jeudi 28 février 2019

Cent bonnes raisons

Depuis quelques années, les éditions Wombat remettent en circulation les écrits de Roland Topor.
Dernier en date, un inédit datant des années 1970, Cent bonnes raisons pour me suicider tout de suite, suivi de Douze possibilités d’échapper à Noël, et ce, pour la modique somme de 6 euros. 
Extraits du premier texte – le second, on attendra la fin de l'année (si on y arrive) :





1. La meilleure manière de m'assurer que je ne suis pas déjà mort !
5. Je grandirai dans l'estime de mes contemporains.
8. Je ridiculiserai mon cancer.
10. Pour ruiner mon psychanalyste.
12. Un infaillible remède contre la calvitie.
15. Je me sentirai moins seul.
17. La vie augmente, la mort reste abordable.
29. Pour faire croire que j'ai le sens de l'honneur.
38. Je n'ai plus rien à me mettre.
40. Pour tuer un juif, comme tout le monde.
45. Pour conserver mon mystère.
51. Pour ne plus avoir honte de me regarder dans un miroir.
52. Si j'étais immortel ? Autant l'apprendre le plus tôt possible.
71. Pour ne plus ronfler la nuit.
81. Parce que j'ai hâte d'utiliser l'épitaphe amusante que je me suis trouvée : « Bon débarras ».
94. Pour me dépayser.


lundi 25 février 2019

In bed with Catherine Deneuve, 2


Je ne sais pas ce que je foutais dans cet avion, où il allait, d'où il partait. Un accès de mégalomanie certainement. J'avais pris la place du pilote, pour rire peut-être. Mais ce n'était pas une cabine de pilotage. Les commandes étaient situées à l'intérieur d'une sorte de comptoir dans les premiers rangs de la carlingue. Ainsi, tous les passagers qui montaient à bord passaient devant le commandant. Moi, en l'occurrence. Tu sais comme dans Les Fraises sauvages, j'assitais à la scène que je vivais à un autre âge. Dans ma tenue, je trônais au devant de l'avion et saluait chaque voyageur. Et je me voyais dans ce rôle. Mais le plus incroyable, c'est que j'avais la gueule de Macron. Qu'on me prenait pour Macron. Et soudain, je vois arriver Brigitte, suivie de son élève. Me voilà obligé de m'expliquer. Je peux pas le baffer devant tout le monde. Alors, je raconte des salades : je me suis assis là pour réfléchir, ai passé le costume et on m'a pris pour lui, et j'ai joué le jeu. Pour rire. Macron ne m'en veut pas et va s'asseoir à sa place dans le fond de l'appareil. Il ne reprend même pas les commandes ! Ensuite, la crise continue, je ne sais comment, si elle était là, dans l'avion, mais je me retrouve en compagnie de Catherine Deneuve qui m'emmène chez elle, dans son appartement de la place Saint-Sulpice. Nous sommes dans son lit, elle me tient dans ses bras et je n'y crois pas. J'ai toujours aimé cette actrice mais jamais fantasmé sur elle. Et puis, je ne suis plus tout jeune, mes années de séduction sont derrière moi. Peut-être, elle aussi me prend-elle pour Macron. Je me vois là encore, comme dans le film de Bergman. J'ai peut-être un autre âge, celui de Macron certainement, je ne sais plus très bien mais Catherine, c'est celle d'aujourd'hui, mais toujours aussi séduisante, celle que nous avons vue à Montreuil l'autre soir dans son manteau rouge. Et sa voix irrésistible qui susurre : J'ai très envie de te sucer, mais pas ici. Oui, tu te rends compte, Catherine Deneuve me tutoie. Elle rajoute : On va aller à l'hôtel. Car le lit est un peu comme le poste de pilotage dans l'avion, tout le monde qui passe par là nous voit. Et chez Catherine, il y a du monde. Sa secrétaire, ses domestiques, son agent… Là, je suis pris de panique. Parce que Catherine, tu l'emmènes pas au Formule 1 ou à l'Ibis de la Porte de Montreuil. Comment je vais expliquer ces dépenses à mon banquier ? Et à ma chérie ? Qui justement débarque chez Deneuve. Je la présente à Catherine. Elle l'idolâtre depuis toute petite, buvait des lait-fraise sous ses fenêtres lorsqu'elle était étudiante et n'ose pas l'aborder. Mais Catherine l'accueille avec son élégance naturelle et elles se mettent à parler de Jacques Demy, de son bouquin qu'elle connaissait et aimait beaucoup, de Michel Legrand… Je peux te dire que ma pipe, je ne l'ai jamais eue. Je me suis réveillé en sursaut lorsque le chat m'a sauté sur les couilles et est venu me baver sur la bouche pour me réclamer ses croquettes. Evidemment, ne me demande pas la signification de ce rêve. Certes, j'avais beaucoup bu la veille et ma tête est bien malade mais de là à me prendre pour Macron et me faire sucer par Deneuve… Tu sais si elle a voté pour ce con ?


samedi 23 février 2019

Soumissions


- Excuse-moi, mais je n'arrive plus à suivre.
- Oui, t'as l'air exténué.
- J'ai la cervelle en compote, un truc vaseux, gluant, mielleux, dégoulinant, tout me dégoûte…
- Comme à l'époque de la vache folle ?
- Je ne sais pas, je n'ai jamais éprouvé ça… Mais, peut-être…
- La solitude, ça n'aide pas.
- La compagnie des autres non plus. Cioran disait de Paul Vallet qu'il jouissait de l'essentiel, de l'unique avantage qui justifie le refus du suicide : la solitude.
- L'isolement, ça ramollit.
- Peut-être. Mais j'ai décidé de ne plus m'emporter, de ne plus les supporter, de lire, d'écrire mes conneries, me tenir à l'écart, n'être disponible que pour les miens — au cas où...
- Tu nous fais pas une petite dépression ?
- Si c'est une dépression, elle est grosse...
- Tu ne sors donc plus...
- Pour faire quoi ? J'ai en horreur les cafés, leur musique à la con, l'industrie du divertissement, les transports, les gens parlent trop fort... Et ne balancent qu'âneries et platitudes...
- Il y a certainement un juste milieu.
- Je ne sais plus qui se demandait comment ne pas pleurer en lisant le journal ou en regardant les infos à la télé...
- Nietzsche ?
- Je crois que c'est plutôt Platon.
- Quel est le rapport avec ton état ?
- Si je me tiens à distance, c'est pour me protéger, ne pas être contaminé.
- Un suicide social pour éviter le suicide physique ?
- Quelque chose dans le genre... Mais je pense que même sans télé, sans lire les journaux, sans parler avec ses collègues, ses contemporains en général, on n'échappe pas à cette entreprise d'abêtissement généralisé. C'est dans l'air génétiquement et technologiquement modifié qu'on respire.
- On s'en jette un ?
- Un ou deux.
- Rouge ?
- Rouge et noir ont toujours été mes couleurs.
- Et tu bois du rouge jusqu'à devenir noir.
- Il commençait à me manquer...
- Qui ?
- Ton humour à deux balles.
- Et l'alcool ?
- Indispensable.
- C'est peut-être lié…
- A quoi ?
- A tes problèmes de cervelle…
- Certainement. Mais pas seulement… Tu sais, quand j'avais ces crises d'urticaire…
- Hmmm…
- Le seul traitement qui a réussi à me calmer, et dieu sait si j'en ai essayé, c'est cette merde d'Atarax…
- C'est pas un anxiolytique ? Tu devais enfin trouver le sommeil...
- Parfois, oui. Mais ça m'a complètement flingué la tête… J'en ai pris durant un an ou un peu plus… Ça devrait être interdit. J'ai des trous de mémoire fracassants…
- Parfois, la perte de la mémoire peut avoir du bon…
- Pour ne pas se souvenir de tout ce qu'on entend et lit ? Toujours est-il que, conjuguée à cette anémie cérébrale, ça renforce en moi la sensation d'être bon pour la casse, de vivre mes dernières heures... Comme un vieux, je fais le tri, me débarrrasse de bouquins, films, disques...
- Le bon coin ?
- Non, un livre, un dvd ou un cd, ça n'a aucune valeur... J'en donne à droite à gauche, à mes filles, à des inconnus...
- ...Quels inconnus ?
- Des passants.
- Tu abordes les gens dans la rue ?
- Mais non, crétin. Je dépose tout ça sur les fenêtres, dans les boutiques, au cinéma...
- A propos de cinéma, tu n'es pas devant les césars, ce soir ?
- C'est ce soir ?
- Il me semble bien, attends.
- T'es toujours connecté à l'air du temps, au sens du vent et de la vie ?
- Oui, c'est bien ce soir et c'est même présenté par ton ami Kad Merad.
- Pitié, ne m'en dis pas plus. Souviens-toi, je ne veux plus m'énerver, m'emporter. J'ai passé trop de temps à ça, c'est épuisant...
- T'as un favori ?
- Je ne sais même pas qui est nommé.
- J'ai la liste sous les yeux.
- Coupe ce téléphone.
- On pourrait faire des paris.
- Et puis quoi encore ?
- Pour se marrer...
- Si tu continues, tu vas finir par te marrer tout seul. Et moi, par aller picoler dans mon coin.
- Quel rabat-joie.
- Tout m'assomme.
- Moi, c'est le rouge.
- Pourquoi tu fais comme moi ? Reviens à la bière. Tu peux prendre du bide toi, et ça ne se voit pas. Profite.
- Ils ont filé un césar aux Tuches !
- Parfait. Je ne l'ai pas vu, mais je suis certain que c'est moins prétentieux que le film de Louis Garrel, le prochain Desplechin, ou cette connerie avec Lea Drucker sur les femmes battues.
- C'est le grand favori. 10 nominations.
- Le césar du Meilleur Dossier de l'écran, je ne vois que ça à lui remettre.
- C'est un film fort. Sur un sujet de société.
- Mais quelle horreur, ces sujets ! Inattaquables, ces films ! Il n'y a plus que ça, des sujets, des films tirés d'histoires vraies. Tiens, j'ai vu une pub l'autre jour dans le métro, je crois que c'était pour le dernier Eastwood : Tiré d'une vertigineuse histoire vraie. Qu'est-ce que j'en ai à faire des histoires vraies ?! Mais ça rassure les producteurs, les chaînes, les décideurs et le troupeau de spectateurs et futurs téléspectateurs et téléchargeurs... Ce monde me débecte.
- Ne t'énerve pas, c'est pas bon pour ce que tu as...
- Tu imagines une bande de crétins en costard face à Tarkovski, Ozu, Cassavetes ou Fellini : Alors, mon vieux, c'est quoi, ton sujet ?... Pourquoi tu nous fais pas plutôt un film sur l'homoparentalité ou sur les prêtres pédophiles ?
- Ozon vient de faire ça.
- Ça ne m'étonne pas. Avec un happy end ? Moi, je parlais de vrais cinéastes... C'est pareil en littérature. « Inspiré d'une histoire vraie », ils ont peur de l'imagination, c'est ça ? Ils ne veulent que des sujets soumis à l'actualité, aux faits de société. Houellebecq pour tous ! Qu'ils aillent au diable !
- Mais tu n'aimes rien !
- Détrompe-toi. J'ai vu en DVD le film d'Alex Lutz, Guy, dont le premier film m'avait déjà beaucoup intéressé. Je chialais devant l'ordi. Ce type est passionnant, il essaie des choses, c'est parfois maladroit, son truc est hyper casse-gueule, il pourrait viser la performance d'acteur, mais il n'est pas là-dedans. Tu sais pourquoi ? Parce qu'il est sincère. Et ça donne du cinéma.
- Tiens, reprends un verre : ça fera mieux passer le palmarès de ce soir...



mardi 19 février 2019

mercredi 13 février 2019

Voisins


Gisèle Freund

Edward Abbey... Eliette Abécassis
Alphonse Allais... Isabel Allende
Josyane Balasko... James Baldwin
Muriel Barbery... Jules Barbey d'Aurevilly
Dario Fo... David Foenkinos
Samuel Beckett... Frédéric Beigbeder
Walter Benjamin... Tahar Ben Jelloun
Thomas Bernhard... Philippe Besson
Mikhaïl Boulgakov... Nina Bouraoui
Nicolas Bouvier... Françoise Bourdin
Charles Bukowski... Nicole de Buron
François-René de Chateaubriand... Madeleine Chapsal
Philippe Delerm... Miguel Delibes
Françoise Dorin... John Dos Passos
James Ellroy... Mathias Enard
John Fante... Nicolas Fargues
Max Gallo... Gabriel García Márquez
Romain Gary... Anna Gavalda
Witold Gombrowicz... Laurent Gounelle
Raymond Guérin... Olivier Guez
Michel Houellebecq... Victor Hugo
Philippe Labro... Jean de la Bruyère
Agnès Michaux... Henri Michaux
Henri Miller... Richard Millet
Patrick Modiano... Yann Moix
Robert Musil... Guillaume Musso
Frank Norris... Amélie Nothomb
Eric Orsenna... George Orwell
Belva Plain... Dominique Poncet
Marcel Proust... Romain Puertolas
Jean-Christophe Rufin... Juan Rulfo
Frédéric Schiffter... Eric-Emmanuel Schmitt
Christian Signol... Georges Simenon
Philippe Sollers... Sophocle
Danielle Steel... John Steinbeck
Steve Tesich... Sylvain Tesson
Michel Tournier... Ivan Tourguéniev
Marina Tsvetaeva... Karine Tuil
Enrique Vila-Matas... Philippe Vilain
Jean Yanne... Richard Yates


parmi les rayons littérature de la médiathèque aujourd'hui...

dimanche 10 février 2019

Extinction


Planet Waves tourne encore en boucle. J'avais tout préparé. Je me sers un verre. Je vais m'en contenter. Avec un peu de salade.
Je feuillette Rag-time. Et tombe sur cette photographie trouvée chez Gibert dans un exemplaire en solde d'Extinction, trop cher, la tranche tranchée déjà en deux. Un cadeau de Noël 88, était-il noté sur la page de garde. Je n'ai pris que la photo et l'ai glissée comme un voleur dans le Poésie/Gallimard. Après tout, qui intéresse-t-elle encore, vingt ans plus tard ? Certainement pas son ou sa destinataire. Au dos, un mot. Une écriture scolaire, féminine, tout en rondeur. Septembre 2016 à… Est-ce Chazelle, en Charentes ? Faut-il lire autre chose ? Cheyelles ? Elle réunit de gauche à droite une femme enceinte qui regarde l'appareil, une autre femme presque de dos, une fillette dans les bras qui désigne du doigt un âne, et à droite la mère et grand-mère certainement, et, la main sur son épaule, un fils, ou le gendre, le géniteur de l'enfant que porte la femme de gauche ou de l'enfant dans les bras de sa voisine. C'est Sylvie qui a pris la photo, nous disent les rondeurs. Cette petite photo, plus exactement. Rose se demande pourquoi les ânes ont le bout du museau blanc ! Rose, la petite dans les bras. C'est vrai, ça, pourquoi ?, poursuit le commentaire. Les enfants ont de ces questions… S'ouvre une parenthèse enfermant un mot indéchiffrable. Savoir ? Savoir et clin d'œil, ai-je l'impression de lire. Et encore des points de suspension. Quatre points plutôt que trois. Toute la famille vous embrasse et vous passe ses meilleurs souvenirs, avec un nouveau point d'exclamation.
Dans l'exemplaire d'occasion de Rag-time, il n'y avait pas de photo, mais un ticket de caisse. De la même boutique. Daté de septembre de l'an dernier. L'achat est composé de trois volumes. Noces indiennes, Le Colosse de New York et Rag-time, tout en occasion, puis un sac plastique à 00,5 centimes. Un autre ticket aussi. Avec Rag-time et Extinction ! Ah, c'est le mien — dans l'Imaginaire, c'était moins cher. Je me ressers un verre que je lève à la santé de ma fille, finalement trop malade pour venir dîner avec moi.
Je ne sais où sont les autres.
Etaient-elles mortelles
Aussi
Ô ! si
Fraîches délicates et belles
Les Clara et les Isabelle
De ces dimanches sans souci
Du temps vieux de mes jouvencelles
Etaient-elles réelles
Aussi
Ô ! si
Timidement amoureux d'elles
Qu'il se peut que je ne rappelle
Qu'un de ces rêves réussis
Qui laissent au cœur leurs séquelles
Troublantes sentinelles
Ainsi
Voici
Je vous reviens mes demoiselles
Par les étranges raccourcis
Que l'âge après lui amoncelle
Soyez clémentes Isabelle
Et vous belles Clara aussi
Ma vie a brûlé ses chandelles
Mais si vraiment vous fûtes telles
Merci

Dans la nuit, fatigué de tourner dans le lit à la recherche d'un sommeil perdu depuis des années, et introuvable dans cette chambre trop grande, je descends faire infuser quelques plantes, allume la radio et crois entendre dans ce bout de fin de phrase la voix de Topor. L'absence de son rire me fait douter. Les témoignages se succèdent. Des extraits de textes absurdement tragiques ou fantastiques, ravageurs, révoltés ou drôlatiques. Je reconnais l'univers de Sternberg, et se confirme la présence de Topor. C'est par lui, et l'un de ses dessins sur la couverture d'un livre, que j'avais découvert les contes et nouvelles de Sternberg. Je crois me souvenir avoir volé deux ou trois de ses recueils à la Fnac. Je connaissais son nom, par le film de Resnais vu dans ces années-là, avec mon frère il me semble, à la cinémathèque de Chaillot. Je n'ai pas d'autres souvenirs de séances de cinéma en compagnie de mon frère. Que ma mémoire toujours plus défaillante l'associe directement à ce film me laisse penser que je ne fais pas erreur. Etait-ce un cycle Resnais ? L'année, je pourrais jurer qu'il s'agissait de 1984. Ou bien 1985 ?


Ce matin, la médiathèque offrait livres et revues destockés, pilonnés, des dons de lecteurs déjà présents au catalogue, des vieux trucs que personne ne lira plus. Je récupère un Folio de La Ferme des animaux, que je n'ai plus depuis longtemps. Je pense ne l'avoir jamais lu jusqu'au bout. Ma fille a vu la lumière avant. En attendant la bonne dilatation, j'en faisais la lecture à sa mère. Et lorsque notre fille s'est décidée à se présenter, mon émotion était si grande, et moi si insupportable, que, manquant m'évanouir au moins à deux reprises, je piquais sans cesse le masque à oxygène de la parturiante pas marrante.
Je me souviens qu'il s'agissait d'un bel exemplaire, illustré il me semble. Mais ce qu'il est devenu... Peut-être a-t-il été trouvé sous la table d'accouchement par les parents suivants ou par une sage-femme qui l'a revendu chez Gibert.
Il y a également un livre de Doisneau et Cavanna que j'hésite à prendre. Je pense l'avoir offert à mon frère, signé par le grand Robert. Un soir de ces années-là aussi, du temps que j'étais libraire. Non, Doisneau était venu avec Pennac — qui lui, était venu au moins deux fois, type même du type sympa, époque Petite marchande de prose. Le temps de l'hésitation, le livre est déjà en d'autres mains. Je me rabats sur un Pennac justement, le dernier en date, le retour de Malaussène. J'aurais préféré je crois le livre sur son frère. Mais je prends. Peut-être le revendrai-je chez Gibert. Il a encore son bandeau de promo, que je balance aussitôt. A l'intérieur, une enveloppe. Avec un billet ? Non, encore un mot. Bon anniversaire Angélique. Signé Francis et Rose-Marie, crayon noir sur papier plié en deux et qui s'ouvre sur la photo d'une fillette assise sur un banc de bois une pomme de pin dans la main, certainement pas Angélique, sa fille peut-être, ou celle des signataires de ce mot réduit à sa plus simple dépression. Pas de billet.
J'embarque aussi un coffret Homère en Babel (non-traduit par André Markovicz), un Vázquez Montalbán que je ne connaissais pas, intitulé Petit frère, en 10/18 et,
en poche également, le Storytelling de Salmon, un type a priori intéressant mais dont les textes et interventions chopés ici ou là ne m'ont jusqu'ici jamais entièrement convaincu. Traînent encore quelques éditions reliées de chez France Loisirs que mon snobisme finit par négliger. Parmi les journaux et revues, je pique quelques numéros du Elle pour la dame, et du Diplo pour le monsieur. Et nous imagine au lit avec ce type de lecture complémentaire. 

Dans la ville voisine, je m'immobilise quelques secondes devant une agence immobilière. Embourbés dans cette histoire de maison et d'expertise judiciaire (inter)minable, décidés à nous en débarrasser, il nous arrive d'évoquer, surtout à l'heure de l'apéro devant le feu, notre future destination, commune ou en solitaire, mais certainement, à notre âge, la dernière. Les prix exorbitants de la moindre construction avec murs et toit me dissuade d'approfondir la question. Pourtant la boutique voisine de l'agence me trouble un instant. J'y vois pour ainsi dire un signe. Tout pour l'handicapé et l'incontinence, clame sa vitrine, en déclinant les produits les plus alléchants : lits médicaux électriques, matelas anti-escarres, prothèses mammaires, coussins anti-escarres, soulève-malades, déambulateurs, cannes, fournitures pour incontinents, chaises percées, tensiomètres, vélos de rééducation, corsets, bas à varices…  Soldes, Soldes, Soldes, est-il joyeusement inscrit. Je songe à Madrid et à cette très ancienne boutique d'orthopédie (il fut un temps où l'on en comptait sept dans cette même rue !), avec ses jambes articulées en vitrine, que j'aimais tant, désormais remplacée, comme je le constatai lors de mon dernier séjour en octobre, par un magasin de godasses bon marché. J'en étais malade. 

jeudi 7 février 2019

Sauver le monde

Les Justes

Un homme qui cultive son jardin, comme le souhaitait Voltaire.
Celui qui est reconnaissant à la musique d'exister.
Celui qui découvre avec bonheur une étymologie.
Deux employés qui dans un café du Sud jouent une modeste partie d'échecs.
Le céramiste qui médite une couleur et une forme.
Le typographe qui compose bien cette page, qui peut-être ne lui plaît pas.
Une femme et un homme qui lisent les derniers tercets d'un certain chant.
Celui qui caresse un animal endormi.
Celui qui justifie ou cherche à justifier le mal qu'on lui a fait.
Celui qui est reconnaissant à Stevenson d'exister.
Celui qui préfère que les autres aient raison.
Tous ceux-là, qui s'ignorent, sauvent le monde.


Jorge Luis Borges, in Les Conjurés, précédé de Le Chiffre,
trad. Claude Esteban, Gallimard


mardi 29 janvier 2019

La plus grande vertu


Robert Frank

En sortant de la douche, j'ai entendu Leo miauler derrière la porte. Contrairement à ses incursions le matin lorsque je me prépare pour filer au boulot et qu'il me saute sur le dos pour se frotter contre mon visage, il a bondi sur la commode, s'est planqué derrière la serviette que je venais de suspendre, et couché les pattes en l'air. Il n'attendait que ça, le moteur à ronrons à fond. Je l'ai longuement caressé, puis nous avons joué à cache-cache avec le mur de la serviette et j'ai regagné le lit. De ma place, je ne le voyais plus. Je l'ai appelé. Longuement. Mais il n'est pas venu.
Nous avions auparavant un chat qui venait volontiers, et rapidement, lorsque je l'appelais. Parfois, claquer le majeur sur le bas de la paume suffisait. Avec Leo, non. Il peut vous regarder de loin vous escrimer pour attirer son attention. Le temps qu'il faudra. Il a tendance à m'énerver. Mais j'essaie régulièrement. La principale caractéristique du tyran domestique est de ne jamais renoncer.
Il n'a pas émis le moindre miaulement, le moindre bruit. J'ai pensé qu'il était sorti de la chambre. J'avais à peine commencé à lire que je l'ai vu sortir de sa cachette. J'ai cru voir sur son visage un rictus amusé. Il se moquait de moi. Nous nous sommes réconciliés cette nuit, au cours d'une de mes longues insomnies. Il dormait sur mes jambes.
Sentir son poids sur moi finit toujours par attiser mon angoisse, créer une sensation d'étouffement. Je me suis penché pour le prendre dans les bras et l'installer à mes côtés. Collé à moi, il s'est laissé caresser longuement en ronronnant, puis a profité d'un changement de position de ma part pour quitter le lit.
Ce matin, lorsque je suis descendu prendre mon café, j'ai salué le chien qui a cru que je l'appelais et est venu se faire caresser comme un gentil toutou. J'ai trouvé minable son attitude. De nouveau agacé, j'ai repensé à Leo, à son intelligence et à sa dignité.
Dans l'après-midi, je tombe sur ce dialogue entre Rousseau et Boswell, signalé par Iñaki Uriarte dans ses journaux – qui regorgent d'histoires et considérations sur les chats, et dont la traduction paraîtra, me dit-on, au printemps prochain :
Rousseau : Vous aimez les chats ?
Boswell : Non.
Rousseau : J'en étais sûr. C'est là-dessus que je me base pour juger d'un caractère. Alors vous avez certainement un instinct despotique. Les hommes despotiques n'aiment pas les chats parce que le chat est libre et ne consentira jamais à devenir esclave. Il ne vous obéira jamais, comme le font les autres animaux.
Boswell : Une poule non plus.
Rousseau : Une poule obéirait si elle comprenait les ordres. Mais un chat vous comprendra parfaitement et ne vous obéira pas.
« Cette capacité à désobéir me semble être la plus grande vertu que l'on puisse posséder », conclut notre gentilhomme basque.

dimanche 27 janvier 2019

Mourir sans grimaces


Vivian Maier


Toi qui chantes toutes mes morts,
Toi qui chantes ce que tu ne livres pas
au sommeil du temps,
décris-moi la maison vide,
parle-moi de ces morts habillés de cercueils
qui habitent mon innocence.

Avec toutes mes morts
je me remets à ma mort,
avec des poignées d’enfance,
avec des désirs ivres
qui n’ont pas marché sous le soleil,
et il n’y a pas une parole matinale
qui donne raison à la mort,
et pas un dieu où mourir sans grimaces.


Alejandra Pizarnik, Les Aventures perdues,
trad. Silvia Baron Supervielle et Claude Couffon, ed. Actes sud



jeudi 24 janvier 2019

Plus de peine que de plaisir

Les gens ne lisent que s'ils n'ont rien d'autre pour les divertir. Il leur faut un aiguillon ; que ce soit l'émulation, la vanité ou l'avarice. Les progrès accomplis grâce à la lecture donnent en réalité plus de peine que de plaisir. Le langage est impropre à traduire les nuances de nos sentiments. Personne ne lit un livre de science par inclination pure. Les livres que l'on lit avec plaisir sont des ouvrages légers qui contiennent une succession rapide d'événements.

Samuel Johnson


dimanche 20 janvier 2019

Première neige


Double mystère

26 septembre 1954
La nuit était blanche jusqu’au ciel, c’était la première neige, le début de l’automne. Corey rentrait à Panguitch, chef-lieu du comté de Garfield, mille âmes à peu près vivantes et pas mal de fantômes. Les montagnes lointaines et une forêt sans fin fermaient l’horizon à gauche — et devant, derrière, à droite, le plateau se répandait comme un type qui aurait bu sans soif. Un désert à deux mille mètres d’altitude. Il y avait si peu de citoyens dans le comté de Garfield qu’il n’y avait pas de crimes, parfois un bonhomme se suicidait. Toujours d’une balle dans la tête et toujours avec du gros calibre si bien qu’on les enterrait sans tête. 
La radio a grésillé, c’était le standard de la police de Provo — à deux cents miles de là. Panguitch ne pouvait pas se payer de standard de nuit, seulement un shérif au rabais dans sa jeep Willys en provenance des stocks de l’armée. Le comté fourmillait de pistes la plupart impraticables à des véhicules normaux. Corey a pris l’appel radio. Jessie lui a dit que Lars Andersson venait d’appeler pour signaler une soucoupe volante. C’était l’ancien maire de Panguitch, il ne buvait pas, ne fumait pas. Pas le genre à avoir des hallucinations. C’était la troisième fois de la soirée que Jessie rapportait à Corey qu’un ovni avait été aperçu : lumière rouge, puis verte, intense. Apparition d’une forme dans le ciel, à basse altitude, pas de bruit, odeur bizarre… Disparition instantanée du truc, chiens qui aboient les oreilles aplaties, canaris en transe, radios qui s’éteignent… Tous les témoignages concordaient.
— C’est quoi cette maladie qu’ils ont avec les Martiens ? a grommelé Jessie. Ils en voient, ils en voient… ils voient que ça !
— Ils forniquent pas assez, a répondu Corey, comme moi.
Jessie s’est marré et a dit qu’il y avait cent millions de cocos avec des bombes atomiques et on leur signalait des Martiens sur des balais-brosses lumineux. Depuis que Little Boy et Fat Man avaient dressé leurs glands monstrueux au-dessus d’Hiroshima et de Nagasaki, les Martiens avaient rappliqué, comme si c’était lié. L’année dernière, la police avait recensé près de vingt-trois mille déclarations d’apparitions d’ovnis. Peut-être qu’ils étaient venus en masse fêter la fin de la guerre de Corée ? Va savoir avec les Martiens les idées qu’ils pouvaient avoir. 


C'est le début du faux polar de l'ami Morgiève que l'on trouve dans toutes les bonnes librairies depuis quelques jours – et ailleurs, sûrement. Parce qu'il n'y a pas que Welbek ou Bèquebédé qui font des livres. Il y a aussi quelques écrivains. Et chez les bons, y'a Morgiève. Qu'on se le dise ! Et qu'on le lise !…

mercredi 16 janvier 2019

dimanche 13 janvier 2019

Extrêmement gravissisme

Entre les deux derniers actes des Gilets jaunes, l'indispensable Aude Lancelin recevait l'ami et tout aussi indispensable David Dufresne qui, sur twitter, depuis début décembre, recense la violence de la répression policière, souvent occultée, du moins relativisée, par les grands médias, et qui répond à de clairs et cyniques choix politiques de dirigeants dépassés.


vendredi 11 janvier 2019

Sur la route


C'est l'heure des nerfs en pointe. Le carrefour est envahi de voitures de tous côtés et personne ne souhaite céder le passage. Le feu passe au vert, j'avance prudemment. La vie est courte. Soudain, un autre deux roues me double. Par la droite, bien entendu. Je regarde filer ce jeune type qui joue les Marquez – Marc, pas Gabriel – dans cette rue limitée à 30 pour épater sa petite copine qui le serre à la taille. Peut-être, sous son casque, lui crie-t-elle combien elle est fière de lui. Ou elle garde ça pour elle. Mais lui, il sait. Et il bande. Et elle le sait. Cent mètres plus loin, une voiture a freiné. Je passe devant elle et découvre le jeune homme béquillant devant le véhicule à l'arrêt. Sa copine le suit. Fou furieux, il va s'en prendre au conducteur qui l'a probablement serré, envoyé une remarque ou simplement klaxonné – les agités du klaxon pullulent, et pas seulement le soir. Le garçon gueule, côté chauffeur, la fille de l'autre côté. Tout cela est ridicule. Mais je poursuis ma route, et pense aux réactions dont je fais preuve parfois. Après les nombreux accrochages, chutes, gnons, je prends moins de risques, bous plus facilement lorsque le conducteur, regard braqué sur son écran fessebouc ou gépéesse, ou tout bonnement crétin fini, manque de me renverser, grille un feu ou une priorité, en veut à mon corps. J'imagine combien je dois avoir, moi aussi, l'air risible. Sans parler que je n'ai jamais quelqu'un à abasourdir. 

Charles Brun





jeudi 10 janvier 2019

Inquiétude

Olga Anna Markowska

déjà l'heure
ai-je jamais fermé les yeux
lâché sa main
l'inquiétude

je lutte encore un peu
mais emmêle les mots
j'aurais voulu changer
le système d'exploitation
vider la mémoire
ôter la batterie
mettre en mode avion
m'envoler vers d'autres horizons
apprendre à dormir 
à ne plus sentir
qui me parle dans la nuit glacée
qui m'habite cette fois
j'escalade le chat
craint de la bousculer
la découvrir entendre un soupir
c'est l'heure de nos vieilles peurs
de surprendre de nouvelles blessures
la stupeur devant la putréfaction
je faisais le malin pour ne pas vivre le vide
le froid

le feu éteint et plus de bois
je pense personne ne m'a suivi
et elle entend personne ne m'aime
pas même mes rêves mais
promis

j'aurai bientôt largué mon ombre

Charles Brun, Vers solitaires par milliers


mercredi 9 janvier 2019

Nu



Si je croyais en Dieu, ma fatuité n'aurait pas de bornes : je me promènerais tout nu dans les rues...
Cioran

mercredi 2 janvier 2019

Dans un désert


Retour au bureau, la gueule encore un peu de chêne, pas grand-chose à faire, trêve des confiseurs longue durée, je jette un oeil à quelques sites d'infos délaissés ces derniers temps, histoire de me remettre au goût du jour, et de bien commencer l'année.
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Côté marchés financiers, à bout de souffle depuis un moment, voire sous perfusion étatique, la peur s'installe, me dit-on. Les indices boursiers ne cessent de chuter. Jusqu'où ? Le CAC 40 baisse de 2,4% après avoir perdu près de 11% l’an dernier. Quant au Dow Jones, il a chuté de 6% et des poussières l'an dernier. Nos banques ont sérieusement dévissé. La BNP a perdu 36,42% sur l’année 2018, le Crédit agricole, -32,50%, et la Société générale, -35,55%. La tourmente frappe également nos modèles de voisins allemands. La Deutsche Bank, 11e banque mondiale, avec près de 1 800 milliards d'actifs financers, supprime 7 000 postes, après trois années consécutives de pertes sévères. Mais les experts préfèrent regarder ailleurs afin de ne pas miner le moral des Européens appelés à relancer la croissance dans la joie et la bonne humeur, sans oublier de faire barrage à l'extrême-droite. Certains observateurs annoncent tout de même pour tout bientôt une crise financière redoutable, bien plus spectaculaire que celle d'il y a dix ans.

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Bourses toujours, avec celles de Benalla dont on ne sait s'il faut rire ou refermer avec pudeur le dossier. Ou en faire une série, genre Bureau des légendes, avec une pléthore de personnages issus des services secrets, des millionnaires propriétaires de presse, des membres de la mafia russe, des décors sompteux avec les ors de la république, des intrigues amoureuses et des thèmes déclinables à l'envi : jalousie, ambition, pouvoir, trahison, magouilles, rumeurs, sondages d'opinion, manipulations..., de quoi faire, même si les ficelles sont parfois un peu grosses. Aux dernières nouvelles, comme on le sait, Benalla, qui avait remis à l'été ses deux passeports diplomatiques, fort de son casier vierge, de son coffre-fort vide et de son pistolet en plastique, se serait rapidement recyclé dans le conseil et le commerce international. On le retrouve le mois dernier au Tchad, après un détour par Israël, s'entretenant avec les plus hautes autorités, bénéficiant de ses fameux passeports diplomatiques qu'on lui aurait prêté de nouveau en octobre en lui recommandant de ne pas faire de conneries. Mais le gars, comme on le sait aussi, ne doute de rien et les utilise dans la foulée, pour une question de confort personnel, dit-il. Le Quai d'Orsay prétend avoir réclamé à deux reprises ces fameux documents. En vain, semble-t-il. Pas de chance. L'Elysée affirme ne rien savoir. Normal, son locataire a autre chose à faire. Mais Alexandre le grand déclare au contraire avoir gardé des liens avec le Palais, Macron n'hésitant pas à le consulter à propos de tout et de rien. On imagine ce cher Emmanuel, déjà déboussolé par le mouvement des gilets jaunes, barricadé et complètement perdu sans les lumières de son protégé – et protecteur – qui, si je comprends bien, avait pris depuis un moment la place de l'éclaireur Ricoeur. Les pantins socialistes, devant ce qu'ils nomment des mensonges d'Etat, ont bien feint de réclamer de vraies lumières sur l'affaire. Mais la présidente de la commission des lois, l'inénarrable et infatigable en marche Yaël Braun-Pivet leur a tiré la langue dans les couloirs de l'assemblée. Il est vrai que lancer une nouvelle enquête parlementaire serait prendre le risque d'un foutage de gueule (du citoyen) un peu trop voyant...


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Gilets jaunes, justement. Alors que se durcissent les sanctions pour les chômeurs ne respectant pas les règles ou ne se rendant pas à un entretien inutile, à Marseille, selon un délégué des GJ, chaque personne occupant un rond-point ou une place publique sans autorisation préalable risque désormais une amende de 5e classe, allant de 1 500 à 3 000 euros. Plus besoin de saccager des monuments publics, représentant « les valeurs de la République », pour être un criminel. Après, à chaque nouvel Acte des GJ, le blocage des accès des lieux de manifestation (et de pouvoir), la cinquantaine de stations de métro parisiennes fermées, la suppression des trains débarquant à Paris, les tronçons d'autoroutes bloqués, les arrestations et les garde à vue arbitraires, les grenades et autres tirs de flashball dans la gueule, cette nouvelle forme de faire disparaître ces sales énergumènes sentant mauvais sera certainement bien plus efficace que l'obole des mesurettes du gouvernement.



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Comme chaque année, le 1er janvier distingue quelques personnalités bien de chez nous – 402 cette fois-ci – en leur clouant sur la poitrine le ruban rouge (de la honte) de la Légion d'honneur. Parmi celles choisies par le ministère de la Culture, on retiendra, aux côtés de l'académicien, poète et dramaturge René de Obaldia, 100 ans – il était temps ! –, pour ses 33 ans de service (lesquels ?), le facétieux monarchiste cathodique Stéphane Bern, également promoteur de la loterie du patrimoine sous le règne d'Emmanuel Ier, la comédienne et réalisatrice et productrice, et compagne de l'ancien ministre du Budget, François Baroin, et ex-exilée fiscale, Michèle Laroque, et l'autre ex-exilé fiscal, et Grantécrivain, jeune marié photographié par Carla Bruni, et admirateur de Donald Trump, Michel Houellebecq et ses 35 ans de service. On attend avec impatience l'arrivée imminente de son nouveau roman déjà encensé dans les gazettes toutes unanimes – ça se lit vite aussi... Côté sport, on n'a pas oublié les 23 Bleus, certainement l'équipe la plus ennuyeuse du Mondial le plus soporifique de l'histoire du foot...

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Heureusement, côté culture toujours, on m'annonce la sortie sur tous les écrans de France et de Navarre d'une comédie comme notre cinéma les aime et sait les faire. C'est d'ailleurs la suite d'un premier opus qui a fait ses preuves. Et c'est, me dit-on, encore plus drôle que le premier volet... 






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Epuisé, je crois que je vais me réfugier, une fois de plus, dans la lecture du migrant roumain...

La clairvoyance est le seul vice qui rende libre — libre dans un désert.
Cioran, De l'incovénient d'être né




Les illustrations en noir et blanc viennent d'ici
et la vidéo des (a)voeux provient d'ici.

mardi 1 janvier 2019

2019




Bonnes surprises, rires, plaisirs et découvertes,
saines vigilence et colère, consolations, et bien plus,
c'est ce que souhaite, dans la mesure du possible, à tous les égarés
et surtout à ses nombreux et fidèles et exclusifs lecteurs
pour 2019 – cette année je vole un bœuf –
l'irresponsable de ce blogue…

lundi 31 décembre 2018

Cher Richard



Jean-Patrick Manchette
53 avenue Dr. A. Netter
75012 Paris

le 27 novembre 1994



Cher Richard,
J'ai lu — avec retard — CUEILLE LE JOUR et j'ai trouvé ça impressionnant, formidable. Il est beau de voir avec quelle maîtrise (je ne trouve pas d'autre mot) s'associent le ton et la teneur de ton « conte ». Il y a un moment que je sais que tu t'es envolé dans les espaces supérieurs (au moins depuis UN PETIT HOMME…) mais je suis spécialement séduit par celui-ci — peut-être parce que l'élément un peu surnaturel est entièrement inclus dans l'ouvrage, ce n'est pas un supplément pseudo-poétique.
Bref, je suis ravi, j'ai eu envie de te le mettre solennellement sur le papier.
Amour à toi et aux tiens. A bientôt.



Lettre de Manchette à Morgiève, retrouvée par celui-ci avant la parution tout bientôt de l'excellent faux polar US, Le Cherokee, et reproduit par Joëlle Losfeld, son éditrice, avec l'autorisation de Doug Headline et de Mélissa Manchette.