Aussi curieux que cela puisse paraître, s'est faufilé dans la production des éditions Fayard – sur laquelle il est inutile de revenir ici –, un ouvrage indispensable pour tous les amateurs de cinéma.
Extrêmement documentée, Une brève histoire du cinéma, 1895-2025, signée Martin Bannier et Laurent Jullier, balaie soigneusement les 130 années (voire un peu plus) d'innovations artistiques et de mutations technologiques traversées par l'industrie cinématographique aux quatre coins du monde.
Quelle mine ! Et quel boulot! Quant au choix de la couverture, n'en parlons pas… Et le tout pour quelques 12 malheureux euros. Bravo, messieurs.
Radio France entame sa quatrième semaine de grève et de programmes musicaux. Dimanche soir pourtant, est parvenu à se glisser à travers la grille de France culture et jusqu'à nos oreilles un étonnant et très personnel documentaire de Katell Guillou, réalisé par Véronique Lamendour, autour du dernier grand film de Jacques Demy, Une Chambre en ville — où il est justement question de grève, en musique...
L'occasion d'écouter de nouveau la délicieuse et inestimable Camille Taboulay, toujours aussi passionnante quand il s'agit du réalisateur nantais. Participent également à l'émission Dominique David (cousine du cinéaste), Patrice Martineau (second assistant sur le tournage du film), Christophe Patillon (historien), Gérard Tripoteau (ancien ouvrier aux chantiers navals)… et la voix d’Amélie, que je vous laisse découvrir ici.
« Mon idée est de faire 50 films qui seront tous liés les uns aux autres, dont les sens s’éclaireront mutuellement à travers des personnages ». Jacques Demy ne réalisera jamais ce rêve prononcé à ses débuts et cité dans le fabuleux livre de Camille Taboulay, Le Cinéma enchanté de Jacques Demy (éd. Cahiers du cinéma). En 1987, trois ans avant de tirer sa révérence, le Nantais, réalisateur d'à peine une quinzaine de films, s'entretient avec Serge Daney, qui s'éclipsera à son tour en 1992. France culture rediffusait dans la nuit ce dialogue d'une petite heure durant lequel l'auteur de Lola, qui vient de vivre deux mauvaises expériences de cinéma, et s'apprête à en vivre une dernière, évoque son amour de la peinture, de la littérature, et revient bien entendu sur ses films.
Philosopher avec Jacques Demy, c'est ce que nous propose la semaine prochaine l'émission animée par Adèle Van Reeth sur France culture, « Les Chemins de la philosophie ».
Lundi, Jean-Pierre Berthomé évoquera le premier long métrage de l'inimitable Nantais, Lola (1961). Mardi, la délicieuse et irremplaçable Camille Taboulay se penchera sur son paratonnerre, l'extraordinaire et en chanté Parapluies de Cherbourg, Palme d'or en 1964. Mercredi, Marc Cerisuelo s'attardera sur Les Demoiselles de Rochefort (1967) bel hommage à la comédie musicale hollywodienne et jeudi, Une Chambre en ville, dernier chef-d'oeuvre du maître (1982) sera abordé par Jean-Marc Lalanne.
Mais, bordel, quid de Peau d'âne, Adèle ?
A écouter et télécharger à la page de l'émission sur le site de la radio, ici-même.
Décidément, après la disparition de Marc Michel ce week-end, le monde enchanté de Demy est de nouveau en deuil avec le départ de Raoul Coutard, chef op' du sublime Lola.
L'ancien sergent d'infanterie en Indochine aimait prendre des risques et, marque de la Nouvelle Vague, travailler le plus souvent en lumière naturelle. Il devint, comme on le sait, le compagnon d'armes de Godard avec qui il collabora dans les années 1960 (de A bout de souffle à Week-end) et sur deux films des années 1980 (Passion et Prénom Carmen).
L'indécrottable Philippe Garrel faisait encore appel à lui et le dernier tournage de Coutard semble avoir été un film du fils de Maurice, Sauvage innocence (2001).
Quand j'ai découvert ce film, vers 20 ans, Roland Cassard est devenu mon héros. Un type qui préfère rêver et lire plutôt que d'aller travailler sans savoir pourquoi il travaille ne pouvait que me plaire. Amoureux d'une copine de jeunesse, la fameuse Lola, il passera à côté de cette histoire d'amour - comme c'est le cas dans les films de Demy de bien des personnages.
Le cinéaste nantais ressort Cassard de son chapeau dans Les Parapluies de Cherbourg. Trahison ironique : il en fait un riche diamantaire qui sauvera de la faillite la boutique de parapluies et du déshonneur la pauvre Geneviève - qui reprend le rôle du personnage ratant son histoire d'amour...
Avant de repartir chez sa mère, ma fille a voulu m'emprunter un film ou deux. Des trucs que tu nous montrais quand on était petites et que j'aimerais bien revoir. Je leur ai montré tellement de films, il y a de cela tellement de temps, j'ai l'impression d'être un vieillard...
Depuis que j'habite cette maison, les DVD sont couchés dans une niche de l'escalier. Les étagères sur mesure que nous voulions prendre le soin d'y installer, les murs n'étant pas droits, ne verront certainement jamais le jour. Tout comme le vidéoprojecteur que nous rêvions d'acheter un jour, quand on aura les moyens, pour continuer à regarder des films tous ensemble. Nous savons depuis peu que la maison n'est plus habitable, qu'il va nous falloir la quitter, seule la date de ce renoncement demeurant encore incertaine. Les films sont là, attendant, sans trop d'illusion, que l'on pense à eux. Fort heureusement, de temps en temps, ils circulent d'une maison à l'autre.
J'ai acheté beaucoup de DVD à une époque. Le plus souvent, en pensant les partager avec elles. Je vivais seul et lorsqu'elles venaient me visiter, c'était la fête du cinéma. La demande de ma fille m'a rappelé quelques absurdités de ces séances. Leur passer Psycho - oui, en VO, je tenais beaucoup à la VO dès qu'elles ont été en âge de lire - les a terrorisées. Impossible ensuite de faire prendre une douche à l'une sans la présence dans la salle de bains de l'autre. Je pensais que les enfants aimaient avoir peur. Il était hors de question qu'elles pensent que la vie allait ressembler à un long fleuve tranquille publicitaire.
Les parapluies me permettait de dissimuler mes larmes d'être séparé d'elles derrière celles naturellement suscitées par ce film enchanté mais épouvantablement déchirant. Nous n'étions pas beaux à voir, à nous disputer la boîte de mouchoirs sur le canapé. Il était hors de question qu'elles s'imaginent une seconde que la découverte du sentiment amoureux allait les propulser aussitôt dans une comédie musicale – mais je pense tout de même leur avoir montré Les Demoiselles avant…
Et je transposais en noir et blanc avec ce film unique de Charles Laughtonles lectures trop rares du soirau pied de leurs lits.
Le plus difficile était de les coucher. J'avais instauré un rituel stupide, celui des extraits. De films pas de leur âge, je passais un bout, souvent le début, ou une séquence isolée.
Elles en redemandaient un dernier. Et le dernier devenait l'avant dernier. Et je ne pouvais mettre fin à ces moments privilégiés où, collées à elles, je testais leur curiosité, leur goût, les limites de ce que je pouvais leur apprendre. Parfois, je pausais et revenais en arrière, leur montrant tel ou tel truc de montage, le choix d'un cadrage, l'absence de dialogue, l'arrivée d'une musique.
Je leur montrais des choses étranges, tout au moins inattendues, espérant les éloigner du trop commun, du tout venant. Elles me traitaient de fou en se marrant. Et en redemandaient. Ça non plus, ça ne reviendra plus.
La semaine prochaine, Adèle Van Reeth consacre son émission philosophique des Nouveaux chemins de la connaissance au thème tant rebattu du bonheur.
Quatre intervenants déclineront leur point de vue de manière assurément originale : lundi, on traitera de Spinoza avec Maxime Rovère ; mardi, de la métaphysique du bonheur réel avec Alain Badiou ; jeudi, du bouddhisme avec Philippe Cornu et, j'ai gardé le meilleur pour la fin, mercredi, du cinéma enchanté de Jacques Demy, avec l'inestimable Camille Taboulay, auteure du livre éponyme aux éditions des Cahiers du cinéma. A ne pas louper donc. C'est sur France culture, à 10h00, en direct. Et ici pour le podcast.