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samedi 15 juin 2019

Littérature et pizza

Les organisateurs de l'événement, fiers de leur oeuvre (Le Parisien)

La littérature sera donc à l'honneur ce week-end en banlieue est pour la 11e édition du salon Saint-Maur en poche, organisé par la librairie de La Griffe noire (Val-de-Marne).
Le thème de cette année : Héros et héroïnes.
Débats et conférences, lectures, mais aussi rencontres avec de nombreux auteurs, signatures et renflouement des caisses. On se précipitera donc pour aller saluer comme il se doit les grands noms de la littérature contemporaine française d'aujourd'hui en 2019. Car sont, entre autres, invités Hélène et Marina Carrère d'Encausse, Michel Drucker, Thierry Beccaro, Marc Lavoine, Gérard Courtois, Guillaume Musso, Marc Levy, Tatiana de Rosnay, Charlotte Valandrey, Pierre Palmade, Katherine Pancol, Alexandra Lapierre, l'incontournable Aurélie Valognes et même François Hollande !
Malheureusement, Frédéric Beigbeder, victime d'un accident d'espadrilles basques, a dû déclarer forfait au dernier moment... Ce n'est, nous l'espérons, que partie remise !
J'apprends à l'instant que ce cher et discret Frédéric, histoire de consoler ses fans de banlieue vient de mettre en ligne une de ses rares apparitions sur les plateaux TV. Et oui, déjà tout petit...


lundi 13 mai 2019

Itinéraire conseillé


Je monte Je valide Speedy Pizza Time Marteau et brise-vitres disponibles derrière le conducteur American Car Wash Ticket sans correspondance 2 euros  Picard Hello America Sushi Brochette O'Circus Label Peaux Quick MacDonald Drive La RATP recrute des mécaniciens et des mécaniciennes Job dating de 12h à 20h venez rencontrer nos équipes dans un atelier de maintenance Electro Dépôt Multimédia Pizza Kebab Istambul Rosny Wok Grill grillade à volonté Accès strictement interdit Picard Hello America France Cars louez la liberté New Shakeen coiffure Foire du Trône Speed Rabbit Pizza Picard édition limitée Filets de poulet croustillants Nouveau cimetière Journée Nature et bien-être  Sortie de camions Boulangerie du pont Bouygues Immobilier 86 logements Energy Auto-moto école Famille Syrie Fitbit le cadeau qui fait du bien Verrechia Cœur de ville du studio au 5 pièces vivez l'excellence à 9 minutes de Paris le raffinement pour signature prestations de grande qualité QG Quebab Gourmand 1664 vous avez son nom sur le bout de la langue Cecilia Santé et bien-être Lavage Center Picard Hello America Village de vente Chantier sous surveillance Monoprix Pour votre anniversaire ça va être du gâteau Attention travaux Artisan boulanger Zone 30 Déchetterie réservée aux particuliers Zone fleurie 1664 Pas Mal expression française synonyme de qualité Follow your own way Home parquet 1664 On a un avis sur tout surtout sur le goût  Locaux disponibles Emmaüs boutique Picard Hello America DécoPlus Foire du Trône Picard Hello America Long Barbecue Quick le plaisir en version longue Machines ideas solutions  Foire de Paris Castorama 50 ans l'anniversaire encore plus fort Itinéraire conseillé


dimanche 19 mars 2017

A vomir

Ce qui console aussi, c'est de se sentir parfois moins seul devant le triste spectacle, découvrir quelques pépites dans le marasme cul-culturel…
Merci à Philippe, Camille et Esther.
Et à Kery James…






Racailles !
On devrait vous nettoyer au Kärcher
Le jour où le peuple se réveille vous allez prendre cher
On a le sentiment qu'aller voter
C'est choisir par lequel d'entre vous on veut se faire entuber
Républicains ou PS
Rangez vos promesses dans vos sacs Hermès
Vous n'avez jamais connu la précarité
Vous vivez à l'écart de nos réalités
La rue le pense, j'le mets en musique
Et pour ceux qui l'ignore encore j'le rends public
Je n'soutiens aucun parti, j'marche plus dans vos combines
Vos programmes électoraux ne sont que des comptines
On prend les mêmes et on recommence
Les mêmes promesses, les mêmes mensonges
Les mêmes tapent dans la caisse, les mêmes plongent
Les mêmes sont dans la hess, les mêmes mangent
Les mêmes menteurs trafiquent les mêmes comptes
Les mêmes commis au service des mêmes pontes
Les mêmes fils de pauvres sont incarcérés
Les mêmes fils de riches sont formés pour règner
En attendant qu'un homme du peuple émerge
C'est rare de trouver un élu avec un casier vierge
Ma haine du système est toujours intacte
Lequel d'entre eux peut jeter la pierre à Cahuzac ?
Claude Guéant, Racailles !, Balkany, Racailles !, Jean-François Copé, Racailles !
Philippe Bernard, Racailles !, Harlem Désir, Racailles !, Alain Juppé, Racailles !
Tous ceux que j'ai cité ont été condamnés
Ce sont les mecs de cités qu'ils traitent comme des damnés
Vous étiez choqués par le groupe Tandem
Vous faites la même à la France, mais jusqu'à ce qu'elle saigne
Jusqu'à ce qu'elle coule comme la Grèce ou l'Italie
Vous avez meurtri le pays jusqu'à l'agonie
Cumul des mandats jusqu'où vous irez ?
Est-ce le cumul des salaires que vous désirez ?
Comme toute la France d'en bas j'crois plus aux politiciens
J'continue le combat, j'crois au réveil citoyen
Pour changer les choses il faut le vouloir
Vous n'avez pas de cause profonde si ce n'est le pouvoir
Vous faites de la politique sans conviction
Parfois vous en faites même pour éviter la prison
En costume-cravate sont les vrais voyous
Vous ne croyez plus en rien, plus personne croit en vous
Y'a qu'à observer les taux d'abstention
Faut pas trop prendre les gens pour des cons, attention
Sentez-vous le vent tourner comme vos vestes ?
Entre vous et la rue, y'a plus que les CRS
A bout de souffle, votre système est dans un cul de sac
A essayer de se débattre, comme un cul d'jatte
Vous êtes élus pour un truc
Vous ne le faites pas plus
Vous faites l'inverse, en plus
Ça ne vous gêne pas
Et si le peuple a l'idée de se rebeller
Vous disposez d'une armée de flics bien dressés et zélés
Le dialogue social gît dans un cercueil
Les keufs tirent aux flashballs, tu peux y perdre un œil
Vous faites monter le sentiment anti-policier
Usez de la police comme d'une armée privatisée

Tout le monde le sait c'est une évidence
Vous êtes complètement soumis à la finance
Vous votez les lois que les riches ordonnent
Après le 49.3 plus rien ne m'étonne
On travaille plus mais on gagne moins
On attend juste le printemps européen
On cotise pour des retraites qu'on ne verra peut-être jamais
Tout l'argent qu'on fait rentrer vous nous le reprenez
Chaque fin de mois à découvert
On a l'impression d'être esclave du système bancaire
Même les riches connaissent le jeu, jouissent des niches fiscales
Les petites PME croulent sous les charges sociales
Radar, on paye !
Péage, on paye !
Pollution, on paye !
Oh ! Qu'est-ce que vous faites avec tout ce fric ?
Que foutait Eric Zemmour sur une chaîne publique ?
Payer pour propager sa haine
Semer des graines récoltées par le FN
Pour vous même Marine Le Pen est devenue fréquentable
Quiconque combat l'Islam peut s'asseoir à votre table
Incapables de gouverner vous divisez
Incapables de rassembler vous stigmatisez
Aveuglés par le pouvoir vos cœurs sont voilés
Beaucoup plus que le visage de cette femme voilée
Tous vos prétendus principes de laïcité
Ne concernent pas cette saoudienne sur les Champs-Elysées
Pour vous tout se négocie, tout est question de gent-ar
Vous êtes même prêts à livrer les banlieues au Qatar
Votre jeu est trouble
Votre discours est double
Au pays dit des droits de l'Homme
L'Etat d'urgence est devenu la norme
Et vous prétendez faire la leçon au monde entier
Imposer la démocratie à coups de mortier
Sans pitié vous avez buté Kadhafi
Aujourd'hui dans quel état se retrouve la Libye ?
La rue le pense, j'le met en musique
Vos médias le taisent, j'le rends public
J'vous tiens tête comme un mec des Minguettes
Est-ce le genre de texte qui peut me valoir une fiche S ?

Droit dans mes bottes
Je n'baisse jamais mon froc
La tête haute j'suis intègre
J'fais du Hip-Hop
Vous appelez ça de la musique nègre
J'sors en indé
Tu m'verras plus jamais
Foutre les pieds à Skyrock
Ils n'aiment pas c'que je suis, c'que je défends, c'que je porte
C'est réciproque
Ils ont travesti le R-A-P
Je fais parti des rescapés
Ils ont encensé la médiocrité
Ils ont fait du Hip-Hop de la variété
Ils ont joué les clashs pour nous diviser
Tant que ça fait de l'audience, on peut s'allumer
Quand un rappeur se fera buter
Ils organiseront un concert au nom de la paix
Yeah !
J'fais d'la musique contestataire
Vous vendez des espaces publicitaires
J'me suis sacrifié pour mes p'tits frères
Vous, vous jouez des trucs qui les envoient au cimetière
Fric et violence dans vos playlists
Vous abrutissez les miens, ça plait aux élites
Vous vous êtes servi de moi, j'me suis servi de vous
Pour que mon message passe au plus grand nombre, maintenant j'peux le faire sans vous
J'ai un public qui me soutient
J'ai fait des choses, le peuple s'en souvient
La rue vous vomit, j'le rends public
Rien n'a changé depuis Lettre à la République…


samedi 24 janvier 2015

La république brûle-t-elle ?

Ce matin, en descendant du bus me conduisant au boulot, pris pour cause de verglas, je suis passé devant un panneau municipal proposant une série d'infos sous forme d'affiches. L'une d'elles était particulièrement édifiante. Je regrette de ne pas posséder de smartphone dans ces cas-là.
J'ignore l'origine de cette campagne. J'ai cherché sur le site de la ville, mais je ne l'ai pas retrouvée. Trop ancienne certainement. Elle concernait les fêtes de fin d'année. Le slogan Offrons un Noël pour ceux qui n'en ont pas était illustré par deux personnages : une femme et un jeune garçon. La femme était placée derrière le gamin et avait passé les bras autour de ses épaules. Elle était blonde, il était noir. La femme aryenne et le môme qu'a rien. 

vendredi 31 octobre 2014

Brooklyn, France



 
Il est parfois des films qui vous réconcilient avec le cinéma, son aventure. Brooklyn est de ceux-là, assurément. Je connais Pascal Tessaud pour avoir suivi un très beau projet, porté des années durant et à ce jour non encore réalisé. Trop de politique là-dedans, trop de point de vue ouvrier et critique sur les rêves trahis par une certaine gauche. Car Pascal vient de là. D'un père OS chez Renault, monté à Paris au tout début des années 1980, lorsque l'espoir était encore permis. On connaît la suite. Et les instances du cinéma français ne veulent pas la voir racontée. « J’ai cru à la méritocratie française, fait mes preuves à travers les courts métrages et des documentaires, me suis rapproché du centre, mais rien à faire : quand on est issu d’un milieu ouvrier, nos sujets n’intéressent personne. » Pas ceux-là en tous cas. 
« Le système est tel qu’on finit par se sous-estimer si l’on ne correspond pas au modèle de réussite prôné ». Frappé d'un coup de pied au cul par Donoma, Rengaine et une poignée d'autres films sauvages produits hors système, Pascal oublie le découragement menaçant et casse sa tirelire. Toutes ses économies d'intermittent sont reversées dans la fabrication maison de ce qui devient son premier long (merci le Medef !). Création d'une association à Saint-Denis, travail avec des jeunes du quartier sous formes d'ateliers d'impros, scénario souple, équipe professionnelle bénévole et motivée, Brooklyn voit le jour et se retrouve... à Cannes ! - sélection de l'ACID (association du cinéma indépendant pour sa diffusion).Et devrait être sur les écrans début 2015.
Alors, Brooklyn, c'est quoi ? C'est un blaze. Le surnom d'une apprentie rappeuse débarquant sans un rond de sa Suisse natale dans notre belle banlieue parisienne. Et malgré son jeune âge, Brooklyn est une rebelle à l'ancienne. « Je suis old school, se défend Pascal Tessaud, formé par un rap social qui m’a poussé à l’écriture, défendu en France par NTM ou IAM et aux Etats-Unis par des groupes comme Public Enemy. Je ne suis pas nostalgique de cette époque mais je n’adhère pas du tout au rap bling-bling d’aujourd’hui qui met en avant les grosses voitures, les flingues, les drogues et les filles faciles… Mon film se veut une déclaration d’amour à la banlieue où je réside encore, trop souvent stigmatisée par les médias. J’essaie quand même de ne pas faire d’angélisme : je montre aussi bien les dérives qui ont gangrené les cités que la résistance qui s’organise à travers la création. » 
Servi par des comédiens épatants - KT Gorique en tête, mais aussi l'excellent Jalil Naciri, et l'inestimable Liliane Rovère -, Brooklyn est, malgré de toutes petites maladresses, un film qui respire une certaine idée d'un cinéma passionné, politique et poétique, celui des maîtres de Pascal, à commencer par son dédicataire, le Marseillais Paul Carpita. 

dimanche 26 octobre 2014

Où va ce pays ?

Thomas Balte

Où va ce pays ? se demandait la vieille dame à laquelle un type avait cédé sa place. Elle discutait depuis quelques minutes avec une black aux cheveux blancs. Elle venait d'acheter un balai dans le grand bazar du centre commercial, au bord de l'autoroute. Pour balayer la cour, parce qu'elle est tellement sale que j'en ai honte. C'est peut-être pas très solide pour la cour, ça, avait estimé l'autre ; à Auchan, ils sont bien, leurs balais. Et puis, à l'arrêt suivant, lorsqu'ils sont montés et qu'ils sont passés devant elle, elle a lâché sa réflexion à haute voix, Où va ce pays ? Son amie a précisé que ce n'était pas nouveau et que ça allait empirer. Qu'on allait voir ce que ça allait devenir. 
La première fois, ça m'a surpris. En entrant dans le bus, j'ai remarqué des places vides et trop de passagers debout. Encore mal réveillé, je n'ai pas fait le lien. Je me suis assis pour lire. C'est lorsque j'ai vu quelques regards se tourner vers moi que j'ai compris. Je m'en foutais ou quoi ? J'étais donc comme eux ? Eux, c'étaient ces hommes et ces femmes qu'on appelle du voyage, les roms, les gitans, les manouches… Ils voyageaient en transports en commun, et ça, le commun des mortels français, il avait du mal. Que fuyait-on en laissant vide l'espace autour d'eux ? L'odeur ? L'image ? La marginalité ? La pauvreté ? La délinquance ? Pas l'air très réveillés non plus, silencieux, ils acceptaient les clichés avec lesquels ils voyageaient.
Tous les matins, lorsque je choisis l'option avec changement, je les vois. Ils viennent des camps situés dans le haut de la ville et descendent à ce point névralgique de notre banlieue : terminus des bus, gare routière, centre commercial. Ils se réunissent sous le pont de l'embranchement de l'autoroute. Je ne sais pas ce qu'il se passe ensuite. Restent-ils toute la journée dans les parages ? Certains d'entre eux poussent-ils jusqu'à Paris, à quelques minutes de là ? Je me suis précipité dans le second bus vite engagé sur l'autoroute. Derrière ma vitre, d'autres campements au-dessus des talus.
Le trajet du soir est plus long. Les embouteillages, la circulation aléatoire, d'autres incidents qui m'échappent, rendent, après une journée de travail monotone, le trajet plus pénible. Beaucoup de personnes stressées-pressées d'aller faire leurs courses, voir un film, dans le plus grand centre commercial de France ou calculant le temps restant pour choper leur RER. L'arrière du bus est rempli de jeunes. Ça chahute, ça parle fort, ça fout la musique à fond saturé, ça provoque, ça agace… Avant-hier, ils étaient cinq ou six à se raconter leurs exploits d'apprentis-délinquants, leurs frictions avec les contrôleurs, les flics, les juges. L'autre soir, un jeune black s'amusait à mettre sa basket sous le nez d'une fille et lui demandait de baiser son pied. Elle trouvait ça drôle et a déposé un bisou, vite fait. L'autre n'a pas enlevé son pied.
Les habitués savent que, à partir d'une certaine heure de l'après-midi, il faut éviter cet espace.