vendredi 28 avril 2017

Que faire ?

Derek Hudson via Historical times




- Je ne tiens pas à en parler. Changeons de sujet. Raconte-moi plutôt ta vie. Ce que tu fous de tes journées maintenant que tu ne travailles plus…
- Pas grand-chose. J'attends des nouvelles de Paul Emploi, pour mon dossier. Je sors peu. Je fais des économies sur tout. J'ai réduit le nombre d'abonnements, de prélèvements, d'événements…
- Ça devrait pourtant être une chance de ne plus travailler. De disposer de son temps comme on l'entend.
- Idéalement. Mais concrètement, tu le sais bien, c'est la voie de la parialisation.
- La quoi ?
- Ça n'existe pas, ce mot ?
- Je ne crois pas. 
- On devrait l'inventer. On va en avoir besoin.
- Inventons !
- Donc, tu n'iras pas voter ?
- C'est reparti !
- Je ne comprends pas, tout simplement.
- On en reprend une ?
- C'est toi qui vois.
- T'as perdu ton boulot, pas tes yeux ou ta jugeotte.
- Plus personne n'emploie ce mot-là.
- Il n'y a plus d'emploi…
- Fais pas le malin. Monsieur passe son temps à tout critiquer, mais refuse d'aller voter.
- Tu ne voudrais pas que je me précipite pour donner ma voix à une de ces deux raclures nauséabondes ?
- Et la démocratie, alors ?
- La quoi ?
- Une dernière, OK.
- Voilà !
- Voilà quoi ?
- Quand tu le veux, tu peux dire des choses sensées.
- N'empêche…
- T'as regardé le match l'autre soir ?
- Ne change pas de conversation. Ne fais pas ton Mélenchon.
- Qu'est-ce qu'il vient faire ici, celui-là ?
- Tu es comme lui. Tu ne te prononces pas.
- Me prononcer ? Bien sûr que je me prononce. Mais qui m'écoute ?
- Ton vieux pote de bistrot dépressif.
- Alors, écoute : je ne donnerai ma voix ni au fascisme banalisé ni au totalitarisme financier. Ces canailles ont toutes deux été créées par le même système médiatico-économique. Ils balancent les mêmes mensonges, ils trempent dans les mêmes combines, et sont tous deux au service du libéralisme à outrance qu'ils tentent de masquer derrière des slogans racoleurs et démagogiques. 
- Bon. 
- Capice ?
- Non. Tu as bien voté contre le père en 2002.
- Pas du tout. 
- Quoi ?!
- Ah oui, on ne se connaissait pas à l'époque. Tu sais, je me suis alors engueulé avec pas mal de monde parce que je refusais de voter pour Chirac.
- C'est dingue !
- Je n'avais pas plus voté au premier tour, rassure-toi.
- Quand même…
- Ça ne t'a pas gêné, toi, de mettre ton bulletin dans l'urne pour le type qui parlait du bruit et des odeurs des immigrés ?
- …
- Combien sont ceux qui le regrettent aujourd'hui. J'en connais même quelques uns qui s'en sont immédiatement mordu les doigts.
- Et ça ne te perturbe pas de ne pas voter ?
- Ça devrait ?
- Il me semble…
- Rassure-toi, il y a longtemps que je sais que nous ne sommes pas en démocratie.
- Oui, oui, je connais tes théories.
- Alors, arrête de m'emmerder…
- Je t'emmerde pas, on cause.
- D'affaires puantes.
- Mais tu penses quoi de Mélenchon et de son refus de se prononcer ?
- Qu'il faut arrêter de dire des conneries.
- Lesquelles ?
- Celles répandues par les médias, les socialistes, les macronistes, les faux penseurs et autres politologues à la noix. Tous ceux qui ont contribué à la progression du FN, à sa normalisation. Et puis, ça arrange le système financier, un état totalitaire. N'oublie pas qu'une lumière comme Rocard, dont la gauche est orpheline nous dit-on, estimait qu'il fallait à la Grèce un régime fort pour imposer les mesures économiques scélérates, faire les fameuses réformes nécessaires… Alors, Mélenchon, on en pense ce qu'on veut, mais il a organisé une consultation pour les adhérents de son mouvement. Ce sont eux qui décident.
- Y'en a beaucoup, paraît-il, qui vont voter Marine.
- Méfie-toi de ce qu'on veut te faire croire. Pour la consultation de la France insoumise – quel nom à la con –, sont proposés trois choix : Macron, le bulletin blanc ou l'abstention. Pas le FN. Mais ce genre de petite démocratie, de respect des sympathisants, ça emmerde beaucoup de monde, il ne faut pas que ça devienne un exemple, et on préfère faire courir le bruit que nombre d'électeurs de Mélenchon donneront leur voix au FN.
- Tu as vu, sur sa nouvelle affiche, Marine montre ses cuisses…
- Et l'autre con, il montre son cul ? Et arrête de l'appeler Marine !
- Sur son affiche, c'est ce qui est écrit.
- Oui, je sais. Elle a supprimé le nom du parti, sa normalisation n'ayant pas suffi, mais aussi le nom du père. On dit Marine, comme on dit pour toutes ces chanteuses France inter/Télérama : Camille, Juliette, la Grande Sophie…, ça nous les rend plus proches, c'est comme des copines qui nous chantent une petite berceuse pour nous endormir. Tiens, ce matin je suis passé devant le bureau des Républicains dans mon quartier. Leur candidate, c'est Manon. Manon 2017, y'a écrit. Et aucun patronyme. Laporte, je crois qu'elle s'appelle. On avait Marine, sa nièce Marion, et voici la petite dernière, Manon.
- C'est vrai qu'on n'oserait jamais faire ça avec un mec. 
- Manon 2017, ça me rappelle l'adaptation de Manon Lescaut, Manon 70, avec la Deneuve en nymphomane et la musique érotique de Gainsbourg.
- C'est ce qu'on nous vend, avec ces candidats ?
- Oui, des paquets de lessive qui lavent plus blanc. Du rassurant, du mielleux, du sexy, du beau costard, de belles dents, du photoshopé – t'as vu ? plus une ride l'héritière…
- En parlant de photoshop, je suis tombé sur des photos de Kim Kardashian non retouchées.
- Oh, non, pitié…
- Et ben, c'est pas beau à voir.
- Dès que tu grattes un peu l'image, c'est pas très beau, en effet. On en reprend une dernière ? Je t'invite.
- Que faire ?
- Rien, camarade. Ou tu milites vraiment, tu fais la révolution, tu prends les armes, que sais-je… Ou tu restes en retrait de tout ce cirque. Tu refuses d'y participer. Et tu bois à la mémoire de la démocratie foudroyée en pleine jeunesse…


5 commentaires:

  1. Bien dit, l'Inconsolable. C'est ma tournée !

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  2. De qui, cette jolie photo mexicaine ?
    Jules

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    1. Voilà, justice est rendue à Derek Huston... Et au Salvador...

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  3. Mes excuses aux Salvador, on ne distingue pas bien la marque de la bière.

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