mardi 27 juin 2017

¡ Qué calor !





- C'est là que tu te rends compte que tu vieillis...
- Moi aussi, j'ai souffert, dans cette chambre sous les toits...
- Qué calor ! J'ai tout calculé mais j'avais vraiment pas de quoi me payer un ventilo. Heureusement, les températures chutent et repassent sous les normes saisonnières...
- Tu parles comme dans un bulletin météo télé alors que tu n'as plus la téloche...
- C'est la radio.
- Quand même pas France inter ?
- ...
- Dis-moi la vérité : pas France inter ?!
- Et une fois par semaine, j'achète le journal.
- Pas Libé, quand même ?
- ...
- Dis-moi la vérité : pas Libé ?
- Tu m'en repaies une ?
- T'as pas encore reçu tes indemnités ?
- Paul Emploi, c'est un bordel sans nom. Ils sont submergés. Les dossiers ont trois mois de retard, dans le meilleur des cas...
- Et tu fais comment pour vivre pendant ce temps-là ?
- Tu te fais payer des coups à boire par ton meilleur pote.
- Je t'ai déjà dit que ton meilleur pote, ça ne pouvait pas être moi. On se voit trop peu et quand on le fait, je passe mon temps à me foutre de ta tronche. Je suis sûr que tu en as d'autres si tu réfléchis bien...
- En fait, je ne vois plus personne. Avant, c'était à cause du boulot, je bossais comme un dingue, maintenant, c'est à cause du non-boulot, les gens me fuient comme si j'étais porteur d'une maladie contagieuse...
- Ou qu'ils se sentaient obligés de subvenir à tes besoins éthyliques...
- Une dernière quand même ? Dans le journal, il y a un entretien de Christine Angot avec Valls.
- Oh, non de dieu ! Ça doit sentir bon... Et ça ne peut être que dans Libé, c'est bien ce que je disais !
- ...
- Tu sais que t'es un phénomène, toi ! Le dernier type dans notre tranche d'âge à acheter ce torchon !
- Juste une fois par semaine...
- Dis-moi, quand tu vas au kiosque, j'espère que tu achètes un magazine de cul pour y planquer ton journal honteux ?
- J'ai relevé une phrase qui m'a fait penser à toi.
- Ne t'enfonce pas, tais-toi.
- Attends !
- Non ! Je file, j'ai du boulot...
- C'est Angot qui pose une question, je l'ai notée.
- T'as un petit carnet, maintenant ?
- Oui, j'ai revendu mon I-phone... Je savais plus où prendre des notes et j'ai acheté ça...
- T'écris quoi ? De la poésie ?
- Non, des trucs que j'entends ou que je lis. Et ça me sert aussi pour faire mes comptes de la semaine...
- J'ai vu un film hier soir, avec un mec qui écrit des poèmes sur un petit carnet tout en conduisant un bus. Sa copine qui veut apprendre la guitare et devenir chanteuse country tout en faisant des pancakes lui conseille de faire des photocopies de ses poèmes. L'autre promet de faire ça le week-end mais le samedi soir, lorsqu'elle rentre du marché où ses pancakes ont eu un succès fou, elle invite son copain au resto et au cinéma et quand ils rentrent à la maison, le chien a bouffé le carnet de poésie...
- C'est tout ce que ça raconte ? C'est quoi, ce film ?!
- Un film de Jarmusch.
- Je n'ai jamais aimé son cinéma.
- Moi, j'ai aimé au début, et malgré un petit charme, ça m'a vite barbé. C'est extrêmement poseur et flemmard.
- Moi, je n'écris pas de poésie.
- Non, mais tu pourrais conduire des bus. T'as pensé à chercher de ce côté-là ? On aura toujours besoin de chauffeurs.
- Non, ça va être robotisé.
- Ah... Mais pas tout de suite. Tu pourrais faire une formation et travailler un an ou deux, histoire de te racheter un portable et de cesser de lire Libé. Vas-y, lis-moi ton truc, je sens que tu t'impatientes.
- Donc, Angot dit : Entre nous et les politiques, il y a des affects. Des sentiments, de la passion, de la haine. Avec Macron, ça s’est apaisé on dirait, c’est calme, technocratique. Les affects vont disparaître ?
- C'est ça, sa question ?
- Elle a toujours aimé la politique, dit-on dans le journal.
- Primo, ce n'est pas un journal. Deuzio, ce qu'elle aime, l'Angot, c'est qu'en gros, on parle d'elle, qu'on ait l'impression qu'elle est intelligente, qu'elle compatit, qu'elle n'a pas sa langue dans sa poche, qu'elle est de gôche... Elle est prête à tout pour ça et elle s'intéresse à la politique comme on le fait dans un dîner en ville, en restant à la surface des choses, dans l'émotion, dans le pipole... Tiens, ça me fait penser que j'ai oublié d'acheter le Elle de la semaine dernière.
- Elle ? Toi ?
- En passant devant un kiosque, j'ai vu qu'il y avait un entretien avec Laetitia Casta, mené par Raphaël Enthoven.
- Le philosophe ?
- L'employé de Lagardère.
- Comment ça ? Je pensais qu'il était sur France culture.
- Non, non, il est sur Europe 1 depuis un moment. Il y balance un billet sur l'actu tous les matins. Il est devenu aussi insupportable qu'Onfray...
- Et Elle, c'est Lagardère.
- Tu as tout compris. J'imagine qu'il gratte aussi sur d'autres supports du groupe : il doit donner des conseils sur les crèmes anti-rides ou sur les hémorroïdes sur Doctossimo, ou présenter des dessins animés sur La Chaîne du Père Noël...
- Bon, Ok, mais c'est la réponse de Valls qui vaut le détour, je trouve...
- Oh, non, la question de l'autre andouille est suffisante. Je suis quelqu'un de fragile, moi...
- Ecoute ça...
- On en reprend une, alors.
- Volontiers. T'es sûr que tu peux ? Tu roules pas sur l'or...
- Si je dois écouter du Valls, je n'ai pas le choix...
- Donc Valls répond – à propos de Macron, hein ?, tu suis ? Valls dit : Il ne veut pas accélérer l’affect. Il sait que c’est mouvant. Il faut faire attention, il le sait. Et il ne faut pas en dépendre. Sinon on souffre. C’est trop violent. Moi, avec tout ce que j’ai pris, je ne me sens jamais une victime. Il peut y avoir un papier qui blesse, mais, honnêtement, ça dure jamais longtemps. On est immunisé. On a une carapace. Ce sont les entourages qui reçoivent les coups. Toute la semaine dernière, je n’ai rien ressenti moi. J’ai pas ressenti les coups. Je n’ai rien senti de toute la semaine. Je me suis immunisé du commentaire général. Dimanche soir, un ami me dit « Quand même, ce que tu as vécu Manuel… ». J’ai été surpris. « Ah bon ! » j’ai fait. Je me suis aperçu que je n’avais rien ressenti. J’ai compris qu’il ne fallait pas trop que je me coupe de ma sensibilité. Sinon les gens ne vous comprennent plus.
- Ce sont des tueurs. Aucun affect, effectivement. Ils tuent de sang froid. Comme Fabius et ses propos sur la Syrie. Comme Macron avec le code du travail ou les flics avec les manifestants.
- J'ai vu des images de Macron face à Poutine. Et ils donnaient des leçons à Mélenchon qui disait simplement qu'il fallait parler avec la Russie...
- J'ai cru lire qu'il avait joué les héros en osant, devant Poutine, critiquer la presse russe. C'est la meilleure !  Hier, j'ai vu la une de The Economist et suis allé vomir derrière le kiosque.
- Celle où on voit Macron marcher sur l'eau ?
- Exact !
- Hallucinante, cette masturbation générale des médias devant le roitelet d'opérette !
- Je te l'ai répété maintes fois, mais tu ne veux rien entendre : 9 milliardaires contrôlent plus de 90% des médias en France. Les mêmes qui ont milité pour la candidature de ce personnage, pour son élection, pour en faire la seule riposte possible face au FN, que les mêmes ont contribué à banaliser et à placer au deuxième tour, et ce sont les mêmes qui ont oeuvré pour l'anéantissement de l'opposition qu'elle soit de gauche ou de droite...
- ...Pour finalement, imposer la dictature de la finance, je sais...
- Seul moyen pour maintenir les privilèges de l'élite, et l'écrasement de la contestation. Regarde qui a voté pour ce pantin, ce président français le plus mal élu de l'histoire : les classes aisées, des jeunes qui espèrent y appartenir un jour, et les vieux déçus par les affaires de Fillon ou par la prestation suicidaire de La Pen lors de son dernier débat. Pas étonnant que les premières mesures concernent l'état d'urgence qu'on va inscrire dans la constitution.
- Il est pourtant prouvé que ça ne sert à rien.
- Si, à autoriser certaines pratiques jusqu'ici anti-constitutionnelles. C'est ça, la vraie banalisation du fascisme. Et ça se fait avec la bénédiction de tous ces collaborateurs zélés...
- Et masturbateurs... Qu'est-ce que c'est que ça ? Un smartphone ?! Toi ?!
- Pas la peine de le crier sur tous les toits ! J'ai été obligé d'acheter ce truc en changeant d'opérateur, la nouvelle puce ne s'adaptant pas sur mon vieux machin. En résumé, je quitte des escrocs et je tombe sur des enflures qui m'obligent à acquérir ce que j'ai toujours refusé ! 
- La vache, ça mérite un dernier verre, non ?
- N'en profite pas, salaud ! Regarde plutôt ça :




- Belle musique !
- Le même sujet avec Bachar-el-Assad ou Poutine et tout le monde crie au scandale devant cette mise en scène, ce culte de la personnalité digne d'une république soviétique ou bananière... 
- Finalement, je suis assez heureux de ne plus avoir la téloche...
- Crois-moi, tu le seras encore plus quand tu cesseras d'acheter la presse de cette mafia !

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