leur surpuissance de dopage et de provisoire. Les uns comme les autres fniraient mal : soldats du journalisme ou de l'impérialisme, quand, doublés par plus cinglés qu'eux, ils comprendraient ce à quoi ils avaient participé – ce serait trop tard.Au moins, au Donbass, les gars mettaient leur corps en jeu ; mon épaule droite en gardait trace, une balle perdue ; quant à Paris, les plus périlleux n'avaient que des SMS à esquiver.
– Ça donne envie, mais j'ai peur de ne rien comprendre à ces histoires de guerre, les Russes, le Donbass…– Tu crois que ceux qui en parlent toute la journée y comprennent quelque chose ?– Je sais ce que tu vas dire : ils ne sont que les porte-flingues de l'OTAN, organisation elle-même devenue le bras armé du capitalisme néolibéral…– Comme tu y vas… Ecoute ça plutôt…– …Encore ?! Tu vas tout me spolier…– Spolier ? Tu peux arrêter de parler comme on parle ?– Quoi ?– Ecoute :
Au Dombass, j'avais vu tout ce qu'une guerre civile peut offrir, et les Netflix du bas monde sublimer : les pillages, les viols, les bains de sang – entre cousins, entre voisins, entre frangins. J'avais assisté a contrario à des élans indépassables : des inconnus qui se soignaient, des ennemis qui s'entraidaient, des âmes qui partageaient leur quignon de pain. D'une certaine manière, face aux horreurs, on pouvait dire qu'on faisait de l'humanitaire. Seules nos méthodes différaient de celles de Médecins du monde.
– C'est qui ce on, ce nous ?– Tu le découvriras, j'ai bientôt fini de le lire…– Cette guerre, nous y assistons désormais en direct, à la TV, sur les écrans de nos téléphones…– Oui, aucune série ne peut imaginer un tel scénario, autant de rebondissements, de menaces de fin du monde…
– Et ce n'est que la première saison !
– Je ne sais pas s'il y en aura une deuxième…
– J'ai entendu dire que ça s'installait…
– Non, comme dirait l'autre, ça s'incruste. Ça s'immisce.
– En parlant de séries, c'est tout de même inouï, le parcourt de ce type-là, le président ukrainien. De la série, qui repasse sur Arte en ce moment d'ailleurs, où il joue un prof qui devient un peu sans le vouloir président de l'Ukraine à sa réelle accession au pouvoir…
– Avec la bénédiction des Américains, experts en lois des séries…
– Il adore se filmer, diffuser ses vidéos sur les réseaux…
– C'est ce côté influencer qui lui a permis d'être choisi. C'est un bon acteur, un peu cabot, mais sympathique.
– Nous aussi, nous avons notre bel acteur en jogging de l'armée à l'Elysée, pas rasé…
– Mais la risée du monde entier…
– Ah oui ?
– Oui. L'imitateur ne sera jamais qu'une copie, un ersatz de sauveur, une fake news ambulante… Et sa cour de faux philosophes et autres va-t-en-guerre, journalistes carriéristes et serviles, gangsters et magouilleurs en tout genre, nuisibles conseillers de l'ombre, quel cirque écœurant et morbide ! Dire qu'une partie de nos concitoyens veulent en reprendre pour cinq ans…
– Pourquoi me racontes-tu tout ça cinq minutes avant d'éteindre la lampe de chevet ? Je vais encore avoir une insomnie…
– C'est leur projet, nous rendre complètement dingues…
– Tu ne veux pas qu'on regarde un truc ?
– Quel truc ?
– Je ne sais pas. Tu n'as pas rapporté un DVD de la médiathèque ?
– Tu as vu l'heure ?
– Si tu ne m'avais pas lu tous ces passages du livre de David Dufresne, nous aurions eu le temps de voir au moins le début du film…
– Ecoute, si cette nuit, Wladimir appuie sur le bouton rouge, tu mourras moins bête…
– Salaud !
– Tu vas où ?
– Me faire une tisane Nuit calme…
– Par la fenêtre ?
NB : David Dufresne sera ce soir à Ménilmontant, et participe demain au Meeting du Collectif Stop Bolloré, Salle Olympe de Gouge, 15 rue Merlin, 75011 Paris, à partir de 16h00. On y passera.
lundi 7 février 2022
Voilà l'époque où l'on vivait
A quelques semaines du rituel quinquennal démontrant sans conteste que la France est une grande démocratie, en pleine puante campagne, paraît au Diable Vauvert un petit livre rouge fort instructif sur le fonctionnement de nos élites. Il est signé par l'avocat Juan Branco et, malgré le format réduit de l'ouvrage et son prix léger (7€), son titre sans équivoque en dit long : Treize pillards, Petit précis de la Macronie. Extraits du premier chapitre, consacré à l'ancien Premier ministre et maire du Havre et ancien d'Areva et président du mouvement par lui récemment créé, Horizons
(…) Après quelques années de progression, voyant sa carrière freinée suite à la malheureuse affaire de corruption qui allait toucher son parrain, Alain Juppé, il se proposait à son tour et en attendant de faire de l'argent. Enfin, mesurons. Nous disons « faire », mais nous devrions plutôt dire prélever, tant la construction semble en de telles mains impossible. Sans talent, dénué d'une quelconque expertise ou expérience professionnelle, il profitera de ses quelques semaines passées à conseiller le très cher Alain Juppé, nommé au ministère de l'Environnement après avoir été reconnu coupable de quelques menues affaires que la pudeur nous exige de ne pas détailler, pour s'autonommer dans l'une de ces anciennes entreprises d'État où les limites concernant la rémunération manquent de s'appliquer.
C'est ainsi que notre cher Édouard, 37 ans, se trouva propulsé directeur des relations institutionnelles auprès d'Areva au moment où l'entreprise faisait disparaître 4 milliards d'euros de fonds publics dans le cadre d'une affaire de corruption qui l'amènerait, quelque temps plus tard, à faire faillite, licencier plusieurs milliers d'employés et faire monter la facture d'électricité de l'ensemble des Français. Quelle y fut sa fonction ? Comme tout directeur du lobbying : couvrir la pourriture que d'autres semblables engrangeaient, jouer le rôle d'engrenage qu'un jour un autre pour lui jouerait. Engraisser pour s'engraisser, sans ne jamais travailler. A-t-on depuis sérieusement enquêté sur la disparition de ces sommes folles, dont il est acquis à ce stade qu'elles servirent à financer des hommes politiques – Patrick Balkany en bénéficia à la modeste hauteur de 4 à 8 millions d'euros – et étrangers ? Non. Édouard Philippe aura-t-il jamais été interrogé à ce sujet ? Non. Comme il n'aura jamais été interrogé au sujet de l'attribution de millions d'euros de subventions à Sciences Po Paris, menée au titre de ses fonctions de maire adjoint du Havre, suite au recrutement de sa femme par l'institution. Comme il n'aura jamais été interrogé sur l'utilisation des moyens de la mairie pour financer les sommets que Jacques Attali, sur ses terres, organiserait, en échange de services politiques bien sentis. Comme il n'aura jamais été interrogé au sujet de son pantouflage – c'est-à-dire sa prostitution – au sein d'un cabinet d'avocats anglosaxon après avoir intégré le Conseil d'État, cabinet aux rémunérations extravagantes d'où il aiderait des entreprises étrangères à gagner des contentieux contre l'État, c'est-à-dire contre nous, Français, qui l'avions rémunéré pour étudier puis lui avions donné, au sein dudit Conseil, la charge de juger au nom du peuple français des affaires dans lesquelles d'autres puissances il finirait par conseiller.
Édouard Philippe n'aura pas plus été interrogé, en quatre ans de mandat, une fois Premier ministre nommé, sur son rôle dans l'élaboration, l'adoption et l'exécution des violences politiques qui blessèrent, entre 2018 et 2020, 2500 citoyens qui réclamaient égalité et dignité et surtout, fin des pillages systématiques qu'ils étaient chargés de payer. Ni sur les 10 000 arrestations, ou encore les lycéens agenouillés par un fragment avarié des forces de l'ordre mises au service de ses intérêts, qui intervinrent pendant la période mentionnée, afin d'assurer que personne ne vînt remettre en cause le système auquel il participait. Ni sur les instructions données par son gouvernement auxdits gendarmes et policiers pour taper, éborgner, mutiler jusqu'à ce que la peur les amène à se défaire et s'écraser.
(…) Ce Premier ministre sur lequel personne n'a enquêté avant qu'il ne soit nommé, aura-t-il été interrogé davantage sur ses liens avec le CAC 40, avec les principaux bénéficiaires du CICE qui les gilets jaunes engendreraient, cette pérennisation des allégements de charges inventés par Jérôme Cahuzac et Emmanuel Macron, qui retirèrent chaque année 20 milliards d'euros de ressources à l'État pour nourrir ce que le petit Paris avait de plus avarié ? Sur ses relations intimes, par exemple, avec le PDG de Carrefour - le fondé de pouvoir de Bernard Arnault, qui lui-même était devenu le plus proche ami du Président après que Brigitte Macron eut enseigné le français à ses enfants dans une école privée où la mère du ministre de l'Économie, Bruno Le Maire, exerçait ; Bruno Le Maire qui, de concert avec M. Macron et M. Philippe, annihilerait un peu plus encore l'école publique, dont ils avaient été à tout instant préservés, lors des cinq ans qui les vit à nos destinées présider –, Alexandre Bompard donc, qui, alors que cette mesure se préparait, invitait régulièrement son « copain » à dîner dans son appartement parisien aux côtés du gotha et de sa femme, Charlotte, par Édouard Philippe recrutée afin de s'assurer qu'ainsi leurs intérêts à tous seraient protégés, en une orgie concupiscente d'intérêts mêlés aux plus fins mets servis par des domestiques que nous rémunérions, au moment où les agriculteurs étaient obligés d'envahir les Champs-Élysées pour faire entendre leur voix et demander à ce qu'on les épargnât, à ce qu'une juste rémunération pour lesdits mets leur fût accordée, sans qu'une quelconque considération ne leur soit accordée ? 800 millions d'euros d'allégements fiscaux et le recrutement d'une femme quelque peu désœuvrée par un Premier ministre pouvaient, lors d'un dîner où les blagues sur leurs cousins prolos fusaient, être débloqués, tandis que des milliers de tracteurs, en vain, sur les Champs défilaient. Voilà l'époque où l'on vivait (…)
samedi 5 février 2022
Le projet
– De toute façon, je ne crois pas que ça change grand-chose.
– Voter pour ce navrant personnage ?
– Elle s'est tout de même battue pendant des mois contre des cinglés d'extrême-droite. Beaucoup auraient jeté l'éponge à sa place.
– Ce même gouvernement, socialiste, et gay-friendly comme on dit, auquel elle a fièrement participé, dirigé par cet énergumène de Valls, et qui a mis en place une première réforme du travail scélérate orchestrée par un banquier d'affaires…
– …Je retiens le mariage pour tous, c'est une grande avancée.
– Du flan ! De la poudre aux yeux pour dissimuler une politique droitarde, le tabassage de la jeunesse, l'instauration du nassage systématique des manifestants, la voie royale pour la prise de pouvoir d'Emmanuel premier de la classe, Jupiter de mes deux.
– Mais enfin, tu voudrais que je vote pour qui ? Hidalgo ? Elle est dans les choux si on regarde les sondages.
– Ces marionnettes ne sont là que pour servir leurs amis, la bourgeoisie éternelle et désormais analphabète qui pense tenir encore le pouvoir déténu dans les faits par la finance, les GAFAM et la mafia des entreprises de surveillance, on ne va pas revenir là-dessus…
– …Que veux-tu ? J'ai un fond petit-bourgeois, je ne vais pas le nier. Il faut tout de même faire barrage à Zemmour.
– Oui, bien sûr. C'est bien ce que doit penser une grande partie de nos cons de citoyens bien-pensants : il faut défendre la démocratie, la liberté, la France. Et nos amis les fachos sont en roue libre, de plus en plus de violence de leur part, ils ont carte blanche. Et de l'autre côté, on espère la guerre civile. Mais pauvres abrutis, vous ne vous rendez pas compte que tout ça, c'est du spectacle, un cirque pathétique, une parade continue de vieilles peaux professionnelles, accrochées à leur portefeuille et à leurs privilèges de parasites. Ce sont eux, les vrais assistés ! Et le Zemmour n'est qu'un nouveau produit fabriqué grâce à l'argent public puis par le cynisme d'un escroc milliardaire. Je ne critique pas tout, comme tu dis, je vomis tous ces baltringues.
– Tu as toujours une vision radicale des choses.
– Comme toi, je ne me refais pas, c'est trop tard.
– Tu ne peux pas tout critiquer et ne jamais aller voter.
– Comme disait le motard, si les élections servaient à quelque chose…
– …elles seraient interdites depuis longtemps, je sais.
– Derrière tout cela, il y a un projet.
– Ah, oui ? Lequel ?
– Tout ce que met en place la Commision européenne. Faut prendre le temps d'aller fouiller les textes. C'est effrayant. Le passe vaccinal par exemple, le fameux QR code, on va nous le faire avaler toute notre vie.
– Qu'est-ce que tu racontes ? Lorsque la pandémie aura pris fin, le QR code n'aura plus lieu d'être.
– Détrompe-toi. Nous savons tous que ce passe ne sert à rien, eux aussi le savent, d'où l'urgence à l'imposer. Et à part quelques réfractaires, de moins en moins nombreux, la population, la bourgeoisie du moins, celle qui va au resto, au concert et au cinoche, boire un verre, l'a accepté sans rechigner. Montrer ses papiers en permanence, et plusieurs fois par jour s'il le faut, ne lui pose pas, ou plus, de problèmes.
– Détrompe-toi à ton tour. Tu as vu ce qui se passe au Canada ? Et en Australie ?
– Ce rejet ne provient pas de la bourgeoisie.
– Soit, ça part des routiers, mais c'est assez suivi apparemment.
– On verra. Tu as vu ce que ça a donné, les Gilets jaunes… Pour le moment, nous sommes tous là à brandir tous les jours nos téléphones intelligents. Je t'en foutrais de l'intelligence…
– Je te dis, ça va bientôt prendre fin.
– Tiens, sors ton bazar. Pour une fois, je vais te montrer quelque chose.
– Tu sais comment ça marche ?
– Bien mieux que toi, crétin. Commande une autre tournée pendant que je cherche…
– C'est quoi ?
– Tais-toi, et mate.
– Oh putain ! Qu'est-ce que c'est que ce truc ? C'est une parodie ? Un film de propagande ?
– Rassure-toi, c'est pour notre bien, pour préserver nos libertés, le seul monde de demain possible. C'est ça, leur projeeeet !!! La fusion des technologies numériques, de la santé publique et du pouvoir de la police en aura bientôt fini avec notre intimité.
– Je ne peux pas y croire !
– Tu l'as entendu parler de ça, ta poétesse guyanaise ? Ni elle, ni personne. Tous souscrivent à l'Europe les yeux fermés et possèdent au fond le même programme. Ils ne se distiguent que par leur manière de faire le buzz, l'immigration, l'insécurité, l'écologie, la poésie… Du flan, te dis-je, du flan. Qui plus est indigeste. Allez, Ahmed, remets-nous ça !
mardi 18 janvier 2022
Anéantis
— J'ai lu quelque part que lire, c'était sexy...
— C'est quoi, cette connerie ?!
— Une affiche, dans la vitrine d'une boutique, ou sur le mur d'une salle d'attente d'un laboratoire médical, je ne sais plus...
— Après « les livres qui font du bien », les livres qui rendent sexy... Et modestement, tu as pensé que toi aussi, tu y avais droit.
— J'aime bien ce type.
— Christophe André ?! Tu n'en rates pas une...
— Tu ne crois pas si bien dire : je n'ai raté aucune de ses chroniques l'été dernier à la radio...
— Contrairement à lui.
— Comment ?
— Rien...
— Tu as vu le titre ?
— Le salaud !
— Ecoute ça...
— Non, pitié ! Tu ne vas pas me lire du Christophe André !
— Dis donc, tu crois être le seul à pouvoir faire des citations ?!
— Ok, vas-y...
— Ecoute...— ...C'est long ?— Ecoute, te dis-je : Les consolations, c'est tout ce que l'on espère, ou que l'on offre, quand le réel ne peut être réparé. C'est tout ce qui nous relève, écarte pour un instant nos désespoirs et nos résignations et ramène doucement en nous le goût de la vie.— Tu viens de me voler 20 secondes de ma précieuse vie pour me lire un bidule aussi indigent ?— Ça m'a fait penser à toi...
— Tu me connais bien, y'a pas à dire...
— Attends, regarde...
— Range ce bazar !
— Juste une photo...
— Tu peux l'agrandir pour mieux voir les titres...
— Qu'est-ce que c'est que ce truc ?!
— La vitrine de la librairie dans laquelle j'ai acheté ce bouquin. Ton blogue a tellement de succès qu'il est la source d'inspiration du monde du livre !— T'as pas fini tes singeries ?— Je leur ai bien entendu suggéré de mentionner ton blogue dans leur vitrine...— Entre Dagerman et une rabbine ? Allez, ferme-moi ça.— En tous cas, ça donne envie. Au départ, j'étais allé pour acheter le Houellebecq...— ...Comme tout le monde...— ...Peut-être, mais tu vois, c'est la vitrine qui m'a fait changer d'idée.— Sénèque t'aurait été plus bénéfique.— Houellebecq, je me suis dit que j'allais attendre que ça retombe un peu pour le lire, cette médiatisation me fatigue...— ...Je te comprends. En même temps, comme dirait l'autre, c'est son principal talent...— Quoi donc ?— La promo. Le battage. Le matraquage. Ce côté blockbuster... Et, faut le reconnaître, pour ce bouquin, le choix du titre.
— Anéantir ?
— C'est le verbe de ces temps obscurs et de grande souffrance dans lesquels nous entrons à peine...
— Comme tu y vas.
— C'est leur prooojeeet !!! L'anéantissement d'une grande partie de la population...
— Le virus, les labos, tout ça ?
— Ça va bien au-delà... Le virus a été une aubaine pour installer une société de contrôle et de répression, à laquelle l'ensemble des citoyens s'est plié sans rechigner, ou à peine. Nous avons accepté, les yeux fermés sur nos écrans, de confier le contrôle de nos vies à une police politique multinationalisée. Nous voilà soumis à des décisions politiques absurdes, contradictoires, aberrantes, humiliantes, infantilisantes, destinées à nous rendre dingues, mais qui sont l'essence même du projet.
— Il parle de ça, le Houellebecq ?
— Je n'en sais rien, et je m'en moque...
— Tu ne vas pas le lire ?
— La vie est trop courte...
— Et son livre est trop long…
— Je ne sais pas. Ça le regarde, lui et ceux qui le suivent. Ses amis journalistes et autres Zemmour, Bolloré, Macron et cie... N'en parlons plus, ça ne vaut pas la peine. Notre temps est compté et partant, trop précieux pour le perdre avec ces billevesées. La famille politico-culturelle s'en charge très bien. Nos regards doivent se porter ailleurs.
— Où ?
— Faut chercher, mon vieux. La vie est ailleurs, comme disait l'autre...
— Quel autre ?
— Cherche, mon vieux, cherche...
mardi 2 novembre 2021
La vérité sur Eric Zemmour
– Eric Zemmour est-il fasciste ? Eric Zemmour est-il négationniste ? Eric Zemmour est-il raciste ? Eric Zemmour est-il révisionniste ? Eric Zemmour est-il suprémaciste ? Eric Zemmour est-il pétainiste ? Eric Zemmour est-il gaulliste ? Eric Zemmour est-il anti-système ? Eric Zemmour est-il un produit du système ? Eric Zemmour est-il censuré ? Faut-il boycotter Eric Zemmour ? Eric Zemmour est-il en campagne ? Eric Zemmour est-il un danger pour la démocratie ? Eric Zemmour ira-t-il jusqu'au bout ? Eric Zemmour est-il présidentiable ? Eric Zemmour ferait-il un bon président ? Eric Zemmour a-t-il un programme ? Qui sont ses soutiens ? Qui sera son premier ministre ? Quel âge a sa maîtresse ? Ferait-elle une bonne première dame ? Macron utilise-t-il Eric Zemmour pour se faire réélire ?…
Tu veux mon avis ? Ces questions. Se poser ces questions. Les considérer comme importantes. Le pays où elles sont posées et présentées comme importantes. Les personnes qui les posent. L'étron médiatique à propos duquel ces questions sont posées. Sont à vomir…
T'en reprends une ?
mardi 15 juin 2021
Nus
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| Lydia Roberts |
Je ne sais plus où tu en es resté, depuis le temps... Je t'ai dit que ma femme avait déménagé ? Elle habite à Paris, maintenant, dans les quartiers chics, je suis passé hier reboucher les trous. Elle se serait faite dégommer par l'huissier et le proprio. C'est assez courant, l'état des lieux devant huissier. Le proprio ne peut plus raconter n'importe quoi, ça protège le locataire. Et il y a de quoi être méfiant avec ce propriétaire. Tu te souviens, je t'avais raconté, elle avait, à son arrivée, repoussé les avances de ce sale type, bien lourdingue. S'il t'emmerde, dis-lui que tu envoies à sa femme les sms de harcèlement qu'il t'écrivait, elle a tout conservé. Un vai connard. Tu sais, il possède tout l'immeuble, à son arrivée, il lui avait présenté les autres locataires par ce qu'ils faisaient dans la vie : celui-ci travaille à la télévision, un tel au ministère de la Culture, et ainsi de suite... C'est bien pour ma fille, ce déménagement, ça l'éloigne de certaines personnes peu fréquentables. Je me fous qu'elle fume des pétards à 15 ans, je n'ai pas de leçons à donner dans ce domaine. Mais ce sont des gamins coincés dans leur banlieue, qui n'en sortiront jamais, qui tirent les autres vers le bas... Elle sera dans l'école publique, à Paris, elle connaîtra d'autres personnes. Elle veut travailler dans la mode, qu'est-ce que tu veux... Elle se fera d'autres réseaux, ça marche comme ça, et comme tout se passe ici... Elle a fait son stage de troisième au journal, elle était ravie. J'ai eu beau lui dire combien ce milieu était médiocre, que c'était l'un des secteurs les plus polluants de la planète, celui qui contribue le plus à la destruction de l'environnement, mais ça la fascine et c'est ce qu'elle veut faire... Sa soeur aussi, je l'avais prévenue. T'es pas capable de te débrouiller toute seule, tu n'ouvres jamais un livre, tu ne t'intéresses à rien, la journée sur ton portable avec tes conneries, résultat, elle est venue pleurer l'autre jour parce qu'elle n'a plus de couverture sociale. L'an dernier après le bac, elle n'a rien foutu, il y a eu le confinement, elle a rencontré son copain, dont le père est dans l'immobilier, s'est installé chez lui, enfin, chez sa mère, tous deux projettent de faire du fric dans ce secteur, du jour au lendemain, elle s'est inscrite à une formation, un truc bidon par correspondance, comme s'il était nécessaire de suivre des cours pour vendre des appartements, n'importe quel guignol peut faire ça, c'est comme taxi, ou VTC maintenant, tu te laisses guider par ton appli, ton gps, il suffit de savoir passer la première, fermer sa gueule, bosser 70 heures par semaine pour un smic et payer soi-même ses charges... Bref, la mutuelle ne reconnait pas le pseudo-centre de formation, et n'accorde pas à ma fille le statut d'étudiant, je l'avais prévenue, elle n'a rien voulu écouter, j'étais un emmerdeur, je lui ai dit de se débrouiller toute seule désormais, d'appeler la sécu, t'as un téléphone, non ?, eh bien il sert aussi à ça, à ce genre de démarches à la con, et je lui ai conseillé au passage de foutre la paix à sa mère, elle l'a appelée en pleurnichant, en disant que j'étais dur et injuste avec elle. Je pense qu'elle commence à comprendre qu'elle en aura vite fait le tour, l'immobilier, qu'une fois qu'elle aura du blé, si elle y arrive, elle s'apercevra avoir rempli sa vie avec du vent. Elle se met à lire, m'a parlé de Camus, dont elle a lu La peste, mais comme tout le monde depuis le Covid, c'est trop tard, je ne veux plus rien savoir, elle est adulte, je lui ai dit A 20 ans, j'avais quitté mes parents, j'étais autonome, je ne leur ai jamais plus demandé quoi que ce soit... Aujourd'hui, je ne sais pas ce qu'ils ont dans la tête, les gens de son âge. Fasciné par ce qui brille et ça s'arrête là. Pas de prise de tête. Comme les livres, faut pas que ce soit trop long. Tu en connais toi, des jeunes qui lisent ? Des lecteurs, en général ? La littérature ne sert à rien, c'est une occupation, tout au plus, un signe de reconnaissance au sein de petites coteries, parisiennes le plus souvent, mais, même ça... Aujourd'hui, j'ai l'impression qu'il suffit de dire, Je connais, J'ai aimé, C'est super, pas besoin d'argumenter, de développer. J'aime, j'aime pas, comme sur Facebook, on lève le pouce. Tu vois qui est Anne Imhof ? On a fait un papier sur elle au journal. Les gens sont en extase. J'adore ! Le redac' chef est rentré du Palais de Tokyo en disant C'est la plus grande expo que j'ai vue de ma vie ! Certes, mais encore ? Elle fait l'unanimité, l'événement, mais personne n'est capable de me dire en quoi c'est innovant, ce que signifient ces drônes qu'elle met en scène. Les plus fins nous disent que ça reflète notre monde, la surveillance, la violence du libéralisme, mais pourquoi alors faire sponsoriser sa carte blanche au Palais de Tokyo par Burberry ? Ne sait-on pas que sa compagne, elle-même artiste, est l'égérie de Balenciaga ? La subversion au service du plan, encore une fois. On a atteint le stade ultime de ce que diagnostiquait Debord. Au journal, j'en vois passer des stagiaires, rien dans le crâne, aucune culture. Il y a bien une fille, 25 ans, qui est assez cinéphile, qui aime Antonioni, les films en noir et blanc, et à côté de ça, elle passe son temps à s'acheter des pompes, à flasher sur les baskets, les marques, je lui ai dit qu'elle était assez unique en son genre avec ses références culturelles, mais que je ne voyais pas la cohérence entre Antonioni et des sneakers... C'est comme les femmes avec qui j'entre en contact sur les applis. Plus conventionnelles les unes que les autres. Beaucoup cherchent un homme drôle. Faut être un clown pour vous séduire ? Raconter des blagues ? J'aime bien me marrer, mais faut avouer que la situation ne prête pas vraiment à rire. Je ne cherche que des femmes de mon âge. J'imagine que si je cherchais à baiser, à rencontrer des filles plus jeunes, je pourrais passer mon temps à ça. J'ai un copain, un vrai queutard, il chope tout ce qui bouge. Mais les femmes dans la cinquantaine, pour beaucoup, elles cherchent un homme ayant une bonne situation, un certain confort. C'est rédhibitoire pour moi, ce genre de rêves. Comment peut-on mettre ça en avant, frontalement ? Et certaines posent sur leur lieu de vacances, sur une plage paradisique, au bord d'une piscine de luxe, sur un yacht... Je zappe. Pour d'autres, Mes enfants sont ma priorité, pareil, je passe, je n'ai pas quitté ma famille pour m'en taper une nouvelle, constituée par d'autres qui plus est. J'ai mis sur mon profil que j'avais l'intention de me barrer d'ici, descendre dans le sud, m'installer dans un village, créer une galerie, faire ça à deux, vivre un peu à l'aventure. Moi, je rêve de ça, un peu roots, tu vois, à bivouaquer au bord d'une rivière, à improviser, mais avec une CB dans la poche en cas de coup dur, d'imprévus, j'assume la contradiction. Je me rends compte que j'ai pris un risque énorme en quittant ma femme à plus de 50 ans. Et ce que je vis depuis deux ans, c'est l'expérience de la solitude la plus complète. Je noircis l'écran dès le matin, seul dans ma chambre de bonne, je me demande pourquoi j'écris, pour qui, si ce n'est pour moi... Une bonne situation, tu te rends compte ? Ce désir de sécurité, ça rejoint ce dont on nous bassine à longueur de journée, à coup de sondages, l'insécurité, préoccupation principale des Français... J'étais l'autre jour à la manif contre l'extrême-droite, tu veux voir les photos ?, je les ai tous vus, les figures des Insoumis, mais pas un socialiste, ou un communiste, un vert, c'est vrai qu'ils ne peuvent être partout, quand on défile à côté des flics, on choisit clairement son camp. L'ordre, que rien ne change. On ne réfléchit plus qu'avec nos émotions, elles-mêmes dictées par les médias, les réseaux sociaux, ce qui fait le buzz. Il n'y a plus personne, aucun intellectuel en France, pour mettre en parallèle par exemple la petite claque que se prend Macron, filmée sous tous les angles, et les personnes éborgnées et mutilées par les forces de l'ordre, comme on dit, dont on veut censurer les images. Quand la seule pensée officielle, médiatique, est celle de gens comme Luc Ferry, philosophe de pacotille et ancien ministre, qui appelle à tirer à balles réelles sur la foule désespérée et en colère, ou Enthoven, cet escroc, sorte de Dick Rivers de la philosophie, qui déclare tranquille qu'en cas de deuxième tour Le Pen-Mélenchon, il votera Le Pen sans hésitation, mais attention, à 19h59, c'est ça son principal argument, au dernier moment, un alibi qui reflète sa sclérose intellectuelle, plutôt Trump que Chavez, mais il carbure à quoi, ce pauvre homme ? Comme lui, d'autres intellectuels médiatiques attendent l'arrivée de l'extrême-droite, qu'on n'appelle plus comme ça, tu as remarqué, à force de la banaliser, la normaliser, ils sont prêts à se mettre à son service, à collaborer, ne s'en cachent plus, ils savent bien que ce parti garantira les intérêts de la classe à laquelle ils appartiennent, qu'il n'a jamais été proche du peuple, contrairement à ce que l'héritière prétend, que son programme est nul, qu'il se résume à Les Arabes, dehors !, qu'ils continueront la même politique de destruction de ce que l'on nommait hier encore le tissu social... Tiens, tu as vu, Fayard, du groupe Hachette, les marchands de canons, qui publie une édition de luxe de Mein Kampf, traduction sur plus de dix ans assurée par un type qui a traduit Freud, Günther Grasss, Zweig... Guère étonnant que cet événement éditorial survienne aujourd'hui. Quand des chefs-d'œuvres de la littérature allemande n'ont jamais été traduits, et ne le seront jamais, on décide de consacrer 10 ans à l'édition de cette saloperie, certes commentée, c'est là aussi l'alibi principal, c'est la moindre des choses pour un truc vendu à 100 euros ! Entre ça et les récentes tribunes des généraux, la démission fracassante du chef-d'état major annoncée comme un symbole pour le 14 juillet, je ne vois pas comment cette guerre des classes larvée ne va pas se transformer en véritable guerre civile... Tu te souviens du film de Nanni Moretti, Bianca, le personnage travaillait dans une école baptisée Marilyn Monroe, les salles de classes étaient ornées de portraits d'acteurs hollywoodiens, évidemment un clin d'œil de cinéphile, mais aussi une réflexion sur les références culturelles de nos sociétés, la sous-culture, l'abrutissement généralisé, en marche, un peu comme ce que faisait Groland par la suite, et aujourd'hui, à Paris, tu as entendu ça ?, Hidalgo et Bachelot s'apprêtant à inaugurer une esplanade Johnny Hallyday devant le Palais omnisport de Bercy, à deux pas du ministère des Finances, un bras d'honneur à l'Etat de la part de la classe dirigeante, ce pitoyable chanteur belge étant l'un des plus grands fraudeurs et exilés fiscaux... Ma femme est allée l'autre jour au restaurant avec son nouveau compagnon, depuis le temps qu'on attendait ça, hein, ils passent commande et choisissent un petit vin du Lubéron à la carte, enfin, à la carte, il y avait sur la table un code QR que les clients lisent avec leur smartphone pour avoir accès à la carte, plus de carte papier, normes sanitaires obligent, tu vois où on en est, et lorsqu'elle s'apprête à goûter le vin, aucune saveur, c'est même dégueulasse, elle se sert un verre d'eau pour faire passer, même goût, elle en parle avec son mec, qui boit à son tour, même réaction, c'est imbuvable, l'eau comme le vin, ils appellent le serveur et demandent d'autres verres, le type s'excuse, c'est dû au produit anti-Covid qu'ils mettent dans leur lave-vaisselle, ils avaient arrêté car des clients se plaignaient, mais ils ont été rappelés à l'ordre, c'est obligatoire, le garçon a promis d'essayer de négocier pour réduire la dose, en fait de protection sanitaire, tu ne profites de rien, tu perds le goût des choses, autant avoir le virus, non ? Tu vas te faire vacciner, toi ? Ce qui m'effraie, ce sont tous ces gens qui se précipitent dans les vaccinodromes comme du bétail, s'injectent des produits expérimentaux pour pouvoir partir en vacances, se sentir libres, libres de faire comme tout le monde, brandissant leur pass sanitaire... Ils n'ont pas compris qu'il n'y aura pas de retour en arrière, que l'on sera, pour tout, bipés comme un vulgaire produit à la caisse du supermarché ? Comment se tenir à l'écart de tout ça, ne pas participer au plan, tu fais comment, toi ?
mardi 25 mai 2021
Toujours prêts
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| Lo Kee |
Tu vois, je pense que nous sommes prêts. Sans plus aucun doute. Ces derniers mois, nous avons appris à obéir, à avoir peur des flics, de tout et de tous, à nous taire, ne pas oser protester pour les conditions de vie qui nous sont imposées, rester isolés les uns des autres, être baladés, confinés, conditionnés, nous avons appris à accepter les mensonges, les approximations, les contradictions, les revirements, à dire merci lorsqu'on nous permet de sortir dans la rue une heure de plus..., on nous a rendu dingues, on nous a épuisés, abrutis, j'ai la sensation d'avoir un cerveau en gélatine, je suis molle, dépourvue d'énergie, je n'ai envie de rien, les autres me fatiguent comme jamais... Tu te souviens de mes amis Cédric et Pauline, je t'avais emmené dîner chez eux, dans le 13e, il y a des années, une soirée soupe un dimanche, ils étaient très branchés fooding, tu ne les avais pas beaucoup appréciés je crois, mais tu avais beaucoup bu, je m'en souviens, et tu avais dragué une de leurs copines, bref, ça faisait un moment que je ne les avais pas vus. J'ai fait quelques longueurs dans leur piscine sur le toit de l'immeuble, puis nous avons pris le thé. Je ne me suis jamais sentie aussi mal. En bons sociaux-démocrates, ils analysaient la situation avec une froideur et un cynisme qui m'ont achevée. Ils pensent qu'il faut à tout prix éviter la guerre civile, c'est-à-dire voter dès le premier tour pour Macron, faire barrage comme on dit dans les médias. Mais selon eux, si c'est une victoire in extremis, on aura des émeutes, des soulèvements, peut-être même une révolution. Ils en sont à penser, eux qui ont toujours voté à gauche, que la Marine, si elle arrive au pouvoir, ce n'est pas si grave. Ils préfèrent l'avoir au pouvoir, ou dans un gouvernement de coalition avec le gang de Macron-Attali-LCI, et surtout ne rien faire, attendre que ça passe. Ils craignent davantage un mouvement du genre Gilets jaunes, ou les black-blocs, qu'ils ne nomment pas islamo-gauchistes, simplement parce qu'ils ont encore gardé un semblant de tenue. Ils ont trop à perdre, disent-ils, si le pays est à feu et à sang : leur boulot, leur retraite, leur appartement luxueux avec piscine, leur maison de campagne, leurs bagnoles, leurs voyages, les vacances sous les tropiques, l'école privée des enfants, leur vie de bobos satisfaits et égoïstes, ils appellent en fait à collaborer, à avaler une cuiller à soupe de fascisme au coucher et au lever, au déjeuner et au dîner, ils sont prêts et leurs amis pensent comme eux, même s'ils savent que la situation économique s'aggravera, que socialement, ça ne tiendra plus, ils pensent qu'en acceptant l'extrême-droite qu'ils, comme tous les médias désormais, ne veulent plus nommer ainsi, Marine, c'est pas son père quand même, qu'en se résignant, ils vont pouvoir s'en sortir. Ils m'ont même donné l'exemple de l'Espagne. Ils y sont allés et ils ont compris. S'il n'y avait pas eu, selon eux, la tentative de révolution des anarchistes, jamais une guerre civile ne serait arrivée... Tu te rends compte ? Je ne sais pas si c'est cet après-midi chez eux ou si c'est la pleine lune, mais je n'ai pas fermé l'œil de la nuit. Et toi, comment ça va ?
mercredi 3 février 2021
Pandémicratie
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| Gilles D'Elia |
Ceci n’est pas une pandémie, et ce n’est pas un « rassuriste » qui le dit. C’est Richard Horton, le rédacteur en chef de l’une des plus prestigieuses revues internationales de médecine : « Covid-19 is not a pandemic » Il s’agit plutôt d’une « syndémie », d’une maladie causée par les inégalités sociales et par la crise écologique entendue au sens large. Car cette dernière ne dérègle pas seulement le climat. Elle provoque aussi une augmentation continue des maladies chroniques (« hypertension, obésité, diabète, maladies cardiovasculaires et respiratoires, cancer », rappelle Horton), fragilisant l’état de santé de la population face aux nouveaux risques sanitaires. Présentée ainsi, le Covid-19 apparaît comme l’énième épisode d’une longue série, amplifié par le démantèlement des systèmes de santé (...)
Ce que le virus, au fond, met à nu, c’est la contradiction entre les effets délétères sur notre santé de ce qu’on appelle à tort le « développement économique » et le sous-développement actuel de presque tous nos systèmes sanitaires, y compris ceux des pays les plus riches de la planète. Mais ce qu’il révèle aussi, c’est le modèle de développement aberrant dans lequel nos sociétés se sont enferrées en privilégiant, contre tout le reste, un arsenal biotechnologique extrêmement coûteux. À l’hôpital, la pression à « l’innovation » s’est progressivement imposée au détriment des soins de base, pourtant indispensables à la santé, mais toujours plus méprisés par les gestionnaires. Dans un tel univers mental, une infirmière, un geste de la main, une conversation entre médecins, la discussion avec les patients, les lits, les stocks de masques ou de blouses, et même les recherches sur les zoonoses, toutes ces choses constituant du « stock » au lieu de produire du « flux2 », ont été accusées de nous faire perdre du temps dans la compétition mondiale. En édifiant ces géants biotechnologiques aux pieds d’argile, les plus grandes puissances mondiales se sont désarmées elles-mêmes face à l’irruption du virus (...) La seule issue face à cette crise et aux autres crises à venir serait d'investir massivement et en urgence, non seulement dans la recherche, mais aussi dans un système sanitaire et social qui puisse véritablement prendre en charge les patients, tout en développant un plan ambitieux pour une approche environnementale des questions de santé. Au lieu d'enfermer l'ensemble de la population jusqu'à la survenue du salut par l'industrie phramaceutique, une telle politique aurait permis de soutenir plus que jamais toutes las activités vitales de l'ensemble de la population : le travail, l'éducation, la recherche, la culture, la vie sociale et politique en général sans laquelle toute organisation sociale ne peut que s'autodétruire à plus ou moins long terme.
Si nous ne vivons pas une pandémie, nous vivons bel et bien, en revanche, en Pandémie. Puisque ce n'est pas le terme adéquat pour décrire le mode de manifestation du virus, nous proposons que ce mot ou plutôt ce nom désigne, avec une majuscule, un nouveau continent mental, parti d'Asie pour recouvrir l'Europe, puis pour s'imposer finalement en Amérique. Un continent aux contours flous et évolutifs, mais qui risque de durer des années, et pourquoi pas des siècles et des siècles (...)
Comme tout continent, la Pandémie a une langue qui se décline en idiomes nationaux. Mais ceux-ci traduisent des dispositifs inventés par la Chine : « confinement », « déconfinement » et « reconfinement », « traçage », « application », « cas contacts ». C'est une esthétique nouvelle qui se dessine : « Un monde cybersécurisé où chaque individu est suspect (d'être malade), fiché, tracé, code-barrisé. Code vert : vous criculez. Code rouge : vous êtes arrêté.e. [...] Comment passe-t-on du vert au rouge ? C'est automatique : si vous croisez des gens malades, une zone infestée, voire des idées douteuses. Puissance ballistique de la peur (de soi, de l'autre, de vivre, de mourir) à l'ère du big data, géré par un algorithme psychotique qui rêve d'une humanité productive et épouvantée. »* Ainsi s'impose par une série de glissements insensibles, le nouvel imaginaire politique des clusters : rassemblements, places publiques ou universités sont étiquetés a priori comme des foyers infectueux, tandis que les lycées, les transports et les supermarchés sont réputés « sécurisés ». Cette nouvelle langue s'est aisément hybridée avec d'autres mots qui, en Amérique et en Europe, lui préexistaient : « clusters » donc, mais aussi « quarantaine » (raccourci en « quatorzaine » puis en « septaine »), « plan de continuité des activités », « acceptabilité sociale » et finalement « couvre-feu ». A ce lexique hérité tantôt du Moyen Age, tantôt de la gestion des risques, s'est ajoutée une série d'idiomes inventés par la francophonie : la »bulle de contact » (une invention belge), mais aussi (pour la France) « les attestations de déplacement dérogatoire », la « Nation et les vacances apprenantes » avec leurs « plages dynamiques » et, pour désigner les brebis égarées (supposés populistes, voire platistes), les « anti-masques » (descendants directs des célèbres anti-vaccins), « les rassuristes » et les « covido-sceptiques ».
Ecrasés par cette nouvelle langue, les mots qui s'imposaient jusque-là comme les piliers du monde de la santé n'ont plus cours (...) Puisque, comme habitants de ce nouveau continent, nous sommes tous potentiellement malades et à ce titre tous décrétés patients, comment pourrions-nous nous permettre de discuter les « consignes » édictées par la « doctrine sanitaire » ? Pour paraphraser Kant dans Qu'est-ce que les Lumières ?, comment pouvons-nous encore nous permettre d'« oser savoir » (sapere aude !), c'est-à-dire de faire valoir, face à toute règle, l'autonomie de notre raison ?
* Alexandre Labruffe, Un hiver à Wuhan, ed. Verticales, 2020
Barbara Stiegler, De la démocratie en Pandémie
Santé, recherche, éducation, Gallimard, coll. Tracts, 2021





