vendredi 12 juin 2015

Cuesta abajo


La prof de piano de ma belle-fille enseigne le tango. Nous l'avons appris par hasard, un mail qui n'aurait pas dû nous arriver. Nous avons d'abord été surpris puis séduits par la perspective d'un concert un dimanche après-midi. Ma compagne et moi pourrions être rangés dans la catégorie des nostalgiques - si tant est que nous devions être mis quelque part... Nous nous sommes rapidement découvert un goût commun fort prononcé pour cette musique extrêmement sensuelle et mélancolique.
Plutôt qu'un concert, il s'agissait d'un bal avec orchestre. Nous avons trouvé une place sur un canapé qui en avait vu bien d'autres et n'avons plus bougé de là. Nous admirions certains couples de danseurs, des jeunes, des vieux, tout en espérant passer inaperçus, maudissant notre maladresse innée...
Je me suis souvenu qu'autrefois, une jeune fille persuadée que ma passion pour cette musique me conduirait à conduire ses pas et autres boleos faillit me congédier lorsque je lui avouais mon incompétence en la matière. Fort heureusement, j'avais à cette époque d'autres qualités qui m'évitèrent de passer une nuit sous les ponts de la Seine.
La prof de piano insiste. Elle peut nous apprendre, ce n'est pas difficile. Comment lui expliquer que c'est un peu tard, que nous sommes déjà Cuesta abajo ?
J'ai lu ou entendu quelque part que cette musique avait été créée dans les bas-fonds de Buenos Aires et de la Plata (le fleuve séparant l'Argentine de l'Uruguay), que les hommes, fort nombreux dans la capitale argentine au début du XXe siècle, en ont inventé les pas en dansant entre eux dans les bordels, le temps qu'une fille se libère.
Comme tout genre, le tango a été maintes fois revisité depuis le démiurge Piazzola. Il y a quelques années, j'ai découvert un nouvel interprète, un type à la voix déraillée, venu du rock post-punk, Daniel Melingo.
C'est à Madrid, dans les années de la Movida, que l'on trouve trace de Melingo. Il collabore notamment au groupe Los abuelos de la nada, au sein duquel il croise Andrès Calamaro aux claviers, Melingo jouant du saxo.



Après une vie déjà bien remplie, arrosée et survitaminée, dans les années 1990, Melingo revient à Buenos Aires et renoue avec le tango en fabriquant une émission de télévision dédiée au genre. Puis se lance dans la composition tanguée et des reprises de classiques et chansons du folklore. Un doux et furieux mélange des genres dont on ne se lasse pas.






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