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samedi 6 avril 2024

Projection privée


Gilles D'Elia

 

Je viens de terminer l'écriture de mon propre biopic. Certes, l'intrigue assez mince tient dans une boîte d'allumettes humide, mais le scénario d'une durée de trois heures trente précises – pas une seconde de moins –, au rythme fréné  et au budget somme toute modeste offre pléthore d'erratiques digressions non-poétiques et encore moins philosophiques. L'insoutenable dénouement sans orchestre clouera à jamais, j'en suis persuadé, le spectateur sur son siège. Reste à trouver l'interprète principal. D'un charisme contestable et d'une voix à peine audible, le comédien devra relever le défi de passer inaperçu tout le long du film. Les producteurs les plus militants et puissants se bousculent déjà.

 

charles brun, cauchemar de gloire

mardi 24 janvier 2023

Par paresse...

Laurence Sackman

Avec les femmes, m'avoua-t-il, j'ai tout connu. J'ai eu de belles histoires, comme on dit. D'autres un peu bancales, voire honteuses. J'ai vécu ce que l'on nomme des passions mais aussi des aventures sans lendemain. De lâches ruptures, certaines plus douces que la relation elle-même, d'autres plutôt déstabilisantes. Je me demande aujourd'hui comment tout cela a bien pu arriver. Une vie sentimentale pour moi chaotique, pour d'autres banale. En revanche, ajouta-t-il, je ne peux m'empêcher de me souvenir de tout ce qui ne s'est pas produit. Avec des femmes qui m'ont vraiment marqué. Auxquelles je pense encore parfois. Mais par peur de les emmerder, par un manque de confiance inexpugnable, la paresse du paraître, nous en sommes restés à la caresse d'un désir. Je ne crois pas que quelqu'un ait vécu autant de déceptions amoureuses fantasmées. Un record dont vous n'avez pas idée.

charles brun, records perdus

 

lundi 27 avril 2020

Derrière la porte

Nacho Doce

En attendant la courte période de semi-liberté, et un nouveau confinement, on peut écouter la radio, en faisant l'impasse sur les infos à la botte du pouvoir. 
Pour définir la Lubitsch's Touch, Billy Wilder, qui fut son scénariste, donnait l'exemple de cette fameuse séquence de La Veuve Joyeuse. Une leçon de mise en scène.  

Il me semble que l'on trouve le film dans son intégralité sur une fameuse plate-forme vidéo planétaire. On peut également en apprendre un peu plus sur le Berlinois en écoutant cette émission consacrée au prince de la comédie sophistiquée hollywoodienne, recemment rediffusée par France culture.



Rien à voir, moins de sophistication, avec cette archive ressuscitée dernièrement lors d'une Nuit rêvée de Fabrice Luchini. L'une des rares interviews radiophoniques post-taule de Céline, réalisée le 16 juin 1959 par Francine Bloch au domicile de l'écrivain, 25 ter route des Gardes à Meudon.




L'été dernier, la même radio consacrait une Grande traversée au génie monstrueux, comme ils disent. On peut en (ré)écouter les cinq épisodes en cliquant ici.

jeudi 21 septembre 2017

Tous les mêmes


Berta Vías Mahou (ou son double)

José Saéz, l'Autre, s'entretient avec l'auteure, évoquant sa vie dans l'ombre de Manuel Benítez, El Cordobés, la jalousie de celui-ci, les méthodes d'un milieu bien entendu étranger à l'environnement professionnel que fréquente la romancière…

J’imaginais sa tête lorsqu’il découvrit la une du magazine sur laquelle l’Autre, c’est-à-dire moi, apparaissait en habit de lumière à bord de l’hélicoptère (…) avec un visage et un sourire identiques aux siens. Lui qui avait dû batailler pour atteindre cette apogée. Il ne pouvait permettre qu’un autre se rapproche de ce sommet en un temps qui, pour lui, s’apparentait certainement à celui d’un battement de paupière. J’imaginais les mots qu’il avait pu adresser à Galdeano : Je veux que tu l’écrases. Qu’il disparaisse. Je ne veux plus qu’il porte ce visage. Je ne veux revoir ce visage que lorsque je me regarde dans une glace. Tu as compris ? Quand je me regarde dans n’importe quelle glace. Ou dans le verre d’une vitrine que je suis le seul à regarder. Ou lorsque l’on me prend en photo. Ou lorsque je pisse dans une flaque… 
(…) Il est parfois plus rentable d’éliminer un filon que d’essayer de l’exploiter (…) C’est alors que j’ai vraiment décidé de (…) chercher un nouveau fondé de pouvoir. Quelqu’un de sérieux. Un homme honnête. Bien que, plus d’une fois, j’aie pensé que le monde entier était pourri et que les fondés de pouvoir étaient certainement tous les mêmes. Benítez aussi s’était fait engourdir par son premier représentant, El Pipo. Ils t’invitent à un festin et, ensuite, ils passent leur vie, ou tout au moins une grande partie, à bouffer des repas délicieux et boire des vins hors de prix grâce à tes efforts et à ton enthousiasme. Ou à commander quand bon leur semble des costumes faits sur mesure chez les meilleurs tailleurs de la ville, pendant qu’ils te balancent de temps à autre une petite pièce pour prendre un taxi et rentrer chez toi. J’imagine que les éditeurs ont ce genre de pratique. Vous ne dites rien, naturellement. Bien que vous, vous n’hésitiez pas à me cuisiner.
J’imagine que les éditeurs ne se baladent pas avec un pistolet, ce que faisait l’autre sans problème, le laissant toujours bien en vue, capable de trouer quiconque s’immisçait dans ses affaires. On dit qu’à certaines personnes, il faisait parvenir un jambon pour les mettre dans sa poche, à d’autres, il envoyait ses hommes de main. Aujourd’hui encore, à la retraite depuis longtemps, il a gardé cette attitude de mafieux. Il y a peu, il a interdit qu’un film sur la vie de Manolete soit projeté à Cordoue. Il pense que la ville lui appartient. Le califat lui est monté à la tête. Ce n’est peut-être qu’une grande gueule, mais il a trop de laquais à ses côtés prêts à jouer pour lui le rôle de tueurs à gages. Bref. Qu’est-ce que j’étais en train de vous raconter avant de m’embrouiller avec les fondés de pouvoir, les éditeurs et le pistolet d’El Cordobés ?

Berta Vías Mahou, Je suis l'Autre,
trad. Carlos Rafael, éd. Séguier, 2017

mercredi 22 juillet 2015

La vie, la mort, le cinéma, la barbe !

Passé un certain âge, il faut se rendre à l'évidence. Celle que c'est trop tard. Celle que ça ne changera jamais. Mais dans le rock, comme ailleurs, quand on n'a pas percé à 40 ans, on continue. La musique, l'attitude rock, c'est toute une vie, c'est pas des vacances. Pas un soir sans concert, pas un jour sans se défoncer. Et quand l'évidence se pointe, ou la mort, rien à foutre, on fonce. 
On était hier à la dernière séance du Méliès, que j'ai vu quasiment naître – inauguré en 1971 en présence de Simone Signoret... La nostalgie, tout ça… 
Le cinéma se rapproche de chez nous, avec six salles flambant neuves dès la rentrée. En attendant, c'est aujourd'hui que sort le film, découvert donc hier, des frères Malandrin, des Français exilés à Bruxelles depuis des années, pour de sombres histoires fiscales si j'ai bien compris. 
Ça démarre pieds et barbes au plancher. Entre les Coen et Date limite. Circulez, y'a du paysage et du cinéma à voir. Une comédie déjantée, sur les chapeaux de roues, sur les cendres de nos rêves et les secrets et misères de nos vies. Avec un trio d'acteurs fabuleux (Bouli Lanners, Wim Willaert et Lyes Salem).  Ça se nomme Je suis mort mais j'ai des amis. A ne pas louper.




jeudi 15 janvier 2015

N'oubliez pas de rire !

Histoire de me changer les idées, de retrouver un peu de légèreté, j'irais bien au cinéma. Voir un film français par exemple. Une comédie, tiens. Qui nous parle de notre époque, avec le décallage suffisant, original, pour en rire, y voir plus clair. Je cherche et je m'aperçois que dans les semaines à venir, je vais avoir le choix. Je me demande même si je ne vais pas tout enchaîner. 
Cette histoire de pédé qui se découvre hétéro la veille de son mariage pour tous a l'air grave bonne.
 


Et que dire de ces jeunes quadras sur le point de divorcer et s'occuper enfin un peu de leur moi, obligés de se battre pour... ne pas avoir la garde des enfants ? 
 

Sans oublier, après la famille qui nous a foncé dessus le mois dernier, ce nouvel hommage au 13 heures de Jean-Pierre Pernaut, avec le concours d'un grand historien et du discret sociétaire de la Comédie française...
 

Il faut le reconnaître, depuis la convergence des médias, publics et privés, plus belle est la vie sur tous nos écrans !

samedi 10 janvier 2015

Coeurs à vendre

Passée quelque peu inaperçu sur nos écrans, cette comédie argentine sophistiquée et d'une grande inventivité, romantico-urbaine et mélancolique, servie par d'excellents comédiens dont la délicieuse Pilar Lopez de Ayala, et réalisée par Gustavo Taretto, existe en DVD, téléchargements légaux ou pas, bref, diverses voies à emprunter seul(e) ou accompagné(e) pour ne pas passer de nouveau à côté et trouver enfin Charlie.