mardi 11 octobre 2016
vendredi 7 octobre 2016
La liberté des autres
Etranges étrangers
Etranges étrangers
Kabyles de la Chapelle et des quais de Javelhommes de pays loincobayes des coloniesdoux petits musicienssoleils adolescents de la porte d’ItalieBoumians de la porte de Saint-OuenApatrides d’Aubervilliersbrûleurs des grandes ordures de la ville de Parisébouillanteurs des bêtes trouvées mortes sur piedau beau milieu des ruesTunisiens de Grenelleembauchés débauchésmanœuvres désœuvrésPolacks du Marais du Temple des Rosierscordonniers de Cordoue soutiers de Barcelonepêcheurs des Baléares ou du cap Finistèrerescapés de Francoet déportés de France et de Navarrepour avoir défendu en souvenir de la vôtrela liberté des autres
Esclaves noirs de Fréjustiraillés et parquésau bord d’une petite meroù peu vous vous baignezEsclaves noirs de Fréjusqui évoquez chaque soirdans les locaux disciplinairesavec une vieille boîte à cigareset quelques bouts de fil de fertous les échos de vos villagestous les oiseaux de vos forêtset ne venez dans la capitaleque pour fêter au pas cadencéla prise de la Bastille le quatorze juillet
Enfants du Sénégaldépatriés expatriés et naturalisés
Enfants indochinoisjongleurs aux innocents couteauxqui vendiez autrefois aux terrasses des cafésde jolis dragons d’or faits de papier pliéEnfants trop tôt grandis et si vite en allésqui dormez aujourd’hui de retour au paysle visage dans la terreet des bombes incendiaires labourant vos rizièresOn vous a renvoyéla monnaie de vos papiers doréson vous a retournévos petits couteaux dans le dos.
Etranges étrangers
Vous êtes de la villevous êtes de sa viemême si mal en vivezmême si vous en mourez.
Jacques Prévert, in La pluie et le beau temps, 1955.
jeudi 6 octobre 2016
Pouce(s) !
Je crois que c'est fini. Je suis fatiguée. La semaine dernière, je pense que c'était la dernière fois. Nous devions nous voir mardi. Il m'avait dit que nous pouvions passer tout l'après-midi ensemble, chez lui. C'est la première fois qu'il m'invitait, que j'avais le droit de connaître sa maison. Trois ans. Il a fallu trois ans pour que ce soit possible… Mardi matin, j'ai loué une voiture pour pouvoir y aller. J'avais un tas de boulot, mais il me manquait tellement… Depuis ses vacances avec sa copine, je ne l'avais pas revu. J'avais interdiction de communiquer avec lui durant leur séjour en Espagne. Mais dès qu'il est rentré, nos conversations sur WhatsApp ont repris. Et le désir avec. L'excitation. Mardi, à midi, il m'appelle. Il annule. Ça va être trop juste, à cause du boulot : il a une conférence à préparer, sort un livre cette semaine, fait une émission de radio… Je ne me suis pas énervée. J'ai dit C'est pas grave, on se voit une autre fois, moi aussi, j'ai du boulot. Le soir, ça repart. Il veut me voir, insiste. C'était pas facile. J'avais les enfants. Je m'étais libérée pour le mardi, mais seulement pour l'après-midi, le soir, je rentrais m'occuper d'eux. Il voulait absolument qu'on passe deux-trois heures à l'hôtel. Il n'avait pas le temps pour plus. Pas de dîner avant. Il ne passait même pas me chercher. On irait pas loin de mon quartier alors. Je m'en fichais, j'avais besoin de le voir, son corps me manquait. On se retrouve dans un hôtel, pas loin de la gare, et c'est moi qui prend l'initiative, c'est moi qui paie maintenant. Le réceptionniste me demande ma carte d'identité. Je ne l'avais pas sur moi. J'étais sortie de manière un peu précipitée, après le dîner des enfants, j'avais laissé la grande les coucher et je n'avais pas pensé à prendre mes papiers, juste ma carte bleue pour payer la chambre. Ce n'est pas grave, on va dans un autre hôtel. Dans la rue, il m'engueule Comment tu peux être aussi sotte ?! Tu sais bien pourquoi on se voit ! Tu gâches tout ! Je ne dis rien et rebelotte. Dans le nouvel hôtel, on me demande de nouveau mes papiers. Je ne comprends pas, c'est la première fois que je vois ça. Je ne sais pas si c'est dû à un renforcement des normes de sécurité… J'essaie de parlementer. Le type ne voulait rien entendre. Et lui, il ne dit rien. Il est à côté de moi et ne dit rien. Il avait sûrement ses papiers puisqu'il se déplace en voiture. Mais rien. Il ne dit rien. Ça m'a totalement refroidie, je n'avais plus de désir. Je suis sortie de l'hôtel. Il me suivait en m'engueulant. Je lui ai dit que dans la vie, les histoires, parfois il y a ce genre de moments non productifs, que ça la constitue et nous constitue. Il ne voulait rien entendre. Tu sais pourquoi on se voit ! Tu es inconsciente ! C'est dingue ! J'ai hélé un taxi et je suis rentrée. Je crois que c'est fini. Il m'a envoyé un message tout à l'heure. Il veut qu'on se parle. Mais j'ai besoin d'autre chose. Je ne peux pas entretenir une passion avec mes pouces, en l'alimentant uniquement de conversations sur téléphone et de temps à autre, un tour à l'hôtel. Je suis fatiguée… Je te ressers un verre ?
mercredi 5 octobre 2016
Spécimens littéraires
Nous avons été à ce point dominés, écrasés, possédés par la réalité, par le monde, que nous avons fini par être chassés de ce monde : notre roman se réfugie dans le fantastique, dans le bizarre, dans le maniérisme, dans le refus de voir, d'aborder, de se battre, d'affronter, il fuit dans le formalisme, dans l'informe, dans l'informel et dans l'informulé. Et lorsque même ces dérobades ne permettent pas au romancier de se libérer de sa terreur du réel, il cherche alors à se libérer du roman lui-même : il annonce « la mort du roman », cette euthanasie.Nous avons été piétinés, mutilés, réduits en bouillie par la Puissance, avalés et digérés par la réalité pour être ensuite éliminés sous forme de spécimens littéraires, simples signes cliniques de notre semi-existence terrorisée : la création littéraire n'est même plus un « conditionnement », c'est une défécation sous l'effet de la torture.
Romain Gary
mardi 4 octobre 2016
lundi 3 octobre 2016
samedi 1 octobre 2016
Folie de l'oubli
La fille passait maintenant la serpillière. Accoudé au comptoir en face de moi, il n'avait pas bougé de la soirée, éclusant pinte sur pinte bien après les heures joyeuses. Sa tronche transparente me foutait la honte, comment tenait-il encore debout le front couvert de sueur ? Pas une seule fois il n'avait ouvert la gueule si ce n'est pour en redemander une. Personne ne m'attendait ni ce soir ni demain, l'espoir, la foi, l'amour exilés à jamais - belle contrée mais trop peuplée. C'était ne rien avoir voulu voir, les yeux grands fermés sur la profonde nature de nous tous - oui, toi aussi. Folie de l'oubli. J'avais demandé tout seul mon remplacement avant la fin de la rencontre sans repasser par le vestiaire, je connaissais parfaitement tout ça sans rien y comprendre. Les paris avaient tout faussé. Le type a repris ses grimaces, laissé traîner encore ses yeux flous sur moi sans même me regarder. Reflet sans miroir. J'ai vite maté les fesses de la fille quand elle s'est saisi de son seau, trop grosses pour mon dégoût. J'ai jeté un bifton sur le faux zinc, glissé sur le sol jusqu'au rideau de fer bien bas. Salut, ai-je entendu dans mon dos, prends soin de toi. C'était une voix de pauvre type. Celle que j'avais à l'intérieur.
vendredi 30 septembre 2016
Comme un taureau rétif
Carole Bellaïche
Ce travail de ramollir la brique chaque jour, ce travail de se frayer passage dans la masse gluante qui se proclame monde, tous les matins se heurter au parallélépipède au nom répugnant avec la satisfaction minable que tout est bien à sa place, la même femme à ses côtés, les mêmes souliers, le même goût du même dentifrice, la même tristesse des maisons d’en face, l’échiquier sali des fenêtres avec son enseigne HÔTEL DE BELGIQUE.
Comme un taureau rétif pousser de la tête contre la masse transparente au cœur de laquelle nous prenons notre café au lait et ouvrons le journal pour savoir ce qui se passe aux quatre coins de la brique de verre. Refuser que l’acte délicat de tourner un bouton de porte, cet acte par lequel tout pourrait être transformé, soit accompli avec la froide efficacité d’un geste quotidien. A tout à l’heure, chérie, bonne journée.
Serrer une petite cuillère entre deux doigts et sentir son battement de métal, son éveil inquiet. Comme cela fait mal de renier une petite cuillère, de renier une porte, de renier tout ce que l’habitude lèche pour lui donner la souplesse désirée. C’est tellement plus commode d’accepter la facile sollicitude de la cuillère, de l’utiliser pour tourner son café.
Et ce n’est pas si mal au fond que les choses nous retrouvent tous les jours et soient les mêmes. Qu’il y ait la même femme à nos côtés, le même réveil, et que le roman ouvert sur la table se remette en marche sur la bicyclette de nos lunettes. Pourquoi serait-ce mal ? Mais comme un taureau triste il faut baisser la tête, du centre de la brique de verre pousser vers le dehors, vers tout le reste si près de nous, insaisissable, comme le picador si près du taureau. Se punir les yeux en regardant cette chose qui passe dans le ciel et accepte sournoisement son nom de nuage, son modèle catalogué dans la mémoire. Ne crois pas que le téléphone va te donner les numéros que tu cherches. Pourquoi te les donnerait-il ? Il n’arrivera que ce que tu as déjà préparé et résolu, le triste reflet de ton espérance, ce singe qui se gratte sur une table et tremble de froid. Écrabouille-le ce singe, fonce contre le mur et ouvre une brèche. Oh, comme on chante à l’étage au-dessus ! Il y a un étage au-dessus où vivent des gens qui ignorent leur étage en dessous, et nous sommes tous dans la brique de verre. Mais si soudain une mite se pose au bout de mon crayon et bat comme un feu sous la cendre, regarde-la, moi je la regarde, je palpe son cœur minuscule et je l’entends, cette mite résonne dans la pâte de verre congelé, tout n’est pas perdu. Quand j’ouvrirai la porte, quand je sortirai sur le palier, je saurai qu’en bas commence la rue, non pas le modèle accepté d’avance, non pas les maisons déjà connues, non pas l’hôtel d’en face : la rue, forêt vivante où chaque instant peut me tomber dessus comme une fleur de magnolia, où les visages vont naître de l’instant où je les regarde, lorsque j’avancerai d’un pas, lorsque je me cognerai des coudes, des cils et des ongles à la pâte de verre de la brique et que pas à pas je risquerai ma vie pour aller acheter le journal au kiosque du coin.
Julio Cortázar, Cronopes et Fameux, Gallimard,
Trad. Laure Guille-Bataillon
mercredi 28 septembre 2016
mardi 27 septembre 2016
Un sport naïf
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| Henri Cartier-Bresson |
- (...) Le fossoyeur était mon ami. C'était un homme très sympathique et il savait que mon plus grand plaisir était de recevoir des crânes. Lorsqu'il enterrait quelqu'un, j'accourais pour voir s'il ne pouvait pas m'en donner un. Ce qui me plaisait, c'était... c'était de jouer au football avec. J'avais un faible pour les crânes. Aussi, j'aimais bien voir le fossoyeur les déterrer.- Etait-ce un plaisir morbide ou un jeu innocent ?- Les deux, je crois. En tout cas, j'aimais jouer au football. Je me souviens, quand je suivais des yeux le crâne qui tournoyait en l'air et que je me précipitais pour l'attraper... C'était plutôt un sport naïf. Je savais qu'il n'était pas permis de jouer au foot avec des crânes, j'étais bien conscient qu'il s'agissait d'une chose anormale. D'ailleurs, je n'en parlais à personne. Pourtant, cela ne relevait pas d'un sentiment morbide, mais procédait plutôt d'une sorte de familiarité avec l'univers de la mort ; il y avait la proximité du cimetière, les enterrements (...)
Gabriel Liiceanu, Itinéraires d'une vie : Cioran
dimanche 25 septembre 2016
Sûr que cette histoire t'est familière
Ah, le temps, et tout se comprend !
Comme il nous revientparfois à la mémoiredes choses sans importanceque nous laissonspour le lendemainil y a longtemps déjàje me suis rappelévieil amourquand je t'aimai.
***
Sûr que cette histoire t'est familière
Au bout du comptoirune femme ; unefemme a prioricomme tant d'autres : qui fume,boit, bavarde, et rejetteses cheveux en arrièreje dis bien, comme tant d'autres.Jusqu'à ce que sonregard croise par hasardle tien– du moins en as-tu l'impression –et un brefinstantle temps est supendu,et cette femme est unique,et tout change,et tout peut arriver.Tout.Mais aussi– comme c'estpresque toujours le cas –il est possible
qu'il ne se passeabsolument rien.
***
Ton père est parti en voyage
J'étais en train de pisserquand on m'appritla nouvelle.J'avais 7 ans.Un gamin est arrivédans mon dos,et il me l'a dit.Aussi simple que ça.Ensuite le curé m'a fait venirdans son bureau– là où il s'enfermaitle dimancheavec le vinles gâteauxet la mère supérieure –,pour me sortir les bobardsd'usage.Que mon pèren'était pas mortpour de bon,qu'en réalitéil était juste parti en voyage,et qu'un journous allions nous revoiraux côtés de Dieu.Je me souviensque l'expression « aux côtés »m'avait un peu chiffonné,mais je n'ai rien dit,au cas où.Je suis restélà,en silence,attendant…jusqu'à ce que soudain le curém'attrape par les épaules,me regarde un momentdans les yeux,et me dise que je devais être fortdésormaiset agir comme un hommeet ne pas pleurer.Et retournerjouer dans la cour.Le lendemainon enterraitmon père.Et cet après-midi-làdans l'églisede mon quartier,un autre curé l'appelapoussière,serviteur,défunt,et je ne sais quelle autreconnerie.La vérité, c'est qu'il vintbeaucoup de monde.Et que mes tantesme caressèrent la têteplusieurs fois.Et aussique j'écoutai le curéet ne pleurai pas.C'est ainsique ça s'est passé.Je veux juste ajouterque mon père fut un chictype,un chic typepeu chanceux.Et que je n'ai mêmepas eu le tempsde l'aimer.
Karmelo C. Iribarren, La Ciudad, antología poética 1985-2014,
Renacimiento, Sevilla
traduction maison
vendredi 23 septembre 2016
Du matraquage (médiatique)
C'est ma fille aînée, - contrairement à son daron, elle fut de toutes les manifs du printemps dernier et de celle de la rentrée - qui a attiré mon attention sur ce petit docu fort intéressant, réalisé avec les moyens du bord, en piochant dans les images filmées par les marcheurs et celles diffusées par les grands médias, avec un sens du montage affûté, clé de tout bon film.
Bonus sur ce sujet, lire ici la présentation par Acrimed du livre de Patrick Champagne, La Double Dépendance, éd. Raisons d'agir, 8 euros.
jeudi 22 septembre 2016
mercredi 21 septembre 2016
lundi 19 septembre 2016
samedi 17 septembre 2016
Une vie dessoudée
![]() |
| Nicolas Yantchevsky |
Je ne sais plus si j'ai dormi ou si, de sauts en sauts, je n'ai pas déssoudé ma vie. On disait ça, là-bas. Là-bas, dans le quartier, dans certaines rues plus que dans d'autres. Il y avait les maisons grises, au plâtre boursouflé, aux clous rouillés qui abandonnaient leur trou, qui ne retenaient plus rien. Des rues qui s'écroulaient, sans âge, avec des impasses sans lumière, où il faisait bon traîner. On dessoudait sa vie en tombant de l'échelle, après la halte de midi.
Fred Deux, Entrée de secours, éditions Le Temps qu'il fait
vendredi 16 septembre 2016
Les tueurs
des doigts je compte les piècesau fond de la pochede quoi tenir l'éternitéet un peu plusles dernières feuilles du rouleaude pq chuchottent à mon culd'y aller avec modération
dans l'attente de la fin du mois
ne plus entendre la plainte du frigo vide
débranché !
et réduire facture soif envies faut éviter la populaire en noir et blancvieux merci j'avais hierune tranche de jambon frais
vais pouvoir attendre demainmidi pour les restes de ce soirapportés par la voisine la grosse tu sais celledu premier si elle ne m'oublie pas
cette foisje boufferais bien aussises seins felliniens l'autre jourelle m'a dit qu'elle aura des fesses de mannequinbientôt grâce à l'aquabike trois fois par semaine faut entretenir le désir dans le coupledeux ans sans femmesans boulot sans voir ma gossesans espoir sans illusion
plus un amidemain je me lave pour retourner les voirla barbeça peut encore aller pas tout de suite faut resterpropre digne joyeux amène poli docilesoumis sans un mot plus haut que les autrestous ceux qui attendent qu'on en finisseavec nous une bonne fois pour toutesj'aurai quarante-deux ans samediou quarante-trois je sais plus quelle annéeon est je sais plus rienje sais seulement que pour eux
pour vous tous je suis fini
restez chez vous là d'où vous venezlongtemps que le téléphone n'a sonnéau suivant envoyez la fournéesont comment les tueurs
cette année ?
mercredi 14 septembre 2016
Guillaume, les garçons et moi
J'apprends incidemment que notre belle cinématographie sera représentée aux Oscars par l'un de ces quatre films : Frantz de François Ozon, Les Innocentes d'Anne Fontaine, Elle de Paul Verhoeven et Cézanne et Moi de Danièle Thompson. Soyons honnête, je n'ai vu aucune de ces productions. Et me fiche totalement des Oscars, des Césars et des hémorroïdes, en général. Il se trouve que j'ai aperçu l'autre soir la bande-annonce pas très bandante du film de la fille Oury - qui est au cinéma ce que BHL est à la pensée contemporaine, une sacrée imposture. Contrairement au philosophe du Flore, Danièle Thompson a pour le moment été épargnée par les attentats pâtissiers. Guillaume Gallienne aussi.
Il a pourtant l'air remarquable de crétin cabotinage dans le rôle de ce pauvre Cézanne. Comme il était on ne peut plus risible dans celui d'un maton de prison fou amoureux d'une taularde - d'après une histoire vraie, certainement.
Depuis le succès de Guillaume et les garçons, à table !, le film qu'il a lui-même tiré de son propre spectacle, ce sociétaire de la Comédie française est devenu aussi bankable que Cotillard, Canet (qui a l'air grandiose en Zola de SFP), Tautou, Dujardin et tous ces noms qui font la gloire de notre culture aseptisée. Le Gallienne, comme on disait la Garbo, est prêt à tout pour éblouir son public et sa maman. Tombé en plein faux-débat médiatique sur le mariage pour tous, le film de ce catholique orthodoxe, comme il aime se définir, avait emporté l'adhésion générale en grande partie pour son coming-out à l'envers, bien dans le sens du vent putride qui soufflait alors sur l'hexagone. Souvenons-nous de la manière choisie pour décrire ses errements sexuels. Attiré par les toilettes des dames - et de sa maman -, persuadé par son environnement qu'il n'était qu'un petit pédé, il tentait l'expérience homo mais tombait malheureusement tout d'abord dans un piège monté par de sales Arabes (scène anticipant la sortie de Gallienne contre le film de Philippe Faucon), puis sur un étalon au membre effrayant. Cela était suffisant pour le/nous persuader que le monde gay est assez répugnant et qu'un simple regard porté sur une femme suffit pour vous la faire épouser sur le champ.
GG est un homme d'aujourd'hui. Hypocrite, ambitieux, opportuniste, positif, ouvert, malléable, socio-démocrate-chétien-libéral, européen convaincu comme il l'a démontré lors de la campagne 2014.
Gallienne est le gendre idéal. Raffiné, propre sur lui, cultivé, omniprésent dans les médias, après avoir fait le zouave sur une moribonde chaîne cryptée privée, il convainc depuis des années l'auditeur distrait des ondes publiques que la littérature, contrairement à l'homosexualité, ça ne peut pas faire de mal. L'an dernier, dans une autre campagne institutionnelle, il se faisait même passer pour Thomas Bernhard, à l'instar il est vrai d'autres valeurs sûres de notre patrimoine comme le rappeur Booba...
Les dernières rumeurs du Landerneau cinématographique le situent en très bonne position pour tenir le rôle principal dans le biopic que s'apprête à réaliser Steven Spielberg sur Charles Bukowski. Un Oscar pour Cézanne serait un plus... Ou une tarte !
Les dernières rumeurs du Landerneau cinématographique le situent en très bonne position pour tenir le rôle principal dans le biopic que s'apprête à réaliser Steven Spielberg sur Charles Bukowski. Un Oscar pour Cézanne serait un plus... Ou une tarte !
lundi 12 septembre 2016
Porte de secours
Eikoh Hosoe
Que de préambules qui mijotent dans chaque évier !♢Chacun s'estime à la place d'autrui qui est lui-même.♢
J'écris contre tous. Mais d'emblée mes paroles se dressent sur leurs pieds, comme un seul homme.♢
J'ai appris à devenir poète chez un illettré, aveugle de naissance, et marchant sur deux béquilles branlantes.
♢
C'était demain. Et hier, désespérément cherchera une porte de secours.♢
Chaque malentendu abrite beaucoup de locataires non-déclarés.♢
La nappe commençait à sévir, en renversant toutes les assiettes qui se posaient tendrement sur elle. C'était par jalousie.♢
Le visage seul, trop maquillé, prouvait qu'elle était femme. Pour le reste, c'était ventriloque.♢
Non. Quand je dis oui, le poème se fendille et s'égoutte.♢
Quand mes adverbes sont de sortie, j'écris des verbes carnassiers qui les poursuivent.♢Il était ferme dans ses irrésolutions farouches.♢
On n'a qu'à répéter ce qui jamais encore n'a été dit.♢
Il est difficile de remédier à toutes les joies de l'existence.♢
Pas de vaccin contre la peste de l'esprit trop éduqué.♢
Et si c'était vraiment impossible ? Quel soulagement !
C'est encore à l'ami L.W-O que je dois la découverte de Paul Valet. Dont tous les titres sont épuisés. Celui-ci aussi. Mais contrairement à ce cher L.W-O qui se réjouit d'imaginer des amateurs de l'ami Schiffter se ruiner, je ne possède qu'un seul exemplaire de Multiphages, et je peux, pour celui ou celle que ça intéresse, communiquer discrètement l'adresse d'une librairie parisienne qui en possède encore UN exemplaire. A bon entendeur(se)…
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