lundi 29 mai 2017

La belleza esiste




- Tu as regardé ton match hier, j’ai bien le droit de voir la clôture de Cannes…
- C’est le seul titre que Barcelone remportait cette année. Je ne pouvais pas rater ça. Une sorte de consolation…
- Eh bien, pour moi aussi, cette cérémonie, c’est ma consolation, je n’ai rien suivi du festival cette année…
- Regarde cette pauvre journaliste qui poursuit cet imbécile d’acteur scientologue avec sa question à la con…
- Je n’ai pas écouté, je regardais les robes…
- Elle le poursuit pour lui demander combien de photos il a pris…
- Je ne comprends rien, ça parle dans tous les sens…
- Ne cherche pas à comprendre, ça n’a aucun sens. C’est la télé Bolloré, c’est la seule question que peut poser cette cruche : Will Smith, vous êtes en direct sur Canal plus, combien de photos avez-vous pris ?
- C’est qui, cette andouille ?
- Apparemment, une journaliste de Canal… Déjà, l’autre crétin de présentateur avait réussi à être encore plus grotesque que… comment s’appelait-elle, la spécialiste cinéma de Canal, du temps que j’avais la télé ?
- Isabelle Giordano ?
- Voilà. Ça ne volait pas bien haut avec elle, c’est le moins qu’on puisse dire – d'ailleurs, elle s'est retrouvée sur France inter ensuite – , et avec ce type grotesque qui avait pris le relais, je pensais qu’on avait touché le fond, mais apparemment, ils sont parvenus à creuser un peu plus…
- Incroyable, ce front, pas une ride !
- C’est Uma Thurman ?
- Mais oui, tu ne la reconnais pas ?
- Elle est photoshopée ? La dernière fois que je l’ai vue, c’était dans le jeu-vidéo de Tarantino en deux parties. Ça remonte à une dizaine d’années et pourtant elle avait alors l’air plus vieille qu’aujourd’hui.
- Tu as entendu ma mère à propos du mariage de ma sœur ?
- Sur les tenues interdites par la belle-famille ?
- Non, sur le fait que plein de copines de ma sœur et de son futur mari prévoient de se faire des trucs…
- Les coquines…
- Je crois que tu n’as pas compris. Elles passent sur le billard pour se changer de nez, supprimer les poches sous les yeux, refaire les seins…
- Pour le mariage ?
- Mais oui, et elles ont environ 10 ans de moins que moi !
- Mon dieu, on en est là ?!
- Oui !
- Et alors, tu es jalouse ?
- Oui ! Moi, je ne peux rien refaire, je n’ai pas les moyens !
- Tu es sérieuse ?
- Ben oui…
- Mais tu es splendide… Heureusement que j’échappe à ça…
- Je sais ce que tu vas me dire : Les femmes vieillissent et les hommes mûrissent. Heureusement, je suis un homme…
- Non, heureusement, j’échappe à ce mariage et à la parade des vanités en ne m’y rendant pas…
- Regarde Binoche : aucune ride, elle non plus. Et elle est plus âgée que moi !
- Tu es bien plus belle !
- Non, je vieillis. Un jour, tu me quitteras pour une fille de 25 ans…
- Pourquoi 25 ans ? 20-22, maximum…
- Salaud !
- Oui, mon amour.
- Tu veux bien me resservir ?
- Tu devrais arrêter : l’alcool, ça fait vieillir plus vite… Quel est l’intérêt de suivre ce machin ? Tout le palmarès a déjà défilé sur les marches. Ces équipes de films et ces acteurs qui reviennent, c’est parce qu’ils sont primés.
- Cette manie du micro-trottoir…
- Ça fait un moment que les médias font le trottoir. Tu montes (les marches), chéri ?
- Ouh la, il n’a pas l’air très en forme, Almodovar…
- Il n’y a pas de raison que ça s’arrange.
- Pourquoi tu dis ça ?
- La dernière fois que je l’ai vu, de tout près, je te l'avais raconté, il ne se déplaçait qu’au bras de son assistante…
- C’était quand ?
- Tu sais, aux Goyas, lorsque j’avais accompagné Pilar. On était en coulisses, là où attendent tous ceux qui remettent une statuette, au cœur des courants d’air, quel ennui…
- Ah oui, c’était l’année où on a emménagé ici. Tu m'as laissé toute seule dans cette maison froide et humide, j'étais malade, j'ai cru que j'allais mourir…
- Oh… Tu as raison, mais j’avais l’impression que c’était beaucoup plus lointain… J’avais eu un choc en le voyant. Quand j’étais gamin, dans les années 80, que je travaillais pour ce festival de cinéma à Madrid, je le croisais souvent, avec Antonio Banderas, Eusebio Poncela, Victoria Abril… Je savais à peine qui étaient ces gens… C’est ça qui me fout un coup de vieux…
- La Movida !
- C’est un terme que je n’ai découvert que plus tard, je vivais ce truc sans savoir que c’était exceptionnel, j'étais jeune et con… L’expression Irse de marcha m’avait marqué. Tout le monde allait de marcha, tous avaient ces mots à la bouche.
- En marche ?!
- Oui ! Mais alors, ça avait du sens. C’était moins mortifère.
- Ça voulait dire quoi ?
- Sortir, faire la fête, s’éclater…
- Tu crois qu’il ne s’éclate pas, Macron ?
- Je crois plutôt qu’il va nous éclater. Qui écrit ces discours à la con ?
- Ceux de Macron ?
- Non, ceux que cette pauvre Monica nous balance avec ses micros accrochés sur les seins.
- Je ne sais pas, je n’écoute pas…
- On peut couper et je te montre le but de Messi, hier…
- Je me fous totalement de Messi.
- C’est un peu les dossiers de l’écran, le cinéma qu’on récompense, non ?
- Oui, ça ne donne pas vraiment envie, ces films.
- Sofia Coppola, c’est quand même la mise en scène de l’esbroufe, non ?
- Oui, mais ultra-branchée… Tu sais que son film, c’est un remake des Proies de Don Siegel ?
- Le film avec Eastwood ?
- Oui, sauf que c'est Colin Farrel qui remplace Eastwood…
- Il y en a qui n’ont peur de rien… Mince, la bouteille est vide…
- Déjà ?
- Ça va, tu en as encore dans ton verre…
- C’est parce que tu bois plus vite que moi, mon chéri… C’est vrai qu’il y en a qui n’ont peur de rien.
- Tu dis ça pour son ripolinage ?
- Non, mais elle est affreuse sur cette vidéo : c’est comme si je me filmais avec mon portable chez moi, en peignoir, avec les cheveux sales…
- Sauf qu’elle ne ressemble plus à rien, la Nicole, même filmée autrement…
- Elle est allée un peu loin…
- Ces soirées, ça ressemble quand même à une séance de masturbation collective, non ? Que nous sommes beaux, nous avons su rester jeunes, nous sommes plus formidables les uns que les autres, et que d'émotion…
- J'ai cru que tu allais me citer de nouveau Billy Wilder…
- C'est vrai, j'aurais pu. Mais ils ne le méritent pas. Ah, comme j’aimerais pouvoir ne plus avoir affaire avec tout ça, ne plus être confronté à ces images, vivre totalement coupé de ce cirque…
- Moi, c’est mon boulot. Il faut bien que je me tienne au courant de ce qui se fait et de quoi parlent les films.
- Une femme qui se bat contre le terrorisme ou des néo-nazis, des enfants délaissés, des biopics, des remakes, l’histoire des militants gays, du cinéma qui imite le cinéma en prétendant lui rendre hommage…
- Tu devrais être content, la Palme revient à un Suédois.
- Mouais… Un film sur un mec qui a perdu son portable…
- Tu dis tout le temps qu'un film, c'est autre chose que son sujet…
- Ok, on ira voir, mais j'ai peur que ce soit aussi drôle que ce film allemand de l'an dernier, le type avec ses fausses dents et le coussin péteur. Et tu vois, le numéro sur scène de ce réalisateur me laisse sceptique. On n'aurait jamais vu Bergman faire le pitre de la sorte…
- Il était un peu sinistre, ton Bergman…
- Détrompe-toi, il était peut-être tourmenté, mais avait beaucoup d'humour. Souviens-toi ce film très drôle que je t'avais montré, Une leçon d'amour
- Le type qui drague sa femme dans le train ?…
- Exact.
- Ah oui, c'était bien, Une leçon d'amour… Bon, il a quand même un cinéaste grec dans le palmarès…
- Certes, mais c’est un film international, avec le même casting que celui de Sofia Coppola… C’est d’ailleurs le seul cinéaste grec dont les films circulent.
- C’est lui qui avait fait Lobster ?
- Exact. Egalement une production et un casting international.
- Et avant, il avait fait quoi ? Pourquoi se retrouve-t-il à la tête de ce type de films internationaux ?
- Il avait fait un film vraiment étonnant, Canine. Totalement grec. L’une des actrices s’est suicidé d’ailleurs, il y a quelques jours…
- Quand elle a su qu’elle ne tournerait plus avec lui, maintenant qu’il était à Hollywood ?
- Sait-on vraiment pourquoi les gens se suicident ?… Et puis, en Grèce, le taux de suicides bat tout de même tous les records depuis quelques années…
- Tu as raison, c'est déprimant, cette cérémonie.
- Tu veux que je te montre le but de Messi ?
- Non, merci.
- Je t'assure, ça remonte le moral. Il donne également un but après une action exceptionelle sur laquelle il élimine toute la défense et délivre une passe les yeux fermés… Un bijou !
- Mais le foot, mon chéri, c'est aussi obscène que ce que qu'on vient de regarder. Ce sont des milliardaires en short, tatoués et analphabètes.
- Tu n'as pas tort. D'ailleurs, dès que Messi prend sa retraite, j'arrête de regarder le foot. Déjà, l'an prochain, c'est au tour d'Iniesta, je pense…
- Et tu feras quoi, le soir, avec ton copain Pierre, ou ici, devant le feu ?
- On boira en souvenir de Messi…
- Mais je n'en ai rien à faire de Messi.
- Toi, tu boiras en souvenir du cinéma… 




nel becco giallo-arancio di un merlo
in un fiore qualunque
nell’orizzonte perduto e lontano del mare
la Bellezza esiste
è un mistero svelato
un segreto evidente
la vita
la Bellezza esiste
e non ha paura di niente
neanche di noi
la gente

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