mardi 28 juillet 2015

Deuxième degré



J’aimerais raconter comment tout s’est passé, mais on ne me croirait pas. Et puis, je ne sais plus très bien. J’ai sonné chez elle et elle m’a ouvert. J’avais du mal à réaliser que ça faisait deux ans sans se voir. A cette époque, je buvais dès le matin. Elle s’apprêtait à aller à une de ses réunions d’ailleurs. Elle a ouvert, j’ai fait le con, je n’avais pas trop le choix. Elle n’avait pas l’air ravi de me voir. J’avais acheté des macarons, je savais qu’elle adorait ça. Alors, je lui ai souhaité un bon anniversaire et elle m’a laissé entrer. Ah non, avant, je crois bien qu'elle a ri. Parce que son anniversaire, c’était trois mois auparavant. Ou deux mois plus tard. Je ne retiens jamais les dates. Encore moins quand j’ai bu. Elle a ri et elle m’a fait rire aussi. J’ai dit qu’on pouvait se parler ailleurs que sur un palier, que beaucoup d’eau avait coulé. J’ai demandé à Maria si elle connaissait cette expression française. Elle a gaffé ma bouteille de champ’ et, du haut de ses talons aiguille, m’a dit qu’en tous cas, elle savait que ça, c’était pas de l’eau.
On s’est retrouvés dans la cuisine. Elle m’a parlé de sa réunion à 17h en préparant un thé. J’ai ouvert la bouteille et nous ai servi deux coupes.
- Pas pour moi, merci.
- Exceptionnellement ! Para tu cumpleaños !
Elle n’a rien dit. Même pas corrigé mon accent. Elle s'est contenté de verser l’eau sur l’herbe au fond de la théière.
- Elle a drôlement grandi.
Là non plus, elle n’a rien dit. Elle a posé les tasses sur la table de la cuisine, la même qu’avant. J’ai continué à regarder les photos de sa fille, en cherchant quoi rajouter. Je lui ai tendu une coupe, elle a hésité, l’a finalement prise, a trinqué avec moi, et l’a vidée dans l’évier.
- C'est ça, ta méthode ?
- Tu devrais essayer.
J’avais envie de l’embrasser, sentir sa peau contre la mienne. 
- Ok, à partir d'aujourd'hui, je me mets au thé.
J’ai avalé le champagne et me suis servi du thé.
- C'est trop tôt ! C'est pas encore…
- Il n'y a toujours pas de mot en espagnol pour infuser ?
- Toujours pas.
J’ai continué sur ma lancée et trempé mes lèvres dans la tasse. J’ai hurlé lorsque ma langue a été en contact avec l’eau chaude, prétexté que je m’étais brûlé au deuxième degré au moins, tiré ma langue pour qu’elle me croit, l’ai attirée vers moi pour l’embrasser, prétextant que ça me soulagerait, un baiser. J’ai plongé comme avant. Elle y a répondu, j’en suis sûr, avant de me repousser, me traiter de loco.
- N'a pas de sens.
On est resté comme deux cons, sans savoir comment embrayer. Je me suis resservi une coupe et elle a ouvert la boîte de gâteaux. C’est alors qu’elle a éclaté de rire.
- T'attends du monde ?
- Ils n'avaient plus la taille normale, que des minis, et j’ai dû me planter dans les proportions, j’ai jamais été fort en
maths.
Ça n’a duré qu’un temps, le bonheur. Je savais ce qui manquait, la musique. Un tango, comme elle les aimait.
- Si tu recommences ça, je te mets dehors.
J’ai juré que je saurais me tenir. Je lui ai même proposé de l’accompagner à sa réunion. Elle a décliné ma proposition.
- Et toi, tu vois quelqu’un ?
- Quelqu’un ? Tu me demandes si je couche avec d’autres filles ?
- Sûrement pas.
-
Tu me sous-estimes.
- Non, c'est mon français. Sûrement pas, je voulais dire que je ne te demande pas ça, non sûrement pas !
J’ai tenté de retrouver quelque chose de léger, j’ai parlé de la vie, de mes conneries, ai redemandé pardon, la mort aussi, que c’était trop con de ne pas nous être vus depuis tout ce temps, qu’on en avait qu’une de vie, qu’on regretterait un jour, ce genre de choses…
- Moi, non. Je sais que c’est la bonne décision.
Tu ne me manques pas et je vais beaucoup mieux sans toi.










3 commentaires:

  1. Par temps maussade sous le Casino municipal à l'angle de chez Dodin le pâtissier-glacier de la Grande Plage.

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