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samedi 15 août 2026

Les autres

Charles Harbutt


 

Tout le monde dit que je ne suis plus le même. 
Je m'appelle comme l'autre,
je porte ses vêtements,
je vis chez lui et signe ce qu'il écrit ;
mais pour le reste, c'est différent,
les gens ont raison.

L'homme qui pensait
que la simple peur faisait que les choses
apparaissent pour ce qu'elles sont ;
l'homme que l'on admirait à l'égal de ces dauphins
qui escortent les bateaux sans savoir où ils vont ; 

celui qui calmait sa soif
en buvant l'eau d'un vase qui contenait
des roses coupées ;
ou celui qui ne savait pas encore
qu'on ne peut être soi-même lorsqu'on est seul ;
je ne suis plus celui-là.

L'homme sur la main duquel était écrit : 
– Aucune vie ne peut être aussi vide qu'une tombe sans fleurs.

Celui qui ne se doutait pas
que l'indépendance
consiste à pouvoir choisir
qui nous désirons.

L'homme aux deux visages qui n'était jamais lui-même.
L'homme qui voulait être seul sans y parvenir
car il n'y avait plus de place dans la solitude.

L'homme qui ne s'arrêtait pas pour les autres.
L'homme qui ne savait pas que le silence
n'existait que dans sa propre écoute. 
Celui qui ne croyait plus.
Celui qui ne t'attendait pas…

Demande à n'importe qui. Tout le monde le dit :
– Tu n'es même plus l'ombre de celui que tu étais
depuis que cette femme est à tes côtés.  


Benjamín Prado, Nunca es tarde, 
trad. maison

 

lundi 22 juillet 2019

Princesse

Charles Harbutt

j'avais mis la nappe les bougies
le lambrusco au frais
un air de bandoneón
la salive entre tes jambes
le temps nous a déréglés
devançant notre fragilité
je glissais sur ton dos trempé
combat de géants
happant l'air de rien
l'asphyxie escomptant l'épuiser
arrête suppliais-tu jamais
rebelle héroïne
je ne pouvais plus entre tes mains
te retenir
te retournai pour échouer
entre tes seins
ce soir d'avril écumeux
nous a endormis collés
appesantis délaissés
souviens-toi de m'y faire encore rêver
lorsque demain princesse tu m'auras oublié
Charles Brun, Princesses et mendiants