lundi 25 septembre 2017

Le poète assassiné




La poésie est un cancer
qui vous empêche de bouffer
de vivre, de travailler.
Ça vous ronge tout
ça pisse partout
ça n'intéresse personne.
Y a pas d'quoi rigoler !
Vaut mieux vendre des cochons
de la soupe ou des marrons
que d'noircir du papier.
Poète ! On s'fout de vous !
Quelle référence près d'l'épicier
du charcutier et du banquier !
"Vous chantiez ! Eh bien, dansez maintenant !"
devant l'buffet et le porte-monnaie.
Vous ennnuyez les gens avec vos histoires obscures.
Il faut produire, retroussez les manches
et pas pour rablabater à zéro sous la ligne.
C'est du solide et du raisonnable dont nous avons besoin.
Une bonne constitution
l'assassinat général des pisseurs de vers, philosophes, 
romanciers et autres gâcheurs de temps.
C'est pas avec les poèmes qu'on luttera contre la dévaluation, qu'on relèvera Marianne.
Elle t'emmerde Marianne
et tous les Mariannais de la 1re à la 5e génération.
Poète ! Mais vous vous foutez du monde !
Quand on a tant besoin de programmateurs
de comptables, de vendeurs.
A l'ordinateur les Messieurs du Flore
des Deux-Magots, du Drugstore !
Allez donc faire vos vers plus loin !
C'est du gadget qu'il nous faut, 
des meubles éblouissants garantis pour longtemps,
des chausseurs sachant chausser,
des fourreurs sachant fourrer,
des banquiers sachant exploiter,
des minettes sachant baiser,
de la publicité, de la télé,
des autos et du fric, des mini-jupes, du super sexy.
J'a fini mon petit pipi.
Je m'en lave les mains !
j'ai pas l'honneur du lot,
j'suis pas Victor Hugo.

Gaston Criel, Popoème, 1976,
rééd. Les éditions du chemin de fer, 2015

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