mardi 28 mars 2017

Au bord de la mère




J'ai été surpris par la télévision éteinte, songé un temps qu'elle était sortie. Mais son message quelques minutes auparavant, entendu alors que je fouillais les rayons de la librairie où je fus vendeur trois ans durant, laissait penser le contraire. Elle voulait savoir comment allait l'oeil de ma chérie. J'ai penché la tête vers la porte de l'ancienne chambre des enfants, désormais la sienne, l'ai trouvée allongée sur son lit, la bouche ouverte. Je pense souvent à sa mort ces derniers temps. Elle aura 80 ans, cette année. Pas un véritable ronflement, mais de cette bouche ouverte, qui nous a si peu parlé, provenait une respiration difficile, saccadée. J'ai posé mon blouson sur une chaise, le casque sur son fauteuil. Et me suis avancé. J'avais peur de lui faire peur. Une latte du parquet l'a tirée de son petit somme. Elle a sursauté, Je ne t'avais pas entendu. J'ai voulu m'asseoir à ses côtés mais elle tenait à se lever. Toute la journée à contrôler sa tension artérielle. 18 le matin, 10 ce soir. Les médecins ne trouvent rien. Elle essaie différents traitements mais ne perçoit aucune amélioration. Et cette toux, impossible de s'en débarrasser, ces autres médicaments qui court-circuitent les bienfaits et les effets secondaires de sa médication principale… Elle n'en peut plus, dort mal, épuisée en permanence, je sais ce qui m'attend. J'ai évoqué l'opération probable de ma compagne. Un simple petit coup de bistouri. Mais elle m'a mis en garde sur cet hôpital qui serait devenu une usine. D'ailleurs, la voisine s'y fait opérer demain. Elle a suggéré de voir un autre ophtalmo, le sien, par exemple. D'expliquer que c'est une urgence. Je l'ai appellée...
Le midi, j'avais oublié de parler à ma soeur de mon rêve. Mais pas à elle. Tu sais, j'ai rêvé que tu dansais... Oui, c'est ça ! N'importe quoi... J'ai juré, promis, craché. Avec papa. Comme dans une comédie musicale. Pff, je n'ai jamais dansé avec lui !... J'ai insisté, puisque je les avais vus. Même quand vous étiez jeunes ? Pff, n'importe quoi ! Elle a balayé cette poussière de songes en experte.
Je ne lui parlerai pas de celle de cette nuit. Nous étions dans une salle de restaurant, ou de cantine. Au bord de la mer. Une sorte de club de vacances. Attablés devant des écrans diffusant un discours de Macron ! Je me suis emporté contre cette Bernadette Soubirou de la finance, l'ai insultée, ai expliqué à toute la salle ce que ce type représentait, ce qu'il foutait là, par qui il avait été mis en place. Honteuse, ma mère se cachait le visage, comme un personnage d'Emmanel Bove. J'ai été expulsé, ai marché sur le sable. Ma soeur était là. Mon frère aussi, il me semble. Et un chat que nous avions trouvé. Nous nous sommes baignés. Et lorsque nous avons voulu sortir de l'eau, récupérer nos affaires et le chat sur la plage, nous nous sommes aperçus que la mer avait tout recouvert. Je ne sais plus ce que voulait retrouver ma soeur. Une crème solaire ? J'ai plongé sous l'eau et ai retrouvé le chat, dont je sauvais la vie pour la deuxième fois, mais pas le tube perdu. L'eau disparue, je me suis glissé sous un meuble, chez ma mère. Un buffet des années 60 que je n'ai jamais vu. Même enfant. Assez laid. Et qu'on qualifierait aujourd'hui de vintage... J'ai repéré derrière la poussière et divers objets de plastique accumulés là-dessous un flacon. J'ai pensé que c'était ce que cherchait ma soeur. Mais il s'agissait de la lessive. Ce ménage mal fait, ce désordre échappaient à Flora. Il ne pouvait s'agir de sa maison. 
J'étais de nouveau dans le réfectoire, au sein du cauchemar d'une France macronienne. J'ai senti ma fiancée se lever et me suis souvenu du jeune chat trouvé par Lola dans un village sévillan. Elle ne veut plus de chats après la mort des siens l'an dernier. Mais elle ne pouvait laisser celui-ci dans la rue, avec sa grosseur au cou. Avant de nous endormir, j'avais raconté cette histoire à ma douce. Lola voulait ne plus avoir de contraintes. Pour le moment. Elle avait quitté Paris pour être aux côtés de sa mère malade, mais y étouffait, au bord de la crise de nerfs. Ses compagnons morts, elle voulait voyager. Prendre le temps de trouver la fameuse maison de ses rêves à la campagne, quitter la ville définitivement. reprendre alors un chat. Elle ne boit plus une goutte d'alcool et envisage d'arrêter également le tabac. Nous nous étions revus la veille par écrans interposés. Cet été, elle tournera un film français, entre Marseille et Toulouse. Je lui ai demandé de trouver quelques jours pour faire un saut à Paris. Elle a promis. La ville, ses prix prohibitifs, ne lui manquent pas. Nous, si. J'ai ensuite réalisé combien il sera difficile de ne pas nous arsouiller lorsque nous nous reverrions en chair et en os, quelques semaines après les élections...

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