vendredi 1 septembre 2017

Désinscriptions effacées


Rémy Soubanère

Toutes ces horreurs que l'on raconte sur moi sont entièrement fausses. La vérité est bien pire.

Enfant, j'avais entendu dire que les gardiens de but étaient tous des êtres un peu dingues, marginaux, artistes... J'ai immédiatement pensé que ce poste était fait pour moi. C'était un beau prétexte pour me tenir en retrait, regarder les autres courir derrière le ballon, laisser place à l'ennui, au songe, collé à mon poteau ou accroupi sur la ligne des seize mètres. Bien entendu, le prix à payer fut de prendre un nombre inconsidérable de buts que l'on dit stupides.

C'est votre opinion, et je ne la partage pas sur mes réseaux sociaux.

S'il débutait aujourd'hui, Emmanuel Bove écrirait-il Mes Followers ?

Mon type de femme : celle qui possède encore jalousement un beau papier à lettres. 

Ne peut être foncièrement mauvais un penseur ayant intitulé l'un de ses premiers ouvrages Sur le blabla et le chichi des philosophes tout en se rêvant chanteur de charme.

Faites un effort, ne vous mettez pas à ma place !
La nuit somnambule et inconsciente me dicte toujours les meilleures désinscriptions. Partant, il m'est impossible le matin de les inscrire telles quelles sur mon cahier.

Lorsque j'avais vingt ans, la plupart des copains de mon âge tentaient de s'émanciper de leurs parents. Moi, je rêvais que s'émancipent les miens.

J'aurais aimé être un de ces footballeurs que l'on achète uniquement pour blanchir de l'argent, passant d'un club à l'autre, sans jamais en porter le maillot, sans même avoir le temps de défaire mes valises.

D'après une histoire vraie... Un film qui fait du bien... Un témoignage bouleversant... Ce type de slogan suscite en moi des envies de meurtres. Dont je me garde bien, ces cons seraient capables d'en tirer de nouveaux produits aux accroches édifiantes.

Lorsque ma fille a quitté la maison, elle m'a serré dans ses bras, me faisant promettre de l'appeler si ça n'allait pas. Et tous deux, nous avons planqué nos larmes gauchement, comme lors de la projection, à la Cinémathèque française, du film de Sirk, Le Mirage de la vie.

Improvisation est le terme que je préfère. Il s'applique parfaitement à tous les moments importants de ma vie. Comme aux autres.

A vingt ans, j'ai compris qu'il me fallait, comme on dit, connaître la vie. J'ai bourlingué, aimé, multiplié les boulots, eu des enfants, morflé, trahi. Avec l'âge, je me suis assagi, ai appris à boire et à lire. Aujourd'hui, le peu que je sais encore, je l'ai appris par les livres et les bistrots. Il me faudrait repartir à l'aventure mais je n'en ai plus ni la force ni le désir. A cause des livres ou de l'alcool ? 

Moitessier moi aussi. Après une longue route en solitaire, j'ai préféré ne pas franchir la ligne d'arrivée et continuer mon périple vers d'autres océans. Une seule différence : jamais personne, il me semble, ne fut sur le point de me déclarer vainqueur.
Mon type de femme : celle qui, en découvrant ma bibliothèque, ne me demande pas Vous avez tout lu ?

C'est décidé, demain, j'en finirai avec cette existence. Là, vous m'excuserez, il se fait tard et j'ai un nombre incalculable d'heures de sommeil à rattraper.

Charles Brun, Vous pouvez envoyer le bonheur

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