vendredi 7 octobre 2016

La liberté des autres


Etranges étrangers

Etranges étrangers
Kabyles de la Chapelle et des quais de Javel
hommes de pays loin
cobayes des colonies
doux petits musiciens
soleils adolescents de la porte d’Italie
Boumians de la porte de Saint-Ouen
Apatrides d’Aubervilliers
brûleurs des grandes ordures de la ville de Paris
ébouillanteurs des bêtes trouvées mortes sur pied
au beau milieu des rues
Tunisiens de Grenelle
embauchés débauchés
manœuvres désœuvrés
Polacks du Marais du Temple des Rosiers
cordonniers de Cordoue soutiers de Barcelone
pêcheurs des Baléares ou du cap Finistère
rescapés de Franco
et déportés de France et de Navarre
pour avoir défendu en souvenir de la vôtre
la liberté des autres


Esclaves noirs de Fréjus
tiraillés et parqués
au bord d’une petite mer
où peu vous vous baignez
Esclaves noirs de Fréjus
qui évoquez chaque soir
dans les locaux disciplinaires
avec une vieille boîte à cigares
et quelques bouts de fil de fer
tous les échos de vos villages
tous les oiseaux de vos forêts
et ne venez dans la capitale
que pour fêter au pas cadencé
la prise de la Bastille le quatorze juillet

Enfants du Sénégal
dépatriés expatriés et naturalisés

Enfants indochinois
jongleurs aux innocents couteaux
qui vendiez autrefois aux terrasses des cafés
de jolis dragons d’or faits de papier plié
Enfants trop tôt grandis et si vite en allés
qui dormez aujourd’hui de retour au pays
le visage dans la terre
et des bombes incendiaires labourant vos rizières
On vous a renvoyé
la monnaie de vos papiers dorés
on vous a retourné
vos petits couteaux dans le dos.

Etranges étrangers

Vous êtes de la ville
vous êtes de sa vie
même si mal en vivez
même si vous en mourez.

Jacques Prévert, in La pluie et le beau temps, 1955.

jeudi 6 octobre 2016

Pouce(s) !


Je crois que c'est fini. Je suis fatiguée. La semaine dernière, je pense que c'était la dernière fois. Nous devions nous voir mardi. Il m'avait dit que nous pouvions passer tout l'après-midi ensemble, chez lui. C'est la première fois qu'il m'invitait, que j'avais le droit de connaître sa maison. Trois ans. Il a fallu trois ans pour que ce soit possible… Mardi matin, j'ai loué une voiture pour pouvoir y aller. J'avais un tas de boulot, mais il me manquait tellement… Depuis ses vacances avec sa copine, je ne l'avais pas revu. J'avais interdiction de communiquer avec lui durant leur séjour en Espagne. Mais dès qu'il est rentré, nos conversations sur WhatsApp ont repris. Et le désir avec. L'excitation. Mardi, à midi, il m'appelle. Il annule. Ça va être trop juste, à cause du boulot : il a une conférence à préparer, sort un livre cette semaine, fait une émission de radio… Je ne me suis pas énervée. J'ai dit C'est pas grave, on se voit une autre fois, moi aussi, j'ai du boulot. Le soir, ça repart. Il veut me voir, insiste. C'était pas facile. J'avais les enfants. Je m'étais libérée pour le mardi, mais seulement pour l'après-midi, le soir, je rentrais m'occuper d'eux. Il voulait absolument qu'on passe deux-trois heures à l'hôtel. Il n'avait pas le temps pour plus. Pas de dîner avant. Il ne passait même pas me chercher. On irait pas loin de mon quartier alors. Je m'en fichais, j'avais besoin de le voir, son corps me manquait. On se retrouve dans un hôtel, pas loin de la gare, et c'est moi qui prend l'initiative, c'est moi qui paie maintenant. Le réceptionniste me demande ma carte d'identité. Je ne l'avais pas sur moi. J'étais sortie de manière un peu précipitée, après le dîner des enfants, j'avais laissé la grande les coucher et je n'avais pas pensé à prendre mes papiers, juste ma carte bleue pour payer la chambre. Ce n'est pas grave, on va dans un autre hôtel. Dans la rue, il m'engueule Comment tu peux être aussi sotte ?! Tu sais bien pourquoi on se voit ! Tu gâches tout ! Je ne dis rien et rebelotte. Dans le nouvel hôtel, on me demande de nouveau mes papiers. Je ne comprends pas, c'est la première fois que je vois ça. Je ne sais pas si c'est dû à un renforcement des normes de sécurité… J'essaie de parlementer. Le type ne voulait rien entendre. Et lui, il ne dit rien. Il est à côté de moi et ne dit rien. Il avait sûrement ses papiers puisqu'il se déplace en voiture. Mais rien. Il ne dit rien. Ça m'a totalement refroidie, je n'avais plus de désir. Je suis sortie de l'hôtel. Il me suivait en m'engueulant. Je lui ai dit que dans la vie, les histoires, parfois il y a ce genre de moments non productifs, que ça la constitue et nous constitue. Il ne voulait rien entendre. Tu sais pourquoi on se voit ! Tu es inconsciente ! C'est dingue ! J'ai hélé un taxi et je suis rentrée. Je crois que c'est fini. Il m'a envoyé un message tout à l'heure. Il veut qu'on se parle. Mais j'ai besoin d'autre chose. Je ne peux pas entretenir une passion avec mes pouces, en l'alimentant uniquement de conversations sur téléphone et de temps à autre, un tour à l'hôtel. Je suis fatiguée… Je te ressers un verre ?

 

mercredi 5 octobre 2016

Spécimens littéraires


Nous avons été à ce point dominés, écrasés, possédés par la réalité, par le monde, que nous avons fini par être chassés de ce monde : notre roman se réfugie dans le fantastique, dans le bizarre, dans le maniérisme, dans le refus de voir, d'aborder, de se battre, d'affronter, il fuit dans le formalisme, dans l'informe, dans l'informel et dans l'informulé. Et lorsque même ces dérobades ne permettent pas au romancier de se libérer de sa terreur du réel, il cherche alors à se libérer du roman lui-même : il annonce « la mort du roman », cette euthanasie.
Nous avons été piétinés, mutilés, réduits en bouillie par la Puissance, avalés et digérés par la réalité pour être ensuite éliminés sous forme de spécimens littéraires, simples signes cliniques de notre semi-existence terrorisée : la création littéraire n'est même plus un « conditionnement », c'est une défécation sous l'effet de la torture.

Romain Gary



samedi 1 octobre 2016

Folie de l'oubli


La fille passait maintenant la serpillière. Accoudé au comptoir en face de moi, il n'avait pas bougé de la soirée, éclusant pinte sur pinte bien après les heures joyeuses. Sa tronche transparente me foutait la honte, comment tenait-il encore debout le front couvert de sueur ? Pas une seule fois il n'avait ouvert la gueule si ce n'est pour en redemander une. Personne ne m'attendait ni ce soir ni demain, l'espoir, la foi, l'amour exilés à jamais - belle contrée mais trop peuplée. C'était ne rien avoir voulu voir, les yeux grands fermés sur la profonde nature de nous tous - oui, toi aussi. Folie de l'oubli. J'avais demandé tout seul mon remplacement avant la fin de la rencontre sans repasser par le vestiaire, je connaissais parfaitement tout ça sans rien y comprendre. Les paris avaient tout faussé. Le type a repris ses grimaces, laissé traîner encore ses yeux flous sur moi sans même me regarder. Reflet sans miroir. J'ai vite maté les fesses de la fille quand elle s'est saisi de son seau, trop grosses pour mon dégoût. J'ai jeté un bifton sur le faux zinc, glissé sur le sol jusqu'au rideau de fer bien bas. Salut, ai-je entendu dans mon dos, prends soin de toi. C'était une voix de pauvre type. Celle que j'avais à l'intérieur.

vendredi 30 septembre 2016

Comme un taureau rétif

Carole Bellaïche

Ce travail de ramollir la brique chaque jour, ce travail de se frayer passage dans la masse gluante qui se proclame monde, tous les matins se heurter au parallélépipède au nom répugnant avec la satisfaction minable que tout est bien à sa place, la même femme à ses côtés, les mêmes souliers, le même goût du même dentifrice, la même tristesse des maisons d’en face, l’échiquier sali des fenêtres avec son enseigne HÔTEL DE BELGIQUE.
Comme un taureau rétif pousser de la tête contre la masse transparente au cœur de laquelle nous prenons notre café au lait et ouvrons le journal pour savoir ce qui se passe aux quatre coins de la brique de verre. Refuser que l’acte délicat de tourner un bouton de porte, cet acte par lequel tout pourrait être transformé, soit accompli avec la froide efficacité d’un geste quotidien. A tout à l’heure, chérie, bonne journée.
Serrer une petite cuillère entre deux doigts et sentir son battement de métal, son éveil inquiet. Comme cela fait mal de renier une petite cuillère, de renier une porte, de renier tout ce que l’habitude lèche pour lui donner la souplesse désirée. C’est tellement plus commode d’accepter la facile sollicitude de la cuillère, de l’utiliser pour tourner son café.
Et ce n’est pas si mal au fond que les choses nous retrouvent tous les jours et soient les mêmes. Qu’il y ait la même femme à nos côtés, le même réveil, et que le roman ouvert sur la table se remette en marche sur la bicyclette de nos lunettes. Pourquoi serait-ce mal ? Mais comme un taureau triste il faut baisser la tête, du centre de la brique de verre pousser vers le dehors, vers tout le reste si près de nous, insaisissable, comme le picador si près du taureau. Se punir les yeux en regardant cette chose qui passe dans le ciel et accepte sournoisement son nom de nuage, son modèle catalogué dans la mémoire. Ne crois pas que le téléphone va te donner les numéros que tu cherches. Pourquoi te les donnerait-il ? Il n’arrivera que ce que tu as déjà préparé et résolu, le triste reflet de ton espérance, ce singe qui se gratte sur une table et tremble de froid. Écrabouille-le ce singe, fonce contre le mur et ouvre une brèche. Oh, comme on chante à l’étage au-dessus ! Il y a un étage au-dessus où vivent des gens qui ignorent leur étage en dessous, et nous sommes tous dans la brique de verre. Mais si soudain une mite se pose au bout de mon crayon et bat comme un feu sous la cendre, regarde-la, moi je la regarde, je palpe son cœur minuscule et je l’entends, cette mite résonne dans la pâte de verre congelé, tout n’est pas perdu. Quand j’ouvrirai la porte, quand je sortirai sur le palier, je saurai qu’en bas commence la rue, non pas le modèle accepté d’avance, non pas les maisons déjà connues, non pas l’hôtel d’en face : la rue, forêt vivante où chaque instant peut me tomber dessus comme une fleur de magnolia, où les visages vont naître de l’instant où je les regarde, lorsque j’avancerai d’un pas, lorsque je me cognerai des coudes, des cils et des ongles à la pâte de verre de la brique et que pas à pas je risquerai ma vie pour aller acheter le journal au kiosque du coin.
Julio Cortázar, Cronopes et Fameux, Gallimard,
Trad. Laure Guille-Bataillon

mardi 27 septembre 2016

Un sport naïf

Henri Cartier-Bresson

- (...) Le fossoyeur était mon ami. C'était un homme très sympathique et il savait que mon plus grand plaisir était de recevoir des crânes. Lorsqu'il enterrait quelqu'un, j'accourais pour voir s'il ne pouvait pas m'en donner un. Ce qui me plaisait, c'était... c'était de jouer au football avec. J'avais un faible pour les crânes. Aussi, j'aimais bien voir le fossoyeur les déterrer.
- Etait-ce un plaisir morbide ou un jeu innocent ?
- Les deux, je crois. En tout cas, j'aimais jouer au football. Je me souviens, quand je suivais des yeux le crâne qui tournoyait en l'air et que je me précipitais pour l'attraper... C'était plutôt un sport naïf. Je savais qu'il n'était pas permis de jouer au foot avec des crânes, j'étais bien conscient qu'il s'agissait d'une chose anormale. D'ailleurs, je n'en parlais à personne. Pourtant, cela ne relevait pas d'un sentiment morbide, mais procédait plutôt d'une sorte de familiarité avec l'univers de la mort ; il y avait la proximité du cimetière, les enterrements (...)
Gabriel Liiceanu, Itinéraires d'une vie : Cioran

dimanche 25 septembre 2016

Sûr que cette histoire t'est familière



Ah, le temps, et tout se comprend !

Comme il nous revient
parfois à la mémoire
des choses sans importance
que nous laissons
pour le lendemain
il y a longtemps déjà

je me suis rappelé
vieil amour
quand je t'aimai.
 ***

Sûr que cette histoire t'est familière

Au bout du comptoir
une femme ; une
femme a priori
comme tant d'autres : qui fume,
boit, bavarde, et rejette
ses cheveux en arrière
je dis bien, comme tant d'autres.

                                  Jusqu'à ce que son
regard croise par hasard
le tien
– du moins en as-tu l'impression –
et un bref 
instant
le temps est supendu,
et cette femme est unique,
et tout change,
et tout peut arriver.

                                  Tout.
Mais aussi
– comme c'est
presque toujours le cas –
il est possible
qu'il ne se passe
absolument rien.
 ***

Ton père est parti en voyage

J'étais en train de pisser
quand on m'apprit
la nouvelle.
J'avais 7 ans. 
Un gamin est arrivé
dans mon dos,
et il me l'a dit.
Aussi simple que ça.
Ensuite le curé m'a fait venir
dans son bureau
– là où il s'enfermait
le dimanche
avec le vin
les gâteaux
et la mère supérieure –,
pour me sortir les bobards
d'usage.
Que mon père
n'était pas mort
pour de bon,
qu'en réalité
il était juste parti en voyage,
et qu'un jour
nous allions nous revoir
aux côtés de Dieu.
Je me souviens
que l'expression « aux côtés »
m'avait un peu chiffonné,
mais je n'ai rien dit,
au cas où.
Je suis resté
là,
en silence,
attendant…
jusqu'à ce que soudain le curé
m'attrape par les épaules,
me regarde un moment
dans les yeux,
et me dise que je devais être fort
désormais
et agir comme un homme
et ne pas pleurer.
Et retourner
jouer dans la cour. 
Le lendemain
on enterrait 
mon père.
Et cet après-midi-là
dans l'église
de mon quartier,
un autre curé l'appela
poussière,
serviteur,
défunt,
et je ne sais quelle autre
connerie.
La vérité, c'est qu'il vint
beaucoup de monde.
Et que mes tantes
me caressèrent la tête
plusieurs fois.
Et aussi
que j'écoutai le curé
et ne pleurai pas.
C'est ainsi
que ça s'est passé.
Je veux juste ajouter
que mon père fut un chic
type,
un chic type
peu chanceux.
Et que je n'ai même
pas eu le temps
de l'aimer.


Karmelo C. Iribarren, La Ciudad, antología poética 1985-2014, 
Renacimiento, Sevilla
traduction maison

vendredi 23 septembre 2016

Du matraquage (médiatique)

C'est ma fille aînée, - contrairement à son daron, elle fut de toutes les manifs du printemps dernier et de celle de la rentrée - qui a attiré mon attention sur ce petit docu fort intéressant, réalisé avec les moyens du bord, en piochant dans les images filmées par les marcheurs et celles diffusées par les grands médias, avec un sens du montage affûté, clé de tout bon film.




Bonus sur ce sujet, lire ici la présentation par Acrimed du livre de Patrick Champagne, La Double Dépendance, éd. Raisons d'agir, 8 euros.

samedi 17 septembre 2016

Une vie dessoudée

Nicolas Yantchevsky


Je ne sais plus si j'ai dormi ou si, de sauts en sauts, je n'ai pas déssoudé ma vie. On disait ça, là-bas. Là-bas, dans le quartier, dans certaines rues plus que dans d'autres. Il y avait les maisons grises, au plâtre boursouflé, aux clous rouillés qui abandonnaient leur trou, qui ne retenaient plus rien. Des rues qui s'écroulaient, sans âge, avec des impasses sans lumière, où il faisait bon traîner. On dessoudait sa vie en tombant de l'échelle, après la halte de midi. 

Fred Deux, Entrée de secours, éditions Le Temps qu'il fait

vendredi 16 septembre 2016

Les tueurs


des doigts je compte les pièces
au fond de la poche
de quoi tenir l'éternité
et un peu plus
les dernières feuilles du rouleau
de pq chuchottent à mon cul
d'y aller avec modération
dans l'attente de la fin du mois

ne plus entendre
la plainte du frigo vide
débranché !
et réduire facture soif
envies faut éviter la populaire en noir et blanc
vieux merci j'avais hier
une tranche de jambon frais
vais pouvoir attendre demain
midi pour les restes de ce soir
apportés par la voisine la grosse tu sais celle
du premier si elle ne m'oublie pas
cette fois 
je boufferais bien aussi
ses seins felliniens l'autre jour
elle m'a dit qu'elle aura des fesses de mannequin
bientôt grâce à l'aquabike trois fois par semaine faut entretenir le désir dans le couple
deux ans sans femme
sans boulot sans voir ma gosse
sans espoir sans illusion
plus un ami
demain je me lave pour retourner les voir
la barbe
ça peut encore aller pas tout de suite faut rester
propre digne joyeux amène poli docile
soumis sans un mot plus haut que les autres
tous ceux qui attendent qu'on en finisse
avec nous une bonne fois pour toutes
j'aurai quarante-deux ans samedi
ou quarante-trois je sais plus quelle année
on est je sais plus rien
je sais seulement que pour eux
pour vous tous je suis fini
restez chez vous là d'où vous venez
longtemps que le téléphone n'a sonné
au suivant envoyez la fournée
sont comment les tueurs
cette année ?



mercredi 14 septembre 2016

Guillaume, les garçons et moi

J'apprends incidemment que notre belle cinématographie sera représentée aux Oscars par l'un de ces quatre films : Frantz de François Ozon, Les Innocentes d'Anne Fontaine, Elle de Paul Verhoeven et Cézanne et Moi de Danièle Thompson. Soyons honnête, je n'ai vu aucune de ces productions. Et me fiche totalement des Oscars, des Césars et des hémorroïdes, en général. Il se trouve que j'ai aperçu l'autre soir la bande-annonce pas très bandante du film de la fille Oury - qui est au cinéma ce que BHL est à la pensée contemporaine, une sacrée imposture. Contrairement au philosophe du Flore, Danièle Thompson a pour le moment été épargnée par les attentats pâtissiers. Guillaume Gallienne aussi.





Il a pourtant l'air remarquable de crétin cabotinage dans le rôle de ce pauvre Cézanne. Comme il était on ne peut plus risible dans celui d'un maton de prison fou amoureux d'une taularde - d'après une histoire vraie, certainement.





Depuis le succès de Guillaume et les garçons, à table !, le film qu'il a lui-même tiré de son propre spectacle, ce sociétaire de la Comédie française est devenu aussi bankable que Cotillard, Canet (qui a l'air grandiose en Zola de SFP), Tautou, Dujardin et tous ces noms qui font la gloire de notre culture aseptisée. Le Gallienne, comme on disait la Garbo, est prêt à tout pour éblouir son public et sa maman. Tombé en plein faux-débat médiatique sur le mariage pour tous, le film de ce catholique orthodoxe, comme il aime se définir, avait emporté l'adhésion générale en grande partie pour son coming-out à l'envers, bien dans le sens du vent putride qui soufflait alors sur l'hexagone. Souvenons-nous de la manière choisie pour décrire ses errements sexuels. Attiré par les toilettes des dames - et de sa maman -, persuadé par son environnement qu'il n'était qu'un petit pédé, il tentait l'expérience homo mais tombait malheureusement tout d'abord dans un piège monté par de sales Arabes (scène anticipant la sortie de Gallienne contre le film de Philippe Faucon), puis sur un étalon au membre effrayant. Cela était suffisant pour le/nous persuader que le monde gay est assez répugnant et qu'un simple regard porté sur une femme suffit pour vous la faire épouser sur le champ. 
GG est un homme d'aujourd'hui. Hypocrite, ambitieux, opportuniste, positif, ouvert, malléable, socio-démocrate-chétien-libéral, européen convaincu comme il l'a démontré lors de la campagne 2014.




Gallienne est le gendre idéal. Raffiné, propre sur lui, cultivé, omniprésent dans les médias, après avoir fait le zouave sur une moribonde chaîne cryptée privée, il convainc depuis des années l'auditeur distrait des ondes publiques que la littérature, contrairement à l'homosexualité, ça ne peut pas faire de mal. L'an dernier, dans une autre campagne institutionnelle, il se faisait même passer pour Thomas Bernhard, à l'instar il est vrai d'autres valeurs sûres de notre patrimoine comme le rappeur Booba... 
Les dernières rumeurs du Landerneau cinématographique le situent en très bonne position pour tenir le rôle principal dans le biopic que s'apprête à réaliser Steven Spielberg sur Charles Bukowski. Un Oscar pour Cézanne serait un plus... Ou une tarte !

lundi 12 septembre 2016

Porte de secours

Eikoh Hosoe


Que de préambules qui mijotent dans chaque évier !
 
Chacun s'estime à la place d'autrui qui est lui-même.

J'écris contre tous. Mais d'emblée mes paroles se dressent sur leurs pieds, comme un seul homme.
J'ai appris à devenir poète chez un illettré, aveugle de naissance, et marchant sur deux béquilles branlantes.
C'était demain. Et hier, désespérément cherchera une porte de secours.

Chaque malentendu abrite beaucoup de locataires non-déclarés.

La nappe commençait à sévir, en renversant toutes les assiettes qui se posaient tendrement sur elle. C'était par jalousie. 

Le visage seul, trop maquillé, prouvait qu'elle était femme. Pour le reste, c'était ventriloque.

Non.                                             Quand je dis oui, le poème se fendille et s'égoutte.

Quand mes adverbes sont de sortie, j'écris des verbes carnassiers qui les poursuivent.
Il était ferme dans ses irrésolutions farouches. 

On n'a qu'à répéter ce qui jamais encore n'a été dit. 

Il est difficile de remédier à toutes les joies de l'existence. 

Pas de vaccin contre la peste de l'esprit trop éduqué.

Et si c'était vraiment impossible ? Quel soulagement !



C'est encore à l'ami L.W-O que je dois la découverte de Paul Valet. Dont tous les titres sont épuisés. Celui-ci aussi. Mais contrairement à ce cher L.W-O qui se réjouit d'imaginer des amateurs de l'ami Schiffter se ruiner, je ne possède qu'un seul exemplaire de Multiphages, et je peux, pour celui ou celle que ça intéresse, communiquer discrètement l'adresse d'une librairie parisienne qui en possède encore UN exemplaire. A bon entendeur(se)…