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samedi 16 octobre 2021

La plus belle victoire

Wallace G. Levison

 

Mais la plus belle victoire
sur le temps et la pesanteur ―
c'est peut-être de passer
sans laisser de trace,
de passer sans laisser d’ombre.

Sur les murs...
    
                    Peut-être, subir
un refus ? Être rayée des miroirs ?
Ainsi : Lermontov dans le Caucase
s'est faufilé sans alarmer les rochers.

Mais, peut-être, le meilleur amusement
du Doigt de Sébastien Bach
est-il de ne pas toucher de l’orgue l’écho ?
Se disloquer, sans laisser de cendres
 

dans l'urne...
                    Peut-être ― subir
une tromperie ? S'exclure des vastitudes ?
Ainsi : se faufiler à travers
le temps, comme l'océan, sans alarmer les eaux…

 

 

Marina Tsvetaïeva, Insomnie et autres poèmes,
trad. Bernard Kreise
Poésie/Gallimard


mercredi 29 mars 2017

Dans la nuit

Robert Herman via Flash of God


J'aime embrasser
les mains, et j'aime
distribuer des noms,
les portes,
— toutes grandes — sur la nuit sombre !

La tête entre les mains,
écouter un pas lourd
quelque part diminuer,
et le vent balancer
la forêt
en sommeil, sans sommeil.

Ah, nuit !
Quelque part des sources courent,
je glisse vers le sommeil.
Je dors presque.
Quelque part dans la nuit
Un homme se noie.

Marina Tsvetaïeva, Insomnie et autres poèmes,
éd. de Zéno Bianu, Poésie/Gallimard