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jeudi 6 avril 2017

Un homme utile



Etre un homme utile m'a paru toujours quelque chose de bien hideux.

Charles Baudelaire, Mon cœur mis à nu

mercredi 3 février 2016

Bouffon volontaire


Quelle admirable journée ! Le vaste parc se pâme sous l'oeil brûlant du soleil, comme la jeunesse sous la domination de l'Amour.
    L'extase universelle des choses ne s'exprime par aucun bruit ; les eaux elles-mêmes sont comme endormies. Bien différente des fêtes humaines, c'est ici une orgie silencieuse.
    On dirait qu'une lumière toujours croissante fait de plus en plus étinceler les objets ; que les fleurs excitées brûlent du désir de rivaliser avec l'azur du ciel par l'énergie de leurs couleurs, et que la chaleur, rendant visibles les parfums, les fait monter vers l'astre comme des fumées.
    Cependant, dans cette jouissance universelle, j'ai aperçu un être affligé.
    Aux pieds d'une colossale Vénus, un de ces fous artificiels, un de ces bouffons volontaires chargés de faire rire les rois quand le Remords ou l'Ennui les obsède, affublé d'un costume éclatant et ridicule, coiffé de cornes et de sonnettes, tout ramassé contre le piédestal, lève des yeux pleins de larmes vers l'immortelle Déesse.
    Et ses yeux disent : « Je suis le dernier et le plus solitaire des humains, privé d'amour et d'amitié, et bien inférieur en cela au plus imparfait des animaux. Cependant je suis fait, moi aussi, pour comprendre et sentir l'immortelle Beauté ! Ah ! Déesse ! ayez pitié de ma tristesse et de mon délire ! »
    Mais l'implacable Vénus regarde au loin je ne sais quoi avec ses yeux de marbre.

 

Charles Baudelaire, Le Fou et la Vénus, Petits poèmes en prose



vendredi 31 octobre 2014

Ce jour-là, dans un café du 15e


 
Je ne fêterai pas Halloween ni la Nuit des betteraves grimaçantes. Je n'ai rien contre les clowns contrairement à d'autres en ce moment, ni contre les enfants. Mais je ne me sens ni Américain ni Celte, pas grand-chose en fête. Je préfère boire à la mémoire de Serge Reggiani, ce soir. Le 31 octobre ne correspond a priori à aucune date marquante de sa biographie, ni à sa mort, ni à sa naissance. J'aime mieux quand c'est comme ça. Je ne sais pas pourquoi, j'ai en tête cette Chanson de Paul qui parle d'un café du 15e, de la rue Vivienne - un nom du monde d'avant. Un film de Claude Sautet. Je ne sais pas pourquoi cet Italien a toujours été associé à mon père. Ou le contraire. Peut-être parce qu'il m'est arrivé comme dans La Gana ou chez Fante d'aller avec ma mère chercher mon père dans les bistrots et tenter de le ramener à la maison, quand on parvenait à mettre la main dessus ou dessous. Peut-être parce que mon père apparaît dans un film de Sautet, que je me suis toujours senti un mauvais fils, préférant lâchement accréditer son image de mauvais père. C'est lui qui, dans son imper jaune, parmi d'autres ouvriers, vient porter secours à Yves Robert lors de son attaque. Rien que pour ça, certainement.