J'ai appelé pour dire : « Je me sens bien, merveilleusement bien, même. Tout est parfait. Ça dure depuis des mois et on peut même dire que ça va en s'améliorant. De mieux en mieux. Et toi, maman ? » Elle a dit : « Moi ? » J'ai dit : « Oui, toi, comment vas-tu ? » « Moi ? a-t-elle demandé, ne me fais pas rire. »
Leonard Michaels, Avec grandes terreurs et répugnances,
in Conteurs, Menteurs,
trad. Céline Leroy, éd. Bourgois
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mercredi 2 novembre 2016
Maman
vendredi 28 août 2015
Une révélation
Sonny était ma meilleure amie. Un jour, elle m'a dit : « J'ai rencontré un homme hier soir. » Mon cœur a chaviré. Je ne pourrais plus compter sur elle pour sortir dîner, avoir de longues conversations au téléphone, je pouvais faire une croix sur son écoute attentive quand j'aurais des problèmes, elle ne me parlerait plus de sa vie, ne me préciserait plus si elle avait bien ou mal dormi la nuit précédente, si elle avait rêvé, ce qu'elle avait fait la veille, ce que les gens lui racontaient, ce qu'elle disait d'eux. « Je ne sais pas pourquoi, mais je me sens coupable vis-à-vis de toi.– Comment est-il ? » ai-je demandé. Elle m'a alors expliqué que c'était un thérapeute divorcé qui vivait à Mill Valley. Son ex-femme était coréenne, un mannequin. Elle lui avait fait installer une baie vitrée dans le salon pour que les oiseaux viennent s'assomer contre elle. Après, elle les donnait à empailler.« Mais je le connais ! Les femmes le trouvent attirant.– Et les hommes ? »J'étais conscient du danger que représentait sa question.« Il s'habille bien. Il aime la musique classique, la randonnée. Il fait de la voile. Il sait cuisiner. Ne fume pas.– Tu trouves que c'est un con, donc. »
Leonard Michaels, Journal in Conteurs, menteurs
jeudi 18 décembre 2014
La musique, les pas et la danse
Écrire une histoire n’était pas aussi simple que de rédiger une lettre, ou de raconter une anecdote à un ami. Pourtant je pensais que cela aurait dû l’être. Tchekhov disait que c’était facile. Mais je produisais rarement une page entière en une journée. Les mots m’obsédaient, les relations étranges entre leurs sons, comme s’ils recelaient une musique, le chant bizarre d’un démiurge duquel émergeaient des images, des choses virtuelles, rues, arbres, gens. La musique allait crescendo comme si c’était elle l’histoire. Je devais laisser le champ libre, attendre le déclic, mais je n’y parvenais pas. J’étais un mauvais danseur, j’entendais la musique, j’effectuais les pas, mais j’étais incapable de me laisser emporter dans la danse.
Leonard Michaels, Sylvia (1992)
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