La France a peur
Le numéro 208 de Manière de voir vient de paraître. Il est consacré à la peur, aux stratégies mises en œuvre autour de ce redoutable sentiment. Extrait de l'édito signé Evelyne Pieiller :
Huit pour cent des Français n’ont peur de rien.
C’est saisissant.
Soit ils manquent d’imagination, soit ils ne sont pas portés sur la confidence. Les 92 % restants, eux, ont peur de tout. Ou presque.
C’est peut-être excessif, mais il y a des motifs.
Objectivement, éprouver aujourd’hui de la peur semble relever du pur bon sens : à en croire les médias, le personnel politique, les bruits qui courent, il y a du danger partout. On est cernés. Les vieilles épouvantes sont de retour, l’épidémie rôde, la guerre dévaste, les attentats menacent, mais la modernité sait aussi s’exprimer, et de l’angoisse écologique à l’inquiétude technologique, le citoyen a de quoi nourrir ses cauchemars. Et ils sont effectivement nourris, si on en croit la double enquête récente portant sur les peurs individuelles et collectives des Français. Peu de surprise dans les objets de crainte, sinon leur hiérarchisation : le déclin économique du pays angoisse moins (20,4 %) que le réchauffement climatique (32,2 %), et le communisme plus que le libéralisme (le mot capitalisme semble avoir disparu). Oui, si peu de surprise par rapport à ce qui sans trêve alimente les faiseurs de lois et ceux d’opinion que c’en est quasiment troublant. En corollaire, mouvement logique, il apparaît que l’élan qui porte vers l’espoir, l’espoir dans la vie, s’émousse : 56 % des enquêtés l’accueillent peu souvent… La fin du monde semble hanter davantage encore que les fins de mois, on le voit d’ailleurs dans les arts, dans toute une culture pop et populaire, qui célèbre l’Apocalypse, redevenue tendance, étrange resurgissement d’un vieil imaginaire religieux dans un monde pourtant fortement déchristianisé (...)
La suite ici, en kiosque ou en ligne.
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