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mercredi 13 mai 2020

Des gens vivants

L'ami Meens nous confie de son île que nos rêves jondos l'avaient replongé « dans la bassine à bulerías y tangos ! J'ai retrouvé tous mes Camarón...


Capullo de Jerez (quand j'écrirai comme il chante, les poules auront les dents qu'il a perdues !)...



y Arcángel...


Le même ici avec Pitingo, c'est cadeau, Dominique...


...Je ne peux résister à ces gens vivants », conclut Meens. Avant de nous avouer avoir pour fiancée du moment une dénommée María Ángeles Martínez Toledano, ou plus simplement Ángeles Toledano, « beauté espagnole » née à Jaen en 1995, et que nous ne connaissions pas. « Tous les garçons et les filles en tombent amoureux », affirme l'ami Meens. Ce qui peut se comprendre... Gracias amigo !






Allez, on n'y résiste pas, encore un peu de gens vivants !


samedi 26 août 2017

Le masque de ma normalité


J'ai un ami, j'en ai un vraiment, et il est vraiment mon ami, qui déteste le football autant que les boulettes à la polenta. Il l'a en aversion, il l'a en horreur, il l'exècre, il en a la nausée, il le vomit. Au début, j'ai pensé que c'était la conséquence d'un traumatisme d'enfance, qu'il avait été dispensé d'éducation physique, qu'il avait sûrement porté des lunettes, qu'il était toujours resté à l'ombre dans la cour de récréation, sous les marronniers, tandis que les autres, se démenant autour du ballon, transpiraient, sentaient mauvais : les choses habituelles, quoi.
Quand j'y pense, au collège, c'est le foot qui m'a sauvé de l'excommunion attendue. Le foot est devenu le masque de ma normalité ; les autres considéraient le pilier de l'équipe de la classe comme mon moi véritable et ils prenaient cet insupportable bon élève pour un malentendu. Ils m'ont pardonné de travailler assidûment, d'être premier de la classe et de ne pas être un « petit tambour »*, pire : même d'être inscrit au catéchisme, bien que, ce faisant, je sabordasse les statistiques. Moi, je n'ai rien perçu, je me contentais de jouer au foot (...)
Bref, ce jeu, j'y joue, même quand je ne fais que le regarder. Je ne le regarde jamais de l'extérieur. Je ne le regarde pas pour le voir, mais parce qu'il existe. Je ne succombe jamais à la tentation de considérer ce sport en intellectuel, ni même en homme sensé, si je le faisais, je verrais ce que mon ami voit – un peu moins –, cette grossièreté méprisable, ce vide culturel, ces terrifiants accoutrements culturels, l'inféodation aux lois de l'industrie du show-business, la corruption, les compensations sociales qui en font des délits, tout ce qui entoure le foot, pire, dirait mon ami en levant l'index sévèrement, qui en fait partie, tout ce qu'il génère, la violence coutumière des gradins, cette continuelle frustration, sans laquelle il n'y a pas de supporters. 
Bien entendu, quand votre vie est aussi intimement liée au foot, on ne peut pas être supporter. (...)

* sorte de scoutisme communiste


Péter Esterházy, Voyage au bout des seize mètres,
trad. Agnès Járfás

mercredi 10 mai 2017

Ce n'était plus hier



Je ne sais plus ce qui nous a séparés
ni le train que nous attendions sur ce quai
désert
aussi sombre que l'amour
– avais-je trop bu ? – j'étais noyé de nausées
et tu m'as prié de me taire 
je me suis avancé
te laissant seule, derrière, 
m'oublier
j'avais trop parlé
je parle toujours trop
ou pas assez
les reflets d'acier des wagons nous ont déchirés
nous ignorant magnifiquement
Et je l'ai aperçu dans le bar lorsque nous parlions
de la maladie
tu disais qu'elle squattait déjà le visage
des futurs morts
je me suis promis de ne plus boire
tous les jours
lorsqu'il est sorti des toilettes
oublié
j'ai observé la dégaine de carver
ce n'était plus le même type que deux ans 
auparavant
je tournais dans le lit
mareado
debout dans la salle d'eau
je regardais ray carver
au comptoir
et la mort sur la gueule
de mon père.

Charles Brun