Un ami qui sait que je fonds à la moindre chanson sentimentale croit me faire plaisir et me signale ce clip.
En fait, je l'avais il y a quelque temps déjà aperçu. Et oublié. Quelle saloperie. On peut difficilement faire mieux lorsque l'on souhaite saboter le travail d'un musicien. Bien entendu, le but recherché par cette réalisation de fils de pub est clair, et il est, après tout, malgré la désagréable sensation procurée d'assister de force à un spot pour un déodorant ou une compagnie d'assurances, peu éloigné de celui de la plupart des clips. C'est pourquoi je préfère ces faux directs d'un autre temps, lorsque la mise en scène et l'interprète se prenaient les pieds dans le tapis volant du playback… Mais allez expliquer ça à des moins de 50 ans sans passer pour un vieux con…
L'un des chanteurs les plus drôles en la matière fut, à n'en pas douter, Serge Gaisnbourg. Afin de pallier une mémoire défaillante, le trac ou un état d'ébriété avancé, il avait concocté quelques trucs de vieux singe comme la cigarette, la main qui passe régulièrement devant la bouche, le hochement de tête intempestif ou encore le tripotage plus ou moins sage de ses accompagnatrices.
Sur ce dernier plan, je me souviens d'une séquence vue à l'adolescence de l'ami Serge en compagnie de la grande Catherine, qui tente de se dégager de la gênante étreinte tout en restant très pro et respectant les paroles du playback.
Et puis, du temps de son duo avec la blonde aux fameuses initiales bb, le scopitone, ancêtre du clip, ça avait tout de même une autre gueule.
Je passe la journée allongé, un livre et un crayon à la main, préparant un travail de traduction. De temps à autre, je fais une courte promenade dans le quartier pour aller à la pharmacie, acheter une bricole, ou sortir le chien – souvent, je m'arrange pour faire les trois à la fois. J'imagine sans mal me consacrer uniquement à ce type d'activités jusqu'à la fin de mes jours – surtout s'ils sont comptés. A partir de demain, je vais rester seul deux à trois semaines. Je risque de ne plus parler à personne. Ça m'irait très bien si le chat était encore là.
Je trouve au pied de mon lit, parmi les dizaines de livres qui s'accumulent, Droit de cité, ouvrage du visionnaire Louis Calaferte, publié en 1992, deux ans avant sa disparition, dans lequel on peut lire ce genre de réflexions.
Qu'en tous les domaines, la médiocrité gagne du terrain, voilà qui, dans nos groupes, ne fait aujourd'hui aucun doute.
Se produit ceci : la poussée est si forte que ceux qui auraient tout lieu de s'en offusquer, au contraire pactisent avec elle par une sorte d'indulgence méprisante, ou par le silence qui se voudrait supérieur ; mais ce sont là des attitudes de vaincus, qui servent la progression du mal, lui aplanissant le chemin.
Quitte à passer pour un utopiste, il ne faut pas cesser de s'indigner, de protester, de crier haut et fort que le roi est nu. Les cloportes savent d'instinct s'infiltrer dans la moindre faille de l'édifice ; leur objectif étant son effritement, sa ruine, sur laquelle ils triomphent.
Il ne faut pas cesser de les identifier, ni de dire que ce sont des cloportes, non des oiseaux de haut vol, comme leur puissante confrérie tente de le faire accroire à une multitude mal informée.
Voilà qui vaut aussi bien pour les arts que pour la politique – au reste, il est à présent fréquent d'assister à leur amalgame dans une espèce de bouillon de culture qu'on dirait concocté par des diablotins.
La géniale formule de Shakespeare à propos du pourrissement du royaume –bien entendu, il s'agit également du royaume intérieur de chacun de nous– prend en l'occurrence toute sa valeur.
Quant à prétendre que le sens de l'Histoire nous conduit irrésistiblement vers les dominations de masse, voilà qui ne sera démontré que dans le siècle à venir. Nous sommes dans un système où l'équilibre ne perd que passagèrement ses droits, ce dont il convient de se souvenir, car, quoi qu'il advienne, un homme en vaudra toujours trente mille.
Massification, entraînant la pesanteur des facteurs économiques. Impératif conduisant immanquablement à :
– la banalisation du médiocre
– la légitimation du médiocre
– la glorification du médiocre
Journaux, télévision, théâtre, cinéma, chanson, roman, alimentation, hôtellerie, mode vestimentaire et, par voie de conséquence, relations humaines – rien n'échappe à la pression dont, plus ou moins directement, des quantités de personnes retirent bénéfice.
Se pourrait-il qu'un beau matin, on entendit parler de facteurs spirituels ?
Ou le siècle à venir sera celui du refus, ou il ne sera qu'espace carcéral.
En rangeant les livres de la bibliothèque, je suis tombé sur l'addition du restaurant où nous avons déjeuné le jour où tu m'as quitté. Ce n'est pas le genre de papiers que j'aime à conserver, c'est pourquoi j'ai été étonné de la trouver, égarée au milieu de la biographie de Louis de Funès. Je me suis rappelé que tu as beaucoup insisté pour payer, probablement parce que tu avais préparé la scène et que tu pensais que c'était indigne que, par-dessus le marché, je doive t'inviter. Que j'aie emporté la note m'a également surpris. Cela veut dire que, malgré la dureté du moment, il m'a semblé important de la conserver, peut-être comme preuve matérielle d'une déception – le choix d'un restaurant comme terrain neutre m'a fait presque aussi mal que le verdict que tu as prononcé en fuyant mon regard. J'ai souri en voyant ce que nous avons mangé. Bien que l'addition ne précise pas ce qu'a demandé chacun, il n'est pas difficile de le déduire. Pour les entrées, aucun problème. On t'a facturé deux salades de tomates, fromage, origan. Ensuite, des raviolis de langoustine et de poireaux (pour toi) et un steack grillé (pour moi). Que nous n'ayons pris ni vin ni dessert me fait soupçonner que nous étions au régime (si je pouvais revenir en arrière, je ne ferais plus jamais de régime : c'est un des facteurs les plus dévastateurs de destruction des couples). Le restaurant existe encore. Je n'y suis pas retourné parce qu'il ne me plaît pas. C'est l'établissement type issu de l'euphorie des Jeux olympiques, dans lequel, suivant un rituel caractéristique de cette ville, se mêlent l'hypocrisie des clients, qui font croire qu'on y mange très bien, et celles des propriétaires, qui font semblant de savoir cuisiner. Et aussi parce que, bien que beaucoup d'années aient passé, je ne veux pas risquer de t'y rencontrer, d'être obligé de te dire bonjour, de te demander comment ça va, et que toi, un peu mal à l'aise, tu sois obligée de me présenter ton mari – poignée de main rigoureuse, aucun régime en vue – ou, pire encore, les enfants, ton portrait tout craché, que nous aurions dû avoir.
Sergi Pàmies, Chansons d'amour et de pluie,
trad. du catalan, Edmond Raillard, éditions Jacqueline Chambon
Au petit matin, encore hagard par une nuit agitée à la veille d'une troisième opération en moins d'un an, je survole quelques sites dits d'information et, à travers quelques titres accrochés au hasard, constate que nous sommes bien en été.
Rouen : un musulman septuagénaire agressé
Près de Rouen, donc pas très loin de Saint-Etienne-du-Rouvray, nous apprend Le Figaro citant l'AFP, un septuagénire français "de confession musulmane", retraité d'origine sénégalaise, ancien ouvrier dans une usine de textile à Barentin (Seine-Maritime) et installé dans l'hexagone depuis 50 ans, a été pris à partie vers 6 heures du matin, au pied de son immeuble. L'agresseur, qui aurait agi seul, s'en serait pris au vieil homme pour une question de… place de parking – à 6 heures du matin, donc – en criant Allahu akbar« Sale noir, je vais t'égorger pour vous faire comme vous nous faites à nous, c'est pas parce que t'es en robe et avec un chapeau que tu vas faire la loi ici », selon l'avocat de la victime qui se serait défendue avec une marmite trouvée dans une poubelle… 3 jours d'ITT tout de même !
Une campagne électorale américaine sanglante
Le même journal nous apprend que The New York Post, ce tabloïd qui en son temps avait publié des clichés de DSK en prison, "puissant journal conservateur" selon Le Figaro, vient de révéler des photos de Melania Trump, la femme du candidat républicain Donald Trump, complètement nue, issues d'une séance datant… de 1995 ! Le NYP appartenant au groupe Murdoch, certains sites d'information estiment, nous dit le journal du bon Serge Dassault, qu'il s'agit là d'un coup du magnat australien afin d'affaiblir le camp républicain. Dans cette campagne électorale présentée comme "sanglante", la candidature de la démocrate Clinton serait donc soutenue par l'une des pires crapules de la planète…
Sarkozy toujours
Nicolas Sarkozy, ancien président de la république et également amateur de femmes potiches, s'en prend plein la poire dans la tribune de Philippe Torreton publiée par L'Humanité. L'acteur "de sensiblité de gauche", ancien soutien de l'inénarrable Ségolène Royal, dénonce les positions démagogiques de la droite, revenue en force dans la perspective des présidentielles de 2017, qu'il qualifie d'« almanach Vermot des pensées qui sont à la politique ce que les flatulences sont à la digestion, une décongestion qui soulage… » Et rappelle que si nous avons failli en finir avec les juges d'instruction, fait des services de renseignement un instrument politique, semé le chaos en Libye transformant ce pays en territoire de guerre pour Daech, nous ne le devons qu'à un seul homme, Nicolas Sarkozy. Des faits bons à rappeler en nos temps d'amnésie généralisée. Mais le capitaine déconne lorsqu'il choisit de ne pas écrire une ligne sur son propre camp…
Le triomphe de la molle bouffe
Pour le PDG de Bel, l'avenir s'annonce radieux, nous apprend le quotidien vespéral des marchés dit Le Monde. Le groupe présidé par Antoine Fiévet, fabricant des délicieux Babybel, La Vache qui rit et autres Boursin s'apprête à effectuer un virage stratégique en avalant Mom, connu pour ses marques Pom’Potes, Materne et Mont Blanc, devenant ainsi « un acteur majeur du snacking sain en portions ». Bel devrait améliorer un chiffre d'affaires estimé en 2015 à 2,9 milliards d’euros. De quoi saliver…
Transfert sur les femmes de footballeurs En football, c'est la saison des transferts, le fameux mercato. A des prix pornographiques, l'argent circulant par les mêmes paradis fiscaux que le fric de la drogue, celui du trafic d'armes et de personnes, sont échangés d'un club à l'autre, des joueurs stars et d'autres plus obscurs.
Et aujourd'hui, qui dit footballeur dit femme ou compagne de footballeur, les fameuses Wags. Si L'Equipe se désolait de perdre de vue la femme du Néerlandais Van der Wiel, quittant Paris pour d'autres cieux, « le quotidien qui légende le sport », se réjouit de l'arrivée au PSG de la Wag du Polonais Krychowiak, la Française Célia Jaunat, bloggeuse mode (une consœur, donc) et mannequin qui, écrit L'Equipe, affole déjà les réseaux sociaux.
Je referme vite l'ordinateur car j'entends des pas dans l'escalier et n'aimerais pas que ma douce pense que je me lève la nuit pour mater ce genre de spectacle sur le web. Je regrette presque de n'avoir trouvé aucune info sur le conflit nucléaire qui risque pourtant d'affronter demain les forces de l'OTAN (et donc notre beau pays) à celles de la Russie. Une autre fois, peut-être. Pour le moment, c'est l'été…
Jacques, comme tu peux l’imaginer, et même, j’espère, le constater, je ne peux plus attendre, espérer, croire : attendre que les choses s’améliorent, espérer que tu changes, croire encore en nous. J'aurais dû partir il y a longtemps. Tous ces mots banaux ne pourront jamais exprimer mon désarroi, tant d’années gâchées à tes côtés, les désillusions plus grandes les unes que les autres, ton manque d’ouverture, ta jalousie, ta bêtise, l’ennui et le silence insupportables qui se sont imposés au fil du temps. On ne va pas reparler de tout ce qu'on sait.Ces lignes ne vont certainement pas te plaire mais j’espère qu’un jour, tu les comprendras et te remettras en question sans avoir recours à la violence comme souvent chez toi. Ne cherche pas à me contacter, j’ai fermé mes comptes facebook et twitter, et changé d’adresse mail. Dès que je me serai posée, je pense voyager, m’éclater, me ballader, baiser, tout ce que tu ne m’as pas permis de faire au cours de ce qu’a été notre histoire. J’espère que de ton côté tu en feras de même. Soixante ans, ce n’est pas trop tard aujourd’hui pour commencer une nouvelle vie. Et il est possible que tu trouves une femme qui t’acceptes tel que tu es avec tes complexes de petite bite, ta mauvaise humeur (et odeur) constante, ton ignorance, tes potes, tes parties de chasse, tes programmes télé à la con, ta bagnole de merde et tes fantasmes à deux balles. Beaucoup de femmes ne se montrent pas difficiles à l’heure de mettre un homme dans leur lit, surtout à partir d’un certain âge. Moi, pour parler franchement, il y a un moment que tu ne m'excite plus. Je ne t'aime plus et je crois bien que, vue la façon que tu m'as traitée, toi, tu ne m'as jamais aimé. Je regrette pas, mais je me demande comment j'ai fait. Ne bois pas trop, je ne serai plus là pour être impressionnée et te supplier d’arrêter – et tout nettoyer le lendemain, pauvre con ! Oui, j'ai trouvé enfin le courage, rien ne m'arrêtera et tu ne m’impressionnes plus !
Adieu
(Je ne t’embrasse pas, pas même une dernière fois, comme à chaque fois)
Françoise
PS : Pour
des raisons pratiques, je ne change pas de numéro de portable pour le
moment mais je ne répondrai pas à tes appels et suis prête désormais à
déposer plainte si tu continues à me faire chier.
lettre trouvée ce jour dans un vieux polar emprunté à la médiathèque, livrée sans passage par la case corrections
Il y a déjà quelques étés, j'attendais une amie devant un café lorsque deux voitures sont entrées en collision à quelques mètres de là. Aussitôt, un incendie se déclencha, semant la panique dans la rue. Sauf chez quelques esprits lucides qui s'emparèrent de leur portable et commencèrent à filmer et photographier la scène. On en était là, me dis-je bêtement en m'apercevant que j'ignorais le numéro des secours. Du café, fort heureusement, un habitué avait saisi le téléphone fixe et appelé les pompiers. Pas plus qu'aujourd'hui, je ne possédais pas à l'époque un appareil pouvant filmer et ne peux vous offrir ici les belles images de ce triste jour. Mais, un ami qui sait combien j'aime nos fantastiques machines et le culte du narcissisme qu'elles consacrent m'envoie cette petite vidéo brésilienne d'un sacré con. Comme on le sait, les J.O. de Rio, c'est pour bientôt. La traditionnelle et stupide promenade de la flamme olympique se déroule dans tout le pays. Jeudi, elle traversait Sao Paolo. Lorsqu'un accident s'est, semble-t-il, produit : un flic en moto en renversant deux autres. J'ignore s'il s'agit d'un acte prémédité, si l'individu était en lien avec la cellule dormante d'amateurs (terme officiel) démantelée la veille au terme de l'opération nommée hashtag... Ce que l'on sait et voit, c'est que le type en vert, comme nombre de ses contemporains désormais, agit seul, n'a pas besoin de préparation, c'est naturel, ça fait partie des options proposées par la machine. Et pour cela, rien de plus simple : un cerveau atrophié, la recherche rapide du bon cadrage, un sourire de crétin, déformé par le grand angle de l'objectif de l'appareil, et un index en état de fonctionnement. A la portée de tout un chacun.
Le cafard apparaît comme une angoisse dévalorisée. En fait, il est plus virulent que l'angoisse ; mais il ne se donne pas les grands airs de celle-ci. Il est plus modeste, mais aussi plus terrible, car il peut surgir à tout moment, alors que l'angoisse, plus prétentieuse, ne se manifeste que dans les grandes occasions.
Aujourd'hui, comme chaque année, notre belle démocratie fête ses grands hommes et femmes en leur accrochant — à même la peau, espère-t-on – un beau ruban comme sur les paquets-cadeau dignes de ce nom. Seront écorchés aujourd'hui notre Buster Keaton à nous, Pierre Richard et le moine bouddhiste et cathodique, Matthieu Ricard, sans oublier l'excellente môme à oscar, Marion Cotillard. Oui, que des noms en hard. Egalement au menu des réjouissances, les immenses photographes Raymond Depardon et Sebastiao Salgado, l'ex producteur, distributeur, exploitant et gauchiste apparatchik Marin Karmitz, l’ancien PDG de TF1-Bouygues, Nonce Paolini, le croulant éditocrate multicartes Alain Duhamel et son compère Jacques Julliard, l'ancienne secrétaire générale de ce formidable syndicat qu'est la CFDT, Nicole Notat, l'inénarrable conseiller sécurité de Sarkozy puis de Manuel Valls, Alain Bauer, les comédiens Niels Arestrup et Ariane Ascaride. Cinoche toujours, le délégué général du Festival international du film de Cannes, Thierry Frémaux, et l'irremplaçable cinéaste Xavier Beauvois (Des Hommes et des Dieux), sans oublier le grand-père de Julie Gayet… Au total, plus de 650 gogos collabos, dont des imbéciles revendiquant leur sensibilité de gôche, accepteront fièrement cette distinction et donneront l'accolade à cette république finissante qui envoie sa police dégommer sans vergogne sa jeunesse, met en cage les manifestants, défait ce qui restait du tissu social et se fout de la dévastation de l'environnement, fait exploser le code du travail et offre nombre de privilèges fiscaux à l'oligarchie et aux entreprises du CAC40, collabore à un génocide migratoire en mer et sur terre, nous pisse dessus en affirmant qu'il pleut, prépare le terrain pour l'élection d'une dirigeante d'extrême droite, j'en passe et pas des meilleures… Une belle garden-party en perspective en ce 14 juillet qui, nous dit-on, mobilisera quelques 11500 policiers et gendarmes…
Par tempérament, je suis un vagabond et un clochard. Je ne désire pas assez l'argent pour travailler afin d'en avoir. A mon sens, c'est dommage qu'il y ait autant de travail dans le monde. Une des choses les plus tristes, c'est que la seule chose qu'un homme puisse faire huit heures par jour, jour après jour, c'est travailler. On ne peut pas manger huit heures par jour ni boire huit heures par jour, ni faire l'amour huit heures par jour - tout ce que vous pouvez faire pendant huit heures, c'est travailler. Ce qui est la raison pour laquelle l'homme se rend et rend tout le monde misérable et malheureux.
William Faulkner, Paris Review. Les entretiens, tome II, ed. Christian Bourgois
14 août. Tout à l'heure, en montant le chemin pour rentrer, j'ai entendu une rengaine espagnole, telle qu'on en entend tous les jours à la radio d'ici, et la nostalgie qui s'en dégageait, ou que j'en extrayais, m'a presque amené au bord des larmes. En Espagne, la nostalgie est chez elle, toute la vie y est souterrainement traversée par un courant de regrets et d'appels déchirants, de lamentations chantantes, de pleurs mélodieux. Il n'y a guère qu'en Hongrie que l'on puisse en Europe rencontrer tant de nostalgie quotidienne.
La loi Travaille ! (et ferme ta gueule) est donc passée comme une lettre d'insultes à la poste. On sait ce qu'elle va produire, même dans sa version light. Une grande braderie des êtres humains comme nous l'avons vu dans les pays européens ayant adopté ce même genre de disposition. Le monde qui vient, cher à Bill Gates et à ses amis, maîtres à penser de nos dirigeants et des aspirants à diriger, sera un monde sans emploi. Le philanthrope créateur de microsoft s'échine à nous le répéter depuis des années. Emploi et pensée, seront d'ailleurs les deux grands absents de notre futur proche. Car s'il est très vraissemblable que le salariat disparaisse rapidement, que de nouveaux métiers – ou occupations – voient le jour, via le numérique, cela ne concernera pas tout le monde – on estime qu'on devra se passer de 80% des travailleurs actuels – et aucune réflexion sur une nouvelle distribution des richesses ou simplement des dividendes de la production n'est à l'œuvre dans les hautes sphères du pouvoir économique et politique. Ne rêvez pas, il ne reste plus grand-chose, nous disent les actionnaires... C'est peut-être ce qui mut les nombreux manifestants des nombreuses mobilisations qui fleurirent dans le pays ces trois derniers mois. Et n'en déplaise aux médias dominants, tout ne fut pas violence et paralysie, et le combat n'est peut-être pas fini.
En attendant la rentrée, que l'on espère mouvementée, retour en images sur quelques murs souillés – non sans humour – de nos villes.
C'est entendu, nous sommes toujours plus submergés d'infos, un événement chassant l'autre, et tout se traite à la même échelle, avec les mêmes méthodes, la même rapidité, les mêmes approximations et raccourcis, le même goût pour le spectacle et le storytelling. Au-delà de cette grande confusion pour nos petites têtes chaque jour un peu plus conditionnées, il est bon de rappeler qui possède quoi. C'est le travail que se sont proposé de faire Marie Beyer et Jérémie Fabre et que publie le site du Monde diplomatique. Vertigineux.
La vraie vie est ailleurs...
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