dimanche 31 janvier 2016
samedi 30 janvier 2016
vendredi 29 janvier 2016
Enfumage idéologique
Au cours de son émission lamentable, heureusement disparue des antennes du service public, Daniel Mermet, qui s'agite encore, offre une scandaleuse tribune à ce Robespierre de la critique des médias, Gilles Balbastre, journaliste indépendant et auteur du documentaire pitoyable Les Nouveaux chiens de garde et de l'archaïque Vérités et mensonges sur la SNCF.
Comme à son habitude, l'homme à la casquette (destinée à cacher le gonflement de son encéphale) manipule les images fabriquées par nos indispensables grands médias afin d'instiller dans nos esprits confus sa propagande extrémiste d'un autre temps.
Mais que fait Valls pour envoyer ses boys au domicile de cet insupportable Bolchévique et de toute sa clique ? Il y a urgence !
Comme à son habitude, l'homme à la casquette (destinée à cacher le gonflement de son encéphale) manipule les images fabriquées par nos indispensables grands médias afin d'instiller dans nos esprits confus sa propagande extrémiste d'un autre temps.
Mais que fait Valls pour envoyer ses boys au domicile de cet insupportable Bolchévique et de toute sa clique ? Il y a urgence !
jeudi 28 janvier 2016
Vive Leroy !
On a lu Toi, ma nuit quand on avait seize ans, en Folio. Ce roman, on lui doit beaucoup : il n'est pas pour rien dans la construction de notre imaginaire et l'on sait qu'il nous a infligé cette sensation durable : être un homme seul dans une société prétotalitaire où neuf femmes sur dix, surtout les trentenaires, donnent l'impression qu'on leur a implanté une puce à la naissance qui les programme pour la soumission, la consommation, le sexe en vingt leçons et le bovarysme assisté par ordinateur.
Jérôme Leroy, "Toi, ma nuit", oraison funèbre pour Jacques Sternberg,
in Loin devant !, L'Editeur, 2016
in Loin devant !, L'Editeur, 2016
mardi 26 janvier 2016
lundi 25 janvier 2016
vendredi 22 janvier 2016
mercredi 20 janvier 2016
Encore une comédie ?
Je crois de manière absolue au film populaire, populaire dans le sens qu'il investit directement le public, qu'il en interprète les idées et qu'il en continue le discours et les idées à l'intérieur du récit (...) L'humour est un des ingrédients de base du spectacle. L'humour a une composante indiscutable qui est de n'être jamais réactionnaire. L'humour est toujours contre quelque chose, il n'est jamais aimé par le pouvoir, par aucun type de pouvoir : il n'y a pas d'humour de gouvernement. L'humour a sa force de protestation propre. En ce sens, il est progressiste.
Ettore Scola
lundi 18 janvier 2016
vendredi 15 janvier 2016
Que cela soit dit
Depuis 12 années, le LIEU DIT tient à Ménilmontant, rue Sorbier, un double rôle. D'un côté, c'est un restaurant, plus amical que beaucoup, mais qui n'est pas seul de cette espèce dans le quartier. De l'autre, c'est un lieu de rencontres autour de livres, de figures d'une gauche qu'on dit radicale pour ne pas dire révolutionnaire, de débats, de projections de films, de concerts.Ce rôle-là est devenu essentiel au fil des années : le LIEU DIT est plus que nécessaire dans le contexte politique actuel, il est indispensable. C'est là que nous nous retrouvons les soirs où « il se passe quelque chose », là que nous avons pu voir débattre, discuter parfois âprement des individus tels qu'Alain Badiou, Daniel Bensaïd, les Pinçon-Charlot et bien d'autres.Mais ce double rôle n'est pas sans créer des difficultés pour le LIEU DIT. L'activité rémunératrice - le restaurant - est handicapée par les réunions politiques qui occupent plusieurs fois par semaine une grande partie de la place des dîneurs. Pour cette raison, Hossein, qui tient tout sur ses épaules, éprouve en ce moment de sérieuses difficultés financières.L'existence du LIEU DIT est menacée, et nous ne pouvons pas nous en passer. C'est pourquoi nous faisons appel à vous pour que cette aventure unique puisse continuer à nous rassembler et à nous instruire, dans le climat d'amitié qui la rend si précieuse.
Frédéric Lordon et Éric Hazan
Envoyez vos dons à l'ordre de ASSOCIATION DES AMIS DU LIEU DIT,
6, rue Sorbier 75020 Paris.
6, rue Sorbier 75020 Paris.
mercredi 13 janvier 2016
Pas sûr du tout
Je ne suis pas sûr de moi.Je ne suis pas sûr de ma place sur terre, de m'être rasé ce matin.Je ne suis pas sûr de l'existence de la réalité.Pas sûr de l'amour que je prétends donner, de la vie de ma mère, de savoir écrire, de ne pas comprendre les femmes.Je ne suis pas sûr d'avoir pensé à tout.D'avoir appris un seul truc à mes enfants, d'aimer encore le foot, les cafés et de ne plus du tout croire en mes contemporains.Je ne suis pas sûr de m'être lavé partout avant d'entrer dans ta vie.Je ne suis pas sûr de ce qu'on me propose.De savoir encore parler anglais, de passer une nuit sans insomnie, de désirer demain d'autres femmes.Je ne suis pas sûr d'avoir jamais vu un de ses films en entier.Je ne suis pas sûr que ça serve à quelque chose.
Je ne suis pas sûr d'avoir tenu ce discours sans flancher.Pas sûr de savoir encore monter à cheval, dans quel verre verser le vin, rater ma vie.Je ne suis pas sûr d'être guéri, d'avoir bien lu les livres, gagné du poids et un seul combat.Je ne suis pas sûr d'aimer ça.
Je ne suis pas sûr de mon charme, de ma bêtise et de bien vieillir.
D'être fatigué.
Je ne suis pas sûr d'avoir jamais cru en des lendemains qui chantent, à l'amour qui dure toujours.Je ne suis pas sûr de me rappeler sans faute tous les bons moments de l'avenir.
Je ne suis pas sûr d'y arriver.
Et même de mourir un jour.
mardi 12 janvier 2016
vendredi 8 janvier 2016
jeudi 7 janvier 2016
mercredi 6 janvier 2016
A la Une
Pour bien commencer l'année, Julien Salingue et nos amis d'Acrimed ont réalisé ce petit collage sur quelques Unes de la presse quotidienne régionale. C'est un peu facile, certes, mais on se console comme on peut... Et on attend le même exercice avec la moribonde presse nationale.
cliquer sur l'image pour l'élargir et mieux rire
mardi 5 janvier 2016
dimanche 3 janvier 2016
Précautions minimales
Moi, le poète Calaferte, je vous interdis de parler de poésie, comme je vous interdis de parler de l'art en général.Vous n'y connaissez rien.Vous n'y connaîtrez jamais rien.Pour connaître quelque chose là-dessus, il faut avoir vécu trente ou quarante ans comme un écorché vif.Ce n'est pas votre cas.Ce n'est même pas à votre portée.Vous n'êtes donc bons qu'à lire, à écouter, à contempler, si le cœur vous en dit.Pour le reste, fermez vos grandes gueules.
Louis Calaferte, Paraphe
samedi 2 janvier 2016
Saouls comme toujours
Là, couché auprès de toi trop saoul pour bien dormir ou lire
je t'écrivais un poème d'amour comme tu les aimes
tu m'en offrais la licence et
débauché je devenais m'employant
à ton dérèglement ta perte ta folie ta défaite
trempée
ça parlait de sexe et d'amour avec vulgarité et élégance
comme toujours
je restais couché
auprès de toi saoul comme jamais
sans pouvoir le noter
trop confiant en ma mémoire défaite
c'était le dernier jour de l'année
toute une année couché à tes côtés
déployant mes dernières forces
ça parlait de sexe d'amour et de liberté comme tu aimes
avec tes mots et les miens et ceux des autres avant nous
j'étais couché à côté de toi, mal éveillé, élevé, licencieux,
persuadé de tenir là,
saoul comme toujours amoureux comme jamais
le plus beau des poèmes de l'année dernière élégant et vulgaire
Charles Brun, poèmes encore
vendredi 1 janvier 2016
jeudi 31 décembre 2015
mercredi 30 décembre 2015
Des animaux
Nous sommes procréés mais non promis à l'éducation. Avec toute leur stupidité nos procréateurs agissent contre nous après nous avoir procréés, ils agissent avec toute la maladresse qui détruit un être humain. Dès les trois premières années de sa vie ils ruinent tout chez un nouvel être humain dont ils ignorent tout, sauf, à supposer qu'ils le sachent, qu'ils l'ont fabriqué inconsidérément et irresponsablement et ils ignorent par là qu'ils ont commis le plus grand des crimes. Dans une ignorance et une bassesse complètes, nos procréateurs il faut bien dire nos parents, nous ont mis au monde et, une fois que nous sommes là, ils ne réussissent pas à en finir avec nous. Toutes leurs tentatives pour en finir avec nous sont des échecs, ils abandonnent de bonne heure la partie mais toujours trop tard, toujours à l'instant où ils nous ont détruits depuis bien longtemps car c'est dans les trois premières années de la vie, les années décisives de la vie, dont cependant nos procréateurs faisant fonction de parents ne savent rien, ne veulent, ne peuvent rien savoir parce que durant des siècles tout a toujours été fait pour favoriser cette ignorance qui est la leur, c'est donc dans ces trois premières années que nos procréateurs nous ont détruit et anéantis avec cette ignorance, toujours détruits et anéantis pour toute notre vie. Il est absolument vrai que dans le monde nous n'avons affaire qu'à des êtres humains détruits et anéantis dans leurs premières années par leurs procréateurs ignorants, bas et peu éclairés, qui font fonction de parents, anéantis pour toute leur vie. Toujours le nouvel être humain est mis bas par sa mère comme un animal et toujours traité comme un animal et conduit à sa perte par cette mère. Nous n'avons affaire qu'à des animaux mis bas par leurs mères et non à des humains, des animaux qui, dès leurs premiers mois et tout d'abord dans leurs premières années, sont détruits et anéantis par toute l'ignorance animale de ces mères qui sont les leurs mais sur ces mères ne pèse aucune responsabilité parce qu'elles n'ont jamais été éclairées, la société a d'autres intérêts que celui d'éclairer. La société ne songe nullement à éclairer et, dans toutes les conditions, dans tout pays et dans toute forme d'Etat, les gouvernements sont intéressés à faire en sorte que la société qu'ils gouvernent ne soit pas éclairée car s'ils éclairaient la société qu'ils gouvernent, il ne faudrait pas beaucoup de temps avant qu'ils soient anéantis par cette société qu'ils auraient éclairée…
Thomas Bernhard, L'Origine, trad. Albert Kohn, Gallimard
lundi 28 décembre 2015
samedi 26 décembre 2015
Le dernier des Mohicans
Noël, c'est aussi le jour que choisissent certaines personnes rares pour tirer leur révérence. Je pense à Robert Walser, bien entendu, mort dans la neige en 1956, lors de sa promenade quotidienne dans les environs de l'asile psychiatrique de Herisau. Mais également à James Brown, Charles Chaplin, WC Fields, Dean Martin ou Tristan Tzara… Et à toutes celles, aussi rares, et anonymes.
Hier, ce fut au tour de Manuel de los Santos Pastor, plus connu sous le nom d'Agujetas de Jerez. Un gitan né autour de 1939, à la fin de la guerre d'Espagne, prétendument à Jerez de la Frontera, d'où son nom de scène, mais très certainement à Las Tablas, à quelques kilomètres de là. On dit qu'il était entré dans la vie active en travaillant dans la forge de son père, également cantaor. C'est de lui d'ailleurs, comme ses frères, qu'il tenait son savoir en matière de seguiriyas et de soleas. Un fils de, mais de la tradition orale, à l'ancienne, la seule richesse des gens de rien. Un puriste qu'ont préféré à Camaron de la Isla certains aficionados, lorsque celui-ci, dans les années 1970 devenait une rock star, et un "traître" au canto - et un véritable mythe après sa mort à 42 ans.
Agujetas était aussi une grande gueule, un caractériel paraît-il, qui n'hésitait pas à engueuler son guitariste en plein récital. Les drogues qui circulaient beaucoup dans ce milieu et ces années-là n'arrangeaient rien. Il affirmait ne savoir ni lire ni écrire et qu'un cantaor sachant lire n'était pas fait pour ce boulot. Ou que, même 100 ans après sa mort, aucun chanteur ne parviendrait à chanter comme il le faisait, c'était trop difficile. De cette tradition, concédait-il, Chocolate (parti en 2005) et lui avaient été les derniers.
Le terme agujetas se réfère à une douleur dûe à des efforts intenses.
Agujetas a eu plusieurs vies. Après avoir frôlé la mort à maintes reprises, il a rendu l'âme l'année où la ville de Jerez avait décidé de lui faire ériger une statue.
vendredi 25 décembre 2015
jeudi 24 décembre 2015
mercredi 23 décembre 2015
Je fais ce que je peux
Enfant, les fêtes de fin d'année me foutaient le bourdon. La seule chose que j'aimais, c'étaient les films avec Gene Kelly. Aujourd'hui, c'est pareil…
Charles Brun
mardi 22 décembre 2015
lundi 21 décembre 2015
Sans remède
Inge Morath
Cette lassitude chronique que je ressens depuis toujours comme une fatigue d'être né et qui a déterminé mon être au monde n'est pas la paresse, mais la flemme. Je connais des paresseux mais leur mollesse n'a rien de pathologique. C'est une tendance commune à tous les mammifères mais à laquelle, chez l'humain, la perspective d'enrichissement, du pouvoir, de la renommée, met fin. L'intérêt guérit de la paresse. En revanche, la flemme, du moins le cas qui m'affecte, demeure sans remède. Elle m'interdit ce genre d'opportunisme prôné par les sages anciens qui recommandaient aux candidats à la réussite d'être attentifs au bon moment qui se présente afin de le saisir et d'en tirer profit. Parce que tout me fait peine, je ne remplis que le premier point de cette doctrine. Je vois bien quand une aubaine s'offre à moi, mais je la laisse filer – tel un surfeur qui, au lieu de ramer avec énergie sur la vague qui lui donnerait tant de plaisir à glisser, la cède à un autre surfeur qu'il regarde s'éloigner vers le rivage debout et triomphant sur sa planche.
Frédéric Schiffter, On ne meurt pas de chagrin, Flammarion
vendredi 18 décembre 2015
mercredi 16 décembre 2015
Démocratie directe dans ta gueule
L'Espagne est en campagne électorale. Comme nous dernièrement. Sauf qu'en Espagne, on a le sang chaud, c'est bien connu. Ou peut-être en a-t-on marre des bobards et de ceux qui les professent. Allez savoir. Toujours est-il que l'actuel Premier sinistre Mariano Rajoy (Parti populaire, issu du franquisme), en tournée des popotes pas loin de la région de ma mère, s'en est pris un bon dans la gueule. L'auteur, un gamin de 17 ans qui a fait semblant de vouloir prendre un selfie avec Mariano. Sacré déconneur ! C'est idiot, certes, mais qu'est-ce que ça fait du bien !
mardi 15 décembre 2015
jeudi 10 décembre 2015
mercredi 9 décembre 2015
Bon réveil
![]() |
| Evelyn Hofer via camara democratica |
Bonjour,La température extérieure est de -2°. Avec la fenêtre ouverte, j'ai senti le froid.J'ai dormi longtemps mais pas bien car je me suis réveillé 5 ou 6 fois sans raison, parfois trop chaud et aussi 2 pipis.J'ai vu vers 4h que tu étais devant l'ordi. J'espère que tu as pu t'endormir après et peut-être aussi avant.Il est 7h. Je suis prêt pour sortir. Je vais d'abord à la prise de sang puis à l'échographie à 9h.Je reviendrai vers 10h30.Bon réveil.
(mot trouvé ce matin, dans un livre emprunté à la médiathèque)
mardi 8 décembre 2015
samedi 5 décembre 2015
vendredi 4 décembre 2015
C'est même à ça qu'on les reconnaît !
Je suis un ancien combattant, militant socialiste et bistrot. C'est dire si dans ma vie, j'en ai entendu des conneries !
Michel Audiard
mercredi 2 décembre 2015
Y'a urgence !
A propos de l'état d'urgence environnemental et l'état d'exception prolongée à la française, on se reportera au dernier billet de Frédéric Lordon et au reportage photographique de Julien Brygo, avec plein d'idées, de couleurs et de liens dedans, histoire de dessiller un peu nos esprits...
mardi 1 décembre 2015
La mort du roman
![]() |
| Barbara Laage (piqué sur l'excellent blog de Charles Tatum) |
Dans sa dernière livraison de Restez bourrés, la chronique qu'il tient dans le journal galicien El Progreso, l'ami Tallón revient sur la rententissante mort du roman, hier et aujourd'hui.
Chaque fois qu'un écrivain affirme « Le roman est mort », il fait la une des journaux et déclenche un de ces incendies que l'on éteint de la pointe de la chaussure, au comptoir, sans lâcher sa bière. Entre écrivains, il n'est pas mal vu de dire que le roman est mort et s'atteler ensuite à l'écriture d'un nouveau roman comme si de rien n'était. Il ne s'agit même pas d'une de ces incohérences digne d'être mentionnée. Tom Wolfe, Milan Kundera, Roland Barthes, Félix de Azúa, Michael Hirst ou Eduardo Mendoza ne sont que quelques uns des auteurs ayant prétendu, d'une façon ou d'une autre, que le roman était mort, faisant une pause dans le roman qu'ils étaient peut-être alors en train d'écrire.Mais la vie continue comme si la mort n'était la fin de rien. En dernier recours, je suppose que peuvent être écrits des romans morts qui seraient autant de chefs d'oeuvre. « Le roman est mort » n'est qu'une sentence de plus. Ce pourrait même être une bonne phrase pour un début de roman. Faites-moi penser de commencer ainsi mon prochain livre.De même n'est-il pas rare que d'autres individus, souvent également écrivains, affirment que lire des romans est une putain de perte de temps. Benjamin Disraeli disait que lorsqu'il souhaitait lire un livre, il l'écrivait, s'épargnant ainsi le risque de tomber sur des livres sans saveur. Sánchez Ferlosio, pour sa part, n'hésite pas à admettre que peu d'activités l'ennuient autant que celle que constitue la lecture d'un roman, sans parler de celle consistant à en écrire. Il fait d'ailleurs preuve de cohérence puisque voici déjà quelques décennies que cet auteur ne fréquente plus le genre. Personne ne fut en revanche aussi tranchant que Josep Pla. On se souvient encore du passage de A fondo, cette émission d'entretiens conduite par Joaquín Soler Serrano, au cours duquel l'écrivain catalan déclara : « Je pense qu'un homme qui lit des romans passés les 35 ans est un crétin. Vous ne croyez pas ? »On ne trouve plus aujourd'hui d'affirmations aussi catégoriques. J'ai été témoin d'une action à peine légèrement similaire il y a trois ans lorsque j'ai adopté un lévrier et que je l'ai emmené vivre avec moi. Ennuyé de voir la chienne dormir sur mon canapé, j'ai un jour décidé d'y poser un tas de livres afin qu'elle le trouve inconfortable et accepte de passer la nuit par terre. Malheureusement, le lendemain matin, à mon réveil, je découvrai avec horreur qu'elle avait détruit les livres. Si l'on se penchait attentivement sur ces chairs éparpillées dans le salon, on s'apercevait qu'il s'agissait exclusivement de romans, y compris certains titres de mon cru. Seule La Métaphysique d'Aristote, dans sa version cartonnée, éditée par Gredos, était intacte. Car il ne s'agit pas d'un roman.Mort ou pas, le roman est un clou ardent qu'il faut savoir manier pour ne pas se brûler. Parfois le désenchantement surgit, inévitablement. Et parfois même la folie. Il y a environ un siècle et demi, les autorités de l'Etat de Virginie donnèrent le feu vert à la construction du Trans-Allegheny Lunatic Asylum, une clinique psychiatrique conçue par l'architecte Richard Andrews selon les principes de Kirckbride, défenseur de ce que l'on nommait la « thérapie mentale ». Selon cette philosophie, on considérait que l'état mental des patients s'améliorait si un traitement humain leur était dispensé et qu'ils séjournaient dans des lieux ensoleillés et confortables, pourvus de chambres spatieuses, lumineuses, bien aérées, et décorées avec goût. Entre 1864 et 1889, la clinique mit au point un large catalogue des raisons qui pouvaient justifier l'internement d'un patient dans ses murs. A côté des symptômes habituels, on en remarquait d'autres plus extravagants comme le coup de pied d'un cheval dans la tête, les superstitions, la passion pour la politique, la masturbation durant plus de trente ans, la suppression soudaine de la masturbation, des études trop longues, les mauvaises fréquentations ou encore le whisky de piètre qualité. Rien qui ne fut pas normal en ce XIXe siècle.Parmi ces dizaines de symptômes, cependant, le Trans-Allegheny Lunatic Asylum considérait que la lecture de romans était une raison parmi d'autres pour finir en hôpital psychiatrique. Il n'en est pas moins ravissant de savoir qu'un roman puisse vous mener à ce précipice. Après tout, lorsque nous ouvrons un livre de fiction, nous sommes tous à la recherche de quelque chose qui nous change la vie, même si ce n'est que pour quelques minutes.
Juan Tallón, La novela esta muerta,
El Progreso, traduction maison
El Progreso, traduction maison
Discours toujours
Je suis donc coupable, voire légèrement terroriste. Avec mon scooter, au moins deux fois par jour, aller-retour maison-boulot-maison, je contribue au réchauffement climatique. Parfois même, j'utilise ma vieille Vespa pour faire autre chose – sortir, aller dîner chez des amis, faire des courses… Et que dire de mon addiction à internet, les mails pollueurs, le bois de la cheminée (merci Ségo !), la lumière de la chambre allumée jusqu'à pas d'heure par vice de la lecture, celle du salon allumée trop tôt dans la journée par la maladie de l'insomnie, la douche du matin et celle du soir, la radio en fond sonore pour me sentir moins seul lorsque je fais la vaisselle, certainement trop lentement et avec trop d'eau, les emballages par paquets ou par bouteille d'eau minérale – heureusement, mon vin vient en verre ! –, que sais-je encore ?
La Cop 21 me le rappelle : je dois faire attention, me battre pour deux degrés de moins, faire confiance à mon Président qui, m'a-t-on dit, a si bien parlé. Les beaux discours tenus ces derniers jours par toute sorte de représentants du peuple et autres experts, tous, ou presque, arrivés à coup de vols aériens à carboréacteurs peu polluants, et relayés, le doigt sur la couture (bio), par les grands médias devraient nous faire oublier les gazs lacrymogènes, flash-ball et grenades lâchés sur ces sales manifestants irrespectueux et masqués – ou pas –, les bombes en Syrie – et autres guerres sans nom –, les dérives intolérables de l'état d'urgence, la multiplication folle des perquisitions à l'aube et les drames humains qu'elles provoquent, les gardes à vue interminables, les arrestations-tabassages arbitraires, délits de sale-gueule, le TAFTA toujours négocié en secret et annonciateur de la mainmise définitive des multinationales sur les Etats et nos vies, le tout nucléaire renforcé et les OGM encouragés par nos actuels dirigeants, les gazs et pétroles de schiste à l'étude, l'appel à la consommation pour relancer la croissance, le traitement odieux des réfugiés, la vacuité des programmes électoraux, la bêtise généralisée… Je ne sais pas pourquoi, je n'y arrive pas. Peut-être y parviendrais-je si je dormais davantage…
Ces illustrations sont l'œuvre du mouvement britannique Brandalism et de l'anti-campagne de ses artistes autour de la Cop 21.
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